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éléphant

Éléphants
Éléphants

Son plus lointain ancêtre remonte à 50 millions d'années, son cousin le mammouth s'est éteint à la préhistoire. Sur les 300 espèces de mammifères armés de trompe et de défenses que la terre a connues, il ne reste que l'éléphant. Traqué pour son ivoire, ce dernier des géants risque lui aussi de disparaître...

1. La vie de l'éléphant

1.1. Une vie de famille dont les mâles sont exclus

L'éléphant est le plus grand animal terrestre actuel. Il vit en groupes sociaux très structurés.

Le fonctionnement de ces groupes, longtemps demeuré mystérieux, fut peu à peu éclairé par les recherches de scientifiques.

Dans les zones forestières où la végétation abonde, les hardes se déplacent relativement peu, mais, dans les zones sèches comme les pays sahéliens, elles nomadisent sur de grandes distances, selon des parcours qui restent identiques chaque année. Ainsi, en quinze ans d'étude au Kenya, la zoologiste américaine Cynthia Moss a pu observer les mêmes individus, aux mêmes endroits.

À l'intérieur des 400 km2 du parc d'Amboseli, au Kenya, on dénombre entre 300 et 400  éléphants : d'un côté, les femelles et leurs petits, répartis en une cinquantaine de clans, et, de l'autre,  les mâles adultes, circulant d'une harde à l'autre. La taille des clans varie. Les adultes, tous des femelles, parfois parentes, sont très attachés les uns aux autres. La moindre séparation fait l'objet de retrouvailles démonstratives, fortes en émotions : barrissements, battements répétés d'oreille, caresses avec la trompe.

L'apprentissage de la vie

Le reste du clan est composé des rejetons : jeunes et adolescents des deux sexes.

Jour après jour, saison après saison, le groupe se déplace suivant des parcours réguliers, sous la direction d'une femelle, presque toujours la plus âgée, donc plus expérimentée. À 40 ou 50 ans, la vieille éléphante a dû faire face à toutes sortes de danger, dont la sécheresse. Elle connaît l'emplacement des points d'eau, que sa propre mère lui a indiqués, situés à des dizaines de kilomètres du territoire. C'est ce mélange de générations qui permet aux jeunes éléphants de se constituer une mémoire.

Le renouvellement de l'espèce

En périphérie des hardes, les mâles adultes vivent isolés, ou en groupes assez lâches, et arpentent de vastes surfaces, recouvrant les aires de plusieurs clans.

Ils sont en rut selon un rythme propre à chaque individu. Ils recherchent alors activement les femelles en chaleur, en se déplaçant d'un groupe à l'autre, et deviennent agressifs entre eux. Mais il est rare que deux mâles d'âge et de force comparables soient en rut en même temps, et, s'ils sont de tailles différentes, le plus petit cède la place sans chercher à combattre son rival.

Les femelles, réceptives toute l'année, ont des cycles d'environ deux mois. Il n'y a pas de saison préférentielle pour les mises bas.

La reproduction dépend des ressources alimentaires. Les naissances se succèdent normalement tous les 4 ou 5 ans, mais, en période de sécheresse, la mortalité périnatale peut avoisiner 100 %. Des variations importantes dans les effectifs peuvent être constatées en liaison avec les aléas climatiques et justifient d'autant plus les études à long terme comme celles que mène l'Amboseli Trust for Elephants depuis 1972. S'ils sont protégés, les éléphants peuvent regagner des effectifs importants : la population totale sur leur territoire d'Amboseli (environ 3 000 km2) qui était passée de 1 200 individus dans les années 1960 à 700 en 1972 puis à 480 en 1978, a recommencé à augmenter pour atteindre 1 485 individus en 2007. La même année, 66 naissances pour seulement 20 décès ont été enregistrées dans le parc.

Les éléphants sont fidèles à leur famille d'origine

Les éléphants sont fidèles à leur famille d'origine



Les éléphants de chaque région naturelle forment une grande population, de quelques centaines à plusieurs milliers de bêtes. Habituellement, les individus sont regroupés en petites unités, les hardes, organisées autour de quelques femelles et de leur descendance. Quand la nourriture est abondante, en saison humide, des rassemblements temporaires unissent entre elles les petites hardes d'une même population. En revanche, lorsque la nourriture est rare, en saison sèche, les hardes se séparent en unités restreintes, composées d'une ou de deux femelles et de leurs petits . Les hardes se recomposent quand les conditions redeviennent meilleures.

1.2. Un régime frugal : des herbes, des feuilles, de la terre, de l'eau

Les éléphants sont des herbivores stricts : ils se nourrissent exclusivement de plantes. Mais leur régime alimentaire varie considérablement selon les régions qu'ils parcourent (des forêts équatoriales aux prédéserts) et selon les périodes de l'année (des saisons sèches aux pluies tropicales).

Les éléphants consomment toutes sortes de plantes : ils tondent l'herbe par touffes, la cueillant avec leur trompe en coups réguliers, prélèvent les parties les plus riches et les plus tendres des buissons épineux, s'attaquent aux feuilles des arbres. On a même constaté qu'ils abattent parfois les acacias pour savourer les branches supérieures, apparemment bien plus appétissantes que les branches accessibles...

