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pélican

Pélican
Pélican

Ses petits fouillent au fond de son gosier et en ressortent parfois des morceaux rouges de sang. Mais ce n'est pas son cœur que le pélican leur donne à manger, seulement des poissons. Le grand oiseau primitif a le sens de la communauté, pas celui du sacrifice que lui a prêté la légende.

Introduction

Le pélican est un des oiseaux dont l'origine remonte le plus loin. Ses ancêtres auraient fait leur apparition il y a environ 100 millions d'années, à la fin de l'ère secondaire. Seuls les ordres comprenant aujourd'hui les grèbes, les cigognes et les hérons peuvent se prévaloir d'une origine aussi ancienne. C'est la raison pour laquelle on considère les pélicans comme des oiseaux primitifs, par opposition aux passereaux, par exemple, d'apparition beaucoup plus récente.

L'âge d'or des pélécaniformes aurait pris place au début de l'ère tertiaire, il y a de cela entre 65 et 54 millions d'années. Jamais les espèces de cet ordre ne furent plus nombreuses et diversifiées que durant cette période ; puis, peu à peu, la variété des espèces diminua régulièrement jusqu'à ne plus comporter que  les 66 espèces qui subsistent encore aujourd'hui à travers le monde.

Des fossiles des premiers « pélicans » ressemblant aux espèces modernes, mais d'une taille bien supérieure, ont été retrouvés dans des dépôts oligocènes datant en moyenne d'une trentaine de millions d'années. Pour ce qui est des espèces actuelles, les plus anciens ossements mis au jour datent du pléistocène, entre 2 millions d'années et 10 000 ans. Dans les dépôts de cette période, on les trouve en abondance, en compagnie des fossiles d'une dizaine d'autres espèces maintenant éteintes. Les recherches paléontologiques ont établi que les pélicans étaient, à l'époque, beaucoup plus répandus, en Europe, qu'ils ne le sont aujourd'hui. La Grande-Bretagne ou l'Allemagne abritaient alors des populations de pélicans comme en témoignent des ossements retrouvés dans le Yorkshire et la vallée du Rhin.

La diminution de l'aire de répartition des pélicans a été particulièrement forte en Europe et se poursuit en ce moment. Qu'il s'agisse du pélican blanc ou du pélican frisé, une espèce voisine, ces gros oiseaux sont en effet très farouches et ont absolument besoin, pour installer leurs colonies de nidification, de trouver des espaces à l'abri de toute perturbation. Une forte pression humaine est donc incompatible avec leur maintien.

Actuellement, le pélican blanc, surtout répandu dans les territoires de l'ex-U.R.S.S. (Asie centrale, Russie, Caucase) et en Afrique, est assuré d'un meilleur avenir, mais le pélican frisé est, lui, au bord de l'extinction.

La vie du pélican

Tous égaux, au sein de la communauté

Le pélican est un oiseau grégaire. Qu'il s'agisse de pêche, de déplacements, de repos ou de reproduction, toutes ses activités sont marquées par un fort instinct communautaire. Un pélican isolé est à coup sûr un animal égaré, blessé ou affaibli par la maladie. Selon les occupations et les périodes de l'année, la taille des rassemblements varie d'une dizaine à quelques milliers d'oiseaux. On peut voir deux raisons à ce grégarisme. La première, qui n'est d'ailleurs pas propre à l'espèce, tient à l'amélioration de la sécurité. Face aux prédateurs, l'union fait la force. Un groupe nombreux et compact présente un effet dissuasif dont ne bénéficie pas l'oiseau isolé. De plus, sur l'ensemble d'une colonie, il se trouve toujours une proportion d'oiseaux sur le qui-vive, prêts à signaler le moindre péril à leurs congénères. La seconde raison de ce grégarisme tient au souci d'améliorer les conditions de pêche par un repérage et un rabattage collectifs des poissons. Un comportement qui n'atteint un tel degré d'élaboration que chez le pélican.

Mais, quelle que soit la raison ayant présidé à leur formation, les groupes de pélicans ne sont jamais organisés selon une hiérarchie déterminée. Pas de dominants ni de dominés. Chaque oiseau se contente de s'intégrer à l'ensemble et d'y occuper une place à l'égal de ses voisins. Tout au plus peut-on noter une prééminence des adultes sur les immatures, notamment sur les lieux de pêche. Les meilleures proies reviennent aux pélicans plus âgés, qui parviennent à s'imposer grâce à leur expérience et à une audace supérieure.

Dans l'ensemble peu querelleur, le pélican n'exprime son agressivité vis-à-vis d'un congénère que de façon très limitée, sous la forme de brèves disputes pour la possession d'une proie ou pour empêcher un autre pélican de venir lui chaparder les éléments de construction de son nid. Bien qu'il soit exceptionnel que ces accrochages dégénèrent en affrontements violents, les plaies ou les cicatrices visibles sur la poche de certains pélicans témoignent que cela demeure possible. Les blessures en question sont infligées par le crochet qui termine la mandibule supérieure du bec. En cas de conflit, cet onglet corné pointu devient une arme capable de déchirer la poche de l'adversaire, qui est très vulnérable de par sa taille et la relative fragilité du tissu qui la compose.

Un des plus gros oiseaux capables de voler

Avec ses 10 à 11 kilos, le pélican est l'un des plus lourds oiseaux capables de voler. Ses ailes, qui atteignent 3,5 m d'envergure, valent celles de ces voiliers géants que sont l'albatros hurleur, le marabout et le condor des Andes.

