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ourson coquau

Ourson coquau
Ourson coquau

Buffon l'appelait urson, mais aurait préféré qu'il se nomme « castor épineux ». Les Américains l'appellent porc-épic, d'autres encore le qualifient d'ourson coquau, ce qui est surprenant pour ce rongeur à l'impressionnante toison de poils et de piquants.

Introduction

L'ourson coquau, Erethizon dorsatum, appartient à la famille des éréthizontidés, qui rassemble  selon les auteurs, 17 ou 18 espèces et 4 ou 5 genres d'assez gros rongeurs épineux présents en Amérique et principalement dans les régions chaudes de l'Amérique centrale et de l'Amérique du Sud. Cependant, il est le seul que l'on rencontre du nord du Mexique jusqu'en Alaska.

L'origine de cette famille est difficile à situer du point de vue paléontologique. Les premiers rongeurs apparaissent en Amérique du Sud au début de l'oligocène, il y a 40 millions d'années. On connaît quelques éréthizontides fossiles retrouvés en Patagonie et datant également de l'oligocène, avant l'émergence des genres contemporains. L'ancêtre nord-américain de l'ourson coquau, Erethizon, n'apparaît qu'à la fin du pliocène, il y a 3 millions d'années. Il semble dériver, directement ou indirectement, de Coendou, un porc-épic à queue préhensile sud-américain.

Quant à l'ourson coquau, E. dorsatum, il remonte à l'ère quaternaire, au milieu du pléistocène, il y a 1 million d'années, mais son histoire reste très largement méconnue, tant les restes de fossiles sont peu nombreux.

Les systématiciens regroupent tous les porcs-épics avec d'autres rongeurs comme les cobayes, les ragondins ou les chinchillas, dans le sous-ordre des hystricognathes, mais on ignore si les porcs-épics d'Afrique et ceux du Nouveau Monde sont proches parents. Certains chercheurs, reprenant l'explication de l'arrivée des singes en Amérique, émettent l'hypothèse selon laquelle les rongeurs africains auraient réussi à traverser l'Atlantique, nettement moins large qu'aujourd'hui, sur des radeaux de fortune. La parasitologie apporte d'ailleurs un élément en faveur de cette thèse. En effet, un ver parasite se retrouve à la fois chez Hystrix, le porc-épic de l'Ancien Monde, et chez les espèces du Nouveau Monde, Erethizon et Coendou. Or, selon toute probabilité, l'ancêtre de ce parasite aurait traversé l'Atlantique en compagnie des ancêtres des éréthizontidés.

D'autres paléontologistes rejettent cette idée et avancent la thèse selon laquelle les espèces présentes en Amérique du Sud seraient venues d'Amérique du Nord à travers un chapelet d'îles, à une époque où l'isthme de Panama n'existait pas. Mais on n'a retrouvé en Amérique du Nord aucun fossile qui soit susceptible d'être leur ancêtre.

La vie de l'ourson coquau

Une extraordinaire assurance

Équipé comme il l'est, le porc-épic américain ne craint pas grand-chose. Manifestement, il le sait et le fait savoir autour de lui. Quand il se promène au sol, il ne cherche pas à faire preuve de discrétion. Tout ce que l'on aperçoit de lui, vu de derrière, c'est le contraste entre les couleurs sombres de la partie supérieure de sa queue et de la ligne du dos et celles, beaucoup plus claires, des côtés et de la tache qui marque sa tête.

Deux autres signaux, l'un sonore, l'autre olfactif, complètent ce système d'intimidation visuel. Les prédateurs n'ont plus qu'à passer leur chemin. Sinon, ils risquent de regretter leur audace.

Face au danger, l'ourson coquau claque des dents, comme s'il avait des frissons. Il lui arrive aussi de répandre une odeur d'une âcreté telle qu'elle provoque des larmes, même à quelques mètres de distance. Cette odeur est issue d'une glande située à la base de la queue, dans une région appelée « rosette », où la peau est nue et n'a pas de piquants.

En dépit de ces signaux, l'ourson coquau ne peut pas toujours éviter un affrontement, notamment avec un jeune raton laveur ou un chien citadin. L'ultime ressource de l'ourson coquau est alors sa toison agressive, dont il peut orienter les piquants dans toutes les directions. Il baisse la tête et pointe vers l'assaillant les longues lances barbelées de 10 cm qu'il porte sur le haut du dos et la nuque. Ces piquants peuvent se détacher facilement de la peau, se planter dans le museau de l'intrus et même lui être fatals en l'empêchant par la suite de se nourrir.

Des piquants et des poils qui volent

Bien que nettement plus petits, les piquants de la queue sont bien utiles aussi lors de certaines batailles : en un clin d'œil, leurs pointes sont enfoncées profondément dans le corps de l'adversaire. De tels affrontements se produisent lors des bruyants combats que se livrent les mâles et qui peuvent avoir lieu au sol ou dans les arbres. Les piquants et les poils volent et jonchent la terre au pied des arbres. Comme les oursons coquaux ont des pattes fort habiles, ils retirent rapidement les piquants qui dépassent de leur corps. En revanche, si ceux-ci sont trop profondément enfoncés, ils peuvent y rester de longs mois, voire toute une vie.