Les études sur le terrain concernant la qualité et la quantité d'aliments absorbés par des éléphants sont encore peu nombreuses. Les observations ne peuvent avoir lieu que dans les zones où la végétation est suffisamment dégagée, notamment dans les parcs nationaux. Il faut pouvoir suivre aisément les animaux et les guetter pour estimer, après leur départ, la quantité de nourriture qu'ils ont ingurgitée.

Il existe un autre moyen de connaître leur type d'alimentation : l'analyse de leurs excréments. Il faut alors ramasser le crottin juste après le passage des hardes et essayer d'identifier les restes végétaux qui n'ont pas été digérés. En comparant les résultats de plusieurs études réalisées à différentes époques de l'année, on a ainsi pu conclure que la masse de nourriture ingérée quotidiennement par un éléphant varie en moyenne entre 150 et 170 kg en saison sèche, et entre 200 et 280 kg en saison humide.

La composition de cette nourriture subit, elle aussi, des modifications. Selon les travaux déjà anciens, mais largement confirmés depuis, effectués par Field en Ouganda, pendant la saison des pluies la proportion d'herbes ingérées représente 80 % de l'alimentation et celle de végétaux ligneux (tiges, bois), moins riche, est de 20 %, tandis qu'en saison sèche les éléphants n'ingurgitent plus que 40 % d'herbes et compensent en augmentant leur consommation de végétaux ligneux, qui constituent alors 60 % de leur alimentation.

En effet, au cours de la saison sèche, les herbes (graminées) manquent ou sont souvent de très mauvaise qualité, tandis que les arbres et les buissons, grâce à leurs racines, restent verts bien plus longtemps. En fait, les éléphants s'adaptent et se nourrissent de ce dont ils disposent en montrant toutefois, quand ils ont le choix, une préférence très marquée pour les graminées.

Par ailleurs, ils avalent régulièrement de la terre, riche en sels minéraux (fer, bicarbonate...), ce qui complète leur nourriture et prévient les carences alimentaires qui pourraient les atteindre.

Mais la sécheresse (ce fléau de l'Afrique) reste une menace pour l'éléphant comme pour l'homme : elle peut entraîner une sous-alimentation et un manque d'eau. Or les éléphants ont besoin d'absorber environ 80 litres d'eau par 24 heures. Ils ne se désaltèrent habituellement qu'une fois par jour, même lorsque l'eau abonde, et ne semblent pas très regardants sur la qualité de cette eau de boisson. Ils sont toutefois capables de rester quelques jours sans boire, surtout quand leur alimentation est suffisamment riche en humidité. Dans certaines zones arides, ils creusent le lit asséché des rivières, jusqu'à atteindre la nappe phréatique. Après leur départ, les petits puits qu'ils abandonnent derrière eux permettent à de nombreuses autres espèces d'aller à leur tour étancher leur soif.

Les éléphants détruisent-ils les arbres ?

Dans les grandes forêts équatoriales, où les herbes sont rares, les éléphants forestiers se sont adaptés à cette pénurie et font une large part à la consommation de fruits. Ils expulsent les graines dans leur crottin, loin du lieu où la plante a été cueillie, ce qui constitue un mode de dissémination très favorable à l'espèce consommée. En forêt de Taï, en Côte-d'Ivoire, il arrive que 35 % du poids du crottin sec d'un éléphant soit constitué de graines.

Ailleurs, dans certaines savanes boisées, cernées de terres cultivées inaccessibles aux animaux, les éléphants n'ont plus la possibilité de se déplacer et abattent une grande partie de la végétation boisée. Ainsi les paysages peuvent se trouver complètement bouleversés en très peu de temps.

Qui est responsable ? L'homme qui parque l'animal, ou l'animal qui cherche à survivre ?

Le système digestif de l'éléphant

Le système digestif de l'éléphant



Les mammifères herbivores n'ont pas tous la même façon de digérer. Les graminées contiennent essentiellement un sucre complexe, la cellulose, qui doit être transformée pour être assimilée. Cette transformation se fait dans le système digestif grâce à des micro-organismes (protozoaires ciliés et bactéries) qui dégradent la cellulose et se nourrissent de ses déchets.

Chez les ruminants, ces micro-organismes sont dans l'estomac, ou panse. Chez les non-ruminants comme l'éléphant, ils vivent dans l'intestin grêle et le cæcum, en aval de l'estomac. L'estomac de l'éléphant est donc simple et le transit intestinal est plus rapide que chez les ruminants. Cet atout appréciable permet à l'éléphant d'ingérer plus vite de grandes quantités de nourriture pour rééquilibrer sa ration quand celle-ci comporte surtout des végétaux ligneux, comme le bois, difficilement assimilable.

1.3. Les bains de l'éléphant, un utile divertissement

Les éléphants affectionnent particulièrement les bains : bains d'eau, de boue et de poussière.

Sans eau, ces géants ne peuvent survivre. On connaît le cas d'éléphants captifs qui réussirent à tenir une semaine sans boire, mais, habituellement, les éléphants ne peuvent se passer d'eau plus de 48 heures sans danger.

La terre est, elle aussi, un élément précieux : elle sert de complément dans l'alimentation, apporte les sels minéraux indispensables et prévient certaines carences.

