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pic épeiche

Pic épeiche
Pic épeiche

Le pic épeiche, dont l'origine remonte à environ 20 millions d'années, est sans doute le plus commun et le plus répandu de tous les pics. Ses tambourinages répétés sur le tronc des arbres, ainsi que ses cris aigus et vigoureux, font de lui un virtuose de la communication au sein de la forêt.

Introduction

On peut remonter la filiation des pics jusqu'aux Enaliornis, sortes de gros oiseaux dotés de dents, qui ressemblaient à des manchots et qui vivaient il y a 110 millions d'années. Mais il faudra attendre un peu moins de 100 millions d'années pour trouver les premiers oiseaux apparentés aux pics. En effet, l'origine de la famille des pics est fort ancienne puisqu'elle existait déjà au miocène, il y a quelque 20 millions d'années. Le plus ancien fossile datant de cette époque a été découvert en France et appartenait au genre des Paleopicus. Ce n'est toutefois qu'au pliocène, entre 2 et 3 millions d'années, que les différents genres appartenant à la famille vont commencer à se différencier, en raison de la fréquentation de milieux distincts. Ainsi, par exemple, en Afrique, les pics vivant dans la grande forêt tropicale vont évoluer différemment du pic terrestre habitant la savane.

Traditionnellement, l'ordre des piciformes comprend les picidés (pics), les indicatoridés (indicateurs),  les ramphastidés (toucans, barbus, barbicans), les bucconidés (barbacous et tamatias) et les galbulidés (jacamars). Toutefois, la classification des oiseaux a connu d'importants changements depuis le début des années 1990. Les propositions de C.G. Sibley et J.E. Ahlquist (1990) fondées sur l'hybridation de l'A.D.N. avaient été vivement discutées avant d'être partiellement acceptées par certains systématiciens. Dans cette taxinomie, l'ordre des piciformes est remanié : les bucconidés et les galbulidés en sont séparés pour former l'ordre distinct des galbuliformes tandis que les ramphastidés sont divisés en plusieurs familles. Plus récemment, une étude parue dans la revue Science en 2008 (Hackett Shannon J. et alii, « A Phylogenomic Study of Birds Reveals Their Evolutionary History » in  Science, 27 juin 2008, vol. 320, n° 5884, pp. 1763 - 1768) a proposé un nouvel arbre phylogénétique des oiseaux et de nouveaux rapprochements entre espèces : ainsi les piciformes constitueraient un groupe spécialisé au sein des coraciiformes (martins-pêcheurs, guêpiers, rolliers).

Il existe actuellement 29 genres de pics, répartis sur tous les continents, à l'exception de l'Australie et de la Nouvelle-Zélande.

La vie du pic épeiche

Un sens pratique peu ordinaire

Parmi les pics européens, le pic épeiche est celui qui possède les plus grandes capacités d'adaptation alimentaire.

Les insectes vivant dans le bois et leurs larves constituent le menu de prédilection du pic épeiche. Doté d'une langue rétractile et d'un bec puissant, il fouille l'écorce et le bois des arbres morts.

Les trous dessinent souvent des anneaux horizontaux autour des troncs. En effet, les pics sucent la sève de l'arbre et en consommeraient également le bois tendre.

Mâle et femelle ont la même alimentation ; toutefois, la femelle prospecte plutôt la cime et les plus petites branches.

La technique de l'enclume

Le pic épeiche recherche à terre des fourmis, des graines, des cônes et des noisettes. Il détache les cônes des arbres en les tapant du bec à leur base ou en les tordant et les tournant jusqu'à ce qu'ils tombent.

Pour décortiquer les cônes et éplucher les noisettes, le pic utilise la technique « de l'enclume », qui possède trois  variantes. L'enclume occasionnelle est simplement une surface dure sur laquelle le cône ou la noisette sont décortiqués à l'aide du bec. L'enclume naturelle est une crevasse dans l'écorce du tronc, ou une cavité dans le bois. Le pic y coince la graine pour pouvoir ensuite l'éplucher avec le bec. L'enclume fabriquée est réalisée par l'oiseau lui-même, qui creuse une excavation pour y coincer les graines.

Le pic possède de nombreuses enclumes sur son territoire. L'Anglais L. Venables en a répertorié 57 sur un seul arbre ! Toutes ne sont pas utilisées. Cônes et noisettes sont transportés avec le bec, ou avec les pattes, jusqu'à l'enclume la plus proche. On pense même que l'oiseau est capable de choisir l'enclume la mieux adaptée à la taille du cône. D'abord il retire avec son bec les résidus de la graine précédente, tout en maintenant, avec sa poitrine, la graine intacte contre le tronc. Ensuite, il introduit cette graine dans l'enclume. Si la taille ne convient pas, il change d'enclume ou la modifie. Une fois la graine en place, il la travaille à petits coups de bec en la tournant 6 ou 7 fois. Il lui faut de 3 à 5 minutes pour décortiquer un cône de pin sylvestre et jusqu'à 30 minutes pour un cône d'épicéa.

Pillard et ingénieux

À l'occasion, le pic épeiche pille des couvées de passereaux, en particulier celles qui naissent dans les nichoirs. L'Allemand F.B. Ludesscher avança que plus de 50 % des nichées de la mésange nonnette étaient victimes du pic épeiche.

En été, le régime du pic comprend des insectes vivant dans les troncs d'arbres, mais aussi des araignées et des papillons. L'hiver, le régime devient presque exclusivement végétal. Mais l'oiseau, ingénieux, mange aussi du miel, des graines de tournesol ou de petits mammifères comme les écureuils nouveau-nés.