Cet oiseau massif devrait peser encore plus lourd, étant donné son volume. Mais, comme bien d'autres volatiles, il jouit de particularités morphologiques qui allègent son corps par un phénomène de pneumatisation : ses os sont évidés, et chacun de ses poumons est pourvu de cinq « sacs aériens » de taille inégale. Ces sortes de poches aplaties enveloppent les poumons et les organes de l'abdomen, et se ramifient jusque dans les os, notamment ceux des ailes. En s'emplissant d'air, les sacs aériens contribuent à donner au pélican un volume idéal par rapport à son poids. Ils accroissent aussi l'apport d'oxygène, indispensable aux muscles au moment du vol.

Le pélican est capable de soutenir un vol battu ou « ramé » – faisant appel à des battements puissants et amples : 70 par minute au lieu de 3 par seconde chez la mouette – sur de longues périodes. Mais il est aussi, avec la mouette et le goéland, un des rares palmipèdes susceptibles de planer et de pouvoir tirer parti des courants ascensionnels d'air chaud. Cette aptitude au vol à voile lui permet d'interrompre le vol battu et de se reposer sans avoir à dépenser d'énergie.

Les longs vols migratoires

Toujours dans le souci d'économiser son énergie, le pélican, comme l'oie, vole en formations organisées en lignes obliques ou en chevrons. Chaque oiseau fournit ainsi un effort moindre du fait que son prédécesseur immédiat assure la pénétration dans l'air. Naturellement, cela ne vaut pas pour l'équipier de tête, dont l'effort est maximal. C'est pourquoi celui-ci « décroche » régulièrement, laissant la première position à l'un des oiseaux le suivant immédiatement, puis s'insère dans le groupe, souvent en queue de formation. Un roulement est ainsi assuré sans que soit jamais ralentie l'allure générale.

Chaque année, les populations de pélicans d'Europe et d'Asie occidentale vont hiverner en Afrique ou en Inde. Mais l'importance des déplacements migratoires en Afrique est difficile à apprécier dans la mesure où les pélicans originaires d'Europe se mêlent aux populations africaines de l'espèce. En revanche, on a pu observer en certains points où se concentrent les vols migratoires, comme les côtes d'Israël, des quantités élevées de pélicans – 3 000 en avril 1962.

Des os « pneumatiques » pour voler

Des os « pneumatiques » pour voler



Grâce a la structure particulière des parties les plus épaisses du squelette et des os longs des membres, le poids du squelette du pélican ne dépasse guère 10 % de son poids.

Une telle légèreté est due à la faible épaisseur du tissu osseux de la boîte crânienne et à l'évidement de nombreux os. Mais, pour renforcer ces os pneumatisés et pour compenser la diminution de résistance qu'entraîne leur évidement, ces os sont constitués d'une charpente complexe, dont les éléments rappellent des entretoises. Particulièrement élaborée chez le pélican, la pneumatisation fait défaut chez des espèces incapables de voler, comme l'autruche ou le manchot.

À un mois, les petits vont à la crèche

À l'approche de la période de reproduction, les pélicans abandonnent les zones d'hivernage et regagnent le site de nidification, où mâles et femelles s'apparient pour ne plus se quitter jusqu'au moment où ils auront fini d'élever leurs petits. Mais le cérémonial qui aboutit à la formation des couples diffère légèrement selon l'endroit où il a lieu.

En dehors du site de nidification, c'est la femelle qui prend l'initiative de s'approcher des mâles occupés à parader entre eux ou à se reposer. Certains, parfois un seul, s'écartent alors du groupe pour venir la séduire. Lorsque plusieurs mâles poursuivent une même femelle, l'un finit vite par s'imposer. Pour intimider ses compagnons, il lui suffit d'étirer le cou et de pointer le bec vers le ciel.

Le couple, une fois formé, s'isole et le mâle tente de s'accoupler. Mais, si la scène a lieu sur l'eau, le mâle, tout en chevauchant sa compagne, entraîne son immersion presque totale et l'accouplement reste incomplet.

Quand la colonie de pélicans est sur le site de nidification, ce sont les mâles qui vont vers les femelles. En attendant le moment choisi, ils se livrent à une parade collective, dont le rituel semble assez anarchique : avec des grognements variés, ils vont et viennent de leur démarche lourdaude, s'assemblent par moments en cercle, étirant le cou vers l'avant, bec tendu, s'agrippant par le bec ou le dressant vers le ciel. Les femelles restent en périphérie, attendant qu'un ou plusieurs mâles s'écartent du groupe de parade pour s'intéresser à elles. Quand c'est le cas, la plus entreprenante des femelles ne tarde pas à jeter son dévolu sur l'un d'eux. Le pélican élu chasse alors ses rivaux. Puis le couple s'envole ou gagne l'eau, le mâle nageant à côté de la femelle ou devant elle. À terre, le mâle suit la femelle en se pavanant. Écartant les ailes, il marche en se dandinant de façon appuyée, le cou tendu et le bec dirigé vers le bas. Une fois le lien nuptial établi, le couple rejoint le groupe de parade pour y demeurer un temps immobile ou se dirige aussitôt vers le futur site du nid.

C'est à la femelle que revient le choix de l'emplacement : des îlots bas, souvent sableux ou limoneux, ou de vastes massifs de roseaux, en bordure ou au milieu de plans d'eau. Lorsqu'elle est décidée, la femelle gratte le sol du bec et s'accroupit, et l'accouplement a lieu. Puis le mâle se met en quête d'éléments végétaux pour la construction du nid. Transportant les matériaux dans son bec ou dans sa poche, il va les déposer devant sa compagne qui se charge de les agencer.