Arrivés aux points d'eau, les éléphants boivent avant les autres animaux et prennent des bains de boue indispensables à leur hygiène. Les parasites qui vivent sur leur peau sont ainsi écrasés et détruits par la carapace solide que forme la boue en séchant. En s'évaporant, cette boue rafraîchit les éléphants, qui n'ont pas de glandes sudoripares, remplissant un peu le même rôle que la sueur. Enfin, elle entretient et assouplit la peau, remplaçant les glandes sébacées, absentes, elles aussi, chez les éléphants.

1.4. Les petits marchent dès leur naissance

Il existe très peu de témoignages de naissances d'éléphants. Sans doute se passent-elles la nuit, et, comme elles se déroulent rapidement, il faut avoir la chance d'être présent au bon moment et au bon endroit. Au bout de 22 mois de gestation, l'éléphante donne naissance à un petit éléphanteau de 115 à 120 kg.

Pour la mise bas, la femelle reste debout et le petit tombe sur le sol, protégé par ses enveloppes fœtales. L'événement a lieu au sein du groupe, ou un peu à l'écart : aussitôt tous les membres du clan viennent inspecter le nouveau venu, le reniflent avec leur trompe et marquent un vif intérêt à son égard. Souvent, une jeune femelle, parfois sa sœur, prend part à la surveillance et aux soins prodigués au petit. Elle allège ainsi la tâche de la mère et s'entraîne pour ses maternités futures. Dans une société où les liens sont si puissants, cette coopération est très bénéfique.

Le bébé éléphant est précoce. La vie nomade l'oblige à savoir se déplacer très tôt. Il commence à marcher juste après sa naissance. Les jeunes mères sont plus « désordonnées » que celles qui ont déjà l'expérience de l'élevage des petits. L'adresse de la mère compte lorsqu'elle aide l'éléphanteau à sortir des enveloppes et à se mettre debout, et au moment de la première tétée. Son savoir-faire permet au petit de trouver plus rapidement les mamelles. Celles-ci, au nombre de deux, en position pectorale, ont gonflé dans les semaines précédant la mise bas. La mère écarte les pattes antérieures et le petit se met à téter avec sa bouche (et non avec sa trompe...). Il commencera par boire l'eau de la même façon et ne saura se servir de sa trompe pour s'abreuver que vers l'âge de 5 ou 6 mois. La composition du lait varie selon le mois de lactation. En moyenne, on compte 18 g de matières sèches par kilo, dont de 5 à 7 g de matières grasses, de 5 à 6,5 g de lactose (sucre) et 4 g de protéines, le reste se composant de matières minérales (cendres). L'énergie apportée au jeune serait de 0,88 kcal/gramme.

Quand la femelle dispose de suffisamment de nourriture pour produire assez de lait, le jeune grandit vite. La croissance des jeunes éléphants est assez régulière de leur naissance jusqu'à 4 ans. Celle des mâles étant plus rapide que celle des femelles, la mère a besoin d'une plus grande quantité de nourriture pour allaiter un petit mâle. Les études sur le terrain ont prouvé que, en période de disette, la mortalité néonatale des mâles est plus importante. Ce facteur de sélection contribue à expliquer la supériorité en nombre des femelles adultes.

Histoire de jumeaux

Une observation passionnante a été effectuée par Cynthia Moss, présidente de l'Amboseli Trust for Elephants : celle de la croissance de deux éléphanteaux jumeaux, un mâle et une femelle. Dès les premiers jours, le petit mâle affirmait sa supériorité en refusant de partager le lait avec sa sœur, qu'il chassait. L'avenir de la petite semblait compromis, mais elle mit au point un « truc ». Elle entraînait son frère dans des jeux endiablés jusqu'à ce qu'il s'écroule de fatigue dans l'herbe. Profitant de son assoupissement, elle se précipitait vers sa mère pour téter. Finalement, au bout de quelques semaines, les mamelles furent partagées et les deux jumeaux grandirent en harmonie, tout en restant de plus petite taille que les « enfants uniques ». Cette année-là, la nourriture ne manquait pas et la mère des jumeaux était très expérimentée. Les naissances gémellaires, qui sont de l'ordre de 1 %, n'évoluent pas toutes aussi bien, le plus souvent un des jeunes meurt.

D'après tous les témoignages, les éléphanteaux sont d'extraordinaires sujets d'observation. Espiègles, pleins d'imagination, ils jouent entre eux et vont provoquer les adultes, qui rechignent parfois devant leurs facéties. Comme tous les jeunes, ils ont besoin de sommeil et profitent des haltes pour dormir. Entre 3 et 7 heures du matin, les éléphants se reposent en ronflant bruyamment. Certains se couchent, les plus grands et les plus lourds s'appuient contre des arbres ou des pierres. Le second moment de repos se situe entre 13 et 14 heures. Il s'agit avant tout d'éviter le soleil trop ardent.

Encadrés par leurs aînés, les éléphanteaux apprennent ainsi, en grandissant, les rythmes de leur espèce.

Une croissance continue

Une croissance continue



De leur naissance à 4 ans, la croissance des jeunes est assez régulière, avec des gains de poids mensuels de 9 à 20 kg. À 4 ans, une nette différence apparaît entre mâles et femelles. Au moment de la puberté, les femelles poursuivent cette croissance régulièrement, alors que les mâles accélèrent brutalement la leur. Comme les éléphants semblent grandir toute leur vie, on peut arriver, à 60 ans, à des différences de l'ordre de 2 tonnes.

