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albatros

Albatros
Albatros

De son vol plané majestueux, l'albatros, porté par ses ailes gigantesques, sillonne les airs des immensités océaniques depuis des millions d'années. Éliminés de l'hémisphère Nord, qu'ils occupaient encore au pliocène, les albatros hantent aujourd'hui les mers australes, qui résonnent de leurs cris au moment des parades.

Introduction

Le mystère de l'origine précise des albatros est mal élucidé. Les restes fossiles des oiseaux pélagiques, c'est-à-dire ceux qui passent l'essentiel de leur vie en pleine mer, ne sont en effet guère abondants en raison même de leur mode de vie, davantage aérien et aquatique que terrestre. Les seules possibilités de fossilisation concernent donc les sites de nidification, souvent insulaires. Or, de tels sites ne sont en général pas concernés par une activité sédimentaire propice à la conservation des éléments du squelette. Ces conditions, relativement défavorables, n'ont pas empêché la découverte d'ossements fossiles de procellariiformes. La rareté des spécimens est, il est vrai, compensée par la grande taille de certaines espèces, qui favorise la conservation des éléments fossilisés.

Le plus ancien fossile connu présentant des affinités avec l'ordre des procellariiformes (albatros, pétrels, puffins) est Tytthostonyx, qui date d'environ 70 millions d'années. Les familles modernes de l'ordre seraient quant à elles apparues il y a  30 à 35 millions d'années. De nombreuses traces plus récentes d'albatros ont été mises au jour en Europe et en Amérique du Nord. On trouve par exemple, en France, Plotornis, qui remonte à 15 millions d'années environ, au milieu du miocène. Les genres modernes d'albatros font leur apparition aussi à cette époque.

Des fossiles d'albatros vieux de 2 à 3 millions d'années ont été exhumés en Angleterre puis aux États-Unis (en Caroline du Nord), dans des terrains datant de la seconde partie du pliocène ; il s'agit de Phoebastria anglica (précédemment appelé Diomedea anglica), l'albatros anglais. Ainsi, les albatros étaient jadis les hôtes de l'hémisphère Nord, ce qu'ils ont totalement cessé d'être depuis.

La vie de l'albatros

Grand amateur de poissons

L'albatros hurleur passe une bonne partie de sa vie dans les cieux, survolant sans relâche, de jour comme de nuit, les immensités océaniques australes. Animal essentiellement solitaire, il supporte, à l'occasion, la présence de ses congénères, mais les groupes ne se constituent le plus souvent que pour rendre plus fructueuse la recherche de nourriture.

Profitant de sa technique de vol efficace, le vol plané dynamique, l'albatros parcourt les airs en solo, cherchant à repérer ses futurs repas. L'albatros s'adapte aux circonstances, et son régime alimentaire est très varié. Il peut ainsi se comporter en prédateur, en charognard et même en végétarien. Mais l'essentiel de sa nourriture reste d'origine animale.

Le vol de l'albatros

Le vol de l'albatros



Avec une envergure comme la sienne, l'albatros hurleur devrait déployer une énergie tout à fait considérable pour effectuer un simple vol battu. Il se contente donc de planer sans effort en mettant en œuvre une technique particulièrement originale. Se laissant glisser d'une hauteur de 10 à 20 mètres, vent arrière, l'albatros parvient au ras des vagues. Au dernier moment, il vire de bord pour se placer face au flux aérien et reprend donc aussitôt de la hauteur, avant de recommencer le même manège. Plus le vent est fort, plus le déplacement est rapide, mais, s'il devient trop puissant ou, au contraire, s'il tombe, l'albatros n'a plus qu'une solution : se poser pour attendre des conditions plus favorables.

L'hôte privilégié de la haute mer

L'albatros est un grand consommateur de céphalopodes (seiches, calmars...) et de poissons divers, qu'il capture d'un coup de bec précis en rasant l'eau. Il apprécie également les crustacés, notamment le krill (composé de petits crustacés ressemblant à des crevettes), très abondants dans les eaux froides, qu'il pêche en nageant à la surface de l'eau.

La faune marine n'est pas sa seule source de nourriture. D'autres oiseaux peuvent être victimes de l'appétit insatiable des albatros. Ce sont souvent des espèces de petite taille, qui sont avalées d'une pièce alors qu'elles se trouvent rassemblées sur une zone abondante de nourriture ; ce sont aussi de jeunes manchots, attaqués à terre au voisinage des colonies.

L'albatros est également charognard ; dès qu'il repère un animal mort flottant à la dérive, il se pose à proximité et, grâce à son bec puissant, déchire sans peine les peaux les plus coriaces. Certains animaux suivent pendant plusieurs jours les navires de pêche ou les unités baleinières, afin de se régaler des déchets jetés pardessus bord ou de la graisse de baleine flottant sur l'eau.

Enfin, il ne néglige pas les végétaux, consommant surtout des noix entraînées au large par les courants. Quel que soit le menu, l'albatros ponctue ses repas de cris gutturaux très caractéristiques, surtout lorsque des congénères lui disputent sa pêche.

