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Syrie

Coupelle de pharmacie
Coupelle de pharmacie

Région historique de l'Orient comprise entre la Méditerranée, l'Euphrate l'Amanos et le Sinaï.

Introduction

Cet ensemble est, de nos jours, partagé entre la Turquie, la Syrie, le Liban, la Jordanie et Israël ; il constitue, sur 700 km du nord au sud, une bande habitée de 80 à 200 km de largeur entre la mer et la steppe désertique. Zone de passage entre l'Égypte, la Mésopotamie et l'Anatolie, pourvue d'une côte riche en escales, couverte autrefois d'épaisses forêts sur le Liban et l'Anti-Liban, la Syrie fut toujours un lieu de rencontre des cultures.

La Syrie antique

Premiers empires ; les Cananéens.

Les rois d'Ebla constituent le premier empire connu (vers 2350-2220), qui s'étend de l'Euphrate à l'Anatolie. Il s'y développe une culture écrite de langue sémitique, où les apports sumériens sont assimilés. Pendant trois à quatre siècles, la Syrie est troublée par les migrations de nouveaux peuples sémitiques. Naram-Sin, roi d'Akkad, détruit Ebla (vers 2200). Amorrites en Mésopotamie et en Syrie, Hourrites dans la boucle de l'Euphrate bouleversent les cités syriennes. Finalement, tout l'ouest de la Syrie voit se développer une culture originale, dite cananéenne, dont le premier grand centre est Byblos.

Cités syriennes et grands empires (xxe-xiiie s. avant J.-C.)

La Syrie établit des liens qui ne cesseront plus avec le monde égéen, Chypre et l'Égypte. Cités et royaumes mésopotamiens envoient leurs marchands dans les cités cananéennes. Politiquement, la Syrie demeure éclatée entre de petits royaumes ; l'akkadien demeure la langue de communication internationale.

À partir du xviie s., les grands empires se disputent l'hégémonie : Hittites d'Anatolie, Mitanniens de haute Mésopotamie, Égyptiens du Nouvel Empire dont les souverains multiplient les campagnes. Les souverains hittites et égyptiens se partagent la Syrie au xiiie s. avant J.-C. après plusieurs siècles de conflits (bataille de Qadesh, 1299). En dépit de ces guerres, les cités syriennes de la côte connaissent leur âge d'or, d'Ougarit au nord (où une culture cosmopolite s'élabore, et où le premier alphabet a été mis au point), aux cités cananéennes de Palestine, au sud : mondes mycénien, mésopotamien et égyptien y mêlent leurs apports.

Un siècle de désastres (xiiie-xiie s. avant J.-C.)

De tous côtés, le monde syrien est assailli. De la steppe orientale sortent de nouveaux envahisseurs sémites, les Araméens ; du nord, arrivent des bandes que les textes égyptiens ont appelées « Peuples de la Mer ». L'Empire hittite s'effondre ; Ougarit disparaît vers 1190 ; sur le moyen Euphrate, Emar est ruinée en 1187 ; dans le sud, les Israélites conquièrent les cités cananéennes. Quand un équilibre se restaure, quatre ensembles émergent : les cités cananéennes de la côte, que les Grecs vont appeler phéniciennes, les petits royaumes du Nord (néohittites) et de l'Est (araméens), et la Palestine, longtemps partagée entre les Israélites et les cités cananéennes.

Les nouveaux maîtres (ixe s. avant J.-C.-viie s. après J.-C.)

Les grands empires, assyrien et néobabylonien, détruisent un à un les royaumes indépendants ; après 743, Damas et Israël disparaissent ; en 587, c'est le tour de Jérusalem, en 573, celui de Tyr. Les Araméens imposent peu à peu leur langue et leur culture. L'Empire perse, qui doit régulièrement ramener les villes phéniciennes à l'obéissance, favorise ce nivellement.

Conquise par Alexandre, la Syrie est un champ de bataille entre Lagides et Séleucides. Les fondations de cités, la politique d'hellénisation modifient profondément les données culturelles, même si les Juifs refusent le mode de vie hellénique et forment un royaume indépendant à la fin du iie s. avant J.-C. Les Romains annexent la Syrie en 64 avant J.-C. Ils répriment deux révoltes juives (66-70 après J.-C. et 132-135), achevant la dispersion des Juifs de Judée. Dans le monde gréco-romain, le culte des divinités cananéennes et araméennes, plus ou moins heureusement assimilées aux dieux occidentaux, connaît une large extension. Inversement, la culture hellénique pénètre profondément les peuples de Syrie, comme en témoigne l'art nabatéen et l'art palmyrénien.

La Syrie est un enjeu entre le monde romain et le monde parthe, puis entre l'Empire d'Orient et l'Empire sassanide. En 262 après J.-C., les princes de Palmyre ont arrêté les Perses et Zénobie a fondé pour 10 ans un royaume indépendant. La région souffre quand le Sassanide Khosrô Ier mène une guerre offensive : Antioche est prise en 540 et sa population déportée. Les Sassanides reprennent encore Antioche (611), puis Jérusalem (614). L'empereur Héraclius reconquiert, après 622, la Syrie qui redevient byzantine ; enfin viendront les invasions arabes.