1.5. Milieu naturel et écologie

Depuis 30 ans, les populations d'éléphants n'ont cessé de régresser en Afrique, diminuant de plus de 70 % dans certains pays comme le Kenya, la Tanzanie et la Zambie entre les années 1980 et 1990. Mais les dernières estimations présentent des fourchettes qui peuvent être très  larges selon les aires de répartition et les modes de calcul : recensement au sol, aérien, à partir des bouses, ou, dans certaines zones boisées difficilement observables, témoignages apportés par les populations locales. L'U.I.C.N. (2002) a établi quatre critères permettant d'obtenir des fourchettes sur une échelle croissante d'incertitude. L'Afrique centrale, dont les éléphants sont les plus difficiles à recenser car occupant des territoires boisés difficiles d'accès, abriterait ainsi entre 16 450 individus réellement comptabilisés sur le terrain et 113 000, voire plus. En Afrique de l'Est et du Sud, les estimations sont beaucoup plus fiables : au Kenya, la population d'éléphants a cessé de décliner dans les années 1990 et a même augmenté dans les réserves d'Amboseli et de Tsavo ; on l'estime aujourd'hui entre 22 000 et 28 000 individus ; en Tanzanie, la fourchette est de 92 453-130 000 ; le Botswana compte entre 100 629 et 143 000 éléphants, le Zimbabwe entre 81 555 et 96 000 et l'Afrique du Sud environ 14 000.

En Afrique de l'Ouest (qui abrite entre 5 458 individus répertoriés et peut-être 12 000) les éléphants ont disparu de Mauritanie. Au Sénégal, l'effectif serait passé de 450 en 1979 à une cinquantaine aujourd'hui. Et il n'est pas sûr que le parc national de Niokolo Koba puisse les sauver. Il en resterait 322-375 au Mali, environ 600 au Niger, entre 63 et 400 en Côte d'Ivoire, de 2 000 à 4 000 au Burkina Faso.

Toutefois, tous les chercheurs s'accordent à penser qu'au-dessous de 2 000 individus une population d'éléphants est presque toujours menacée de disparition.

En Asie, la régression du nombre d'éléphants a commencé il y a déjà bien longtemps, les populations humaines y ayant beaucoup modifié les paysages naturels. L'effectif actuel est estimé à 25 600 ou 32 600 individus sauvages, dispersés en petites populations au Népal, au Bhoutan, en Birmanie, au Viêt Nam, dans le sud de la Chine, au Laos, en Thaïlande, au Cambodge, au Brunei, en Indonésie (à Sumatra) en Malaisie (dans le nord de l'île de Bornéo [État de Sabah]) où ils forment une sous-espèce à part, « l'éléphant pygmée ») en Inde (au Kerala et en Assam), au Bangladesh et au Sri Lanka. Le risque pour eux est la disparition des forêts, leur habitat.

L'action bénéfique des éléphants

Le rôle majeur de l'éléphant dans les divers milieux naturels qu'il occupe commence à être mieux compris. L'éléphant maintient une grande diversité dans l'environnement par sa présence physique dans la savane (milieu ouvert ou semi-ouvert) en éliminant une partie des végétaux qui, sans lui, auraient tendance à refermer le paysage. Il entretient un paysage mixte favorable au plus grand nombre d'espèces animales, y compris aux troupeaux domestiques. Son action sur les buissons favorise la repousse des herbes de la prairie, élimine des gîtes à mouche tsé-tsé ; et il semble qu'il joue un rôle positif dans la prévention des incendies en nettoyant les sous-bois.

La disparition des éléphants pourrait signifier à terme celle d'autres herbivores dans un milieu qui ne leur conviendrait plus. Un spécialiste sud-africain des herbivores, Owen-Smith, en prend pour preuve la modification de la faune de la réserve de Hluhluwe, au Natal, depuis la disparition des éléphants, il y a presque un siècle : l'envahissement de la réserve par des végétaux ligneux a, en effet, entraîné la disparition de plusieurs espèces d'ongulés qui ne mangent que de l'herbe comme les gazelles, les gnous, etc.

Les éléphants forestiers, en Afrique et en Asie, jouent le rôle inverse et contribuent au renouvellement des forêts (milieu fermé) en transportant les graines des plantes dont ils mangent les fruits. En forêt de Taï, en Côte-d'Ivoire, les graines d'au moins 37 espèces d'arbres ont été identifiées dans les crottins d'éléphants, alors que seules 7 d'entre elles sont transportées par les oiseaux ou les singes. La présence de l'éléphant semble donc capitale pour la dissémination des 30 autres espèces.

2. Éléphant d'Afrique (Loxodonta africana)

L'éléphant d'Afrique, le plus grand mammifère terrestre vivant, reste toutefois agile et rapide à l'occasion. Il se déplace sur le bout des doigts et marche l'amble. Capable de courir, il grimpe aisément des pentes assez raides comme celles des cratères du Ngorongoro en Tanzanie. Il vit dans les savanes ou les savanes arborées et dans les forêts équatoriales, en hardes matriarcales dirigées par une vieille femelle expérimentée. Les mâles ne leur rendent visite qu'en période de rut, variable selon les individus.