Un outil exceptionnel

Un outil exceptionnel



Le pic épeiche peut projeter sa langue rétractile à plus de 10 cm à l'extérieur du bec. Cela lui permet d'extraire ses larves préférées en fouillant sous l'écorce des troncs ou dans les trous forés par les gros coléoptères. En position de repos, les cornes hyoïdiennes, fixées dans la moitié droite de la mandibule supérieure, contournent le cerveau et sont doublées d'un muscle. La contraction de ce muscle pousse les cornes dans la langue plissée et la font s'allonger jusqu'à 12 cm à l'extérieur. La langue est couverte de minuscules barbules qui, revêtues d'une salive visqueuse, engluent facilement les insectes et les larves.

Un architecte avisé

Pour creuser son logis, le pic épeiche choisit des arbres très divers, sans préférence nettement marquée. Toutefois, il évite les conifères, à cause des coulées de résine. Le mâle effectue plusieurs ébauches, mais ce n'est qu'après l'accouplement que la cavité définitive est choisie et achevée. Les pics réutilisent fréquemment une ancienne cavité, soit de l'année précédente, soit plus ancienne. Dans ce cas, seul un réaménagement sommaire est nécessaire.

Le trou d'entrée se situe entre 3 et 5 m de hauteur avec des extrêmes allant de 40 cm à 20 m. Pour creuser leur cavité, les oiseaux peuvent mettre de 14 à 25 jours selon la dureté du bois choisi.

Mais certains pourront en terminer en 10 jours, alors que d'autres travailleront une quarantaine de jours pour rendre la loge utilisable. Les deux partenaires participent au creusement, mais la part du mâle est prépondérante.

Avant de commencer son œuvre, le pic épeiche recherche minutieusement l'endroit où le bois est le plus tendre. À l'aide du véritable ciseau à bois que constitue son bec lorsqu'il est à peine entrouvert, il entaille le tronc à coups répétés. Progressivement, le travail avance. Bientôt, tout l'avant du corps de l'oiseau disparaît dans la loge. Une fois le couloir d'entrée façonné, le creusement de la chambre de nidification commence.

Pour progresser, l'oiseau s'accroche avec ses pattes robustes, tête en avant. Régulièrement, il évacue les copeaux résultant du forage. À la fin de l'opération, un lit de copeaux sera laissé au fond de la chambre de nidification. C'est là que la femelle déposera ses œufs.

Dans la vie des pics, le gîte joue un rôle capital. L'attachement qui lui est porté est sans doute lié au caractère casanier des oiseaux.

Un oiseau percussionniste

Le pic épeiche reste fidèle à son domaine. En dehors de la période de reproduction, mâle et femelle vivent séparés, et occupent chacun leur propre territoire.

Si les ressources alimentaires abondent, le territoire hivernal est très réduit, un hectare à peine. Cependant, il est généralement plus vaste et dépend de la hauteur et de la densité des arbres de la forêt. De 2 ha dans une jeune chênaie-charmaie, il peut s'étendre à 25 ha lorsqu'il est occupé par des chênes ou des pins centenaires. Si l'hiver est rigoureux, le pic épeiche peut rayonner sur plus de un kilomètre autour de son dortoir.

En hiver, on observe parfois des regroupements d'individus, par exemple lorsque la nourriture est accessible. Toutefois, si la densité des oiseaux augmente, la défense du domaine vital se renforce. D'après l'ornithologue finlandais A. Pynnönen, les pics occupant des territoires contigus reconnaissent les côtés des troncs qui les limitent.

La nécessité d'un bon environnement

La taille du territoire du pic épeiche varie de 4 à 60 ha en saison de reproduction. Dans des secteurs très favorables, cette surface peut être très réduite : moins de un hectare en Russie, et même moins de 25 m entre deux nids en Allemagne. Toutefois, la densité des couples reproducteurs est fortement liée à la nature du milieu végétal : en Suisse et dans l'ouest de l'Allemagne, on relève 2 couples pour 10 ha dans de jeunes chênaies-charmaies. L'ornithologue allemand E. Rutschke montre que la densité des nicheurs chute de 80 % environ dans les pinèdes artificielles du Brandebourg (est de l'Allemagne).

De longs préliminaires

Dès janvier-février, les oiseaux émettent des cris aigus et se poursuivent de façon agressive le long des troncs. Petit à petit, l'agressivité s'estompe, laissant place aux premiers vols nuptiaux.

Les oiseaux volent avec de lents battements d'ailes, la queue étalée, chacun essayant d'attirer l'autre vers le nid. Lorsque l'un d'eux y parvient, l'autre rentre et inspecte la cavité. Quand le site du futur nid est adopté par les deux partenaires, les accouplements commencent. La femelle sollicite le mâle par trois séries de tambourinage et par un vol nuptial, ou en s'accroupissant sur la branche. L'accouplement ne dure pas plus de 3 secondes. Il se renouvelle 6 fois par jour avant et après la ponte, et seulement de 2 à 4 fois au début de l'incubation. Il est suivi d'un envol et d'une posture particulière : les partenaires, ailes pendantes et bec pointé vers le ciel, se serrent l'un contre l'autre.