Les piquants

Les piquants



Les piquants sont des poils de jarre modifiés qui recouvrent une grande partie du corps de l'animal. Les plus longs mesurent 10 cm. Bien que très légers et rigides, ils ne sont pas creux, contrairement à ce que l'on croit parfois, mais remplis d'une substance spongieuse. L'extrémité est recouverte de petites écailles qui empêchent les pointes fichées dans un corps d'en ressortir seules vers l'arrière. Si les piquants rencontrent un organe vital, leur action peut être mortelle.

Un domaine peu étendu pour un animal calme

De mœurs plutôt solitaires durant l'année, l'ourson coquau se rencontre dans des habitats très divers, depuis la toundra nordique jusqu'au semi-désert mexicain, à l'extrême sud de son aire de répartition.

Ce rongeur semble particulièrement à l'aise dans les forêts mixtes, passant beaucoup de temps à terre sous les conifères, au printemps et en été surtout, et préférant rester sur les branches des arbres, surtout lorsque ceux-ci sont à feuilles caduques.

Malgré son poids et son apparente gaucherie, il grimpe avec aisance le long des arbres, en s'aidant de sa queue et de ses griffes, pour atteindre les branches parfois très fines afin d'y cueillir sa nourriture. La paume nue de ses mains et de ses pieds lui assure une bonne adhérence à l'écorce.

Pour dormir, il s'installe indifféremment à la fourche d'un arbre, sur une branche, dissimulé sous le feuillage, ou à terre, sans chercher à se cacher, car il est très confiant dans ses défenses naturelles.

Actif toute l'année, l'ourson coquau reste cependant d'un naturel plutôt calme, avec des déplacements assez courts puisqu'il parcourt en moyenne de 100 à 200 m par jour. La distance entre son domaine estival et celui où il passe l'hiver est en général comprise entre 8 et 10 km, mais cette distance peut être bien moindre : 480 m, selon une étude effectuée dans l'État de Michigan.

En fait, les étendues prospectées sont assez petites en hiver, de 5 à 6 ha seulement parfois, que l'animal parcourt à raison de 8 m par jour. Quand les ressources sont pauvres, l'ourson coquau préfère ne pas se nourrir, quitte à subir un amaigrissement, mais être protégé du froid. L'été, en revanche, il couvre de 14 à 100 ha et parcourt 150 m par jour. C'est l'époque où il accumule des réserves.

La densité de la population varie en fonction des ressources, d'une part, et de la végétation locale, d'autre part. Les extrêmes enregistrés sont de 0,77 ourson coquau au km2 en Arizona, 9,5 dans le Wisconsin, la moyenne se situant entre 5 et 8 animaux au km2.

Un bel indifférent

Pendant les périodes d'activité, et bien que leurs domaines vitaux se chevauchent en grande partie, les oursons coquaux ne sont absolument pas grégaires ; ils restent solitaires et plutôt indifférents à l'égard de leurs congénères. Ce climat de neutralité règne au sein des occasionnelles concentrations d'animaux sur les sites où la nourriture abonde, et les affrontements, pour la possession d'un arbre par exemple, restent ponctuels et plutôt rares.

En fait, les oursons coquaux n'apprécient la compagnie de leurs congénères qu'en hiver, lorsqu'un froid rigoureux les pousse à partager un abri. La température ambiante de l'endroit augmente grâce à la présence de plusieurs occupants, ce qui réduit la perte énergétique de chacun. Ainsi a-t-on pu voir, en hiver, six porcs-épics qui s'étaient regroupés dans une maison abandonnée.

Sur les traces des oursons coquaux

Sur les traces des oursons coquaux



Des études sur les déplacements de l'ourson coquau ont été menées au nord-est des États-Unis, dans le Maine par exemple, où la densité de population est de dix oursons coquaux au km2, ainsi que dans le sud-est du Canada, au Nouveau-Brunswick, où elle est de deux à trois individus au km2. En hiver, il est facile de suivre les sillons que les oursons coquaux tracent dans la neige. La petite taille de leurs pattes ne leur permettant pas de se soulever beaucoup au-dessus du sol, ils s'enfoncent dans la poudreuse et l'on s'aperçoit qu'ils suivent souvent les mêmes chemins. En fait, leurs déplacements sont modestes – 81 mètres durant le jour, et 112 la nuit. La différence s'explique par le fait que ces animaux sont plus nocturnes que diurnes.

Deux mois de vie commune chaque année

L'ourson coquau, habituellement tranquille et solitaire, devient agité et bruyant au mois de septembre, à l'époque du rut. Les femelles peuvent avoir plusieurs cycles successifs si les premiers ne sont pas suivis d'une fécondation. Chacun d'eux dure de 25 à 30 jours, la période de réceptivité n'étant que de 8 à 12 heures. Avant et après, la femelle repousse les avances du mâle. En dehors de la période de reproduction, son appareil génital semble fermé par une membrane vaginale qui disparaît à la fin de l'été, ce qui favorise alors l'émission de sécrétions sexuelles destinées à attirer les mâles.

En chaleur, entre septembre et novembre, la femelle commence manifestement à attirer son partenaire plusieurs jours avant l'œstrus, ce qui permet aux deux individus de s'habituer l'un à l'autre. Elle lance des cris pour appeler le mâle et répand une odeur que celui-ci identifie tout de suite.

Une rivalité entre mâles à coups de piquants

Lorsque plusieurs mâles se trouvent près de la même femelle, la compétition peut être âpre. Le chercheur américain Uldis Roze, qui a observé l'espèce pendant plus de dix ans dans les monts Catskill de l'État de New York, a ramassé jusqu'à 1 474 piquants éparpillés sous des arbres en suivant un matin trois mâles et une femelle. Entre eux, les oursons coquaux se donnent souvent de grands coups avec leur queue hérissée de piquants et se mordent sauvagement. Il leur suffit ensuite de retirer adroitement de leur corps les piquants laissés par leur rival, quand il leur est possible de les atteindre.