Normalement, deux œufs sont pondus, que le père et la mère couvent alternativement. Lorsqu'ils éclosent, un mois plus tard, les jeunes qui en sortent sont entièrement nus. Durant les deux premières semaines, leurs parents les nourrissent d'une sorte de bouillie liquide qu'ils régurgitent. Ensuite, les oisillons plongent la tête dans le gosier, et jusque dans l'œsophage de leurs parents pour y puiser des morceaux de poisson. Vers trois semaines-un mois, les jeunes pélicans, alors recouverts d'un duvet sombre et fourni, se réunissent en « crèches » placées sous la surveillance de quelques adultes.

Lors du nourrissage, ce sont les parents qui reconnaissent leur progéniture, les oisillons étant, eux, incapables d'identifier leurs géniteurs. Les pélicans sont, avec les flamants et les manchots, une des rares espèces à procéder ainsi. Cette organisation permet aux deux adultes de participer en même temps à la recherche de nourriture pour leurs petits.

Les pélicans de la nouvelle génération sont capables de nager et de pêcher un peu avant deux mois. Ils quittent alors progressivement la crèche. La capacité de vol est atteinte vers 65-70 jours. Avec elle vient l'indépendance.

Les couleurs de la reproduction

Les couleurs de la reproduction



La tête et le bec du pélican blanc sont sujets à des variations d'aspect en fonction de la période de l'année et de l'âge. À l'approche de la saison de reproduction, les adultes arborent progressivement une huppe retombant à l'arrière de la tête, plus volumineuse chez la femelle. Les couleurs du bec et de la poche s'avivent, tandis que la zone de peau nue, à la racine du bec, gonfle et forme une protubérance.

Ces modifications signalent, aux partenaires éventuels, la disponibilité sexuelle et déclenchent les parades. C'est probablement la raison pour laquelle les pélicans immatures, inaptes à se reproduire, ne portent pas ces stimulations visuelles.

Son bec lui sert d'épuisette pour pêcher

Le pélican se nourrit exclusivement de poissons, qu'il pêche d'ordinaire en eau peu profonde, à proximité de la surface. Sa préférence va aux poissons grégaires évoluant en bancs et donc plus faciles à capturer. Mais il ne dédaigne jamais quelque belle proie isolée.

Dans la région du delta du Danube, le chercheur roumain G. Andone a pu déterminer que, pour 38 pélicans étudiés, l'éventail des proies était le suivant : carpe, 22,9 % ; bouvière, 15,2 % ; brème, 11,4 % ; rotengle, 9,5 % ; loche épineuse, 7,6 % ; et 12 autres espèces représentant les 33,4 % restants (les pourcentages indiquent la fréquence des espèces et non le poids des proies). Dans le delta de la Volga, une autre étude montre que la carpe vient également en tête, suivie par une variété locale de gardon, la perche de rivière et le brochet. Ainsi, en Europe, les cyprinidés (famille dont la carpe est le type) constituent l'essentiel des captures (près de 60 % du régime alimentaire dans l'exemple roumain). En Afrique, ce sont les cichlidés du genre Tilapia, beaucoup plus fréquents dans les eaux africaines, qui prennent la place des cyprinidés. Ces poissons atteignaient 83 % des proies pour 65 pélicans qu'ont examinés les chercheurs N.A. Din et S.K. Eltringham, sur le lac Edward, en Ouganda.

Le pélican est capable d'ingérer des poissons de belle taille, comme des carpes pesant jusqu'à 1,85 kg. La ration alimentaire quotidienne pour un adulte a été évaluée entre 900 et 1 200 g, mais la quantité de poisson transportée par les adultes à l'intention des jeunes est supérieure. En 1912, l'ornithologue R. von Dombrowski autopsia un pélican qui contenait près de 4 kg de poisson !

Une pêche collective bien synchronisée

Capable de traquer ses proies tout seul, le pélican pratique aussi une pêche collective des plus spectaculaires. Après avoir rejoint les lieux de pêche, les bandes de pélicans se fragmentent souvent en groupes de 6 à 20 oiseaux, qui se placent en demi-cercle et nagent serrés les uns contre les autres en scrutant l'eau avec attention. S'ils repèrent un banc de poissons, ils plongent tous le bec, tandis qu'ils ramènent les ailes au-dessus du dos (probablement pour assurer leur équilibre). Quelques secondes après, toute la troupe relève la tête avec, chaque fois, une étonnante synchronisation. La scène se répète ainsi à intervalles plus ou moins réguliers. L'intérêt de cette technique collective est double. En premier lieu, elle accroît les chances de repérage de proies potentielles : il suffit que l'un des membres de la troupe distingue des poissons pour que tous les autres en bénéficient. De plus, les becs ouverts et alignés côte à côte sous l'eau forment une sorte de barrière difficile à franchir et qui n'est pas sans rappeler un chalut.

De nombreuses espèces d'oiseaux plus ou moins grégaires cherchent leur nourriture en commun. Mais chaque oiseau se consacre à sa recherche personnelle. Seuls les pélicans et, dans une moindre mesure, les cormorans ont une technique collective de rabattage des proies.

Un piège idéal pour attraper les poissons

Un piège idéal pour attraper les poissons



Quand le pélican pêche, sa poche gulaire s'étire vers le bas sous l'action des muscles situés à la base de la langue. Avec une contenance qui atteint 12 litres chez le pélican blanc, elle constitue un piège idéal pour les poissons, en agissant à la façon d'une épuisette. Le crochet terminal de sa mandibule supérieure permet alors au pélican de saisir les poissons, même les plus glissants, qu'il lance ensuite en l'air pour les rattraper dans sa poche toujours largement ouverte et les avaler aussitôt.

