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Mississippi-Missouri

Troisième fleuve du monde par sa longueur, grâce au Missouri, son puissant affluent, le Mississippi, dont le nom signifie « père des eaux » dans la langue des Indiens Ojibwas, draine toute la partie centrale des États-Unis.

Ce fleuve, appelé le « Grand Boueux » (Big Muddy), qui peut causer de graves inondations – celles de juillet 1993 ont coûté la vie à près de 50 personnes et fait 10 milliards de dollars de dégâts –, reste cependant une importante artère commerciale et une mémoire de l'Amérique.

UN BASSIN IMMENSE

Du lac Itasca (Minnesota) au golfe du Mexique, en aval de La Nouvelle-Orléans, le Mississippi s'écoule vers le sud sur 3 780 km, alors que 6 260 km séparent la source du Missouri du golfe du Mexique. Son bassin couvre une superficie de 328 000 km2.

La vallée du Mississippi

De sa source au confluent avec le Missouri, il parcourt 1 874 km, d'abord dans une région de lacs et de basses collines, puis dans une vallée encaissée d'une centaine de mètres. Le cours supérieur du fleuve s'est formé pendant les glaciations quaternaires ; le Mississippi était alors le principal exutoire des Grands Lacs. Parsemé de rapides, le haut Mississippi est impropre à la navigation. En aval de Saint Louis, il emprunte une vaste plaine alluviale à très faible pente, où il serpente en d'innombrables méandres. Dans le « delta » du Yazoo et en Louisiane, sa vallée se transforme par endroits en un ensemble confus de petits cours d'eau (bayous) et de marécages ; cette région subtropicale est une des plus humides des États-Unis.

Le Missouri

La source du Missouri est localisée dans le Montana, près du parc national de Yellowstone. Appelé successivement Red Rock River, Beaverhead puis Jefferson River, il s'individualise après les confluences des rivières Madison et Gallatin. Du début de la Red Rock au Mississippi, il parcourt 4 370 km, tandis que 6 019 km séparent sa source de la mer. Seuls le Nil (6 670 km) et l'Amazone (6 448 km) sont plus longs. Le Missouri coule vers le sud-est, traverse les deux Dakotas, le Nebraska et l'État auquel il a donné son nom. Avant de se jeter dans le Mississippi, juste en amont de Saint Louis, il reçoit les eaux de la Yellowstone, de la Platte et de la Kansas. Ces affluents venant des Grandes Plaines, nés dans les montagnes du Wyoming et du Colorado, se caractérisent par l'ensablement de leurs immenses lits majeurs et les difficultés de l'écoulement de l'eau.

L'Ohio

Principal affluent de rive gauche du Mississippi, l'Ohio est issu de la jonction, à Pittsburgh, des rivières Allegheny et Monongahela. L'Ohio traverse les plateaux appalachiens par une étroite vallée encaissée avant de recevoir ses grands affluents (Wabash, Tennessee), peu avant sa confluence avec le Mississippi. Celle-ci a lieu dans une région très plate, la « petite Égypte » (Cairo est la ville située au confluent), où le débit de la rivière dépasse celui du Mississippi.

LE RÉGIME DU FLEUVE

À son embouchure, le Mississippi a un débit moyen de 17 545 m3/s, soit deux fois moins que le Yangzijiang et dix fois moins que l'Amazone. Le Mississippi supérieur et le Missouri présentent des maxima de printemps (période correspondant à la fonte des neiges), tandis que l'Ohio voit ses hautes eaux arriver en hiver. Par la combinaison de ces influences, et en raison des distances – qui retardent la propagation des flots –, le Mississippi inférieur a un débit maximal en mai et minimal en octobre. Des crues très graves peuvent survenir au printemps, surtout lorsqu'un redoux subit dans les Rocheuses fait fondre brutalement les neiges et qu'il se combine avec une longue période pluvieuse dans la moyenne vallée du Mississippi et dans les Appalaches. À Vicksburg, le débit peut alors dépasser 60 000 m3/s. Dans de nombreuses régions de la moyenne et de la basse vallée du Mississippi, le risque d'inondation est une menace perpétuelle.