Séduire la femelle est une tâche qui peut demander plusieurs jours. Au début, elle repousse le mâle, lui tourne le dos et n'hésite pas à lui donner des coups de queue s'il ose s'approcher de trop près. Lorsqu'elle se réfugie tout au bout d'une branche, le mâle se tient aux aguets près du tronc. Il peut rester ainsi des heures ou tenter une approche par une autre branche. Si la femelle se déplace, il va sentir l'odeur laissée sur l'écorce, qui lui indique si la femelle est capable de se reproduire. Au fur et à mesure que l'œstrus de la femelle est plus proche, celle-ci se fait plus accueillante. Le mâle s'installe d'abord à ses côtés, puis il s'avance vers elle en grognant, se redresse sur ses pattes postérieures et l'asperge d'un puissant jet d'urine. Si la partenaire n'est pas prête, elle se secoue avec vigueur ; dans le cas contraire, elle se laisse complètement tremper. La cour peut se poursuivre à terre, où la plupart des accouplements ont lieu.

Un accouplement acrobatique

Le zoologiste canadien Frank Banfield a observé les précautions prises par les partenaires pendant l'accouplement pour éviter les piquants. La femelle surélève son arrière-train, abaisse ses piquants et écarte sa queue sur le côté.

Plusieurs accouplements peuvent se succéder en quelques heures, puis les couples se séparent. Le bouchon vaginal qui se forme alors chez la femelle peut avoir un rôle dans la fécondation ou, au contraire, réduire les possibilités d'accouplement avec d'autres mâles. La gestation, très longue pour un rongeur, dure de 205 à 215 jours.

L'appareil génital de la femelle

Chaque année, 11 mois sur 12, la femelle est en gestation ou en allaitement, car il ne semble pas qu'il y ait des années sans reproduction. L'ovaire droit et la corne droite de l'utérus sont apparemment les seuls à être utilisés. Habituellement, chez les autres mammifères, il y a alternance entre les deux côtés lorsque la portée normale ne compte qu'un seul jeune. Cette particularité du porc-épic américain peut s'expliquer par la taille importante du tube digestif, et en particulier du cæcum, qui se trouve à gauche dans la cavité abdominale. Pendant la gestation, l'ovaire prend une morphologie inhabituelle comparée à celle observée chez les mammifères. Normalement, plusieurs follicules se développent pendant la phase précédant l'ovulation et la fécondation. Ensuite, alors qu'un seul ovule est fécondé, plusieurs follicules évoluent en corps jaunes, alors qu'il n'y a normalement qu'un seul corps jaune par embryon.

Les piquants mous du nouveau-né

Le petit, en général unique, naît entre avril et juin. Son poids se situe entre 340 et 640 grammes. Il est couvert d'un pelage sombre et ses yeux sont ouverts. La lactation semble très longue, même si tous les chercheurs ne s'accordent pas sur sa durée précise. En nature, il semble bien que le petit s'alimente, au moins en partie, du lait de sa mère pendant presque quatre mois. Ses piquants sont mous et, pendant les quelques jours où il ne peut grimper aux arbres, il se cache sous des pierres ou sous des racines. Sa mère, qui passe la journée en haut d'un arbre, le retrouve la nuit au sol.

Des feuilles ou du bois selon la saison

L'ourson coquau est l'un des rares herbivores des zones tempérées qui soit essentiellement mangeur de feuilles (ce régime est plus commun sous les tropiques, là où les arbres ne perdent pas toutes leurs feuilles en même temps et à la même saison). Son habitat lui offre des feuilles en abondance, au moins à certaines périodes de l'année, mais celles-ci ne sont jamais très nutritives. Il les consomme surtout l'été, et se nourrit plutôt de bois en hiver.

Pour compenser la pauvreté de ces aliments, l'ourson coquau doit en absorber une quantité importante – 450 g par jour. Et, comme seule une petite partie de ce volume est digestible, il en restitue le cinquième quotidiennement. Ses excréments se présentent sous la forme de petits croissants.

Au printemps, l'ourson coquau profite de l'explosion végétale pour se délecter de bourgeons, de petits rameaux, de feuilles tendres, et il n'hésite pas à chercher ses repas près du sol ou à terre. Les jeunes feuilles de peuplier et de tilleul lui plaisent beaucoup. Il se nourrit même de nénuphars : sans se hasarder à plonger pour attraper ces fleurs jaunes, il lui arrive toutefois de se mouiller pour récolter leurs larges feuilles. En été, il s'alimente essentiellement de feuilles, d'herbes, d'arbres et d'arbustes, notamment le bouleau blanc et le peuplier. Près des zones cultivées, il trouve très à son goût le trèfle, la luzerne et le maïs, surtout au stade laiteux.

Quand vient l'hiver, il est obligé de se rabattre sur le bois des arbres, ou plutôt sur la partie vivante présente sous l'écorce : le cambium. Il peut aussi couper de petits rameaux ou récolter des aiguilles de conifères. On le trouve alors sur les pins et les sapins des forêts d'Amérique boréale – sapin baumier, mélèze, pin lourd, épinette rouge et épinette blanche de l'Est, sans négliger pour autant l'écorce et le bois tendre de certains arbres à feuilles caduques, comme l'érable à sucre, le hêtre à grandes feuilles et le tilleul d'Amérique.