Une communication cadencée

Une communication cadencée



Pour communiquer, le pic épeiche martèle les arbres à l'aide de son bec. Il possède un répertoire composé de trois types de martelage. Un conflit entre voisins est indiqué par des séries de tambourinage irrégulières, avec des pauses variables entre chaque série. Les conflits territoriaux et sexuels entre mâles et femelles se manifestent par des séries de trois martelages, rapprochées et groupées par deux, interrompues par de longues pauses. Pour marquer son territoire, le pic choisit un tronc aux grandes capacités résonnantes, afin d'être entendu à près de 1 km. Ce dernier type de martèlement est composé de séries de 13 coups en moyenne, durant chacun 0,56 seconde. Enfin, le pic produit parfois des martèlements nerveux, provoqués par l'excitation.

Des oisillons très goulus

Les pontes ont lieu du début d'avril à la fin de juin. La femelle pond en moyenne de quatre à sept œufs blancs et luisants, trois au minimum, huit au maximum. Chaque œuf est émis à un jour d'intervalle, et la couvaison débute avec la ponte du dernier œuf. Chaque œuf mesure en moyenne 27 × 20 mm et pèse environ 5 grammes.

L'incubation dure de 10 à 13 jours. Elle est assurée par les deux partenaires. Il semble même que le mâle assume une part plus importante de la couvaison. Si la première ponte est détruite, le couple effectue une ponte de remplacement.

Les poussins naissent presque simultanément, aveugles et nus. Pendant les 10 premiers jours, l'un des parents reste au fond du gîte pour les réchauffer.

Un rythme infernal

Les poussins sont constamment alimentés, autant par le père que par la mère. Le rythme du nourrissage est très soutenu, à raison de huit à dix fois par heure, depuis l'aube jusqu'à une ou deux heures avant le coucher du soleil. Plus rapides le matin et en début d'après-midi, ces cadences ralentissent et peuvent même totalement cesser lorsque le soleil est au zénith.

Les premiers jours, les jeunes possèdent un bourrelet de chair jaunâtre aux commissures du bec. Dès que ce bourrelet est touché par l'adulte, l'oisillon ouvre son bec pour recevoir la nourriture, qui est directement introduite dans son gosier. Chaque becquée contient quatre ou cinq proies, jusqu'à dix parfois. Les plus grosses larves sont apportées isolément.

Le repas comprend essentiellement des larves d'insectes : coléoptères, libellules, papillons... En Corée, P.O. Won a observé que la nourriture des poussins était, à 78 %, composée de larves de lépidoptères et d'hyménoptères, le reste comprenant des papillons, des araignées, des œufs d'oiseaux et une petite quantité de débris végétaux. En Suisse, Jennin a trouvé, dans les repas distribués aux jeunes, 85 % de chenilles.

Une hygiène essentielle

Pendant dix jours, les jeunes sont alimentés au fond de la cavité. Ils se tiennent assis sur leurs talons. Ceux-ci sont revêtus d'une excroissance qui disparaît dès que les plumes de la queue – les rectrices – sont assez développées pour permettre aux oisillons de s'appuyer aux parois du logis.

Rapidement, les poussins apprennent à se hisser le long des parois de la cavité. À tour de rôle, ils se montrent à l'entrée du trou d'envol pour recevoir la provende. Ils émettent à cette occasion de petits cris aigus qui permettent de les repérer d'assez loin.

Les parents assurent la propreté du nid. Sans leur vigilance, celui-ci deviendrait vite un cloaque nauséabond. Enveloppés dans une membrane souple, le sac fécal, les excréments des poussins sont évacués par les adultes qui les transportent au-dehors dans leur bec.

Les jeunes prennent leur envol entre 20 et 24 jours, mais ils sont encore nourris pendant dix jours par les parents. Pendant cette période d'émancipation, ils dorment au nid. Ils sont ensuite expulsés du territoire.

Une chambre pour nicher et dormir

Une chambre pour nicher et dormir



Le pic épeiche creuse son nid dans pratiquement tous les arbres. La loge, forée à 4 ou 5 m au-dessus du sol, possède un orifice d'entrée et de sortie horizontal, de forme ovale, et d'un diamètre de 5 à 6 cm environ. La profondeur du nid est de 30 cm environ. Mais le diamètre interne n'est que de 12 cm. Quelle promiscuité lorsque 5 ou 6 jeunes d'une quinzaine de jours s'y blottissent !

Pour tout savoir sur le pic épeiche

Pic épeiche (Dendrocopos major)

Comme tous les pics, le pic épeiche est un oiseau très bien adapté à la vie dans les arbres, qui lui fournissent non seulement son logis et sa nourriture, mais lui offrent aussi de formidables caisses de résonance pour ses divers tambourinages.

Une multitude de caractéristiques anatomiques favorisent la symbiose entre le pic et l'arbre. Son bec est conformé de manière telle qu'il peut travailler le bois, à la fois pour se nourrir de la sève, extraire les larves d'insectes et creuser la loge dans laquelle il dort et se reproduit. Ce bec abrite une langue qui peut jaillir à plus de 10 cm à l'extérieur, afin d'extraire ses proies favorites de leurs refuges. Au niveau de la tête, un mécanisme complexe de muscles et de ligaments protège le cerveau de l'oiseau des nombreux chocs violents transmis par le bec chaque fois qu'il frappe le bois.

Comme tous les oiseaux, le pic épeiche peut voir et entendre à une assez grande distance. En revanche, on pense que son odorat est inexistant. L'habileté du pic à grimper le long des troncs est renforcée par les rectrices de sa queue dont la partie médiane (rachis) rigide fournit un point d'appui efficace. Les pattes sont munies de quatre doigts : deux vers l'avant, deux vers l'arrière. Des griffes courbes et acérées, actionnées par des muscles puissants, garnissent les doigts.