HISTOIRE

Le Mississippi est « découvert » en 1541 par l'explorateur espagnol Hernando de Soto, qui, lors d'une recherche illusoire de l'Eldorado, atteint le fleuve au niveau de l'actuelle Memphis. Les Français Louis Jolliet et Jacques Marquette, partis des Grands Lacs, reconnaissent la vallée supérieure du fleuve en 1673 et le descendent jusqu'en Arkansas. Quelques années plus tard, Robert Cavelier de La Salle descend le fleuve et atteint le golfe du Mexique en 1682. Au nom de Louis XIV, il prend possession des territoires drainés par le Mississippi – vaste espace qu'il nomme « Louisiane ». Après un voyage en France au cours duquel le Roi-Soleil le récompense, il fonde une colonie à l'embouchure du Mississippi, mais ne peut retrouver le fleuve ; il sera assassiné par ses hommes au Texas.

La maîtrise du fleuve

Les premiers colons français, menés par Pierre Le Moyne d'Iberville, s'installent en 1699 le long du fleuve et sur la côte du golfe du Mexique, près de l'actuelle Biloxi. Les concessions de terres accordées lors de la création des plantations françaises en Louisiane sont de longues parcelles étroites, perpendiculaires au fleuve. Comme au Canada français, cette forme d'occupation des sols contraste avec le découpage géométrique en carrés d'un quart de mile de côté, typique de la colonisation anglo-saxonne. La Nouvelle-Orléans est créée en 1718. En 1764, des agents français fondent Saint Louis pour en faire le centre économique de la « Haute Louisiane ».

Devenue espagnole en 1762 avant d'être reprise par la France en 1800, la Louisiane est vendue aux États-Unis par Bonaparte (1803). Le président Jefferson donne mission aux explorateurs Lewis et Clark de reconnaître ce territoire afin de déterminer la possibilité d'établir une grande route commerciale qui traverserait le continent. Partis de Saint Louis en 1804, ils remontent le Missouri jusqu'à sa source, atteignent la vallée de la Columbia et le Pacifique. Deux ans plus tard, ils sont de retour à Saint Louis.

La « grande rue » de l'Amérique

En raison de la barrière des Appalaches, la route la plus pratique pour joindre la côte atlantique depuis le centre de l'Union consistait, jusqu'à la mise en service du canal de l'Érié en 1825, à descendre la vallée de l'Ohio et le Mississippi, puis à longer les côtes du golfe du Mexique et celles de l'Atlantique. L'importance de cet axe est à l'origine de la croissance de cités comme Cincinnati et Louisville. La position de Saint Louis, à la jonction du Missouri et du Mississippi, en faisait un point de départ naturel du peuplement vers l'ouest par la vallée du Missouri. Dès 1812, la ville devient le point de convergence des navires à vapeur assurant le trafic fluvial sur le Mississippi et l'Ohio. Plus au nord, des chutes marquent la limite extrême de la navigation sur le Mississippi et suscitent la croissance de Minneapolis, ville de moulins et de minoteries. Les jours de gloire de La Nouvelle-Orléans et de la navigation sur le Mississippi, dont Mark Twain s'est fait le chantre, durent des années 1820 jusqu'à la guerre de Sécession. En 1843, le tonnage manipulé dans le port de La Nouvelle-Orléans représente le double de celui de New York. En 1848, le Mississippi est relié à Chicago et aux Grands Lacs par la rivière Illinois, tandis qu'un canal permet d'atteindre le lac Michigan.

Dès les années 1840, le chemin de fer atteint la vallée de l'Ohio : le trafic du Middle West vers la vallée du Mississippi commence à décliner au profit des grandes liaisons Est-Ouest. Les opérations militaires de la guerre de Sécession perturbent le trafic fluvial, les liaisons entre la vallée de l'Ohio et la Louisiane n'étant plus possibles. En 1863, les nordistes s'emparent de la forteresse de Vicksburg, qui domine le confluent du Yazoo et du Mississippi, et rétablissent la navigation sur l'ensemble du bassin.