Une fidélité exemplaire

Après avoir fréquenté les océans pendant près d'un an, parfois plus lorsqu'il s'agit d'oiseaux dont c'est la première nidification, les albatros hurleurs reviennent à terre et s'y installent pour une période qui va de l'incubation au début de la croissance des jeunes. Solitaires, ils vont pour un temps accepter la promiscuité de leurs congénères, même si les exceptions restent nombreuses, car l'albatros hurleur niche assez souvent isolément ou en colonies extrêmement lâches. D'ailleurs, ce grégarisme est davantage l'effet de la petitesse des sites de ponte que celui d'une stratégie délibérée. Aucune hiérarchie ne s'établit. Chacun possède son territoire et se borne à le protéger des incursions des autres.

Un fabuleux sens de l'orientation

Le cycle reproducteur des albatros est remarquablement synchronisé. Le déclenchement du processus se produit toujours au même moment, quels que soient les lieux d'établissement des colonies, pourtant éloignées parfois de plusieurs milliers de kilomètres.

À la fin du mois de novembre, les adultes regagnent les îles et les îlots de nidification. Il peut paraître étonnant que les albatros retrouvent à coup sûr leur but, le moment venu. Étant donné qu'ils ne disposent, pour y parvenir, d'aucun point de repère et que leur errance les emmène parfois à l'opposé de leur point de départ, il faut bien admettre qu'ils disposent d'un fabuleux sens de l'orientation, dont les secrets restent à percer. Ce dernier pourrait mettre en œuvre plusieurs phénomènes, comme la prise en compte de la position du Soleil, une sensibilité au champ magnétique et, à proximité des sites de nidification, l'odorat.

Fait tout aussi étonnant, chaque albatros retrouve son partenaire, celui de la précédente période de reproduction. La fidélité est en effet la règle, qu'il s'agisse d'un couple ancien ou d'oiseaux récemment appariés. Vient alors le moment des parades. Complexes et ritualisées, elles sont accompagnées de cris rauques et de claquements de bec. Elles sont destinées à créer et à resserrer les liens conjugaux.

Des parades retentissantes

Des parades retentissantes



La fin du printemps austral marque la nouvelle formation des couples et le début des parades amoureuses. Celles-ci consolident les unions ou lient les nouveaux partenaires qui viennent d'atteindre la maturité sexuelle. Le point culminant des démonstrations rituelles intervient lorsque les oiseaux se font face, ailes déployées, cou levé et bec ouvert dressé vers le ciel. C'est alors que l'albatros hurleur mérite vraiment son nom, car  il pousse des cris rappelant le braiment d'un âne.

Un nid particulier

Le couple ne réoccupe généralement pas le nid utilisé lors du cycle précédent, mais en édifie un nouveau. Grossièrement bâti, celui-ci est constitué de débris végétaux et d'herbes, mêlés de terre et entassés en un volumineux tronc de cône. L'albatros hurleur est un des seuls diomédéidés (famille groupant les albatros) à agir ainsi. Les autres espèces d'albatros s'installent dans des terriers ou façonnent un monticule de terre tassée. Les accouplements ont lieu pendant la phase de construction et surtout vers la fin de celle-ci. La femelle s'aplatit alors au sol pour permettre au mâle de se hisser sur son dos, où il se maintient en plaçant ses larges pieds palmés sur les côtés.

Un œuf tous les deux ans

Plus d'un an va s'écouler entre les premières parades du couple et l'émancipation du jeune albatros. Cette durée considérable du cycle reproducteur explique que chaque couple ne puisse se reproduire, au mieux, qu'une année sur deux, en alternance avec l'année de la mue. À la fin de décembre ou au début de janvier, un œuf unique est pondu. Blanc, doté d'une coquille épaisse, il pèse en moyenne 460 g, pour une longueur d'environ 13 cm et une largeur un peu supérieure à 8 cm. Un œuf d'un tel poids appelle plusieurs remarques. Si l'on excepte les ratites, c'est-à-dire les grands oiseaux coureurs comme l'autruche ou l'émeu, les albatros de la taille de l'albatros hurleur pondent les œufs les plus lourds de tous les oiseaux capables de voler. Mais, si cet œuf est impressionnant dans l'absolu, il ne l'est pas par rapport au poids de la pondeuse, puisqu'il ne représente que 1/24 du poids des femelles les plus lourdes. Les grands albatros comme l'albatros hurleur ou l'albatros royal, Diomedea epomophora, ont, avec une durée de 70 à 82 jours, la plus longue période d'incubation de tous les oiseaux.

Une couvaison imperturbable

Les deux partenaires se partagent cette longue période de couvaison. Chacun d'eux porte, à cet effet, une plaque incubatrice, zone de peau ventrale déplumée et richement irriguée lors de la nidification. L'œuf est ainsi directement en contact avec la source de chaleur qui assurera un développement correct de l'embryon. Chacun des adultes peut couver plusieurs jours de suite. La relève a lieu en moyenne tous les quatre à six jours, mais peut n'intervenir qu'au bout de deux, voire trois semaines.

L'éclosion se produit entre la mi-mars et les premiers jours d'avril. Le poussin, recouvert d'un duvet blanchâtre, est affublé d'un bec disproportionné. Très vulnérable pendant les tout premiers jours de sa vie, il est veillé par un adulte. Il est en effet sensible au froid, car incapable d'assurer l'équilibre de sa température corporelle. Il peut également être victime du goéland dominicain, ou du skua des Falkland, toujours à l'affût d'une aubaine et prompts à la saisir. Les deux adultes se relaient pour le nourrir. Chacun d'eux part pêcher et emmagasine le butin dans son tube digestif. À son retour, l'adulte ouvre le bec et régurgite une bouillie prédigérée que le jeune avale avidement, avec force gesticulations.

