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mont Athos

Mont Athos
Mont Athos

Nom de la plus orientale des trois péninsules de la Chalcidique, en Grèce, et de la montagne la dominant (2 033 m).

LA « SAINTE-MONTAGNE »

Introduction

Au nord de la Grèce, la presqu'île de Chalcidique avance trois appendices dans la mer Égée : l'appendice oriental (60 km de long sur 10 km de large) culmine à son extrémité dans le mont Athos (2 033 m). Il y a là un cap difficile à doubler, que Xerxès voulut séparer, par un canal, de la terre ferme.

La majeure partie de cette langue de terre est faite de collines revêtues de la forêt méditerranéenne originelle ; sur le littoral surtout ont été édifiés de hauts monastères fortifiés, dont les bâtiments encadrent une cour où se dresse le katholikon, l'église principale, rouge comme le sang des martyrs (« Donne ton sang et reçois l'Esprit », disent les moines).

Au sud, à la retombée du haut massif de calcaire (et de marbre) blanc, c'est le « désert » rocailleux, où se cachent les ermites, jusque dans les excavations presque inaccessibles des falaises marines.

Au sommet du mont est édifiée une chapelle de la Transfiguration, où l'on allume, le 6 août, un immense feu.

République de moines, « Jardin de la Vierge »

La « Sainte Montagne » est la dernière de ces colonies monastiques que l'Orient chrétien a multipliées de l'Égypte à l'Asie Mineure. C'est une république de moines, autonome sous le protectorat politique de la Grèce et la haute juridiction canonique du patriarcat de Constantinople. Cette république confédérale est à l'image de l'Église orthodoxe : les représentants de vingt grands monastères quasi souverains forment, dans la petite ville de Karyaí, la « sainte communauté », qui désigne chaque année un comité exécutif de quatre membres.

Cet État purement masculin, ou plutôt « Jardin de la vierge », est interdit à toute autre présence féminine, afin que l'éros s'intériorise et que l'homme naisse à l'éternité.

Le monachisme athonite

Le monachisme athonite est purement contemplatif. Mais la contemplation, toujours unie au travail manuel le plus humble, est conçue comme la forme suprême de l'action. Elle protège le monde et prépare sa transfiguration. Certains moines deviennent des « pères spirituels » au service des hommes.

Les types de vie monastique

Il en existe trois, avec progression possible de l'un à l'autre.– Dans les monastères « idiorrythmiques », chaque moine suit « son propre rythme » et vit à part. Seuls les principaux offices sont célébrés en commun.– Dans les monastères « cénobitiques » (communautaires), l'accent est mis sur la vie commune, l'obéissance, la psalmodie, les très longs offices, souvent nocturnes. Il n'y a pas de « règle » proprement dite, mais des indications et des exemples qui varient avec chaque communauté.– La voie « hésychaste » (du grec hêsukhia, « silence » de l'union avec Dieu) est pratiquée par des ermites et par de petits groupes de disciples autour d'un maître spirituel librement choisi. L'hésychasme est une méthode rigoureuse, qui utilise l'invocation du Nom de Jésus sur les grands rythmes corporels, permet d'unifier l'intelligence et le « cœur », et transforme le moine en stavrophore (« porteur de l'Esprit »), ressuscité dès ici-bas par les « énergies divines » qui rayonnent du Christ transfiguré (« lumière thaborique »).

L'Athos, cœur de l'orthodoxie

Depuis ses origines (ce sont les édits de Constantin Monomaque, au milieu du xie s., qui en constituèrent la charte), le monachisme athonite a assuré un ministère d'unité et d'universalité, devenant le centre spirituel d'une orthodoxie qui s'organisait en Églises presque indépendantes. Tous les pays orthodoxes envoyaient sur la Sainte Montagne moines et pèlerins ; tous accueillaient des missionnaires athonites. Les Bénédictins eurent un monastère à l'Athos jusqu'au xiiie s. Au xixe s. et jusqu'en 1914, l'afflux des moines russes fut immense.

Les renouveaux qui ont sauvé l'Église orthodoxe, l'un autour de 1300, l'autre autour de 1800, sont tous deux partis de l'Athos. Au xive s., saint Grégoire Palamas réalise une grandiose synthèse, inséparablement théologique et mystique. À la fin du xviiie s., saint Nicodème l'Hagiorite (du grec ághion oros, « sainte montagne ») rassemble une vaste anthologie de textes spirituels, la Philocalie (mot à mot : « amour de la beauté »). L'un et l'autre ont porté témoignage d'une expérience spirituelle capable de rénover l'Église et d'illuminer la culture (comme on peut l'observer aussi bien dans la « renaissance » des Paléologues que dans l'œuvre d'un Dostoïevski).