L'ourson coquau est également très friand de sels, surtout les sels minéraux, et de calcium. Il ronge tous les os qu'il peut trouver, notamment les bois de cervidés après leur chute.

Un intestin d'acier

Un intestin d'acier



L'ourson coquau est capable de ronger la bouche fermée, les lèvres closes derrière ses incisives. Pour assimiler une nourriture très peu riche et coriace parce qu'elle contient de la cellulose, il dispose d'un tube digestif très long – 8,50 m, dont 46 % pour l'intestin grêle. À la jonction des deux intestins, le cæcum est très volumineux (4,4 % de la masse corporelle globale – un record chez les mammifères) et il renferme de multiples bactéries capables de dégrader la cellulose et de la rendre assimilable. L'estomac, lui, n'est composé que d'une seule poche. Le transit assez lent de la nourriture facilite la digestion.

Pour tout savoir sur l'ourson coquau

Ourson coquau (Erethizon dorsatum)

Gros rongeur à la démarche lente, mais très à l'aise dans les arbres, Erethizon dorsatum, le porc-épic du Nouveau Monde, ne ressemble que superficiellement aux hystricidés, ses cousins de l'Ancien Monde, comme le porc-épic de nos régions. Son pelage se compose de longs poils de garde (les plus longs dans le pelage) et de piquants, qui sont en fait de simples poils de garde devenus rigides. Seuls le bout du museau, le ventre et l'intérieur des pattes sont à découvert. Sur le ventre, le pelage est sombre, presque noir, le manteau du dos étant tout en contrastes – noir et blanc, sombre et clair. Sa vue est bonne, mais seulement à courte distance. Il utilise bien plus son odorat pour chercher sa nourriture ou trouver une partenaire. Son ouïe semble correcte.

Bien que l'apparence de ce mammifère varie beaucoup, selon les régions et les individus, le nombre des piquants portés – 30 000 – est à peu près constant. S'ils tombent, les piquants repoussent en quelques semaines.

Au printemps, ce sont les poils de bourre (les plus petits du pelage) qui se renouvellent, à la suite, sans doute, du retour à une nourriture riche en protéines, après les mois de pénurie. Le phénomène a pu être observé dans l'État de New York, vers le mois de mai, par le biologiste canadien Uldis Roze, spécialiste de l'espèce et auteur notamment de The North American Porcupine (1989). La chute de ces poils s'effectue pendant une période de six jours. Les nouveaux poils repoussent, eux, à la belle saison.

L'ourson coquau peut marcher, vivre dans les arbres, voire traverser un étang à la nage. Bien que ses piquants ne soient pas creux, ils sont légers et l'aident probablement à nager. Comparé aux autres mammifères arboricoles, le porc-épic américain est plutôt lourd : il se peut même qu'il ait atteint le poids maximum supportable pour un rongeur de son type, qui se nourrit de feuilles et de bourgeons ; plus lourd, il serait probablement gêné pour atteindre la fine extrémité des rameaux. Lorsqu'il se déplace dans les arbres, il prend appui sur son ventre et sur sa queue. Le frottement continu contre les écorces pourrait nuire aux organes situés sous le ventre, si ceux-ci n'étaient protégés : les deux paires de mamelles de la femelle (l'une pectorale, l'autre abdominale) sont discrètes, et l'appareil génital du mâle se trouve à l'abri dans une sorte de cloaque. Des muscles spéciaux rattachés au baculum, l'os du pénis, tirent celui-ci en arrière. L'animal ne risque donc pas de se blesser. Observant un jour un ourson coquau dont la patte arrière gauche était paralysée, sans doute à la suite d'une chute, Uldis Roze fut surpris de voir que l'animal était capable de grimper dans les arbres, et même d'aller jusqu'au bout des branches, et qu'il rabattait sa queue sur la gauche pour avoir un appui symétrique par rapport à la patte arrière droite.

OURSON COQUAU

Nom (genre, espèce) :

Erethizon dorsatum

Famille :

Éréthizontidés

Ordre :

Rongeurs

Classe :

Mammifères

Identification :

Assez gros rongeur, pattes et queue moyennement développées ; le corps est couvert de poils et de piquants

Taille :

Tête et corps : 64,5 à 68 cm ; queue : 14,5 à 30 cm

Poids :

De 3,5 à 7 kg. Certains mâles atteignent 18 kg

Répartition :

Du nord du Mexique à l'Alaska

Habitat :

Typique de la forêt mixte, arbres à feuilles caduques et conifères, mais en fait présent du désert à la toundra

Régime alimentaire :

Herbivore à tendance folivore. Bourgeons, écorce

Structure sociale :

Solitaire, peu territorial

Maturité sexuelle :

Femelle 18 mois, mâle 30 mois

Saison de reproduction :

Automne

Durée de gestation :

De 205 à 215 jours

Nombre de jeunes par portée :

1 seul d'environ 600 g

Longévité :

18 ans

Effectifs, tendance :

Encore commun. Lié à la forêt. Tendance de la population stable

 

Signes particuliers

Museau

Généralement foncé, il pointe sous le crâne. Les yeux sont peu développés et les oreilles dépassent à peine de la toison. Le nez est encadré de longues vibrisses, organes tactiles dont le rôle est important lors des déplacements nocturnes. Les deux paires d'incisives, dont la croissance est continue, ont une face antérieure orangée et sont capables de ronger le bois le plus coriace. L'animal possède 20 dents. Un espace, le diastème, sépare les incisives des molaires et des prémolaires.