En cas de perte de l'œuf ou du poussin, pour une cause quelconque, une nouvelle ponte peut avoir lieu. Mais, si la disparition du poussin se produit après le mois de juin, le couple concerné ne se reproduit pas avant le mois de décembre de l'année suivante.

Plusieurs années pour devenir adulte

Peu à peu, la chaude présence des parents auprès de leur petit va se relâcher. En effet, en quelques semaines, le premier duvet est remplacé par le second, plus fourni. Dès lors, son isolation thermique étant mieux assurée, le jeune n'a pas besoin d'être constamment réchauffé.

Au début ou vers le milieu du mois de mai, le poussin, alors âgé de 30 à 45 jours, peut rester tout seul pour des périodes plus ou moins longues. Il ne craint plus le froid, ni les prédateurs ailés. Mais, pendant près de 6 mois, il continue à être nourri par les adultes. Ses repas ne sont toutefois pas réguliers, d'autant que le mâle et la femelle ne se concertent absolument pas. Ainsi, le jeune peut rester plus d'une semaine sans recevoir la moindre nourriture ou bien être ravitaillé deux fois dans la même journée.

Un nid souvent déplacé

Il arrive souvent, à cette époque, qu'il abandonne le nid où il a vu le jour pour en construire un autre à quelques dizaines de mètres du premier. La raison d'un tel comportement n'est pas élucidée. Quoi qu'il en soit, dans le courant du mois d'octobre, le jeune albatros, qui a bien profité d'une nourriture riche en protéines, atteint son poids maximal : plus de 12 kilos. La haute teneur en lipides de son régime alimentaire lui assure des réserves de graisse sous-cutanées ; celles-ci lui sont fort utiles pour les trois derniers mois précédant l'envol, car, durant cette phase finale, il sera de plus en plus rarement nourri, avant d'être tout à fait délaissé. Son poids diminue, d'autant que son organisme doit faire face à la pousse des plumes.

Une gymnastique préparatoire

Les dernières semaines seront consacrées aux exercices de musculation. Pour renforcer leurs muscles pectoraux, les jeunes albatros battent des ailes sur place puis courent sur quelques dizaines de mètres en agitant leurs longs bras ailés, qui paraissent bien encombrants en cette circonstance.

L'albatros juvénile ne prend son envol que 9 mois en moyenne après être sorti de l'œuf. Cette longue période d'élevage explique pourquoi les parents ne s'accouplent qu'une année sur deux. L'émancipation du jeune est totale. Celui-ci est entièrement livré à lui-même et ne reverra plus ses parents. Tout brun, à l'exception de la face et du dessous des ailes qui demeurent blancs, il est très reconnaissable. Les jeunes n'atteignent leur maturité sexuelle que très lentement. Si l'albatros hurleur est capable, sur le plan physiologique, de se reproduire entre les âges de 4 et 7 ans, il ne réussit pas toujours à mener à bien l'élevage d'un jeune avant d'avoir atteint une dizaine ou, parfois, une quinzaine d'années. Ce long délai est opportunément compensé par la longévité élevée des grands albatros et par une faible mortalité pré- et néonatale.

Pour tout savoir sur l'albatros

Albatros hurleur (Diomedea exulans)

L'albatros hurleur frappe d'emblée par son extraordinaire envergure. Les seuls oiseaux capables de rivaliser avec lui en ce domaine sont des espèces terrestres : le condor des Andes, Vultur gryphus, et le marabout d'Afrique, Leptoptilos crumeniferus, avec des envergures moyennes de 3 m environ. Mais ni l'un ni l'autre n'atteignent la taille des plus grands albatros hurleurs : 3,51 m d'un bout d'une aile à l'autre, un record absolu ! Malgré la longueur de ses ailes et la taille de son corps – 1,25 m de long environ –, l'albatros ne pèse qu'une dizaine de kilos. Ce poids, modeste au regard de sa corpulence, s'explique par la pneumatisation des os, notamment ceux des ailes. Cette caractéristique se retrouve chez la plupart des oiseaux, mais, chez les grands albatros, elle est très importante. L'os pneumatisé est en fait presque entièrement creux, donc rempli d'air, mais sa résistance est assurée par une structure alvéolaire complexe fonctionnant à la manière d'entretoises.

La légèreté relative de l'albatros est augmentée par un réseau de sacs aériens, sorte de poches reliées aux poumons. Ces poches, constituées d'un tissu conjonctif extrêmement fin, pénètrent dans certaines parties du squelette et améliorent notablement le rapport entre volume et poids. Le corps massif est supporté par de courtes pattes aux larges pieds palmés qui, si elles permettent une nage efficace, lui donnent, à terre, une démarche très maladroite. Cette morphologie imposante le rend d'ailleurs tout aussi malhabile lors de ses décollages. Son envergure l'empêche de s'envoler aisément, qu'il soit à terre ou sur l'eau. Avant de s'élever, il doit courir sur quelques dizaines de mètres ; il ne peut donc pas, par exemple, prendre son essor à partir du pont des navires où il se pose parfois, s'ils sont trop petits.