LES AMÉNAGEMENTS

Bien que son importance relative dans les transports des États-Unis ait diminué depuis la guerre de Sécession, le système fluvial a été amélioré. À partir de La Nouvelle-Orléans et de Baton Rouge, un chenal de navigation de 2,70 m de profondeur permet de remonter le Mississippi jusqu'à Minneapolis, l'Ohio en amont de Pittsburgh, le Missouri jusqu'à Sioux City et le Tennessee jusqu'à Knoxville. Pour corriger la faible profondeur dans la vallée supérieure, l'armée a construit 29 barrages de régulation de débit entre Minneapolis et Saint Louis.

Des écluses de 120 m de long et 17 m de large permettent la navigation. En aval de la confluence avec l'Ohio, le Mississippi a été pratiquement « reconstruit » : les ingénieurs ont créé un chenal artificiel regroupant les méandres. En Louisiane, un système complexe de canaux a été élaboré pour protéger La Nouvelle-Orléans en dérivant les eaux de crue vers le lac Pontchartrain ou la rivière Atchafalaya.

L'aménagement de la vallée du Tennessee est une des grandes réalisations du New Deal. En 1933, le président Franklin Roosevelt crée la Tennessee Valley Authority, organisme chargé d'élaborer un plan de contrôle des crues de la rivière et d'aménager le bassin hydrographique. Une trentaine de barrages sont construits pour garantir la régularité du débit et produire de l'électricité. La Tennessee Valley Authority instaure aussi un programme aidant les fermiers à contrôler l'érosion et développe des bases de loisirs nautiques. Le bassin du Missouri, formé de deux régions distinctes, se prête mal à un aménagement similaire. Sa partie sud-est, qui reçoit plus de 1 000 mm de pluie par an, est rendue difficilement navigable par les crues. L'ouest du bassin, en revanche, reçoit moins de 400 mm de pluie par an (l'irrigation y est le souci majeur). Deux agences fédérales se chargent ici des grands travaux : le Bureau of Reclamation, qui développe l'irrigation dans l'Ouest, et le Corps des ingénieurs de l'armée, qui construit des barrages en aval.

LA FONCTION ÉCONOMIQUE

De vastes zones du Middle West, traversées par le Mississippi et le Missouri, sont recouvertes de sols très fertiles. Ainsi certaines régions sont-elles devenues très tôt de grands centres de production céréalière. Dès le début du xixe s., des radeaux chargés de farine de blé relient les Grandes Plaines au golfe du Mexique. Le chemin de fer transporte le blé vers les grands silos installés le long du Missouri (Omaha, Kansas City…) et du Mississippi (Minneapolis, Saint Louis…). Ces importants centres sont les lieux de chargement de péniches et de barges descendant le Mississippi jusqu'en Louisiane, d'où les productions sont exportées dans le monde entier. La frange méridionale du bassin du Mississippi, qui reposait sur la quasi-monoculture du coton et le travail des esclaves, a vu le riz s'imposer dans les zones inondables de la basse vallée (Arkansas, Mississippi et Louisiane), tandis que la canne à sucre trouvait sa terre d'élection dans le delta.

Le Mississippi est utilisé pour le transport des minerais (le charbon de Pennsylvanie et de Virginie-Occidentale circule sur l'Ohio), des graviers et des produits semi-finis. Le trafic ne cesse de croître : 70 millions de tonnes en 1960, 170 en 1975, 400 en 1990. Les secteurs les plus fréquentés sont la vallée de l'Ohio et le Mississippi, en aval de Cairo. Les convois poussés de 40 ou 50 barges peuvent atteindre 10 000 t, bien qu'il leur soit difficile de négocier les méandres. Depuis 1985, la basse vallée du fleuve est partiellement concurrencée par l'ouverture d'un canal entre la vallée de la Tombigbee (Alabama) et celle du Tennessee. L'exploitation des hydrocarbures dans le golfe du Mexique a transformé le bas Mississippi en un véritable couloir pétrochimique.