Pattes

Les pattes antérieures se terminent par quatre doigts, les postérieures en ayant cinq. Les griffes en crochet sont utiles pour l'escalade. La paume palmaire présente des irrégularités antidérapantes. Les doigts agiles permettent à l'animal de retirer les piquants plantés dans son corps.

Piquants

Les piquants sont bicolores, clairs à la base, sombres à l'extrémité, et peuvent être pointés dans toutes les directions. Les plus petits mesurent environ 3 cm et les plus grands de 6 à 10 cm. Leur pointe noire correspond en fait à une accumulation de corps gras, une substance composée de plusieurs acides. Ces molécules sont connues pour leur rôle antibiotique. L'ourson coquau peut se blesser avec ses propres piquants en cas de chute, mais grâce à ces antibiotiques, les blessures ne s'infectent que rarement.

Crâne

Le foramen sous-orbitaire, laisse passer une grande partie du muscle masséter profond. L'arcade zygomatique confirme la présence de muscles masticateurs puissants.

Les autres éréthizontidés

Les autres espèces appartenant à la famille des éréthizontidés sont moins bien connues que l'ourson coquau, qui fait figure d'original : c'est le seul porc-épic qui ait quitté l'Amérique du Sud, il est le plus gros de tous, et certains traits anatomiques le séparent encore des autres espèces.

L'U.I.C.N. (Union internationale pour la conservation de la nature) répertorie 18 espèces répartis en cinq genres dont Chaetomys, qui n'a qu'une espèce, C. subspinosus, ou porc-épic à piquants courts, et qui est classé par certains auteurs dans la famille des échimyidés, rassemblant des rongeurs sud-américains, appelés pour la plupart « rats arboricoles », dont le pelage comprend des piquants mélangés aux poils, mais qui ressemblent plus à des rats qu'à des porcs-épics. Certains spécialistes proposent donc de classer cette espèce dans sa propre sous-famille, les chaetomyinés. Outre le genre Erethizon, qui ne comprend que l'ourson coquau, les autres espèces sont les suivantes :  

Genre Echinoprocta

Ce genre ne comprend qu'une espèce, que l'on distingue facilement des autres représentants sud-américains par sa courte queue.

Porc-épic du Haut Amazone (Echinoprocta rufescens)

Identification : corps de 31 à 37 cm, queue courte, de 10 à 15 cm ; pelage dorsal foncé, entre brun et noir. Face ventrale nettement plus pâle. Pieds et queue gris ou noirs. Piquants courts mais nombreux, les plus longs se trouvant au niveau de la croupe. L'espèce est en fait peu connue.

Comportement : arboricole.

Répartition : on ne le connaît que dans les cordillères centrale et orientale de la Colombie, plus particulièrement dans la région de Bogotá, entre 800 et 1 200 m d'altitude, et sur le versant oriental des Andes équatoriennes.

Genre Coendou

Six espèces

Porc-épic du Brésil (Coendou prehensilis)

Identification : corps de 44 à 56 cm, longue queue préhensile de 35 à 58 cm, pour un poids de 3,2 à 5,3 kg ; ne possède que des piquants et pas de poils. Les piquants ont 3 anneaux de couleur successifs : la base et la pointe claires, le centre foncé. De loin, l'ensemble paraît gris clair. Odeur caractéristique marquée. Nez assez volumineux, rose et glabre. Petits yeux et oreilles cachées dans les piquants. Pattes à quatre doigts. À la place du pouce, les pieds ont un coussinet légèrement mobile et qui peut s'opposer aux autres doigts. Comme les paumes des mains sont nues, elles ont aussi des prises précises pour les déplacements dans les branches.

Répartition : à l'est des Andes de la Colombie et du Venezuela jusqu'au nord de l'Argentine, sur un vaste territoire comprenant la Bolivie, le Pérou, le Paraguay, les Guyanes, le Suriname et une grande partie du Brésil.  On le trouve en altitude (1 500 m). Domaines vitaux de 8 à 38 ha.

Alimentation : régime végétarien : feuilles, fruits, fleurs, écorces ou même racines.

Comportement : plutôt nocturne, apparemment solitaire, le plus souvent arboricole. Au cours d'une étude, on a capturé 91 % de ces animaux dans des arbres et 9 % seulement à terre. Très agile, même sur des lianes fines, grâce à sa queue dont la partie inférieure est nue. Néanmoins, cet animal ne saute pas et doit redescendre à terre pour passer d'un arbre à l'autre, lorsque ceux-ci ne sont pas reliés par leurs branches ou par leurs lianes.

Il se repose, soit dans les arbres, soit à terre dans la végétation, au fond d'un trou d'une hauteur de 6 à 10 m. La gestation dure 203 jours et il naît un jeune unique, très développé, pesant près de 400 g. Il ne semble pas y avoir de saison marquée pour les naissances. Un spécimen a vécu 17 ans et 4 mois en captivité.

Porc-épic de Santa Marta (Coendou sanctamartae)

Considéré par certains auteurs comme une espèce à part, comme une sous-espèce de Coendou prehensilis par d'autres.

Répartition : nord de la Colombie, dans les forêts sèches de la Sierra Nevada de Santa Maria, à basse altitude et sur le versant oriental de la Serranía de Perija. Peut-être au Venezuela. Espèce mal connue.