L'albatros possède un plumage caractéristique, dominé par la couleur blanche ; le bout et le bord postérieur des ailes, comme les coins de la courte queue, sont noirâtres. Surmontant ce corps replet, la tête, relativement petite, est dotée d'un bec bien développé, terminé par un robuste crochet. De chaque côté, les narines se prolongent par des tubes cornés. Cette particularité est peut-être liée au développement important du sens olfactif de l'albatros, fait très rare chez les oiseaux. En revanche, son ouïe n'est pas particulièrement développée et sa vue est normale.

La femelle albatros pond un œuf volumineux, mais qui reste modeste par rapport à la masse corporelle. Il pèse en moyenne 460 g, ce qui représente à peine le vingtième du poids de la mère. Cependant, sa taille est si importante (130 × 80 mm en moyenne) que, lors de la ponte, le cloaque se distend considérablement, mettant ensuite plusieurs jours à retrouver son élasticité normale. Il s'agit là d'un précieux indice pour déterminer le sexe d'un albatros en début de couvaison. Les différences entre mâles et femelles sont d'ailleurs minimes. Tout au plus certains mâles sont-ils un peu plus grands que les femelles et les plus âgés peuvent-ils présenter une blancheur plus affirmée de la tête, les femelles ayant tendance à conserver quelques marques sombres disséminées. Ce sont également des critères de taille et de blancheur qui permettent de distinguer les deux races de l'albatros hurleur : D. e. exulans est un peu plus petit et plus sombre que D. e. chionoptera.

Les albatros hurleurs ont la particularité de produire au niveau de leur estomac glandulaire (première partie de l'organe) une huile, qui peut être projetée par les jeunes oiseaux confrontés à un péril. Celle-ci sert peut-être aussi à l'entretien du plumage et donne, en tout cas, aux albatros cette odeur de musc typique.

Enfin, la forte taille de l'albatros hurleur est en relation directe avec sa longévité remarquable, près de 35 ans !

L’ALBATROS

ALBATROS HURLEUR

Nom (genre, espèce) :

Diomedea exulans

Famille :

Diomédéidés

Ordre :

Procellariiformes

Classe :

Oiseaux

Identification :

Immense oiseau de mer à dominante blanche ; pieds palmés ; long bec terminé en crochet

Envergure :

Jusqu'à 3,40 m

Poids :

Jusqu'à 12 kg

Répartition :

Mers australes

Habitat :

Océans et, pour nicher, îles et îlots

Régime alimentaire :

Seiches, poissons, déchets

Structure, sociale :

Grégaire temporaire, monogame durable

Maturité sexuelle :

De 4 à 7 ans

Saison de reproduction :

À partir du printemps austral ; dure un an

Durée d'incubation :

De 70 à 82 jours

Poids de l'œuf :

460 g en moyenne

Nombre de jeunes :

1 tous les 2 ans

Longévité :

30 ans en moyenne

Effectifs :

Estimés à 28 000 individus adultes

Statut, protection :

Espèce vulnérable, effectifs en baisse

 

Signes particuliers

Narines

Tous les procellariiformes portent des tubes cornés prolongeant les narines. Cette conformation est peut-être à mettre en relation avec le fait que ces espèces font partie des rares oiseaux à posséder un odorat fonctionnel. On suppose que ce sens sert lors de la recherche de nourriture et aussi dans le cadre des relations sociales, ces oiseaux dégageant une forte odeur musquée. Les tubes, assez courts, sont placés sur les côtés du bec et font office de « tuyaux » d'évacuation du sel absorbé avec l'eau de mer. Le chlorure de sodium est sécrété par des glandes nasales développées, qui travaillent plus que les reins.

Bec

Le bec de l'albatros hurleur peut mesurer jusqu'à 18 cm de long. Il est constitué de plusieurs plaques cornées soudées entre elles : 1 sommitale et 2 latérales pour la mandibule supérieure, 2 latérales pour la mandibule inférieure. Chaque mandibule est terminée par un « onglet » (unguis). Chez l'albatros hurleur, les lignes de contact entre deux plaques, ou sutures, ne sont pas soulignées d'un trait coloré comme chez d'autres espèces. L'onglet inférieur se nomme onglet maxillaire ; le supérieur, ou onglet mandibulaire, est en forme de crochet. Il fait du bec un outil efficace et une arme redoutable.

Plumes

L'albatros est pourvu d'un plumage dense assurant une parfaite isolation thermique. Les plumes sont étroitement imbriquées et protègent un duvet qui emprisonne une couche d'air isolante. Les adultes ne muent qu'une année sur deux, en alternance avec l'année consacrée à la reproduction.

Ailes

L'examen du squelette de l'aile d'un albatros permet de comprendre la remarquable longueur de celle-ci. Tout repose sur l'allongement de l'avant-bras, presque deux fois plus grand que le bras. Chez d'autres oiseaux, le radius et l'ulna (cubitus) ne dépassent l'humérus que d'un tiers environ.

Les autres albatros

Les procellariiformes sont un ordre d'oiseaux de mer qui se partagent en quatre familles : les diomédéidés (albatros), les procellariidés (pétrels et puffins), les hydrobatidés (océanites) et les pélécanoïdidés (pétrels plongeurs ou puffinures), toutes ces espèces ayant plusieurs traits en commun. Ils vivent en pleine mer la plupart du temps et ne viennent à terre qu'à l'occasion de la reproduction.