La crise actuelle

Les révolutions du xxe s. ont tari le recrutement slave et roumain, et cet affaiblissement numérique se traduit par des phénomènes de sclérose et parfois de démoralisation.

Mais la crise est aussi psychosociale, par inadaptation croissante d'un monachisme lié à une société agraire et traditionnelle. L'Athos, menacé, réagit trop souvent par la méfiance et le refus devant le monde contemporain.

Pourtant, quelques monastères grecs connaissent un renouveau, et la tradition hésychaste persiste au « désert ». Un des plus grands spirituels orthodoxes du xxe s. fut un moine athonite, le stariets Sylvain, mort en 1938 en priant pour le salut universel.

En 1963, les fêtes du millénaire ont rassemblé sur la Sainte Montagne, autour du patriarche œcuménique Athênagoras Ier, les patriarches ou les représentants au plus haut niveau de toute l'orthodoxie. Des liens ont été renoués entre les monastères non grecs et leurs Églises, et celles-ci, depuis, ont pu envoyer quelques moines : renouveau timide, malgré les obstacles politiques, d'un service d'universalité.

Les effectifs du monastère

LES EFFECTIFS DU MONASTÈRE
XIVe-XVIesiècles15 000 moines
19127 000 moines
19522 700 moines
19841 555 moines
19952 000 moines

 

L'ART DU MONT ATHOS

Introduction

La communauté monastique du mont Athos a accumulé depuis des siècles des trésors artistiques inestimables, dans le domaine de l'architecture, mais surtout de la peinture et des arts mineurs. Malgré les ravages du temps, un grand nombre de ces trésors ont été conservés, particulièrement pour certaines périodes. Beaucoup restent encore inconnus.

Architecture

Les bâtiments monastiques se présentent comme de petites forteresses et sont situés dans un paysage grandiose. Ils sont entourés de hautes murailles flanquées de tours-donjons et munies d'entrées fortifiées. Le katholikon, église principale, et le réfectoire sont au centre d'une cour sur laquelle donnent, adossés contre le mur d'enceinte, les corps des cellules, avec portiques à l'étage, et les annexes. Dans la cour se trouve la phiale, édicule circulaire à coupole reposant sur des colonnettes. L'arsenal, avec une tour fortifiée, est en dehors de l'enceinte. Cet aspect est modifié par des constructions plus récentes (xviie s.), qui déterminent une orientation des bâtiments vers l'extérieur, avec fenêtres et balcons au-dessus des murailles, et qui les font ressembler aux constructions civiles contemporaines de Macédoine. Des portails classiques ont été parfois ajoutés aux xixe s. et xxe s., tandis que s'élevaient les grands bâtiments et les églises des couvents russes.

Dépendances des monastères souverains, les skites se présentent sous la forme soit de monastères (Saint-André [russe] à Karayaí ; Prodhrómou [roumain]), soit d'agglomérations monastiques villageoises ayant un centre commun avec place publique, kyriakón (katholikon), réfectoire, hôtellerie. D'autres annexes des monastères sont constituées par les cellules, ou kathismata (hameaux monastiques isolés), et les ermitages.

Des édifices les plus anciens, il ne reste que le Protáton, église principale de la communauté à Karyaí (chef-lieu de la république monastique), de forme basilicale (ixe s.), et les katholika de Lávras (vers 1000), de Vatopedhíou (xie s.) et d'Ivíron (1000), ainsi que des fragments sculptés. Les autres édifices sont du xiiie s. (Khiliandharíou), du xvie s. et même du xxe s. La plupart des katholika appartiennent à un type spécial athonite (d'origine thessalonicienne) d'église en croix inscrite avec adjonction d'une salle, la liti (entre naos et narthex), et d'absides latérales. Le tout est surmonté d'une coupole centrale et d'un ensemble de calottes, de petites coupoles et de voûtes. La décoration extérieure est obtenue par le jeu des éléments constructifs, par la peinture rouge ou encore par un décor de céramique et de faïence. À l'intérieur des plus anciens édifices existent de beaux dallages de marbre et de mosaïque, ainsi que des placages de marbre et, plus tard, de faïence sur les murs.