Porc-épic bicolore (Coendou bicolor)

Identification : corps de 38 à 49 cm, queue plus longue, de 46 à 54 cm, pour un poids de 3,4 à 4,7 kg ; plus sombre que Coendou prehensilis. Piquants de deux couleurs : en général base claire, pointe sombre (parfois claire, mais sans que la teinte générale de l'animal se modifie).

Répartition : plus occidentale que le précédent. Ouest des Andes, en Colombie, Équateur, Pérou. Est des Andes dans les hautes vallées du bassin de l'Amazone, Colombie, Venezuela, Équateur, Pérou, Bolivie. Atteint une altitude de 2 500 m.

Comportement : analogue à celui du Coendou prehensilis.

Porc-épic quichua (Coendou quichua)

Considéré comme une espèce à part par certains auteurs et répertorié comme tel par l'U.I.C.N., comme une variété de Coendou bicolor par d'autres.

Répartition et statut : nord-est de la Colombie et Andes équatoriennes. Espèce mal connue classée comme « vulnérable » par les autorités équatoriennes.

Porc-épic de Rotschild (Coendou rothschildi)

Identification : plus petit que Coendou bicolor et ne pesant que 2 kg.

Répartition : Panamá ; peut-être à l'ouest des Andes en Colombie, Équateur et Pérou. À basse altitude.

Porc-épic de Koopman ou porc-épic nain noir (Coendou koopmani ou Coendou nycthemera)

Identification : très sombre et ne pesant que 950 g. Espèce nocturne mal connue.

Répartition : Brésil, au sud de l'Amazone.

Genre sphiggurus

Ce genre comprend neuf espèces à fourrure, que l'on rencontre du Mexique jusqu'au nord de l'Argentine et à l'Uruguay. Ces porcs-épics sont dans l'ensemble un peu plus petits que les coendous, mais leur ressemblent beaucoup, avec leur queue préhensile, leurs pattes bien adaptées à la préhension et une biologie très proche. Ils ont aussi un gros nez rose et glabre, cependant ils ont plus de poils qu'eux et possèdent sur le ventre une fourrure douce et laineuse, caractéristique. La systématique de ce genre reste toutefois très confuse. En effet, certaines espèces ne sont connues que par très peu de spécimens et d'autres semblent très variables.

Porc-épic à fourrure mexicain (Sphiggurus mexicanus)

Identification : corps de 35 à 46 cm, queue de 20 à 36 cm (de 50 à 80 % de la longueur du corps), pour un poids de 1,4 à 2,6 kg ; pelage dense, foncé, qui recouvre les piquants sur tout le dessus du corps. Jaune sur la tête et le cou. Répartition : du centre-est du Mexique (État de Veracruz) à l'ouest de Panamá.

Alimentation : végétarienne. Surtout frugivore, quand les fruits sont nombreux.

Comportement : nocturne, plutôt lié aux forêts d'altitude, où il se rencontre jusqu'à 3 000 m.

Statut : chassé dans certaines régions, il est aussi menacé par la déforestation. Inscrit à l'annexe III de la Cites (Convention sur le commerce international des espèces menacées d'extinction) au Honduras.

Porc-épic à fourrure nain de Bahia (Sphiggurus insidiosus)

Identification : petit ; corps de 29 à 35 cm, queue de 18 à 22,2 cm (de 50 à 75 % du corps), pour un poids de moins de 1 kg. Recouvert d'un pelage enveloppant complètement les piquants. De coloration brun fumé à gris.

Répartition : Brésil, États de Bahia et d'Espírito Santo, dans les forêts secondaires et côtières surtout. Nocturne et arboricole, le plus souvent dans la canopée.

Porc-épic à fourrure et à queue noire (Sphiggurus melanurus)

Identifié comme une espèce à part entière à la suite d'études génétiques en 2002.

Répartition : nord de l'Amazone : nord du Brésil, Guyane française, Guyana, Suriname, Venezuela.

Porc-épic à fourrure orange nain (Sphiggurus villosus)

Identification : corps de 30 à 54 cm, queue de 20 à 37,8 cm (de 41 à 100 % de la longueur du corps). Il doit son nom à la coloration de ses piquants, qui est très variable. Piquants de trois couleurs : ceux du dos sont jaunes à la base, sombres au milieu et orange à l'extrémité. Le tout est parfois recouvert de longs poils bruns à l'extrémité orange pâle.

Répartition : Côté atlantique brésilienne, de l'État de Rio de Janeiro à celui de Rio Grande do Sul.

Porc-épic à fourrure brune nain (Sphiggurus vestitus)

Identification : corps de 29 cm, queue de 13 cm (50 % de la longueur du corps) ; pelage brun avec pointe des piquants claire.

Répartition et statut : une partie de la Colombie, dans des forêts aujourd'hui presque totalement détruites. Espèce peu connue qui est peut-être en voie d'extinction.

Porc-épic à fourrure nain rayé (Sphiggurus ichillus)

Apparenté à S. vestitus

Répartition : dans l'ouest de l'Équateur, à basse altitude. Peut-être au Pérou. Espèce mal connue.

Sphiggurus pruinosus

Apparenté à S. vestitus

Répartition : Colombie (cordillère orientale, Serranía de la Macarena) ; ouest et nord du Venezuela.

Porc-épic nain de Roosmalen Sphiggurus roosmalenorum)

Apparenté à S. vestitus

Répartition : rives du Rio Madeira au Brésil. Espèce très mal connue.