Sur le plan morphologique, tous ont les pieds palmés et, caractère original, chaque narine est prolongée par un tube corné. Chez certains, les deux tubes sont soudés pour n'en former plus qu'un, situé sur l'arête du bec. Celui-ci, constitué de plaques cornées dont les sutures sont bien visibles, porte à l'extrémité de la mandibule supérieure un onglet recourbé.

Les procellariiformes possèdent des glandes nasales très développées, qui leur permettent d'éliminer le sel absorbé avec l'eau de mer, et un estomac glandulaire produisant une substance huileuse. Leur plumage va du noir au blanc en passant par le brun, avec toutes sortes d'intermédiaires et de combinaisons. L'éventail des tailles est vaste, de 13 ou 14 cm de long pour les plus petits des océanites jusqu'à 3 m d'envergure ou plus pour les grands albatros comme l'albatros hurleur ou l'albatros royal. Quelle que soit leur taille, tous ces oiseaux sont de bons voiliers.

Comme chez les autres oiseaux, leurs clavicules sont soudées (c'est l'os en V du poulet utilisé pour faire des vœux), mais elles reposent sur le bréchet, cette saillie du sternum où s'insèrent les puissants muscles pectoraux. Avec ce point d'appui, les ailes peuvent être tenues déployées pendant des heures d'affilée avec un minimum de fatigue.

L'albatros hurleur appartient à la famille des diomédéidés. Très homogène, celle-ci ne comprend que des oiseaux de taille grande à très grande, à la silhouette caractéristique : longues ailes étroites et queue courte. Une vingtaine d'espèces a été décrite (tous les auteurs ne sont pas d'accord sur leur nombre), regroupées en quatre genres : Diomedea, Thalassarche, Phoebastria et Phoebetria.

Genre diomedea

Six espèces, dont l'albatros hurleur. Plusieurs espèces jadis classées dans le genre Diomedea ont été déplacées dans les genres Thalassarche et Phoebastria.

Albatros royal (Diomedea epomophora)

Identification : longueur, 107-122 cm ; envergure, 305-351 cm. Blanc ; bout et bord postérieur des ailes noirâtres.

Répartition : sud de l'océan Pacifique, côte est de l'Amérique du Sud. Niche sur les îles Auckland, Campbell, Chatham ainsi qu'en Nouvelle-Zélande (péninsule de l'Otago).

Albatros d'Amsterdam (Diomedea amsterdamensis)

Cette espèce, dont la population connue est comprise entre 30 et 50 sujets, a été découverte en 1981 par une mission naturaliste française. Elle était passée inaperçue jusqu'alors tant en raison de ses très faibles effectifs qu'à cause de sa grande ressemblance avec les albatros hurleurs immatures.

Identification : longueur, 110 cm ; envergure, 300 cm (supposées). Brun ; dessous des ailes, ventre et face blancs.

Répartition : pratiquement inconnue. Niche sur l'île Amsterdam, dans le sud de l'océan Indien.

Albatros des antipodes (Diomedea antipodensis)

Cette espèce a longtemps été considérée comme une sous-espèce de l'albatros hurleur (et l'est encore par certains auteurs).

Identification : longueur, 110 cm. Brun ; face et gorge blanches.

Répartition : entre le sud-est de l'Australie (mer de Tasman) et le sud du Chili. Niche en Nouvelle-Zélande, dans les îles Antipodes et Auckland ; quelques coupes nidifient sur l'île Campbell.

Albatros de Tristan (Diomedea dabbenena)

Identification : longueur : 110 cm. Plumage très semblable à celui de l'albatros hurleur.

Répartition : des côtes du sud de l'Afrique à celles de l'Uruguay et du sud du Brésil. Niche entre les deux, au milieu de l'océan Atlantique, sur les îles Gough, Tristan da Cunha et Sainte-Hélène.

Albatros de Sanford (Diomedea sanfordi)

Appelé aussi albatros royal du Nord.

Identification : longueur : 115 cm. Plumage noir (face postérieure des ailes) et blanc.

Répartition : eaux circumpolaires. Niche dans trois des îles Chatham, à Taiaroa Heads en Nouvelle-Zélande (sur la péninsule d'Otago), et dans l'île Enderby des îles Auckland.

Genre Thalassarche

Dix espèces.

Albatros timide (Thalassarche cauta)

Identification : longueur, 99 cm ; envergure, 198-256 cm. Blanc ; ailes, dos et queue bruns ; bec gris à pointe jaune.

Répartition : mal connue ; essentiellement autour du sud de l'Australie et de la Tasmanie, et jusqu'au sud de l'Afrique. Niche au sud-est de l'Australie : les îles Albatross et Pedra Branca, ainsi que dans le sud de la Tasmanie ; et dans quelques îles de la Nouvelle-Zélande : dans les îles Auckland et Antipodes, et l'une des îles Chatham.

Albatros de Chatham (Thalassarche eremita)

Auparavant considéré comme une sous-espèce de l'albatros timide.

Identification : longueur : 90 cm. Gris et blanc ; ailes, dos et queue gris anthracite à gris brun ; bec jaune à pointe noire.

Répartition : entre la Tasmanie et les côtes occidentales de l'Amérique du Sud. Niche uniquement sur un petit îlot rocheux dans les îles Chatham (en Nouvelle-Zélande).

Statut : en danger critique d'extinction.