Le dimorphisme sexuel entre mâle et femelle est discret mais net. Les mâles arborent derrière la nuque une tache rouge bien visible lorsqu'ils escaladent les troncs. Les femelles en sont totalement dépourvues. Elles sont, de plus, légèrement plus petites que les mâles. Quand aux jeunes, on les distingue facilement des adultes pendant les premiers mois de leur existence, grâce à la tache carmin qui orne le sommet de leur crâne.

Le régime alimentaire du pic épeiche est particulièrement diversifié : de la noisette à la larve de coléoptère en passant par les œufs de passereaux. En été, les insectes et leurs larves figurent en priorité au menu des adultes et de leur progéniture. En hiver, les cônes de conifères constituent la base de l'alimentation.

En raison de la décomposition de la litière au fond des cavités, le pic épeiche est, comme toutes les espèces qui nichent dans des cavités, à la merci de nombreux parasites. C'est pourquoi il consacre à son plumage un soin méticuleux. Il humecte fréquemment ses plumes en se baignant dans des flaques, ou bien il se pose à proximité d'une fourmilière et laisse ses occupantes envahir son plumage. Les émissions d'acide formique résultant des piqûres des insectes contribuent à éliminer les hôtes indésirables.

Sous-espèces

Il existe plus d'une vingtaine de sous-espèces différentes de pic épeiche sur l'ensemble de son aire de répartition, dont les plus importantes sont :

Dendrocopos major anglicus, sur les îles Britanniques ; Dendrocopos major pinetorum, en Europe centrale ; Dendrocopos major parroti, en Corse ; Dendrocopos major hispanus, en Espagne et au Portugal ; Dendrocopos major italiae, en Italie, en Sicile et dans certains pays de l'ex-Yougoslavie ; Dendrocopos major mauritanus, au Maroc. La sédentarité de l'espèce est à l'origine de ce nombre élevé de sous-espèces.

PIC ÉPEICHE

Nom (genre, espèce) :

Dendrocopos major

Famille :

Picidés

Ordre :

Piciformes

Classe :

Oiseaux

Identification :

Corps bigarré de noir et de blanc, rectrices rigides, dimorphisme sexuel matérialisé par une calotte rouge chez le mâle

Longueur :

De 22 à 23 cm

Envergure :

De 34 à 39 cm

Poids :

De 76 à 100 g

Répartition :

Europe, Afrique du Nord (Algérie, Maroc,Tunisie), Chine, Japon, Asie du Sud-Est, Asie centrale

Habitat :

Forêts de feuillus, de conifères et mixtes

Régime alimentaire :

Omnivore

Structure sociale :

Monogame, sédentaire

Maturité sexuelle :

Non connue, mais probable à un an

Saison de reproduction :

De début avril à fin juin

Durée de l'incubation :

De 10 à 13 jours

Nombre de jeunes :

De 3 à 8

Poids à la naissance :

3,8 g

Longévité :

Record : 10 ans et 9 mois

Effectifs, tendances :

24 000 000-37 000 000 d'individus estimés en Europe. Effectifs stables partout où les forêts se maintiennent

Statut, protection :

Protégé partout (inscrit à l'annexe II de la Convention de Berne notamment), apparemment peu menacé

 

Signes particuliers

Crâne

L'activité principale du pic épeiche ressemblant fort à celle d'un marteau piqueur, l'oiseau est soumis à de fréquentes vibrations. Compte tenu des nombreux chocs encaissés par le crâne, des mécanismes adaptatifs fort précieux se sont mis en place pour empêcher une détérioration de l'encéphale de l'oiseau. Tout d'abord, les os de la mâchoire sont partiellement isolés du crâne. Ainsi, les secousses absorbées et réparties par les muscles et les ligaments ne traversent pas les os. Un muscle spécial joue le rôle de frein principal. Le reste du choc est transmis au cou par la base et la partie occipitale du crâne, ce qui épargne l'encéphale.

Bec

Quand on l'observe latéralement, le bec a la forme d'un ciseau à bois, avec une extrémité obtuse et non pointue. En revanche, vu de dessus, il apparaît comme très effilé. Cette conformation permet au pic épeiche d'inciser le bois puis d'en extraire des copeaux. L'usure du bec, liée à son intense activité, est compensée par une croissance très rapide. D'après A. Pynnönen, le bec grandirait de 0,1 à 0,3 mm par jour !

Langue

Longue et effilée, la langue est mue par un mécanisme élaboré qui lui permet de sortir hors du bec pour s'introduire dans les trous où se développent les larves d'insectes. Cornée à l'extrémité, elle est munie d'une multitude de petits crochets lui permettant de harponner facilement les proies. De surcroît, elle est enduite d'une sécrétion visqueuse émise par une glande salivaire, ce qui augmente encore ses capacités d'extraction.

Pattes

Les doigts des pattes ont une disposition particulière aux picidés, dite « zygodactyle » : le 1er et le 4e sont tournés vers l'arrière, le 2e et le 3e vers l'avant. Chacun est armé d'une griffe courbe très acérée, constituant un crochet qui s'incruste dans le bois et assure au pic une progression rapide et sûre. De plus, les muscles extenseurs et fléchisseurs des pattes sont très développés.

Queue

La queue du pic épeiche trahit le statut de grimpeur de son propriétaire. Elle est composée de 10 rectrices dont la rigidité est redevable à un rachis (partie centrale rigide) très résistant et pointu à son extrémité.

Les autres pics

La famille des picidés réunit 218 espèces réparties en trois sous-familles : les jynginés, ou torcols ; les picumninés, ou piculets ; les picinés, ou pics.