Porc-épic à fourrure nain du Paraguay (Sphiggurus spinosus)

Identification : corps de 28 à 34 cm, queue de 22,8 à 26 cm (de 73 à 90 % de la longueur du corps) ; coloration assez claire. Piquants du dos jaunes ; ceux de la tête et des épaules forment une cape. Poils également jaunes et doux. Bas du dos et croupe plus foncés que le haut du dos.

Répartition et statut : Paraguay, sud et est du Brésil, Uruguay et nord-est de l'Argentine. Inscrit à l'annexe III de la Cites.

Genre Chaetomys

Porc-épic à piquants courts (Chaetomys subspinosus)

Identification : corps de 38 à 45 cm, queue de 26 à 27,5 cm (de 60 à 70 % de la longueur du corps) ; poids 1,3 kg ; couleur générale brune. Petits piquants de 1,5 cm sur la tête et les épaules, de 3 à 5 cm sur le dos, la croupe et la base de la queue ; rigides sur l'avant du corps, nettement plus souples vers l'arrière, comme des soies. Queue nue, préhensile et s'enroulant vers le dessus. Nez nu, mais moins développé que dans les genres précédents.

Répartition et statut : forêts de la côte atlantique brésilienne, de Bahia à Espírito Santo. Classé par l'U.I.C.N. dans la catégorie « vulnérable » en raison de la fragmentation, de la réduction et de la détérioration de son habitat.

Alimentation : frugivore, apprécie particulièrement le fruit du cacaoyer.

Comportement : nocturne et arboricole.

Milieu naturel et écologie

De la toundra de l'Alaska aux semi-déserts du nord du Mexique, l'ourson coquau occupe des milieux très variés, même si c'est dans les forêts tempérées qu'il est le plus à l'aise.

Des populations fluctuantes

La présence de ce rongeur est liée à la quantité de nourriture disponible, d'où des densités variables d'un milieu à l'autre. Dans certaines régions sèches, le porc-épic américain ne fréquente que quelques zones privilégiées – fonds de vallée, rives boisées des fleuves ou encore, tout au nord, pentes abritées, couvertes de buissons. Il est totalement absent en revanche dans toute la partie est et sud-est des États-Unis (sud du Minnesota, du Wisconsin, du Michigan et de la Pennsylvanie), et cela même si les forêts y sont ou y furent assez importantes. D'autres facteurs, d'ordre climatique ou alimentaire, l'empêchent ou l'ont empêché de s'y installer ou de s'y maintenir.

La présence de fossiles en Alabama, en Virginie de l'Ouest, dans le Missouri et en Floride prouve que cet animal est passé là à d'autres époques, même s'il y disparu ensuite. On ne trouve en revanche aucune trace de lui dans le sud du bassin du Mississippi.

Dans le nord-ouest de son aire, et autour des Grands Lacs, le porc-épic américain dépend pour sa survie de la pruche de l'Est (conifère), ou hemlock du Canada (Tsuga canadensis). Dans la région des Cascades de l'État de Washington, l'arbre le plus important pour lui est le sapin de Douglas (Pseudotsuga menziesii), puis vient la pruche de l'Ouest, ou tsuga de Californie (Tsuga heterophylla). Autour de l'État de l'Orégon, il survit en hiver grâce au pin jaune des montagnes Rocheuses (Pinus ponderosa). Pendant la belle saison, il reste souvent à terre, où il peut profiter de la végétation des sous-bois.

Parallèlement à ces variations liées à l'âge de la forêt, les populations de l'espèce suivent des fluctuations plus ou moins régulières, qui aboutissent à des pics de densité après un intervalle de l'ordre de 12 à 20 ans. Le mécanisme de ces fluctuations n'est que partiellement connu, mais il est sans doute lié au cycle des plantes, plus ou moins riches selon les années. On a ainsi noté que, lorsque les chênes produisent beaucoup de glands, en Nouvelle-Angleterre par exemple, les oursons coquaux passent un temps considérable à couper toutes les petites branches pour consommer les fruits, les feuilles et les tiges jonchant ensuite le sol après leur passage.

Quant à l'eau, l'ourson coquau en trouve une bonne partie dans sa nourriture. Il n'a donc pas besoin, l'été, de descendre des crêtes, où les ruisseaux sont à sec, pour se rapprocher du fond des vallées où l'eau court encore, car sa nourriture est assez humide pour satisfaire ses besoins.

Un prédateur : le pékan

En dépit de leurs défenses naturelles et de leur vigilance, les oursons coquaux ont au moins deux ennemis redoutables : un parasite, l'acarien de la gale, et surtout un prédateur, la martre de Pennant, que les Américains appellent « fisher » (pêcheur) et les Indiens « pékan ». Cette martre est le seul carnivore américain capable de chasser régulièrement les oursons coquaux en pleine santé. En revanche, de nombreux autres animaux (coyotes, loups, lynx roux et grands ducs américains) ne s'en prennent aux oursons que si ceux-ci sont malades ou affaiblis par les privations de l'hiver ; toutefois, ce type de capture est épisodique et rarement sans danger pour l'assaillant. Le pékan, lui, est capable de harasser l'ourson coquau en le mordant à la tête jusqu'à l'étourdir. Et, comme ce prédateur est d'une taille et d'un poids comparables à ceux de sa proie, il n'hésite pas à la poursuivre, dans les arbres comme à terre. On le voit tourner rapidement autour du rongeur, viser sa tête et tenter de mordre celle-ci, avant que l'animal ait eu le temps de se retourner et de lancer sa queue. Les morsures épuisent la victime parfois jusqu'à ce que mort s'ensuive. La martre peut alors la dévorer, ne laissant que les os, la peau et les piquants... Il arrive aussi que l'ourson coquau soit attaqué par un puma qui le capture sans grandes difficultés ni précautions ; étant donné sa taille, il ne craint guère les aiguilles plantées dans sa chair. Mais c'est un prédateur trop rare pour représenter un danger sérieux.