Albatros de Salvin (Thalassarche salvini)

Auparavant considéré comme une sous-espèce de l'albatros timide.

Identification : longueur : 90 cm. Corps blanc, dessus des ailes brun, dessous blanc bordé de noir, tête gris clair, bec jaune à pointe brune.

Répartition : Pacifique Sud. Niche sur les îles Bounty, Snares et Chatham (Nouvelle-Zélande).

Albatros à sourcils noirs (Thalassarche melanophrys)

Identification : longueur, 83-93 cm ; envergure, 240 cm en moyenne. Blanc avec le dessus des ailes et le dos bruns ; bec jaune à onglet orangé ; zone sombre autour de l'œil.

Répartition : ensemble de la zone océanique au sud du tropique du Capricorne. Niche sur les îles Falkland, Géorgie du Sud, Kerguelen, Heard, Macquarie, Staten, Campbell, Antipodes ainsi que sur celles au large du sud du Chili. Des égarés ont été observés jusqu'au Groenland et en Norvège.

Statut : en danger, effectifs en diminution.

Albatros à bec jaune (Thalassarche chlororhynchos)

Identification : longueur, 71-81 cm ; envergure, 178-205 cm. Blanc ; dessus des ailes, dos et queue brun foncé ; bec noirâtre à sommet jaune et onglet rouge-orangé.

Répartition : mers du Sud, de l'est de l'Amérique du Sud à l'Australie. Niche sur les îles Tristan da Cunha, Gough, du Prince-Édouard, Kerguelen, Amsterdam et Saint-Paul.

Statut : en danger, effectifs en diminution.

Albatros à tête grise (Thalassarche chrysostoma)

Identification : longueur, 81 cm ; envergure, 220 cm. Ventre et croupion blancs ; ailes et dos bruns ; tête et queue grises ; bec noirâtre surmonté de jaune.

Répartition : zone océanique au sud du tropique du Capricorne. Niche sur les îles Diego Ramirez, Géorgie du Sud, du Prince-Édouard, Marion, Crozet, Kerguelen, Macquarie et Campbell.

Albatros de Buller (Thalassarche bulleri)

Identification : longueur, 76-81 cm ; envergure, 205-213 cm. Ventre et croupion blancs ; ailes, dos et queue bruns ; cou et tête gris, front blanchâtre ; bec noirâtre surmonté de jaune.

Répartition : sud de l'océan Pacifique, entre l'Australie et l'Amérique du Sud. Niche sur les îles à proximité de la Nouvelle-Zélande.

Albatros de l'océan Indien (Thalassarche carteri)

Identification : longueur, 76 cm. Le plus petit des albatros du genre Thalassarche. Dessus des ailes et queue brun foncé à gris-noir. Tête gris très pâle. Bec noir avec une bande coloré sur le dessus, jaune vif virant à l'orange à l'extrémité du bec.

Répartition : sud de l'océan Indien, entre la Nouvelle-Zélande et le sud de l'Afrique. Niche dans l'île-du-Prince-Édouard, dans les îles Crozet, Kerguelen, Amsterdam et Saint-Paul.

Statut : en danger, effectifs en diminution.

Albatros de Campbell (Thalassarche impavida)

Identification : longueur, 88 cm. Dessus des ailes et queue gris noir. Reste du corps blanc. Œil clair, cerné d'une tache grise à noire. Bec orangé.  

Répartition : océan Indien et Pacifique Sud, uniquement au sud de l'Australie et de la Nouvelle-Zélande. Niche uniquement sur l'île Campbell (Nouvelle-Zélande) et un îlot au large de cette dernière.  

Albatros à cape blanche (Thalassarche steadi)

Identification : longueur, 88 cm. Dessus des ailes et queue gris noir. Reste du corps blanc. Œil clair, cerné d'une tache grise à noire. Bec orangé. 

Répartition : large de la Nouvelle-Zélande, dans les îles Auckland et Bollon.

Genre Phoebastria

Quatre espèces

Albatros de Laysan (Phoebastria immutabilis)

Identification : longueur, 79-81 cm ; envergure, 195-203 cm. Blanc ; dessus des ailes, dos et queue brun noirâtre ; tache sombre autour de l'œil ; bec jaune sale à pointe grise.

Répartition : nord de l'océan Pacifique. Niche sur les îles Hawaii et îles Revillagigedo, au sud de la Californie.

Albatros à pieds noirs (Phoebastria nigripes)

Identification : longueur, 68-74 cm ; envergure, 193-213 cm. Brun ; du blanc à la base du bec, au croupion et sous la queue ; bec brun-gris.

Répartition : nord de l'océan Pacifique. Niche sur les îles Hawaii et Izu.

Albatros à queue courte (du Japon) (Phoebastria albatrus)

Identification : longueur, 84-94 cm ; envergure, 213-229 cm. Blanc et noir ; tête jaune ; bec rose à pointe grise.

Répartition : nord de l'océan Pacifique. Niche sur l'île Torishima, dans les îles Izu.

Albatros des Galápagos (Phoebastria irrorata)

Identification : oiseau de taille moyenne ; longueur, 85-93 cm ; envergure, 230-240 cm. Brun marbré ; cou et tête blancs ; bec jaune pâle.

Répartition : océan Pacifique, au nord-ouest de l'Amérique du Sud. Niche sur les îles Galápagos (île Hood) et se maintient avec peine au large de l'Équateur (île La Plata).

