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l'Homme aux rats

Cas princeps de névrose obsessionnelle traité par Sigmund Freud en 1907, cure exemplaire dont il rend compte dans Remarques sur un cas de névrose obsessionnelle (1909), et au cours de laquelle il met en évidence le lien entre les idées obsédantes et les désirs refoulés.

Il s'agit d'un jeune homme de trente ans, juriste, intelligent et sympathique. Sur les conseils d'un ami proche, il vient consulter Freud, dont il avait lu Psychopathologie de la vie quotidienne. Il se plaint d'obsessions et de compulsions qui lui ont fait perdre plusieurs années dans sa carrière. Entre autres choses, il redoute depuis quelques temps qu'il n'arrive malheur à son père et à une femme qu'il aime avec dévotion.

Dès la première séance, il raconte la scène infantile, que Freud place à l'origine des troubles. Âgé de six ou sept ans, le patient s'était glissé sous les jupes d'une gouvernante jolie et consentante et lui avait touché le ventre et les organes génitaux. Le patient déclare également qu'il a souvent le désir de voir des femmes nues, mais il ressent alors une « inquiétante étrangeté », comme s'il allait arriver quelque chose à son père et qu'il devait tout faire pour empêcher ces pensées. Freud attribue ces craintes à l'interdit dont est frappé le désir de voir des femmes nues et qui peut s'exprimer ainsi : « si j'ai ce désir, mon père doit mourir ». Il y a donc un désir associé à une crainte, un affect pénible et des mécanismes de défense qui déplacent cet affect sur une autre représentation anodine. L'obsédé est assujetti à des injonctions et à des paroles menaçantes qui le mettent dans une situation intenable. Ainsi en va-t-il pour l'anecdote de la dette qui semble avoir directement motivé la demande de cure de l'homme aux rats.

Cet épisode se situe pendant une période militaire au cours de laquelle le patient devait régler le prix d'une paire de lorgnons commandée à Vienne. La postière qui a réceptionné le colis avait avancé l'argent (3,80 couronnes). Or il se trouvait un capitaine, connu pour sa cruauté, qui enjoignit au patient de payer la somme à un certain lieutenant A., vaguemestre. Le patient savait parfaitement qu'un autre lieutenant avait déjà remboursé la postière. Mais cette injonction eut un effet de terreur sur lui et il fut pris par la contrainte d'y obéir, alors qu'il ne le voulait pas. Il craignait que le malheur ne frappe son père et sa dame d'élection. Par ailleurs, ce capitaine cruel avait raconté un supplice oriental qui consiste à attacher un homme nu sur un seau contenant des rats affamés ; les rats s'enfoncent lentement dans l'anus et le rectum du supplicié pour le dévorer. En fait, le patient redoutait que ce supplice ne soit infligé à son père et à son amie s'il ne payait pas sa dette, ce qu'il ne pouvait pas faire puisqu'elle avait déjà été réglée. Freud apprend à la deuxième séance que le père est mort depuis huit ans et que la dame repousse éternellement les avances du patient. Il note aussi que le patient raconte le supplice avec une jouissance évidente par lui-même ignorée.

Le patient confie à Freud qu'il était très proche de son père, et que celui-ci avait dans sa jeunesse contracté une dette d'honneur qu'il n'a jamais pu rembourser à cause de sa pauvreté. Il avait par la suite épousé une riche héritière.

Au cours de la cure Freud s'est employé à faire prendre conscience au patient de son ambivalence amour/haine à l'égard de son père, interdicteur de l'amour sensuel. L'homme aux rats n'avait pas fait le deuil de son père, mais refoulé sa mort si souvent souhaitée. Ses craintes traduisaient donc son agressivité refoulée envers son père et son désir mortifère à l'égard de la femme aimée avec tant de dévotion. L'obsédé se défend par l'annulation, le déplacement, la dénégation de ses vœux de mort et opère une régression de la libido au stade anal.

Il semble que l'homme aux rats ait bénéficié d'une amélioration après la cure avec Freud. Il est mort au front au cours de la Première Guerre mondiale.