Pour tout savoir sur le pélican

Pélican blanc (Pelecanus onocrotalus)

Le pélican est un de ces oiseaux universellement connus comme le cygne ou l'aigle. Sa silhouette trapue si particulière est en effet aisément identifiable. Les deux sexes sont quasiment indiscernables, bien que les femelles soient légèrement plus petites et moins lourdes que les mâles. Capable de se déplacer à terre, sur l'eau ou dans les airs, le pélican est néanmoins plus à l'aise dans ces deux derniers éléments. Afin de permettre la nage, ses pattes, courtes et robustes, sont palmées. Chez la plupart des palmipèdes – les canards, par exemple –, seuls les trois doigts antérieurs sont palmés. Le quatrième doigt, c'est-à-dire le pouce, est libre, court, et situé à l'arrière de la patte. Il ne participe donc pas à la propulsion. Au contraire, chez le pélican, le pouce est assez long, dirigé vers le côté interne de la patte et relié au doigt voisin par une membrane. La palmure est ainsi totale et assure une meilleure propulsion aquatique. Quand l'oiseau vole et qu'il doit ralentir pour se poser, ses palmures déployées participent au freinage, à la manière d'aérofreins. Cette morphologie particulière des membranes interdigitales est un signe distinctif, qui se retrouve chez tous les pélécaniformes, tels que les cormorans, les fous ou les frégates.

Les ailes du pélican doivent leur grande taille au développement du bras et de l'avant-bras. Lorsqu'elles sont fermées, le poignet, dirigé vers l'avant, est nettement proéminent. Une fois repliées, elles demeurent entièrement visibles à la différence de ce qui se passe chez la plupart des autres oiseaux. Le pélican est, en effet, dépourvu de ce que l'on appelle les « poches des flancs ». Ces poches, qui sont présentes par exemple chez les oies ou les canards, sont en fait des plaques de plumes appliquées contre les flancs lorsque l'oiseau vole. Au posé, les plaques s'écartent légèrement pour permettre aux ailes repliées de se coller au corps, après quoi elles reprennent leur position initiale en se replaçant sur les ailes. Mais, chez le pélican, les ailes sont beaucoup trop volumineuses pour être ainsi recouvertes et masquées par les plumes des flancs. Cette particularité contribue à donner au pélican posé à terre ou sur l'eau ces « épaules » carrées, si caractéristiques de cet oiseau.

En raison de son faible poids volumique, dû à une importante pneumatisation, le pélican nage le corps peu enfoncé dans l'eau, au contraire des cormorans et des anhingas, oiseaux plongeurs de l'ordre des pélécaniformes, qui ont le corps enfoui dans l'eau.

Le long bec du pélican porte sous la mandibule inférieure la fameuse poche gulaire qui a beaucoup fait pour la célébrité de l'animal. Elle lui sert à la fois d'engin de pêche et de sac pour transporter les matériaux de construction du nid. Mais elle possède aussi une fonction thermorégulatrice comme les oreilles de l'éléphant. En cas de forte chaleur, le pélican n'a qu'à déployer sa poche gulaire et à l'agiter spasmodiquement pour que le sang circulant dans les fins vaisseaux capillaires soit alors rafraîchi au contact de l'air et assure le maintien d'une température interne constante.

Comme la majorité des oiseaux, le pélican est doté d'une glande uropygienne, située sur le croupion, au-dessus de la racine de la queue. D'ordinaire plus développée chez les oiseaux aquatiques qui en ont particulièrement besoin, cette glande atteint la taille d'une noisette chez le pélican. Elle est terminée par un pinceau de courtes plumes et compte de 7 à 9 orifices en forme de fentes. Le pélican l'utilise régulièrement lors de sa toilette et pour les soins de son plumage. En la pinçant avec le bec, il peut en extraire une sorte d'huile épaisse, le sébum, dont il enduit ses mandibules pour l'étaler ensuite avec soin sur ses plumes. Les zones du corps qu'il ne peut pas atteindre avec son bec, comme le haut du cou et la tête, s'enduisent directement par frottement sur la glande uropygienne. Ce traitement a pour effet d'éviter le dessèchement des plumes qui, sans cela, perdraient leur souplesse et dont les fragiles éléments constitutifs deviendraient cassants. Il sert aussi à renforcer l'imperméabilisation du plumage. Offrant déjà, de par la structure même des plumes, une bonne résistance à la pénétration de l'eau, le plumage enduit de sébum se trouve recouvert d'un fin film graisseux dont la cohérence est assurée par sa structure moléculaire. En effet, les molécules de sébum s'attachent les unes aux autres grâce à la conformation particulière de leurs ramifications.

PÉLICAN BLANC

PÉLICAN BLANC

Nom (genre, espèce) :

Pelecanus onocrotalus

Famille :

Pélécanidés

Ordre :

Pélécaniformes

Classe :

Oiseaux

Identification :

Forte taille, grandes ailes, cou et bec longs, poche gulaire, pieds palmés

Envergure :

De 2,70 à 3,60 m

Poids :

De 9 à 11 kg

Répartition :

Europe orientale, Asie centrale, nord de l'Inde, Afrique tropicale

Habitat :

Plans d'eau et marais intérieurs, côtes

Régime alimentaire :

Piscivore

Structure sociale :

Grégaire, monogame

Maturité sexuelle :

À 3 ou 4 ans

Saison de reproduction :

De mi-avril à mi-septembre

Durée d'incubation :

De 29 à 36 jours

Poids de l'œuf :

De 155 à 195 g

Nombre de jeunes :

De 1 à 3

Longévité :

30 ans, en captivité

Effectifs, tendances :

Estimations : 270 000-290 000 individus. Tendance mal connue. Espèce éteinte en Hongrie et au Monténégro

Statut, protection :

Protégé ; souffre néanmoins de destructions ponctuelles et de la pollution des eaux

 