Genre Phoebetria

Deux espèces.

Albatros brun (Phoebetria fusca)

Identification : longueur, 84-89 cm ; envergure, 203 cm. Entièrement brun.

Répartition : mers du Sud, de l'est de l'Amérique du Sud à l'Australie, au sud du 30° lat. S. Niche sur les îles Tristan da Cunha, Gough, du Prince-Édouard, Marion, Crozet, Kerguelen, Amsterdam et Saint-Paul.

Albatros fuligineux (Phoebetria palpebrata)

Identification : longueur, 79-89 cm ; envergure, 183-218 cm. Brun fuligineux ; dos et ventre gris cendré.

Répartition : ensemble de la zone océanique australe, au sud du 30° lat. S. Niche sur les îles Géorgie du Sud, du Prince-Édouard, Marion, Crozet, Kerguelen, Heard, Macquarie, Auckland, Campbell et Antipodes.

Milieu naturel et écologie

Comme tous les oiseaux marins pélagiques (du latin pelagius, adjectif signifiant « de la haute mer »), l'albatros hurleur partage sa vie entre deux types de milieux complémentaires : l'océan et la terre ferme. Cette répartition s'opère de façon très inégale dans le temps. Mais le milieu océanique est sans conteste le véritable élément des membres de la famille des diomédéidés, celui pour lequel ils possèdent toutes les adaptations requises.

Un infatigable voilier

Les exigences physiques des albatros, notamment celles des plus grands, l'albatros hurleur (Diomedea exulans), l'albatros royal (Diomedea epomophora) et l'albatros d'Amsterdam (Diomedea amsterdamensis), dont l'envergure excède fréquemment 3 mètres, leur imposent des conditions environnementales particulières. Leur taille, idéale pour le vol plané dynamique, ne leur permet pas de pratiquer le vol battu de façon régulière. Malgré une structure légère en proportion, leur musculature n'y suffirait pas et leurs réserves énergétiques s'épuiseraient bien vite. Ils doivent donc impérativement compter sur l'assistance permanente du vent pour se maintenir dans les airs. Les albatros ont acquis une pratique du vol plané qui leur permet de mieux utiliser le vent dans les mers australes. Ils tirent parti du fait que, à l'endroit où le vent est proche des vagues, il est moins violent que dans les courants élevés.

C'est ainsi que ces géants fréquentent la partie océanique australe de l'hémisphère Sud où de puissants vents d'ouest soufflent avec une régularité remarquable, quelle que soit la période de l'année. Cette zone venteuse propice est grossièrement comprise entre le 40e degré et le 60e degré de latitude sud. Les sites de nidification de l'albatros hurleur et des espèces voisines se trouvent d'ailleurs compris presque en totalité entre ces limites.

La zone d'évolution des espèces méridionales d'albatros – qui appartiennent aux deux genres Diomedea et Phoebetria – dépasse pourtant ces limites. Au nord, elle atteint par endroits le tropique du Capricorne, qu'elle dépasse même localement, comme par exemple le long des côtes occidentales de l'Amérique du Sud ou de l'Afrique. Vers le sud, la limite correspond aux côtes du continent antarctique. Toutefois, dans ces régions, tant au nord qu'au sud, le régime des vents est beaucoup plus capricieux et conditionne des déplacements plus aléatoires.

Les distances parcourues par les albatros et leur vitesse de progression moyenne au-dessus de leur domaine marin sont tout à fait étonnantes. Il a été déterminé que les albatros peuvent parcourir à peu près 400 km par jour lorsque souffle un vent à 10 nœuds (soit un peu moins de 20 km/h).

Le tour du monde en 80 jours

Étant donné que la circonférence du globe terrestre, à la hauteur du 40e degré de latitude sud, est de 30 000 km, il faut à l'un de ces grands oiseaux de mer un peu moins de 80 jours pour faire le tour du monde. Cette moyenne peut être sensiblement améliorée, puisque les vents de la ceinture australe atteignent souvent les 50 nœuds.

Quelques espèces d'albatros se rencontrent dans le Pacifique nord ; l'albatros des Galápagos (Phoebastria irrorata) étant quant à lui localisé dans une petite portion du Pacifique équatorial, à la hauteur des îles Galápagos.

L'albatros à queue courte (Pheobastria albatrus), l'albatros à pieds noirs (Phoebastria nigripes) et l'albatros de Laysan (Phoebastria immutabilis) évoluent entre le tropique du Cancer et le 60e degré de latitude nord. Ils tirent parti des alizés du nord-est, de l'anticyclone de Californie, des vents de mousson du nord-ouest (en hiver) et de ceux de mousson du sud-est (en été).

Une mention particulière doit être accordée à l'albatros de l'île Chatham (Thalassarche eremita), qui est restreint à la seule île Chatham, à l'est de la Nouvelle-Zélande, et ne semble guère s'en éloigner, même en dehors de la période de reproduction.