L'éléphant est un herbivore strict, non ruminant : il se nourrit d'herbe, de feuilles, de buissons et parfois même de fruits, en forêt équatoriale. Il absorbe quotidiennement environ 150 à 280 kg de nourriture selon les saisons. Il héberge, dans l'intestin, une faune de protozoaires ciliés qui procèdent à la dégradation de la cellulose des végétaux qu'il absorbe en molécules assimilables. L'éléphanteau, qui naît sans cette faune indispensable, l'acquiert en absorbant des végétaux souillés de crottins ou en mangeant directement les crottins maternels.

Les femelles, réceptives toute l'année, portent pendant 22 mois : à sa naissance, l'éléphanteau pèse environ 120 kg. Il se nourrit de lait pendant 5 mois environ avant de manger des herbes.

Le jeune éléphant, très joueur, est assez précoce (les mâles plus encore que les femelles), ce qui est indispensable étant donné le nomadisme de l'espèce.

En plus de ses défenses, l'éléphant a des molaires (6 par demi-mâchoire) mais seules 4 (1 par demi-mâchoire) sont fonctionnelles en permanence. L'usure complète de la dernière molaire entraîne généralement la disparition de l'animal qui ne peut plus broyer sa nourriture convenablement et meurt peu à peu de faim.

La vue n'étant pas son meilleur sens – l'ouïe et l'odorat sont nettement plus développés –, l'éléphant se sert de sa trompe relevée pour humer l'air, sentir le danger éventuel et sonner la charge. Selon des études récentes, la trompe ne serait l'extension que du nez et non de la lèvre supérieure.

Ses oreilles l'aident à supporter les grandes chaleurs. Leur rôle homéothermique (maintien du corps à une température constante quelle que soit la chaleur extérieure) est clairement démontré par l'analyse de leur position et de leur mouvement en fonction de la température et des heures de la journée. L'animal les agite aussi avant une charge d'intimidation. Enfin, elles captent les sons et semblent même percevoir des sons de très basse fréquence, ce qui permet à l'éléphant de communiquer à grande distance (plusieurs kilomètres). Les premiers résultats des travaux de l'Américaine K. Payne ont permis d'expliquer certains comportements : les observateurs avaient été en effet surpris par l'évidente synchronisation de gestes entre des éléphants qui ne pouvaient pas se voir et qui n'émettaient aucun son audible pour notre oreille.

Depuis 2001, des analyses génétiques ont montré que l'éléphant de la savane (Loxodonta africana africana) et celui des forêts (Loxodonta africana cyclotis) constituent deux sous-espèces différentes. L'éléphant des forêts est plus petit, plus sombre et ses oreilles ont une forme ovale accentuée. Les deux groupes présentent également des différences quant à la forme et à la taille du squelette et du crâne. Les différences génétiques seraient aussi importantes que celles existant entre le lion et le tigre.

ÉLÉPHANT D'AFRIQUE :

ÉLÉPHANT D'AFRIQUE

Nom (genre, espèce) :

Loxodonta africana

Famille :

Éléphantidés

Ordre :

Proboscidiens

Classe :

Mammifères

Identification :

Silhouette bien connue, le plus grand mammifère terrestre.

Trompe, grandes oreilles, défenses

Taille :

De 3 à 4 m au garrot : mâle ; de 2,5 à 3 m : femelle

Poids :

De 4 à 6 t : mâle ; de 3 à 4 t : femelle

Répartition :

Initialement, pratiquement toute l'Afrique au sud du Sahara, sauf les déserts

Habitat :

Tous lés milieux, sauf les déserts

Régime alimentaire :

Végétarien strict

Structure sociale :

Société matriarcale ; les mâles vivent en dehors des groupes de femelles et de jeunes

Maturité sexuelle :

Entre 11 et 12 ans

Saison de reproduction :

Pas de saison marquée

Durée de gestation :

22 mois (660 jours)

Nombre de jeunes par portée :

1 ; les jumeaux correspondent à 1 % des naissances

Poids à la naissance :

De 115 à 120 kg

Espérance de vie :

12 à 15 ans

Longévité :

De 50 à 60 ans

Effectifs, tendances :

400 000-600 000 ; tendance à la baisse ou stable

Statut, protection :

Classé en Annexe I de la Cites (Convention sur le commerce international des espèces menacées d'extinction) depuis octobre 1989, en Annexe II pour les populations du Botswana, du Zimbabwe, de la Namibie (depuis 1997) et d'Afrique du Sud (depuis 2000). Classé dans la catégorie « vulnérable » par l'U.I.C.N. (Union internationale pour la conservation de la nature)

Remarques :

Fait l'objet d'une chasse destructrice pour son ivoire

Record pour une défense : longueur 3,47 m, poids 102 kg. Deux sous-espèces : l'éléphant de la savane (Loxodonta africana africana) et celui des forêts (Loxodonta africana cyclotis) depuis 2001.

 

Signes particuliers

Peau épaisse

Elle joue le même rôle de protection que celle des autres mammifères, mais son épaisseur ne protège pas l'animal des piqûres d'insectes ni des tiques. Elle est dépourvue de glandes sudoripares et de glandes sébacées.