Les torcols sont les plus primitifs. Comme leur nom l'indique, ils présentent la particularité de pouvoir tourner la tête pratiquement à 180°. Incapables de creuser eux-mêmes les trous qu'ils habitent, ils utilisent les cavités naturelles ou d'anciennes loges de pics. Il n'existe que deux espèces de torcols, l'une nichant en Europe et en Asie et hivernant au sud (torcol fourmilier, Jynx torquilla), l'autre habitant l'Afrique (torcol à gorge rouge, Jynx ruficollis).

Les piculets comptent 30 espèces réparties en trois genres, dont picumnus (26 espèces), habitant pour la plupart l'Amérique centrale et l'Amérique du Sud, et quelques autres l'Asie et l'Afrique. Très petits, puisque le plus grand ne mesure que 12 cm, ils vivent plus volontiers sur les lianes et dans les buissons que sur les branches des arbres.

La sous-famille des pics compte 186 espèces réparties en 25 genres. Certains genres ne comportent qu'une, deux, trois ou quatre espèces, généralement localisées dans une seule région : Xiphidiopicus (une espèce ; Cuba) ; Dinopium (quatre espèces ;sous-continent indien, Asie du Sud-Est) ; Chrysocolaptes (deux espèces ; sous-continent indien, Asie du Sud-Est) ; Geniculus (deux espèces ; sous-continent indien et Asie du SudEst) Blythipicus (deux espèces ; sous-continent indien, Asie du Sud-Est) ; Reinwardtipicus (une espèce ; Asie du Sud-Est) ; Meiglyptes (trois espèces ; Asie du Sud-Est) ; Hemicircus (deux espèces ; sous-continent indien, Asie du Sud-Est) ; Mulleripicus (trois espèces ; sous-continent indien, Asie du Sud-Est) ; Geocolaptes (une espèce ; Afrique); Thripias (trois espèces ; Afrique) ; Mesopicos (trois espèces ; Afrique).

Les 13 autres genres de pics sont les suivants :

Genre Dendrocopos

Ce genre est formé d'espèces auparavant classées dans les genres Picoides et Dendropicos.

Vingt-cinq espèces, dont le pic épeiche

Répartition : Asie du Sud ; Asie du Sud-Est, Asie centrale, Chine, Russie, Péninsule arabique, Europe. Dendrocopos obsoletus est la seule espèce africaine de ce genre.

Quelques espèces rares : Dendrocopos noguchii, endémique de l'île d'Okinawa au Japon, est en « danger critique d'extinction » ; Dendrocopos ramsayi, endémique des îles Sulu aux Philippines, est « vulnérable » ; Dendrocopos dorae, espèce rare du Yémen et d'Arabie saoudite, est « vulnérable ».

Genre Melanerpes

Vingt-trois espèces.

Identification : taille moyenne (20 cm environ) ; plumage bigarré.

Répartition : des bocages aux forêts humides tropicales ; Amérique centrale, Amérique du Sud, sept  espèces en Amérique du Nord.

Comportement : sédentaires.

Quelques espèces : le pic à tête rouge (Melanerpes erythrocephalus), au Canada et aux États-Unis, stocke des réserves de graines dans des cavités pour les consommer en hiver et montre une agressivité particulière pour les défendre ; classé dans la catégorie « quasi menacé » depuis 2004 ; le pic de Gila (Melanerpes uropygialis), au Mexique et aux États-Unis, niche dans de grands cactus.

Genre Sphyrapicus

Quatre espèces.

Identification : taille moyenne (20 cm environ) ; pics bigarrés, dos noir avec des marques blanches sur les ailes, tête plus ou moins rougeâtre.

Répartition : des forêts de conifères de montagne aux forêts tropicales humides ; Amérique du Nord et Amérique centrale.

Quelques espèces : pic maculé (Sphyrapicus varius), pic à poitrine rouge (Sphyrapicus ruber).

Genre Campethera

Onze espèces.

Identification : taille petite à moyenne (20 cm env.) ; bec court, plumage jaune verdâtre avec calotte et moustaches rouges dont la forme et la taille permettent de distinguer les espèces.

Répartition : tous les milieux boisés ; Afrique tropicale.

Comportement : monogames, territoriaux.

Alimentation : se nourrissent en inspectant le feuillage des arbres sur lesquels ils capturent les insectes.

Quelques espèces : pic ponctué (Campethera punctuligera), pic de Nubie (Campethera nubica). Campethera notata, endémique d'Afrique du Sud, espèce « quasi menacée », ne compte plus que 1 500 à 5 000 individus. 

Genre Dendropicos

Six espèces.

Identification : taille petite (15 cm environ), plumage proche de celui des espèces du genre Campethera, mais bec moins fort ; dos vert olive, ventre gris, tête grise avec calotte rouge ; longueur de la queue variable.

Répartition : savane arbustive, lisières des forêts primaires, forêts d'altitude (3 000 m) ; Afrique tropicale.

Comportement : monogames, sédentaires, marquent leur territoire par tambourinage.

Alimentation : se nourrissent dans la couronne des arbres.

Quelques espèces : pic gris (Dendropicos elachus), pic cardinal (Dendropicos fuscescens) ; Dendropicos stierlingi, que l'on ne trouve que dans le sud de la Tanzanie, dans le nord du Mozambique et dans le sud-ouest du Malawi, est classé dans la catégorie « quasi menacé » depuis 2004.

Genre Picoides

Douze espèces.

Identification : taille moyenne (25 cm env.) ; corps bigarré de noir et de blanc, calotte rouge plus ou moins étendue sur la tête.