Des îlots plats pour nicher

Les albatros ne viennent à terre que dans le seul but de nicher. Ils choisissent uniquement des îles isolées, des archipels ou de simples îlots. Ces différents sites sont presque toujours dépourvus d'une végétation autre que celle qui appartient à la strate herbacée et comportent des zones assez plates, suffisamment dépourvues d'accidents rocheux, ce qui permet aux oiseaux de décoller et d'atterrir. Ces îles doivent également être riches en herbe et offrir une terre molle pour qu'ils élaborent le nid sans difficultés. Ce schéma de base comporte quelques variantes : l'albatros des Galápagos tolère la présence d'arbustes ; les albatros brun et fuligineux recherchent une végétation basse mais fournie, l'albatros à pieds noirs s'installe à même le sable ; les albatros à tête grise, à bec jaune et à sourcils noirs apprécient les pentes abruptes.

Bien peu de prédateurs

En raison de leur taille et, pour certaines espèces, de leur habitude de nicher en colonies, les albatros adultes n'ont que fort peu de prédateurs. Tout au plus le léopard de mer, Hydrurga leptonyx (grand phoque carnassier de l'Antarctique), peut-il happer par surprise un albatros posé sur l'eau – surtout un oiseau fatigué par une période de très mauvais temps. Les œufs ou les jeunes peuvent également être victimes de goélands ou de skuas audacieux.

L'albatros et l'homme

« Ces rois de l'azur maladroits et honteux... »

Inspirateur d'un des poèmes les plus connus de Baudelaire, l'albatros fascine les hommes. Tour à tour craint, apprivoisé, massacré, il est aujourd'hui partiellement protégé et fait l'objet de nombreuses études.

L'albatros instigateur des tempêtes

L'albatros fait partie intégrante de l'imaginaire et du folklore des marins. Son nom même aurait été prononcé par les premiers navigateurs qui, au xve siècle, atteignirent la zone des grands vents de l'Atlantique sud en longeant la côte occidentale de l'Afrique. Ignorant l'existence de l'albatros, ils lui donnèrent donc le nom d'une espèce aquatique d'allure voisine qu'ils connaissaient bien : alcatraz, mot portugais désignant le pélican et lui-même issu de l'arabe al gattaz, nom d'un « aigle de mer ». Par la suite, le mot portugais aurait connu une modification de sa prononciation en passant par la bouche des marins britanniques.

Les albatros ont toujours appartenu au monde des hommes de la mer. Accompagnant souvent les perturbations, qui leur garantissent des vents exploitables, ces grands oiseaux de mer furent fréquemment associés au phénomène de tempête et accusés d'en être les instigateurs. Dans le folklore maritime, ils représentaient alors des messagers de mort. Les mentalités évoluant peu à peu, ils perdirent leur aura fatale et devinrent tout simplement des compagnons de route venant distraire les équipages par leur opiniâtreté à suivre les navires, dans l'espoir de glaner quelques déchets.

Au xviiie siècle et surtout au xixe, l'albatros est même considéré comme un animal familier, et il n'était pas rare que des marins en rapportent de leurs lointains périples. Les oiseaux observés au xixe siècle et au début du xxe à proximité des côtes nord-européennes, ont été sans doute relâchés dans de telles conditions.

Charles Baudelaire n'eut pas besoin de voyager vers les mers australes pour y trouver la source d'inspiration d'un de ses célèbres poèmes ; les « ailes de géant... » appartenaient certainement à un oiseau échoué sur le pont d'un navire.

L'albatros et la balise

Les progrès récents en matière de miniaturisation sont venus apporter une aide précieuse aux ornithologues désireux de connaître au mieux les déplacements des oiseaux. Des balises peuvent être fixées sur le dos de plusieurs albatros nicheurs. Les signaux émis permettent de suivre chaque albatros adulte durant plusieurs mois et de déterminer la zone d'évolution, la distance parcourue, la vitesse de progression et les phases de stationnement correspondant aux périodes sans vent.

Des plumes d'édredon

Les rapports entre l'homme et les albatros n'ont pas toujours été placés sous le signe d'un folklore bienveillant. Plus d'une colonie a eu à souffrir de destructions opérées par les marins en quête de viande fraîche ou, tout bêtement, de distractions !

Le cas le plus dramatique est sans nul doute celui de l'albatros à queue courte du Japon, Phoebastria albatrus. En 1949, l'espèce (alors appelée Diomedea albatrus) est déclarée éteinte. Les chasseurs collectant les plumes destinées à la fabrication d'édredons avaient massacré, entre 1889 et 1903, un si grand nombre d'oiseaux qu'ils semblaient bien les avoir fait totalement disparaître. En 1929, il restait 1 400 albatros sur l'île de Torishima, au large du Japon. Au début de la guerre, il en subsistait moins de 50 et, en 1945, on en comptait... un seul ! Toutefois, en 1951, un nid a été trouvé et, en 1973, on en dénombrait 57.

Le caractère volcanique de la petite île de Torishima faisant craindre qu'une éruption en pleine période de nidification ne vienne porter un coup fatal à l'espèce, le gouvernement japonais a déclaré l'albatros à queue courte « monument naturel spécial » et il a interdit l'exploitation du soufre sur l'île pour ne pas perturber les nicheurs. Par ailleurs, l'élimination des rats et des chats introduits a fait l'objet d'un programme sévère. Les rats provenant de bateaux et les chats retournés à l'état sauvage constituent en effet un sérieux problème, car ils s'attaquent aux œufs et aux jeunes poussins de plusieurs espèces d'albatros sur un grand nombre d'îles ou d'îlots. Au milieu des années 2000, on estime la population de l'albatros à queue courte à un peu plus de 2 000 individus.