Défenses

Les défenses d'ivoire sont des incisives à croissance continue. Leur courbe varie selon les éléphants. L'animal s'en sert pour fouiller le sol, casser des branches ou affronter un ennemi. Elles sont rarement de même grandeur et leur usure différente permet de distinguer les éléphants gauchers des droitiers. Les ancêtres de l'éléphant eurent même, un temps, des défenses inférieures aux formes étranges. Elles disparurent avec des espèces moins bien adaptées au milieu.

Pied rond

Les 5 doigts sont internes ; on ne voit que les ongles. Le nombre des ongles varie : habituellement 5 aux pattes antérieures et 3 aux postérieures. Un coussinet de tissu élastique donne aux pieds leur aspect cylindrique.

3. Éléphant d'Asie (Elephas maximus)

L'éléphant d'Asie a une silhouette plus arrondie que celui d'Afrique et une stature plus petite : 3 m au garrot semblent être un maximum pour un mâle et une femelle dépasse rarement 2,5 m. Autres différences : le front concave surmonté d'un « chignon », les oreilles plus petites et les défenses non apparentes chez la femelle. Le mode de vie de l'éléphant d'Asie, espèce assez nettement forestière, rappelle celui de l'éléphant d'Afrique. Les femelles et les jeunes forment de petites unités, les mâles sont plus solitaires. Ils ne se rapprochent de ces groupes que lors du rut, appelé « musth ». Ce comportement était bien connu des dresseurs d'éléphants asiatiques depuis le xixesiècle, mais n'a été identifié en Afrique que dans les années 1980 par Joyce Poole à travers l'observation des éléphants du Parc national d'Amboseli . Le musth peut durer de 2 à 3 mois, souvent au plus fort de la saison des pluies, et l'éléphant mâle parcourt activement la forêt à la recherche de femelles. Celles-ci ont des cycles de 22 jours dont 4 pour la période de l'œstrus. La gestation dure 22 mois (de 615 à 668 jours mesurés en captivité avec une moyenne de 644 jours). Le poids du petit à la naissance peut varier de 50 à 150 kg avec une moyenne de 107 kg. L'éléphanteau, asiatique ou africain, se met debout sur ses pattes quelques heures après sa naissance et il est capable de marcher et de suivre sa mère, dont il tient la queue avec sa trompe, au bout de deux jours. Il continue à téter longtemps après avoir commencé à manger de l'herbe.

Il arrive que certains éléphants d'Asie présentent des zones de dépigmentation plus ou moins grandes sur la tête, la trompe ou les oreilles. Ces taches, claires plutôt que blanches, qui suffisaient à donner une importance particulière à l'animal qui les exhibait, ont induit l'idée qu'il existait des éléphants blancs. Dans la plupart des cas, les animaux n'étaient pas du tout albinos et leurs taches de dépigmentation étaient de dimensions bien modestes.

L'éléphant d'Asie présente un régime alimentaire proche de celui de son cousin africain. Il ne dédaigne pas le bambou, graminée ligneuse. Il lui arrive également de manger de la canne à sucre et du riz, ce qui, en général, pose des problèmes avec les agriculteurs locaux. Un adulte consomme environ 150 kg de végétaux frais par jour. Le dessin de la surface d'usure des molaires des éléphants d'Asie diffère de celui propre à l'éléphant d'Afrique. Dans le premier cas, les figures d'abrasion sont étroites et festonnées, alors que, dans le second, elles forment des losanges. Des lignes parallèles correspondent plutôt à un régime à prédominance de graminées et d'herbes, des losanges, plutôt à un régime adapté aux végétaux ligneux. En fait, les observations de terrain ne montrent pas de différence aussi tranchée entre les régimes alimentaires des deux espèces.

Des observations ont montré que, par vent chaud, les éléphants des deux espèces gardent leurs oreilles étendues, afin de capter le moindre mouvement d'air. Ce comportement n'apparaît que chez les mâles adultes, les jeunes (subadultes) ne le pratiquant pas pour ne pas donner à croire à leurs aînés qu'ils manifestent de l'agressivité à leur encontre.

Les analyses A.D.N. effectuées en 2003 par l'Asian Rhino and Elephant Action Strategy (AREAS) du WWF ont montré que les éléphants de Bornéo se sont isolés de leurs cousins du continent asiatique et de Sumatra il y a environ 300 000 ans. Devenus plus petits avec de grandes oreilles, une queue plus longue, et des défenses moins courbées, ils sont considérés depuis comme une sous-espèce baptisée « éléphant pygmée de Bornéo ». Il en resterait environ 1 500.