Répartition : tous les milieux boisés, y compris les forêts d'altitude jusqu'à 2 000 m pour les pics à dos blanc et les pics tridactyles ; Amérique du Nord pour la plupart ; une espèce eurasiatique : le pic tridactyle (Picoides tridactylus).

Comportement : sédentaires, monogames, territoriaux.

Quelques espèces : pic à dos noir (Picoides arcticus), pic d'Arizona (Picoides arizonae). Picoides borealis, auparavant répandu dans le sud-est des États-Unis, ne compte plus qu'une trentaine de populations isolées, surtout en Caroline du Sud et en Floride. Il est classé dans la catégorie « vulnérable » depuis 2000.

Genre Veniliornis

Quatorze espèces.

Identification : taille moyenne (de 15 à 20 cm environ) ; calotte rouge chez les mâles, dos vert, ventre blanc barré de raies parallèles noires, parfois croupion rouge.

Répartition : forêts primaires, mangroves côtières ; Amérique du Sud.

Comportement : sédentaires, territoriaux.

Alimentation : se nourrissent d'insectes.

Quelques espèces : le pic de Kirk (Veniliornis kirkii) constitue parfois de petits groupes qui se joignent aux rondes de passereaux dans les forêts tropicales. Le pic du Choco (Veniliornis chocoensis), sur la côte pacifique entre l'extrême ouest de la Colombie et le nord-ouest de l'Équateur, est devenu rare et a été classé dans la catégorie « quasi menacé » en 2004.

Genre Piculus

Sept espèces.

Identification : taille moyenne (de 25 à 30 cm environ) ; teinte générale verdâtre, la couleur et la forme de la calotte ainsi que les marques de la poitrine permettent de distinguer les espèces.

Répartition : forêts humides ; Amérique centrale, Amérique du Sud.

Alimentation : se nourrissent en travaillant le tronc des arbres qui dépérissent.

Quelques espèces : pic à ailes rousses (Piculus simplex) ; le pic à bandeaux (Piculus aurulentus) dans le sud-est du Brésil, dans l'est du Paraguay et dans le nord-est de l'Argentine, est classé dans la catégorie « quasi menacé » depuis 2004.

Genre Colaptes

Douze espèces.

Identification : dos brun, barré de noir, ventre tacheté, moustaches rouges.

Répartition : forêts, parcs, jardins et milieux couverts ; Amérique centrale et Amérique du Sud, sauf le pic flamboyant (Colaptes auratus) et le pic chrisoïde (Colaptes chrysoides) qui occupent également l'Amérique du Nord.

Alimentation : capable de se nourrir au sol (fourmis).

Quelques espèces : pic des pampas (Colaptes campestris), pic or-olive (Colaptes rubiginosus) ; le pic de Fernandina (Colaptes fernandinae), autrefois répandu à Cuba mais aujourd'hui local et très rare, est classé dans la catégorie « vulnérable » depuis 2004.

Genre Celeus

Douze espèces.

Identification : taille moyenne à grande (de 25 cm à 35 cm) ; plumage jaune-orangé, crête hérissée à l'arrière du crâne.

Répartition : forêts tropicales ; Amérique du Sud, sauf une espèce (Celeus brachyurus) dans le sous-continent indien, en Chine et en Asie du Sud-Est.

Comportement : sédentaires, territoriaux.

Alimentation : se nourrissent de fourmis et d'insectes.

Quelques espèces : pic lugubre (Celeus lugubris), pic jaune (Celeus flavus) ; Celeus obrieni, redécouvert en 2006 dans l'État de Tocantins au Brésil, est classé par l'U.I.C.N. (Union internationale pour la conservation de la nature) dans la catégorie « en danger critique d'extinction ».

Genre Dryocopus

Sept espèces.

Identification : grande taille (de 40 cm à 50 cm) ; plumage noir, marques blanches sur la tête, calotte rouge prolongée par une huppe érectile.

Répartition : forêts denses ; Amérique, Asie, Europe.

Quelques espèces : pic noir (Dryocopus martius), le plus grand pic d'Europe. Le pic casqué (Dryocopus galeatus), confiné dans le sud du Brésil, l'est du Paraguay et le nord de l'Argentine, est classé dans la catégorie « vulnérable » depuis 2000 ; le pic des Andaman (Dryocopus hodgei), endémique des îles Andaman en Inde, et le pic Lucifer (Dryocopus schulzi), confiné dans le Chaco entre la Bolivie, le Paraguay et l'Argentine, sont classés dans la catégorie « quasi menacé » depuis 2004.

Genre Campephilus

Onze espèces.

Identification : ce genre regroupe des pics de taille particulièrement grande (de 35 cm à 45 cm) ; plumage noir, tête rouge (en partie ou dans sa totalité) munie d'une crête érectile à l'arrière du crâne.

Répartition : forêts primaires ; Amérique centrale et du Sud, sauf Campephilus principalis, également aux États-Unis.

Quelques espèces : pic superbe (Campephilus haematogaster), pic de Magellan (Campephilus magellanicus). Le pic à bec ivoire (Campephilus principalis) est très menacé par la disparition des forêts d'Amérique du Nord, et certains le considèrent déjà comme éteint à Cuba et même aux Etats-Unis, où il aurait été vu en Floride ; il est « en danger critique d'extinction », tout comme le pic impérial (Campephilus imperialis), au Mexique, peut être déjà éteint et inscrit à l'annexe I de la Cites (Convention sur le commerce international des espèces menacées d'extinction) ; le pic de Guayaquil (Campephilus gayaquilensis), sur le versant occidental des Andes, de la Colombie au Pérou, est considéré comme « quasi menacé » depuis 2004.