L'ourson coquau et l'homme

Une proie providentielle pour les Indiens

Le porc-épic du Nouveau Monde a toujours intéressé l'homme, qui lui a octroyé de nombreux rôles dans des traditions très anciennes. Les Amérindiens voyaient en lui un animal facile à capturer et dont les piquants leur servaient d'ornements. Les forestiers d'aujourd'hui le considèrent comme un ennemi de la forêt. En réalité, celle-ci a plus souffert de la hache et du feu que de la dent du rongeur.

Une proie providentielle

Dans les forêts de l'est de l'Amérique du Nord, on a appelé certaines tribus indiennes du nom générique d'Indiens du Porc-Épic – c'était le cas pour les Micmacs du Nouveau-Brunswick et de Nouvelle-Écosse et les Montagnais de l'est du Québec. Ce nom avait un sens. En effet, ces groupes, ne pratiquant pas l'agriculture, se nourrissaient en été de produits de la chasse, de la pêche en eau douce ou des cueillettes en forêt. En hiver, les caribous et les élans, chassés du Grand Nord par le froid, constituaient l'essentiel de leur alimentation, tandis que l'automne était pour eux une saison de pénurie. Lorsque le gel précédait la neige, il était impossible d'attraper les crustacés et les mollusques d'eau douce ; quant aux grands ongulés, leur capture était trop difficile. Seul le porc-épic américain assurait leur survie.

Au xviie siècle, les jésuites français qui accompagnaient les premiers colons ont rapporté des témoignages décrivant en détail ces chasses au porc-épic. Les récits du père Lejeune, datés de 1633, évoquent un certain automne où, la chasse étant particulièrement mauvaise, un ourson coquau « gros – précise le père – comme un cochon de lait » avait sauvé toute une tribu à la recherche de bons terrains de chasse.

L'animal une fois mangé, les restes recevaient un traitement particulier : ils devaient être brûlés ou jetés à la rivière, mais on ne pouvait en aucun cas les donner aux chiens. Les Indiens pensaient en effet que le porc-épic s'offrait à eux pour leur sauver la vie et qu'il méritait donc le plus grand respect. Si on le molestait sans raison, il risquait de devenir rare ou difficile à capturer.

Au Québec, des Canadiens d'origine indienne estiment qu'il ne faut pas tuer inutilement le seul animal qu'un homme perdu dans les bois peut capturer sans arme pour se nourrir.

Des décorations de piquants

D'une façon plus générale, les Indiens d'Amérique du Nord ont toujours utilisé les piquants, de l'ourson coquau, à la fois comme ornements et comme monnaie d'échange entre eux, avant l'arrivée des Européens.

Par la suite, ces « bijoux » furent remplacés par les colliers de coquillages (wampum). Les piquants étaient travaillés, il fallait les ranger par taille, souvent les colorer et les assembler sur une peau de cerf ou sur de l'écorce. Les diverses teintures utilisées étaient à base de terre, de cendres et de colorants végétaux. Avec les peaux ainsi travaillées, on pouvait fabriquer des ceintures, des mocassins, des vêtements divers, des tabatières ou encore toutes sortes de sacs.

On s'est étonné dans un premier temps de découvrir l'importance de l'exploitation artisanale de ces piquants dans des zones où l'espèce n'existait pas. Cela est en fait dû à un commerce intense entre les tribus des forêts et celles des plaines, là où, sans arbres et sans végétation, le porc-épic n'aurait pas pu vivre.

Un peigne pour les jeunes filles

D'autres usages pouvaient être faits des piquants : évidés, ils servaient pour récolter le sirop d'érable. Les Indiens exploitaient aussi d'autres parties du porc-épic. Les jeunes filles, par exemple, avaient un peigne constitué du pelage inférieur de la queue du rongeur : en effet, les poils raides exploités par l'animal pour mieux adhérer au tronc de l'arbre étaient parfaits pour démêler la chevelure de ces belles...

En arrivant dans le Nouveau Monde, les Européens ont naturellement posé un regard différent sur l'espèce. Certains continuent certes à manger le porc-épic : en 1934, une personne est morte au bout de 12 jours à cause d'un piquant absorbé avec un sandwich à la viande de porc-épic (la blessure interne s'était infectée et l'on n'avait pu la guérir). Mais les hommes ont surtout vu d'un mauvais œil les destructions de cet animal, capable de ronger non seulement les écorces mais aussi d'autres substances très diverses comme des fils électriques, par exemple, ou certains contre-plaqués dont la colle plaît à l'espèce, on encore des avirons, la coque d'une embarcation...

Les forestiers ont exagéré les dégâts commis dans les forêts – ou plutôt dans les plantations d'arbres d'ornement ou d'arbres fruitiers. En réalité, de tels méfaits restent exceptionnels. Autrefois, les États payaient des primes pour la destruction de l'espèce. Le dernier à abolir ce système, en 1979, fut le New Hampshire.