ÉLÉPHANT D'ASIE

ÉLÉPHANT D'ASIE

Nom (genre, espèce) :

Elephas maximus

Famille :

Éléphantidés

Ordre :

Proboscidiens

Classe :

Mammifères

Identification :

Silhouette caractéristique, avec sa grande taille et sa trompe. Petites oreilles, dos arrondi, femelles sans défenses apparentes

Taille :

De 2,5 à3 m au garrot

Poids :

Jusqu'à 5 t : mâle ; 3 t : femelle

Répartition :

De l'Inde àla Chine, Ceylan, Sumatra, Bornéo ; en régression depuis les temps historiques

Habitat :

Forêts tropicales

Régime alimentaire :

Herbivore : herbes et arbres

Structure sociale :

Unités matriarcales ; les mâles sont souvent à part

Maturité sexuelle :

Entre 9 et 12 ans

Saison de reproduction :

Apparemment sans saison marquée

Durée de gestation :

22 mois (660 jours)

Nombre de jeunes par portée :

1

Poids à la naissance :

107 kg en moyenne

Espérance de vie :

15 ans

Longévité :

70 ans (maximum enregistré)

Effectifs, tendances :

25 600 à 32 600 ; semblent se maintenir

Statut, protection :

Classé en Annexe I de la Cites (Convention sur le commerce international des espèces menacées d'extinction) depuis 1973. En danger

Remarques :

Domestiqué depuis longtemps en Asie. L'éléphant pygmée, sous espèce de Bornéo, a été identifié par des analyses A.D.N. en 2003.

 

 

Signes particuliers

Front et poil

Le front, concave et bosselé, est surmonté d'un « chignon », composé de deux bosses, qui le fait ressembler aux mammouths préhistoriques représentés sur les gravures. L'éléphant d'Asie naît avec un pelage clairsemé ; mais il est plus poilu que l'éléphant d'Afrique et le demeure, en particulier sur la lèvre inférieure, le front et la « crête » le long du dos. Des zones plus claires apparaissent parfois sur certaines parties du corps. Elles ont donné naissance au mythe de l'éléphant blanc, dans les légendes hindoues.

Oreilles

Nettement plus petites, elles ne couvrent pas toute l'épaule quand elles sont au repos, comme c'est le cas chez l'éléphant africain. Elles jouent le même rôle de régulateur de température chez les deux espèces. Lorsqu'il fait très chaud, les oreilles sont soit largement déployées, soit agitées vigoureusement. Leurs mouvements signalent aussi l'excitation de l'animal qui va charger.

Trompe

La trompe de l'éléphant d'Asie se termine par un seul « doigt », contre deux doigts opposés chez l'espèce africaine. Cet appendice lui permet de toucher, de sentir, de se doucher et de s'asperger de poussière, de porter les aliments et l'eau à sa bouche et de barrir. Lorsqu'il vient de naître, le petit éléphant ne l'utilise pas pour téter ni pour boire : il s'en servira vers 6 mois.

4. Origine et évolution de l'éléphant

Vivant en clan, avec des liens sociaux extrêmement forts, l'éléphant est le plus grand mammifère terrestre contemporain. Sa stature de géant et sa trompe à usages multiples rappellent qu'il est l'ultime survivant d'un groupe animal très florissant à l'ère tertiaire : les proboscidiens. D'après un fossile, retrouvé au Pakistan, son ancêtre, il y a 50 millions d'années, devait ressembler à un gros sanglier. Puis, au cours des millénaires, les proboscidiens devinrent de plus en plus grands, munis d'une trompe et de deux ou quatre défenses, ces incisives spectaculaires aux formes parfois insolites. En tout, plus de 300 espèces se répandirent sur le globe, Antarctique et Australie exceptés. Entre-temps, des lignées entières s'éteignaient, notamment en raison des bouleversements climatiques. Celle des mastodontes persista en Amérique du Nord jusqu'au début de l'ère quaternaire. Celle des éléphantidés est la dernière à subsister. Datant de quelque 5 millions d'années, elle comprenait les mammouths, particulièrement bien adaptés au climat des époques glaciaires, et diverses espèces d'éléphants, dont six ou sept que l'homme a dû connaître. Aujourd'hui, il n'en reste que deux : l'éléphant d'Afrique et l'éléphant d'Asie. Ayant évolué séparément pendant des millions d'années, ces deux espèces présentent quelques différences anatomiques. L'éléphant d'Afrique est plus grand et plus lourd. Il habitait autrefois tout le continent, sauf le Sahara et le désert de Namibie, zones les plus sèches. Mais il a disparu du nord de l'Afrique. Quand il vit dans la savane, il peut atteindre 4 m au garrot ; dans les forêts équatoriales, il reste beaucoup plus petit. L'éléphant d'Asie, qui habite également la forêt, ne dépasse jamais 3 m au garrot ; ses oreilles sont moins grandes, ses défenses plus droites et plus courtes, parfois peu visibles.

L'éléphant est actuellement menacé. Après avoir été pour une large part décimé en Asie, où il ne resterait qu'entre 25 600 et 32 600 individus vivant dans 14 pays, il  est encore présent sur le continent africain mais la tendance future des populations est mal connue. Leur nombre dépassait, semble-t-il, les 2 millions dans les années 1950 et serait passé,  en 1987, à moins de 700 000. En 1989, près de 90 000 étaient massacrés pour l'ivoire de leurs défenses. Le dernier rapport  de l'U.I.C.N. (Union internationale pour la conservation de la nature) [2002] estime qu'il reste entre 400 000 et 600 000 éléphants sur le continent africain, répartis dans une trentaine de  pays. L'éléphant est désormais surtout victime de la régression de la forêt tropicale, un de ses milieux naturels.

5. L'éléphant et l'homme

La malédiction de l'éléphant a été de porter sur lui un trésor depuis toujours très convoité par l'homme : ses défenses. L'ivoire a fait jusqu'à ces dernières années l'objet d'un commerce florissant. L'interdiction de ce commerce, qui a décimé l'éléphant d'Afrique après celui d'Asie, sauvera-t-elle l'animal ?