Genre Picus

Quinze espèces.

Identification : taille moyenne (de 25 cm à 35 cm) ; plumage de teinte généralement verdâtre, calotte rouge plus ou moins étendue chez les mâles.

Répartition : lisières forestières, rizières, bocages, forêts de feuillus et de résineux ; Asie et Europe, sauf Picus vaillantii en Algérie, au Maroc et en Tunisie.

Quelques espèces : pic-vert (Picus viridis), le plus commun et le plus ubiquiste, répandu en Europe, mais que l'on trouve aussi au Moyen-Orient ; pic cendré (Picus canus) ; pic grenadin (Picus puniceus). Le pic de Rabier (Picus rabieri), dans le sud du Yunnan en Chine, au Laos (commun) et au Viêt Nam, est classé dans la catégorie « quasi menacé » depuis 2004.

Milieu naturel et écologie

De la sombre taïga à la claire forêt méditerranéenne en passant par la forêt alpine, le pic épeiche fréquente une grande variété de milieux. On le rencontre là où survivent des arbres suffisamment âgés pour lui permettre de creuser ses loges. Ces dernières jouent d'ailleurs un rôle fondamental dans l'écologie d'autres oiseaux nichant dans des cavités, qui ne creusent pas eux-mêmes leurs cavités. C'est ainsi qu'un nid ancien de pic épeiche, dont l'ouverture s'agrandit naturellement au fur et à mesure de la croissance de l'arbre, pourra, successivement, être utilisé par un étourneau, un pigeon colombin ou une chouette hulotte. En maçonnant l'entrée pour la réduire à sa taille, une sittelle torche-pot s'en fera un nid tout à fait acceptable. Plus tard, ce nid sera récupéré par un couple de mésanges charbonnières.

Un oiseau peu voyageur

On peut distinguer plus d'une vingtaine de sous-espèces de pic épeiche. Ce nombre élevé s'explique par le comportement sédentaire de l'oiseau. En effet, il n'aime pas particulièrement traverser la mer ou franchir les hautes chaînes de montagnes. Les populations méditerranéennes sont isolées par les Pyrénées et les Alpes, et les populations insulaires par la mer. Chacune évolue alors de façon autonome.

Outre les différences morphologiques, ces sous-espèces ont des traits particuliers de comportement, liés à la nature des milieux fréquentés. Certaines percent de petits trous tout autour du tronc des arbres afin d'en sucer la sève, ce que d'autres ne font pratiquement jamais. En outre, le voisinage avec l'homme suscite des comportements nouveaux, comme la fréquentation des mangeoires en hiver, ou encore l'attaque des charpentes ou des volets en bois.

De vastes mouvements vers le sud

Les pics épeiches sont très casaniers, en particulier ceux qui vivent dans le sud de l'aire de répartition. En revanche, certaines populations finno-scandinaves ou orientales (Sibérie) effectuent parfois de vastes déplacements vers le sud. Lorsque la saison de reproduction a été fructueuse mais que la production de cônes de résineux est insuffisante, les jeunes oiseaux migrent et laissent la place aux oiseaux plus âgés, donc plus expérimentés qu'eux. Ces mouvements peuvent les conduire très loin de leur lieu de naissance. Un pic épeiche bagué en Finlande en été, a été retrouvé dans les Pyrénées-Atlantiques, au mois de janvier, à 1 830 kilomètres de son point d'origine. On pense que les populations de pics épeiches du nord de la Russie effectuent chaque année, au cours de l'hiver, des voyages vers le sud dont l'importance varie avec la rigueur des conditions climatiques.

Les populations du centre et de l'ouest de l'Europe, quant à elles, sont très sédentaires. La dispersion des jeunes va rarement au-delà d'une cinquantaine de kilomètres de la loge natale. Cependant, des circonstances particulières comme le froid, la neige ou une mauvaise fructification des conifères peuvent provoquer certaines années des déplacements plus importants. Les populations méridionales bougent peu. Seuls les oiseaux nichant en altitude descendent en hiver dans les vallées.

Une ségrégation très marquée

La concurrence alimentaire avec les autres pics est relativement faible. En raison des milieux variés et des aptitudes très différentes d'une espèce à l'autre, une véritable ségrégation s'opère. Dans certaines forêts d'Europe de l'Ouest et d'Europe centrale, il est possible de rencontrer, dans les mêmes secteurs, cinq, six et même sept espèces différentes de pics. Mais chacun chez soi ! Par exemple, le pic-vert fréquente les lisières et s'alimente volontiers au sol. Quant au pic épeichette (Dendrocopos minor), il prospecte les plus petites branches et les plus jeunes arbres, tandis que le pic mar (Dendrocopos medius) se confine presque exclusivement dans les vieilles futaies de chênes et que le pic noir (Dryocopus martius) se cantonne aux hêtraies séculaires.

Des prédateurs peu nombreux mais efficaces

Le pic épeiche a peu de prédateurs. Cependant, ceux-ci peuvent, localement, être redoutables. Ainsi, la martre et la fouine pillent fréquemment les nids pour se nourrir des œufs ou des poussins du pic. Des rapaces forestiers comme l'autour des palombes ou l'épervier capturent à l'occasion des pics épeiches sur lesquels ils fondent brutalement. La victime est alors défavorisée par son vol onduleux mais direct. En effet, le vol du pic épeiche se caractérise par quelques coups d'ailes pour prendre un élan ascendant, puis par une chute oblique, les ailes collées au corps. Le pic n'est pas capable d'effectuer des crochets, ce qui facilite sa capture. Une montée, une descente, et l'oiseau aboutit à un arbre qu'il aborde par une dernière courbe montante avant de se plaquer à l'écorce.