Signes particuliers

Onglet du bec

Situé à l'extrémité de la mandibule supérieure, l'onglet corné, fort et recourbé, est l'instrument idéal pour attraper les poissons, même les plus glissants. Mais cet onglet joue aussi un rôle fondamental de stimulus visuel dans les premiers jours qui suivent l'éclosion des poussins. Toujours brillamment coloré, dans des tons allant de l'orange vif au rouge cerise, il déclenche une réaction instinctive de picorage chez le pélican nouveau-né. Lorsqu'un des adultes revient au nid avec une provision de nourriture, il plaque son bec verticalement contre sa poitrine et commence à régurgiter une bouillie liquide prédigérée qui suit la gouttière formée par la poche gulaire et s'écoule par l'extrémité entrouverte du bec. Mais la présence de la nourriture ne suffit pas à provoquer chez le poussin l'envie de se nourrir immédiatement. C'est la vue de l'onglet coloré qui l'incite à becqueter, d'abord maladroitement, l'onglet lui-même puis des bribes d'aliments. Au bout de quelques jours, cette stimulation visuelle perd de sa force auprès des petits pélicans, et, tant que les jeunes ne sont pas encore en duvet, les parents doivent fréquemment les inciter à se nourrir en leur becquetant la tête ou le corps.

Œil

Comme chez de nombreux oiseaux, la couleur de l'iris du pélican varie en fonction de son âge. Dans le cas du pélican blanc, l'iris des oisillons en duvet est gris plomb. Puis, au bout de quelques semaines, il devient gris-brun. En grandissant, le jeune acquiert progressivement un iris bruni foncé. À la maturité sexuelle, le pélican arbore enfin un iris rouge vif.

Narines

Les narines du pélican sont étroites et pratiquement invisibles. En forme de fente, chacune d'elles est logée à la naissance de la mandibule supérieure dans une rainure latérale. Cette position élevée permet à l'oiseau de tremper la quasi-totalité de son bec dans l'eau sans immerger ses narines. Il peut ainsi continuer à respirer tout en traquant des proies évoluant à faible profondeur. En cas d'immersion complète, les narines comprimées ne laissent pénétrer qu'une très petite quantité d'eau.

Poche gulaire

Épuisette à paissons, organe permettant la thermorégulation, sac à matériaux de construction pour le nid, la poche gulaire cutanée du pélican remplit des fonctions très diverses. Richement vascularisé, son réseau sanguin est parfaitement visible par transparence lorsque la poche est dilatée.

Les autres pélicans

Il existe 7 ou 8 espèces de pélicans du genre Pelecanus rassemblées dans la famille des pélécanidés, appartenant elle-même à l'ordre des pélécaniformes, dont font également partie les phaétons (appelés encore oiseaux des tropiques ou pailles-en-queue), les cormorans, les anhingas, ou oiseaux-serpents, les fous et les frégates. On trouve des pélicans sur les cinq continents. Toutes les espèces se ressemblent étroitement, avec cette même morphologie caractérisée par un corps massif, un cou et un bec longs, et une vaste poche, ou sac, gulaire. Les divergences ne résident que dans la taille et les couleurs du plumage, la couleur dominante étant le blanc plus ou moins pur. Seuls le pélican à lunettes, aux ailes presque entièrement noires, et le pélican brun, le plus bigarré, font exception. Chez quatre des cinq espèces à dominante blanche, les immatures se distinguent des adultes par un plumage plus sombre, plus ou moins tacheté de brunâtre. Ils n'ont leur plumage adulte qu'au bout de plusieurs années. Toutes les espèces de pélicans sont grégaires et exclusivement piscivores.

Pélican frisé ou dalmate (Pelecanus crispus)

Envergure : de 3,10 à 3,45 m.

Identification : blanc, bout des ailes noirâtre. Bec rose orangé à racine noirâtre. Pattes grises.

Répartition : sporadique, de la Grèce au Kazakhstan (lac Balkhach). L'aire de répartition recouvre à peu près celle des populations septentrionales du pélican blanc.

Le pélican frisé a connu, aux xixeet xxesiècles, un déclin dramatique. De plusieurs millions, la population totale est passée à moins d'un millier de couples avant de se stabiliser entre 10 000 et 20 000 individus, dont 4 000-5 000 couples, grâce aux mesures de conservation. L'énorme population du delta du Danube n'atteignait plus qu'une centaine de couples, à peine, en 1979 avant de lentement remonter grâce à des mesures de protection de cette immense zone humide d'Europe qui reste toutefois encore très menacée. Mais l'espèce s'est éteinte en Hongrie, en Autriche, en Bosnie-Herzégovine et en Allemagne.Classée pare l'U.I.C.N. (Union internationale pour la conservation de la nature) dans la catégorie « vulnérable », inscrite à l'annexe I de la Cites (Convention sur le commerce international des espèces menacées d'extinction) et aux annexes I et II de la Convention sur les espèces migratrices (CMS, entrée en vigueur le 1er novembre 1983), l'espèce a fait l'objet de mesures de protection pour sa reproduction en Turquie, en Bulgarie et en Grèce, celle-ci abritant la plus large colonie de couples reproducteurs (environ 1 000) autour du lac Mikri Prespa. La plus grande partie des oiseaux se reproduisent cependant dans les anciennes républiques soviétiques (2 700-3 500 couples).

Pélican à dos rosé (Pelecanus rufescens)

Envergure : de 2,65 à 2,90 m.

Identification : blanc, bout des ailes noir. Bec rosé. Tour de l'œil jaune pâle. Pattes jaune rosé très pâle.

Répartition : moitié méridionale de l'Afrique, Madagascar, Corne d'Afrique sur environ 19 000 000 km². Les mouvements à l'intérieur de l'aire de répartition sont en relation avec les pluies (entraînant la création de plans d'eau temporaires) et les disponibilités alimentaires. Les effectifs sont estimés à 50 000-100 000 individus (2002).