Cependant, dans l'Empire d'Orient ou byzantin, la Syrie demeure une province riche et active. La population, de culture mêlée, parle araméen (syriaque dans le Nord) et grec. Antioche est le siège d'un patriarcat ; la Syrie elle-même est un des foyers intellectuels du christianisme, où se développent plusieurs courants de pensée hérétiques : arianisme, nestorianisme, monophysisme ; leurs adeptes peuvent confondre lutte religieuse et lutte autonomiste contre l'autorité de Constantinople, gardienne de l'orthodoxie. Vaincus sur le Yarmouk (636), les Byzantins capitulent en 640 dans Césarée.

La Syrie arabe

Le gouverneur musulman Muawiya se fait reconnaître calife en 661 et fonde la dynastie omeyyade. Damas remplace Médine comme capitale du monde musulman et le demeure jusqu'en 750. Les villes et l'architecture musulmane arabe se développent. L'usage de la langue arabe se répand et les lettrés chrétiens autochtones jouent un rôle essentiel dans l'administration et la culture. Après l'avènement du califat abbasside (750), Bagdad devient la capitale de l'Empire musulman. Le morcellement de celui-ci entraîne la formation de plusieurs principautés autonomes autour de Damas et de la Palestine, liées à l'Égypte sous les Tulunides (879-905), les Ikhchidides (935-969) et les Fatimides (969, 970-1076), ainsi qu'autour d'Alep, dont celle des Hamdanides (944-1003) qui sont aux prises avec les Byzantins. Les mouvements chiites des xe s., xie s. et xiie s. touchent la Syrie par l'une des branches des Qarmates, par les Druzes (issus des Ismaéliens fatimides d'Égypte), par les « Assassins » (Ismaéliens nizarites) et par la dissidence proprement syrienne des Alawites (ou Nusayris), dont les communautés persistent de nos jours.

Les Turcs seldjoukides opèrent une restauration sunnite de 1060 à 1092, juste avant l'arrivée des croisés et la fondation des États latins sur le littoral syrien (1098-1109). Sous les assauts des Zangides (1127-1176), des Ayyubides (Saladin et ses descendants, 1176-1260), puis des Mamelouks d'Égypte et de Syrie (1260-1516), ces États s'amenuisent et le dernier d'entre eux tombe en 1291. Les Mamelouks s'illustrent surtout de 1260 à 1300 dans la résistance victorieuse aux invasions mongoles qui ont submergé l'Iran et l'Iraq.

La Syrie ottomane (1517-1918) puis française

Les Ottomans s'imposent en Syrie et en Égypte (1516-1517) contre les Mamelouks et perfectionnent leur administration par la décentralisation. Ainsi le Mont-Liban jouit-il de plus en plus d'une autonomie druze et maronite ; les pachas de Syrie deviennent au xviiie s. presque indépendants de la Porte. Au xixe s., Méhémet-Ali, pacha d'Égypte, et son fils Ibrahim s'imposent en Syrie (1831-1841) en s'appuyant notamment sur les maronites. Cela provoquera ultérieurement les graves conflits confessionnels antimaronites de 1858-1860 et l'intervention militaire française. Un sentiment national arabe naît à Damas, à Beyrouth et en Palestine dans les années 1910 et s'incarne dans la « révolte arabe » contre les Turcs de 1916-1918 aux côtés des Britanniques, et dans les Congrès nationaux arabes de Damas (1919 ; 1920). Mais Faysal, roi des Arabes, est chassé de Damas par les Français en juillet 1920. À cette date, le mandat confié par la S.D.N. à la France transforme le sandjak autonome du Mont-Liban en République du Grand-Liban, à majorité maronite. La Syrie française, amputée du Grand-Liban et de la Palestine, confiée aux Anglais, est elle-même divisée en plusieurs États : ceux d'Alep, de Damas (qui seront par la suite fédérés sous le nom de Syrie), l'État des Alaouites, le gouvernement autonome de la montagne druze, la province d'Alexandrette (qui sera cédée aux Turcs en 1939). La résistance nationale s'oppose à l'administration française et au morcellement du pays et anime les campagnes de 1920 (contre l'occupation française), de 1925-1927 (dans le djebel Druze) et l'agitation nationaliste de 1936. La Syrie est occupée en juin 1941 par des troupes britanniques appuyées par des forces de la France libre commandées par Catroux. Dès la fin de 1943, la suppression du mandat est prévue. En 1945 se développe à Damas un mouvement en faveur de la restauration de la Grande Syrie, favorisé par les Britanniques. Puis l'évacuation des troupes franco-britanniques en 1946 permet l'accession du pays à l'indépendance dans ses frontières actuelles.