Plusieurs ruses pour se défendre

Le pic épeiche ne passe inaperçu que lorsque, immobile et silencieux, il guette sur son tronc d'arbre, observant les alentours de son œil vif et s'éclipsant derrière le tronc dès qu'il se sent observé. Pour lutter contre ses prédateurs, le pic épeiche est capable de mettre en œuvre diverses techniques. Il utilise la diversion lorsqu'il sent un prédateur roder autour du nid où se trouvent ses petits. Il l'attire vers une autre cavité vide, dans l'espoir d'être suivi, et simule le nourrissage des jeunes. Dès qu'il se sent dérangé par un homme ou un animal, il cesse en général immédiatement son tambourinage afin de ne pas être repéré. En revanche, devant la martre, le pic épeiche émet des cris d'alarme sans tenter de l'attaquer. Mais il lui arrive également de piquer sur un homme pour le dissuader de toute tentative d'approche. L'arrivée d'un geai autour d'un nid de pic épeiche provoque immédiatement un conflit sonore, voire même un combat où le geai peut laisser des plumes.

Le pic épeiche et l'homme

Un habitant des forêts irremplaçable

Autrefois regardé comme un oiseau prophétique par les Romains, le pic épeiche ne jouit plus de nos jours de la même considération. On l'accuse, à tort, de détériorer les arbres dans lesquels il creuse ses cavités. Pourtant il joue, par son activité incessante, un rôle fondamental dans l'écologie des forêts.

Une présence essentielle

Le pic épeiche s'attaque rarement à des arbres sains. Il leur préfère des arbres malades et cariés dont l'intérêt sylvicole est nul. D'autre part, cet oiseau est insectivore une bonne partie de l'année. Il joue donc un rôle très important en contrôlant les effectifs des insectes xylophages (qui vivent et se nourrissent dans les troncs d'arbre). En effet, certains insectes tels les scolytes et les  bostryches, dont le pic épeiche fait une consommation importante, sont l'objet, périodiquement, de pullulations inquiétantes causant le dépérissement de parcelles entières de forêt.

Pour préserver la diversité biologique de la forêt, la présence des pics épeiches est absolument nécessaire. Les cavités qu'ils forent fournissent des abris, et des sites de reproduction à de nombreuses autres espèces d'oiseaux et de mammifères totalement incapables d'effectuer ce travail.

En creusant ces cavités, les pics contribuent pour une large part au processus de décomposition des arbres malades. Non seulement ce phénomène permet à des insectes et à des champignons de s'y développer, mais il entretient également une provende alimentaire pour d'autres animaux. Cette activité prend toute son importance quand on sait à quel point les cavités refuges manquent là où sévit intensivement la gestion de l'homme. La pose de nichoirs artificiels devient nécessaire pour permettre aux mésanges et aux gobe-mouches de se reproduire ou aux chauves-souris de s'abriter et d'hiberner. Il est patent que, dans de nombreux secteurs, la présence de cavités disponibles conditionne en premier lieu la densité des passereaux cavernicoles, bien avant les disponibilités alimentaires.

Menacés de disparition

La destruction des forêts primaires d'Afrique, d'Asie et d'Amérique apparaît comme la cause directe de la disparition rapide de nombreuses espèces de pics. Le pic à bec d'ivoire (Campephilus principalis), commun au xixe siècle dans le sud des États-Unis et en Amérique centrale, a été totalement éradiqué en une cinquantaine d'années. Malgré la protection tardive des derniers lambeaux de son habitat naturel et son inscription à l'annexe I de la Cites, on peut le considérer comme probablement éteint.

Le pic mar a presque totalement disparu de la Scandinavie en raison de l'enrésinement à but commercial de la forêt, au détriment des vieilles futaies de chênes. En France, si le pic mar est encore présent, on peut craindre que l'augmentation des surfaces enrésinées et le rajeunissement des classes d'âge des arbres contribuent à la diminution de ses effectifs, déjà constatée ici et là.

En conflit avec l'homme

Lorsque le pic épeiche habite près de l'homme, sa présence peut entraîner des conflits de voisinage. On note de multiples cas d'attaques de volets ou de charpentes en bois, qui occasionnent parfois des dégâts notables. Très ponctuels, ces problèmes concernent des oiseaux qui apprécient le son particulièrement musical que rend, lorsqu'ils tambourinent, le volet sur lequel ils ont jeté leur dévolu. Parfois, les poteaux télégraphiques en bois sont la cible des pics. Le trou creusé peut représenter un point de rupture en cas de bourrasque. Toutefois, il s'agit là de cas marginaux et localisés dont on ne peut tirer de conclusions générales.

La sylviculture intensive conduit à une homogénéisation des peuplements forestiers et à un abaissement de l'âge moyen des arbres. Les vieux arbres qui dépérissent, les chandelles (parties du tronc qui restent au sol lorsqu'un arbre a été cassé), les chablis (arbres déracinés tombés au sol), sont systématiquement éliminés au profit d'une exploitation à vocation économique et touristique, laquelle laisse de moins en moins de place aux pics. Une forêt sans pics est une forêt morte. Dans les réserves biologiques intégrales de la forêt de Fontainebleau en France ou de la forêt de Bielowieza en Pologne, la densité des populations de pics est élevée, alors qu'elle est quasiment nulle dans la plupart des forêts de l'Europe de l'Ouest aménagées pour l'accueil du public ou la production de bois d'œuvre.