Cette espèce a l'habitude de se reposer en se perchant dans les arbres.

Pélican blanc d'Amérique (Pelecanus erythrorhynchos)

Envergure : de 2,44 à 2,99 m.

Identification : blanc, huppe et poitrine lavées de jaunâtre. Bout des ailes noir. Bec jaune rosé à orangé, avec une excroissance cornée triangulaire sur la mandibule supérieure, uniquement en saison de reproduction. Pattes jaune orangé.

Habitat : fréquente essentiellement les eaux douces de l'inférieur, où il niche sur des îlots.

Répartition : Amérique du Nord et centrale. C'est l'espèce qui atteint les latitudes les plus septentrionales (Canada).

Le pélican blanc d'Amérique a connu une régression depuis le siècle dernier. À présent, il se reproduit surtout dans les provinces centrales du Canada, de l'Alberta au Manitoba. Aux États-Unis, les colonies subsistent dans le nord-ouest du pays, ainsi que dans les régions côtières du Texas. À l'automne, des rassemblements de plusieurs milliers d'oiseaux se constituent dans le sud des Grandes Plaines, préludant à la migration. Celle-ci mène les pélicans vers la Floride et le golfe du Mexique, jusqu'au Guatemala. Une fraction moins nombreuse de la population hiverne également de la Californie centrale au golfe de Californie. Sa population est estimée à 180 000 individus (2002).

Pélican gris (Pelecanus philippensis)

Envergure : inconnue. C'est néanmoins à cette espèce qu'appartiennent les individus les moins grands.

Identification : blanc grisâtre. Bout des ailes noir. Bec rosé et poche gulaire grisâtre tacheté de gris plus foncé. Pattes grisâtres.

Répartition : Asie du Sud (Sri Lanka, Inde, Népal) et Asie du Sud-Est  (Birmanie, Cambodge, Laos, Indonésie, Thaïlande, Viêt Nam). En hivernage, se répand sur l'ensemble du sous-continent indien.

Estimée à plus d'un million d'oiseaux dans les années 1920 en Asie du Sud et du Sud-Est, la population de pélicans gris s'est réduite à moins de 12 000 dans les années 1990 en raison de l'assèchement des zones humides pour l'agriculture. Les populations de Chine, des Philippines et du Bangladesh sont éteintes. Classée dans la catégorie « quasi en danger » par l'U.I.C.N.

Pélican brun d'Amérique (Pelecanus occidentalis)

Envergure : 2,03 m.

Identification : dos grisâtre strié de blanc. Tache jaunâtre à la poitrine. Avant et arrière du cou brun chaud. Front jaunâtre, tête blanche, le blanc descendant en pointe sur les côtés du cou. Bec bicolore, jaune rosé au-dessus et noirâtre en dessous. Tour de l'œil rose. Pattes plutôt noirâtres.

Répartition : sud des côtes occidentales et orientales de l'Amérique du Nord, Amérique centrale, Caraïbes, Brésil.

Pour certains spécialistes, les pélicans bruns habitant les côtes du Pérou et du Chili appartiennent à une espèce distincte, le pélican péruvien (Pelecanus thagus) ; pour d'autres, il ne s'agit que d'une sous-espèce (Pelecanus occidentalis thagus). Les différences entre les deux populations portent surtout sur la taille et la coloration du ventre. Le pélican brun « péruvien » est plus grand et son ventre est moucheté de taches blanchâtres, alors que celui du pélican brun « nordique » est uniformément marron foncé.

Habitat : contrairement aux autres espèces, le pélican brun vit toujours sur la côte, et se nourrit exclusivement de poissons péchés en mer.

Il diffère également des autres espèces par sa méthode de pêche. Au lieu de traquer le poisson en nageant, il le guette en survolant l'océan. Lorsqu'il a repéré une proie, le pélican brun pique, en refermant à moitié les ailes, d'une hauteur qui peut atteindre une vingtaine de mètres. Peu avant de percuter la surface, l'oiseau étend ses ailes en arrière, dans le prolongement du corps, et bascule sur le dos dans un mouvement de vrille. Il pénètre alors dans l'eau tel un projectile et, ouvrant son bec au dernier moment, il capture le poisson visé avec une grande précision.

Après l'avoir avalé, le pélican reprend son vol. Pour parvenir à prendre son essor, il court sur quelques mètres à la surface de l'eau, qu'il fouette de ses larges pattes, on dirait qu'il fait de grandes enjambées.

Pélican à lunettes (Pelecanus conspicillatus)

Envergure : de 2,44 à 2,60 m.

Identification : son nom lui vient de la zone de peau nue jaune qui entoure l'œil. Corps blanc. Ailes noires présentant une large tache centrale blanche. C'est la seule espèce dont la queue et le croupion soient noirs et séparés par une mince bande blanche. Bec rosé. Pattes noirâtres.

Habitat : l'espèce peut fréquenter les eaux douces de l'intérieur aussi bien que les eaux assez saumâtres des lagunes côtières des régions qu'il habite.

Répartition : Australie, Tasmanie, Papouasie-Nouvelle-Guinée, Timor oriental, îles Salomon, Indonésie. C'est la seule espèce de pélican qui existe sur le continent australien. On estime sa population de 100 000 à 1 million d'individus (2002).

Hors de la saison de reproduction (la ponte a lieu de juillet à novembre), certains pélicans à lunettes peuvent se livrer à des déplacements de grande envergure. C'est ainsi que des données concernant des sujets isolés en petits groupes ont été enregistrées par des équipes de chercheurs à Java, en Nouvelle-Zélande, dans les petites îles de la Sonde et jusqu'au nord de l'Équateur, dans les îles Palaos, situées à l'est des Philippines.

