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royaume des jardins de Dessau-Wörlitz

Site d'Allemagne (Saxe-Anhalt), inscrit par l'Unesco sur la Liste du patrimoine mondial.

Le « royaume des jardins » de Dessau-Wörlitz s'étend le long de l'Elbe et sur le territoire de la ville de Dessau, à quelque 80 kilomètres au sud de Berlin, dans les comtés d'Anhalt-Zerbst et de Bitterfeld. Selon l'Unesco, qui a inscrit ce paysage au patrimoine mondial de l'humanité en 2000, il s'agit d'un « exemple exceptionnel de l'application des principes philosophiques du siècle des Lumières à la conception d'un paysage intégrant harmonieusement art, éducation et économie ». Ces jardins marquent en effet une rupture avec les conceptions anglaise ou française des jardins, qui, à l'époque, servaient de modèles à travers le reste de l'Europe.

Histoire du site

La principauté d'Anhalt-Dessau avait, au xviiie s., une vocation agricole ; de petites dimensions, elle comptait quelque 36 000 habitants. L'idée de transformer sa petite principauté en un « royaume des jardins » est due au prince Leopold III Friedrich Franz von Anhalt-Dessau (1740-1817). Versé à l'âge de dix-sept ans dans l'armée prussienne, ce jeune prince refusa bientôt de servir davantage Frédéric II de Prusse, et démissionna de l'armée. Adepte de la philosophie des Lumières, il entreprit d'appliquer ces idées sur un plan pratique en transformant l'ensemble de sa principauté. Les nobles ayant été auparavant expropriés de leurs terres par son grand-père, ses projets ne rencontrèrent pas d'opposition, d'autant qu'il encouragea la population à participer à l'aménagement des jardins.

À partir de 1758, il modernisa le système de culture en développant l'usage des engrais et en remodelant le paysage selon des critères esthétiques et philosophiques. Au cours de l'été 1770, une crue de l'Elbe rompit les digues et détruisit les premiers aménagements, créant notamment deux petits lacs qui furent conservés par la suite. Il fallut alors reconstruire les digues de l'Elbe et de la Mulde, relier ces nouveaux lacs au lac de Wörlitz, creuser des canaux, aménager des ponts rappelant diverses époques historiques… À partir de 1770, le prince d'Anhalt-Dessau fit aménager à Wörlitz un premier pavillon dans le style palladien, ainsi qu'un jardin anglais. Ce premier jardin fut agrandi en 1778, puis une nouvelle fois dans les années 1790, et enfin après 1800.

Le site

L'ensemble des jardins s'étend sur une superficie totale de 112 ha le long de l'Elbe et de la Mulde, autour de Dessau jusqu'à Luisium, Georgium, Grosskühnau et Sieglitzer Berg, non loin de la Réserve de la biosphère de la vallée de l'Elbe (Flusslandschaft Elbe) créée en 1979 ; ils sont reliés entre eux de façon à constituer un « royaume des jardins », sans limites clairement définies, mais qui semble comme une continuation de la nature environnante, ou son expression idéale. Ils furent réalisés sous la direction du prince, d'après des plans des paysagistes J. F. Eyserbeck et J. G. Schoch qui avaient étudié les jardins anglais et hollandais.

Les aménagements ne se limitèrent pas aux éléments du paysage naturel. Ainsi, le château de Wörlitz (1769-1773), de style néoclassique, et ceux du Luisium (1778) et du Georgium (1780) furent confiés à l'architecte Friedrich Wilhelm von Erdmannsdorff. De nombreuses fabriques, dues à Erdmannsdorff ou à l'architecte Hesekiel, rappelant des architectures anciennes ou exotiques, furent élevées en divers sites. La Maison gothique, édifiée en 1773 sous la direction de Hesekiel, fut remaniée en 1813 afin d'abriter les collections d'art du prince Leopold Friedrich ; elle est devenue de nos jours un musée. Citons encore un temple de Vénus et diverses imitations de ruines antiques.

Les jardins revêtent une véritable dimension philosophique, qui reflète les conceptions des Lumières. Le parcours du visiteur dans le jardin de Wörlitz s'assimile à une initiation, puisqu'il doit partir de la « cellule du mystagogue » pour choisir ensuite entre deux voies : le « chemin de l'homme sans connaissance ni culture » ou le « chemin mystérieux du mystagogue, apprenti de connaissances divines ». L'une des particularités du jardin est que l'ensemble des tableaux paysagers qui le composent, y compris les nombreuses fabriques qui y sont dispersées, peuvent et doivent éveiller chez le promeneur un ensemble de sentiments très divers, et non pas les entraîner vers un seul type d'émotion, comme la mélancolie ou la joie. Le jardin est ainsi composé de divers tableaux d'une étendue limitée, et, en passant de l'un à l'autre, le visiteur peut découvrir les diverses facettes des sentiments humains.

Les jardins de Wörlitz inspirèrent Goethe ; son roman les Affinités électives s'inscrit dans un paysage très proche de celui de Wörlitz.

Le site classé par l'Unesco inclut également deux jardins qui furent aménagés avant ceux de Wörlitz : Oranienbaum, avec le château de la princesse Catherine, qui comprend notamment une « pagode » construite dans le parc et achevée en 1797 ; Mosigkau, où fut construit entre 1752 et 1757 un château rococo sur des plans de Georg Wenzeslaus von Knobelsdorff, et aujourd'hui transformé en musée. En revanche, une partie des jardins de l'époque du prince Leopold III Friedrich a disparu, du fait notamment de l'extension de la ville de Dessau.