Rien ne nous est conservé de la décoration figurée des églises et des ensembles monastiques avant les xie-xiie s.

Les mosaïques

Au monastère de Vatopedhíou, deux panneaux du xie s., un du xiie s. et deux compositions (Annonciation et Saint Nicolas) des xiiie-xive s., au Xenofóndos, deux panneaux (Saint Georges et Saint Dhimitrios) de l'époque des Paléologues sont tout ce qui subsiste.

Les fresques

Il reste quelques fragments du xiie s. à Vatopedhíou et à Ravdhoúkhou. Mais c'est surtout l'époque des Paléologues qui est bien représentée : au xiiie s. par les peintures de deux chapelles à Khiliandharíou et surtout au xive s., époque de grande activité. Trois ensembles du début de ce xive s. nous sont conservés : les peintures du Protáton à Karyaí, qui sont l'œuvre, selon la tradition, du grand peintre de Thessalonique Manouíl Pansélinos et qui ont été récemment restaurées (réalisme, mouvement, vérité intime, fraîcheur de couleurs) ; les fresques du katholikon de Khiliandharíou (serbe) du temps de Miloutine (1300), repeintes et pas encore restaurées (figures élégantes et élancées) ; celles de Vatopedhíou, dont une petite partie reste intacte. Il existe encore quelques restes au Pandokrátoros, et des fragments à Lávras. Ces peintures du xive s. comptent parmi les meilleures réalisations de l'art des Paléologues rattachées au centre de Thessalonique.

Le xvie s. marque profondément la peinture du mont Athos avec l'affirmation de l'école dite « crétoise » (d'après le lieu d'origine de la plupart des peintres). Cette école continue la peinture des Paléologues, mais sans la même recherche d'élégance : elle est plus sobre et réservée, plus ascétique, équilibrée et adaptée à l'architecture, avec des formes nettement modelées. Elle est assez ouverte aux influences occidentales. Dans les conditions spéciales de l'Athos, avec les grandes surfaces à décorer, l'élan créateur des peintres crétois s'est exercé sous l'influence, aussi, des grands ensembles laissés par le xive s. On peut donc parler d'un art crétois-athonite. Cependant, comme aux époques précédentes, l'Athos n'est pas un centre artistique autonome, mais un lieu de passage, un lieu de rencontre des artistes. Le mont Athos conserve seize grands ensembles de l'école crétoise, datés de 1535 à 1560. Le moine Théophane, son chef de file, décora le katholikon de Lávras (1535) et le katholikon de Stavronikíta (1546), un autre Théophane le narthex de Xenofóndos (1563), Zorzi le katholikon de Dhionyssíou (1547), Antoine celui de Xenofóndos (1544). Frángos Katellános, le seul qui ne fût pas Crétois, décora à Lávras la chapelle Saint-Nicolas (1560), y pratiquant un art proche des Crétois.

D'autres ensembles imitant l'art de Théophane ont été peints au xviie s. et pendant une partie du xviiie s. Mais vers le début du xviiie s. se dessine un mouvement de retour vers les modèles anciens, dont le représentant le plus connu, et non le plus doué, est Dhionýssios de Fourná (1670-1746), auteur d'un fameux Guide de la peinture. Plusieurs fresques de cette époque nous sont conservées dans des chapelles et des annexes. Les peintres ne viennent plus de Crète, mais d'Épire et de Macédoine notamment. Après le milieu du xviiie s., la peinture athonite porte l'empreinte du baroque populaire et naïf qui, souvent, n'est pas sans qualité (par exemple, le peintre bulgare Zaharij Zograf [1810-1853], qui peint vers 1850 l'exonarthex de Lávras).

Les autres richesses artistiques

Les icônes (du xive au xxe s.) suivent les mêmes tendances et sont dues aux mêmes auteurs. Les trésors, églises et chapelles renferment de nombreux objets de luxe (calices des viiie-xe s., ivoires, revêtements d'icônes, broderies), dons des empereurs de Byzance, des princes serbes et roumains, des tsars de Russie. Les bibliothèques gardent des manuscrits anciens (du viiie au xve s.), souvent illustrés, des chrysobulles et des livres rares. Les meubles de bois sculptés (iconostases, trônes, stalles, lustres, etc.) sont, pour la plupart, du xviiie s. Enfin, des gravures populaires ont été produites au mont Athos pendant les xviiie et xixe s.