Milieu naturel et écologie

Le pélican blanc fréquente des milieux différents selon son implantation géographique, son type d'activité et la période de l'année, le dénominateur commun à tous ces milieux étant l'eau, une eau poissonneuse indispensable à son régime alimentaire hautement spécialisé. Il recherche, en priorité, les eaux douces, qu'il s'agisse de grands lacs, de vastes deltas ou de marais inondés. Mais il se contente, s'il le faut, d'eaux saumâtres ou salines, et habite alors des estuaires, des lagunes ou des côtes, notamment en bordure des mers fermées ou intérieures (mer Noire, mer Caspienne ou mer d'Aral). Les plans d'eau qui l'attirent peuvent se situer en milieu méditerranéen (Grèce, Turquie) ou être environnés de steppes (Asie centrale), de déserts ou de savanes (Afrique). En Afrique, les régions qu'il fréquente bénéficient d'un climat tropical à saison hivernale sèche.

Qu'elles soient douces, saumâtres ou salines, les eaux que le pélican exploite pour la pêche doivent toujours être relativement peu profondes. Son faible poids volumique, qui lui permet de voler malgré sa grande taille, l'empêche de plonger puisqu'il est beaucoup plus léger que l'eau. Il doit donc se contenter de rechercher ses proies à partir de la surface. Mais la longueur de son bec, ajoutée à celle de son cou, lui offre néanmoins la possibilité d'exercer son activité prédatrice dans des conditions satisfaisantes.

100 km pour aller à la pêche !

En période de nidification, les habitats que choisit le pélican blanc sont de deux types totalement opposés. Le premier, plus répandu en Europe et en Asie, est constitué de massifs de roseaux aussi étendus qu'impénétrables, atteignant souvent plusieurs mètres de haut. De la sorte, la menace des prédateurs terrestres est à peu près écartée. Le deuxième type d'habitat, en saison de reproduction, est formé d'îles ou d'îlots et de bancs de sable, au milieu des lacs et parfois même en mer (c'est le cas en Mauritanie, sur le banc d'Arguin). L'isolement de ces sites compense leur vulnérabilité due à l'absence de toute végétation.

Comme en saison de reproduction, le choix des zones d'implantation des colonies répond essentiellement à des critères de sécurité. Les pélicans doivent souvent aller chercher leur nourriture dans des endroits distincts, parfois très éloignés ; pour gagner les plans d'eau poissonneux, ils font facilement de 10 à 50 kilomètres, et, dans certains cas même, jusqu'à 100 km ! Les pélicans du delta du Danube peuvent ainsi parcourir de 120 à 200 kilomètres aller-retour selon qu'ils décident de gagner la zone côtière ou entreprennent de remonter le Danube.

Lorsqu'ils couvent, les pélicans reviennent dormir au nid. L'adulte qui n'est pas occupé à cette tâche dort à côté du nid ou reste parfois près des zones de pêche, en compagnie de ses congénères qui sont dans le même cas.

En dehors de la saison de reproduction, seuls les besoins nutritifs entrent en ligne de compte et les pélicans peuvent alors s'installer à demeure à proximité immédiate des lieux de pêche. Pour se reposer de jour ou dormir la nuit, les pélicans se cachent dans les roselières, lorsqu'il y en a. En l'absence de végétation riveraine (ce qui est le cas pour les oiseaux originaires d'Europe, lors de leur hivernage africain), ils recherchent des zones plates et dégagées où la vue porte loin, surtout des îles ou des bancs de sable. Les lieux de repos les plus favorables sont parfaitement connus des pélicans qui les fréquentent avec une très grande régularité.

Parfois, mais plus rarement, le pélican blanc peut se reposer perché dans les arbres. Il est amené à le faire lorsque, surpris par le mauvais temps au cours d'un déplacement, il ne trouve pas de plan d'eau pour s'y poser en toute sécurité, à l'abri du danger.

Le rôle du pélican dans l'équilibre biologique des régions qu'il peuple consiste dans la régulation des populations de poissons dont il se nourrit. Hormis l'homme, le pélican blanc n'a guère d'ennemis. La taille des adultes et le grégarisme de l'espèce constituent une protection efficace. Mais il peut néanmoins arriver que des jeunes, abandonnés un instant au nid, soient enlevés par des oiseaux de proie de bonne taille comme les aigles.

Le pélican et l'homme

Un rival pour les pêcheurs

Le pélican, jadis animal sacré, a toujours été une extraordinaire source d'inspiration. L'homme en a fait le symbole de l'amour paternel, du sacrifice et de la résurrection. Mais, aujourd'hui, il souffre de la rivalité des pêcheurs et de la disparition des roseaux.

Le mythe du pélican se sacrifiant pour ses petits

Les Égyptiens firent du pélican un animal domestique d'ornement, déambulant dans les jardins des palais. Pour les musulmans, l'animal était sacré. Cette vénération provenait d'une légende selon laquelle le pélican était supposé avoir participé à la construction de la Kaaba, à La Mecque. Les premiers chrétiens voyaient dans le pélican le symbole de l'amour paternel poussé à son paroxysme. Autrefois, il était en effet tenu pour certain que le pélican était prêt à se sacrifier pour nourrir ses petits en leur donnant ses propres entrailles en pâture. Cette croyance tire probablement son origine de la façon dont les jeunes fouillent profondément dans la gorge des adultes pour y puiser les morceaux de poissons plus ou moins prédigérés. La chair sanglante des proies fut alors assimilée à la propre chair des oiseaux nourriciers... De même que le mythique phénix, oiseau de feu, renaît de ses cendres, le pélican, associé à la « nature humide » que le soleil fait disparaître mais qui renaît l'hiver, est également symbole de résurrection. L'art chrétien a ainsi fait du pélican le symbole du Christ qui se sacrifie pour la rédemption des pécheurs. Au Moyen Âge, la représentation du pélican comme symbole du martyre et de la charité figure dans de nombreux ouvrages illustrés d'enluminures et sur quantité d'armoiries.

