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Médina de Fès

Depuis 1994, l'Unesco a entrepris dans la Médina de Fès une expérience originale ayant pour objet non seulement la restauration de trésors de l'art et de l'architecture islamiques, mais aussi la préservation de traditions artisanales marocaines.

L'histoire

C'est un descendant du Prophète, Idris Ier, qui fonda Médinet Fès, à l'est de sa capitale Walila (Volubilis), au bord d'une rivière, sur le site de l'actuel quartier des Andalous, un peu avant 791. Vers 809, son fils posthume Idris II établit définitivement le siège de la dynastie sur l'autre rive de l'oued, dans El-Aliya, la Ville haute. La cité connut un rapide développement avec l'arrivée de 8 000 familles chassées de Cordoue en 818 par les Omeyyades, ainsi que de plus de 2 000 autres expulsées de Kairouan : cette double émigration constitua deux quartiers bien distincts, chacun avec ses mosquées, ses souks, sa vie propre. Relativement délaissée par les Almoravides puis par les Almohades, qui lui préféreront Marrakech, Fès, redevenue capitale des Mérinides en 1250 sera bientôt complétée par une ville administrative nouvelle : Fas al-Djadid, Fès la Neuve, par opposition à Fas al-Bali, Fès la Vieille. C'est au xive s. que la cité va connaître son plus grand éclat, notamment à partir du règne d'Abu Saïd (1310-1331) : palais, mosquées, medersas vont marquer l'apogée de l'art hispano-mauresque. Ensuite elle subira un déclin continu avec la chute des Mérinides et l'anarchie de la dynastie saadienne, et ce n'est qu'avec les Alaouites, et notamment Moulay Abdallah, que Fès pourra retrouver une partie de sa splendeur passée, redevenant capitale jusqu'au protectorat français en 1912.

Les monuments

Parmi les monuments de la Médina ont été restaurés ou sont en cours de travaux : la mosquée Qarawiyyin, qui abrite la plus vieille université du monde ; la place Nedjjarin, avec sa fontaine et son fondouk ; la medersa Bu Inaniyya ; la zaouïa, ou mausolée, de Moulay Idriss ; les medersas El-Attarin et Charatin, que l'on atteint en parcourant la Talaa Kebira, la Grande Montée, grande artère que rejoignent après mille zigzags les ruelles où travaillent tanneurs, teinturiers, tailleurs, dinandiers ou marchands d'épices.

Arts et métiers traditionnels

Si, aujourd'hui, la Médina de Fès apparaît comme un trésor dont la sauvegarde intéresse toute l'humanité, le mérite en revient avant tout à ceux qui ont construit cette cité, ses monuments et ses demeures et qui n'ont jamais cessé de l'embellir au cours de ses douze siècles d'existence. Or, un tel cadre de civilisation ne peut être préservé et réhabilité qu'avec la participation de ces mêmes artisans, recrutés en nombre suffisant dans les divers corps de métier.

Jusqu'à une époque récente, qui se situe autour des années 1930, l'enseignement des métiers d'art traditionnel au Maroc se faisait selon la pratique ancestrale de l'apprentissage : l'enfant fréquentait très jeune un atelier, le plus souvent celui de son père, et s'initiait peu à peu aux règles et aux recettes de la profession. Devenu ouvrier, il exerçait le métier pendant de longues années sous le contrôle d'un maître avant de devenir lui-même, à son heure, un maître (mallem) reconnu comme tel par ses pairs. Peu à peu ce système a été remplacé par une formation collective dans des ateliers pilotes qui, aujourd'hui, sont des « centres d'apprentissage ». En l'espace de deux ans en moyenne, les apprentis deviennent capables d'exercer un métier – celui de potier, relieur ou bottier, par exemple – soit indépendamment, soit dans le cadre d'une coopérative de production.

La restauration de la Médina

Les exigences de la restauration de la Médina – qui doit dans certains cas être très rigoureuse et dans d'autres savoir s'adapter à des nécessités nouvelles – demandent de la part des exécutants un haut degré de compétence technique et de sensibilité artistique. Pour mener à bien ce programme, il a été décidé de créer une école spécialement chargée de former des artisans traditionnels.

Un tel projet présente, à côté de ses avantages culturels, de très fortes justifications économiques et sociales, liées au poids considérable qu'occupe l'artisanat traditionnel dans l'activité nationale marocaine, tant à la campagne qu'en milieu urbain. À Fès en particulier, on estime que durant des siècles les artisans ont fait vivre les deux tiers au moins de la population et qu'aujourd'hui encore les quelque 30 000 artisans de la ville subviennent aux besoins d'environ 150 000 personnes. Sans doute ces chiffres concernent-ils un certain nombre de professions artisanales de caractère immédiatement utilitaire : fourniers, savetiers ou délaineurs, par exemple. Il n'en reste pas moins que les métiers d'art traditionnels – ceux qui sont les plus menacés par la séduction des modes et des goûts importés d'Occident – constituent toujours une richesse dont la conservation et la mise en valeur sont très profitables au pays : parce qu'ils favorisent la création d'emplois et la stabilité sociale et parce qu'une partie substantielle de leurs productions s'exporte à l'étranger ou s'écoule auprès des touristes, ce qui constitue un apport de devises.

L'École de préservation des arts et métiers traditionnels

Le type de formation que l'on se propose de dispenser à l'École de préservation des arts et métiers traditionnels de Fès a des objectifs ambitieux. Il ne vise pas seulement à faire acquérir aux élèves les meilleures qualifications possibles dans un métier d'art traditionnel (ce qui demande nécessairement au moins quatre années d'apprentissage suivi), mais il veut leur donner une bonne instruction générale, des connaissances techniques et scientifiques liées à la pratique de leur métier, des connaissances juridiques, des notions de gestion et d'administration ainsi qu'une formation approfondie en art musulman. On espère ainsi former peu à peu un corps d'artisans représentatif des meilleures traditions nationales, dans lequel pourront être recrutés les spécialistes : exécutants, cadres et enseignants, dont ont besoin les centres de recherche et de promotion artisanales, les musées, les services de restauration, et d'une façon générale les institutions et services qui s'intéressent à la préservation et à la promotion des arts traditionnels.

Une expérience modèle

Ainsi, un programme visant à former une élite d'artisans ne répond pas seulement aux besoins de la campagne de sauvegarde de la Médina de Fès, mais a une portée beaucoup plus vaste. Sur le plan national d'abord, l'exemple donné à Fès ne manquera pas de créer une émulation et de s'étendre à d'autres villes historiques marocaines soumises aux mêmes facteurs de dégradation. Sur le plan islamique, alors que de nombreuses nations recherchent les moyens de préserver leur patrimoine culturel et de revivifier des traditions artisanales disparues ou en voie d'extinction, l'expérience de Fès pourra servir de modèle et d'encouragement et préluder à une véritable renaissance des arts musulmans.