En héraldique, le pélican est traditionnellement représenté sur son nid, entouré de ses petits et se perçant la poitrine d'où coulent quelques gouttes de sang. Selon le vocabulaire propre à cet art, cette figuration porte le nom de « pélican avec sa piété ». Traversant les siècles, la légende du pélican se livrant pour le salut de sa progéniture n'a pas entièrement disparu, et il se trouve encore des âmes crédules pour y ajouter foi. Il faut reconnaître que la littérature a sa part de responsabilité en ce domaine. Ainsi dans sa Nuit de mai, le poète Alfred de Musset se fait l'écho de la légende :

« Lorsque le pélican, lassé d'un long voyage,

Dans les brouillards du soir retourne à ses roseaux,

Ses petits affamés courent sur le rivage

En le voyant au loin s'abattre sur les eaux (...)

Le sang coule à longs flots de sa poitrine ouverte (...)

Pour toute nourriture, il apporte son cœur. »

Le difficile partage des poissons, de l'eau et des roseaux

En dépit du sentiment de sympathie qu'inspire le pélican, ses rapports avec l'homme ne sont pas toujours, loin s'en faut, placés sous le signe de la concorde. Les populations de pêcheurs vivant à proximité des colonies de ces oiseaux n'ont jamais apprécié ce qu'ils considèrent comme une concurrence préjudiciable à leur activité. Il s'en est suivi des persécutions et des destructions, dont notamment les pélicans européens ont fait les frais. À cela s'ajoutent les perturbations indirectes occasionnées à ces oiseaux. L'exploitation des roseaux, en particulier, a entraîné – et provoque encore çà et là – des dérangements fâcheux conduisant parfois les pélicans à déserter des sites de nidification.

L'espèce la plus menacée est le pélican frisé. Alors que, en 1873, la population de cette espèce s'élevait à « plusieurs millions » d'individus, dans les dernières années du xixe siècle, elle était déjà tombée à « quelques milliers ». Pourtant, le pélican frisé a eu, par le passé, une aire de répartition beaucoup plus étendue. Des colonies ont existé sur l'Elbe, l'Escaut ou le Rhin, ainsi qu'en Albanie. Le déclin de l'espèce est uniquement imputable à l'action de l'homme : drainage à grande échelle des zones humides, destructions par les pêcheurs (soit directes, soit indirectes, par incendie des roselières abritant les colonies), récolte des roseaux et, plus récemment, pollution croissante des eaux. Le pélican frisé jouit cependant d'une protection légale partout où il se rencontre, dans les territoires de l'ex-U.R.S.S., en Bulgarie, en Grèce et en Turquie. Des plates-formes artificielles ont été placées dans des arbres bas pour favoriser la nidification. En Turquie, par exemple, de telles installations ont été adoptées par les pélicans du lac Manyas Gölü, près de la mer de Marmara. Enfin, dans la réserve de biosphère du delta du Danube, des mesures de conservation ont été prises en 2004 par les autorités roumaines (aidées financièrement par le Disney Wildlife Conservation Fund et par une campagne de récolte de fonds menée par la Société roumaine d'ornithologie) pour sauver le lieu de nidification de la troisième colonie de pélicans frisés d'Europe. Sans que sa situation soit aussi préoccupante que celle de son proche parent, le pélican blanc, encore mal connu, est également en diminution en Europe. Le phénomène est, toutefois, délicat à cerner, certaines colonies ayant disparu alors que d'autres se main tiennent ou progressent légèrement, son aire d'extension se situant entre 100 000 et 1 million de km2. Les populations africaines sont, quant à elles, prospères, mais les chiffres précis manquent, de même que pour l'ex-U.R.S.S. Il reste encore beaucoup à apprendre sur le pélican blanc, non sur sa biologie et son comportement, mais sur les déplacements migratoires et les zones d'hivernage des populations européennes et d'Asie centrale. Les données que pourraient fournir le baguage font encore défaut et seraient seules de nature à livrer des renseignements. En effet, les pélicans qui vont hiverner en Afrique s'y mêlent aux pélicans locaux (eux-mêmes sujets à des déplacements mineurs) et il n'est pas possible de distinguer les uns des autres.

Des pélicans gris qui nourrissent des hommes...

Un curieux cas de coopération entre l'homme et le pélican existe au Sénégal, dans la région de M'Bour, au sud de Dakar. Là, une colonie importante de pélicans est arrivée il y a quelques années ; elle a installé ses nids dans les arbres d'un village situé à l'intérieur des terres, au milieu du pays Sérère.

Lorsqu'ils reviennent de la côte où ils sont allés pêcher, les grands oiseaux laissent souvent tomber quelques-uns des nombreux poissons qu'ils transportent dans leur bec pour nourrir leurs petits. Les jeunes Sérères s'empressent alors de les ramasser pour aller ensuite les vendre dans les villages voisins. Les hommes, trop éloignés de la mer pour aller pêcher eux-mêmes, sont donc ainsi approvisionnés en poisson frais grâce aux pélicans. En échange de ces « cadeaux » involontaires, les pélicans reçoivent une protection absolue de la part des villageois qui veillent sur leurs nids.

Le pélican gris est également protégé dans les États de l'Inde du Sud  (Andhra Pradesh, Karnataka et Tamil Nadu) où la population augmente lentement grâce aux mesures de conservation prises par les autorités locales en collaboration avec des O.N.G.