5.1. L'ivoire, source de revenus énormes pour le continent africain

Le commerce de l'ivoire s'est d'abord développé en Asie, où il existait jadis de grands troupeaux d'éléphants et où furent aussi utilisées les défenses des mammouths trouvés dans les sols gelés des rives des grands fleuves sibériens. En Afrique, le commerce n'a vraiment commencé qu'au xixe siècle, mais il grandit rapidement. On estime à quelque 900 tonnes les exportations annuelles dans la décennie 1890, avec des pointes à 1 100 tonnes.

Après une baisse de la demande et un effondrement des cours au début du xxe siècle, le commerce a repris et, selon les chiffres officiels, l'Afrique a encore exporté 991 tonnes d'ivoire en 1976, 700 tonnes en 1987 et environ 400 tonnes en 1989. Les chiffres réels ont probablement été plus importants encore, car la demande était très forte, comme en témoigne le prix de l'ivoire passé de 63 dollars le kilo en 1963 à 260 dollars en 1986.

5.2. Pour empêcher la disparition des éléphants

En Afrique, la grande époque du commerce de l'ivoire a été entre 1850 et 1910. Certaines années, les exportations ont même atteint 1 100 tonnes. À la fin des années 1980, environ 90 000 animaux (pour un effectif total estimé à 600 000 en 1989) étaient tués chaque année pour leur ivoire.

Face à cette hécatombe, l'opinion publique s'est émue. En 1976, un programme de conservation et de recensement de l'éléphant d'Afrique entra en application, et montra des réductions massives des populations dans une grande partie de l'Afrique orientale, centrale, occidentale et dans quelques zones les plus au nord d'Afrique méridionale. Dès janvier 1986, des quotas d'exportation avaient été imposés et l'ivoire vendu légalement devait être marqué. Le marché principal se réalisait entre les pays d'Asie qui traditionnellement travaillent l'ivoire et de nombreux pays africains pour qui ce commerce officiel ou officieux représentait des rentrées d'argent indispensables et du travail pour les populations.

Ces mesures, insuffisantes pour empêcher l'extinction des troupeaux, ont conduit la Cites (Convention sur le commerce international des espèces menacées d'extinction ou Convention de Washington), à prendre des mesures énergiques. En octobre 1989, elle  classa l'éléphant d'Afrique en Annexe I (interdiction de le tuer et de commercialiser l'ivoire). L'éléphant d'Asie figure dans cette catégorie depuis la création de la Convention.

Cette décision de la Cites se heurta à l'opposition de certains pays africains, essentiellement d'Afrique méridionale, notamment la Namibie, le Botswana, le Zimbabwe et l'Afrique du Sud qui mettaient en avant leur meilleure gestion de leurs troupeaux d'éléphants. Le Zimbabwe, par exemple, les utilisait comme une ressource, entretenant les troupeaux comme un capital et récoltant les bénéfices des dividendes, grâce à la commercialisation de l'ivoire des quotas d'abattage autorisés. Le produit de la vente de l'ivoire, de la viande et du cuir allait pour partie directement aux populations locales vivant en périphérie des parcs et réserves et pour partie à l'administration des parcs nationaux et réserves qui veillait sur la faune. Cela avait l'avantage de décourager le braconnage. Ainsi, au Zimbabwe, les effectifs d'éléphants étaient passés de 5 000 en 1900, à 30 000 en 1979 et à 50 000 en 1989. Cette opposition entre les partisans d'une interdiction totale du commerce de l'ivoire, menés par les pays d'Afrique de l'Est, en particulier le Kenya, et les États qui y étaient opposés conduisit à la décision prise à Harare en janvier 1997 de déplacer les populations d'éléphant africain du Botswana, du Zimbabwe et de la Namibie de l'Annexe I à l'Annexe II (commerce réglementé) de la liste de la Cites, de même, en 2000, que celles de l'Afrique du Sud.

Le Japon, qui avait importé 106 tonnes d'ivoire en 1986, en a interdit l'achat dès l'été 1989 et a adhéré à la Convention d'octobre 1989. Cela ne l'a pas empêché de fabriquer, en plus des touches de piano et des boules de billard, 2 millions de sceaux et tampons en ivoire durant cette même année. Le commerce ne peut s'arrêter soudainement ; et le Japon, à l'aube des années 1990, s'est tourné vers la Russie pour négocier l'exploitation des sols gelés de Sibérie à la recherche de l'ivoire fossile des mammouths. À partir de 1999, il put de nouveau commercer avec les pays qui avaient bénéficié de la mesure prise à Harare.  

La France et divers pays de la Communauté européenne ne commercialisent plus que des objets fabriqués à partir d'ivoire végétal : le tagua. Ce bois d'une variété de palmier, le phytelephas, prend en durcissant la consistance et l'apparence de l'ivoire d'éléphant. Des résines synthétiques sont aussi à l'étude. Toutefois, selon une étude publiée par TRAFFIC (le programme de surveillance du commerce d'espèces sauvages), le commerce illégal d'ivoire est en augmentation, principalement entre les continents africain et asiatique.  Depuis 1986, l'éléphant d'Afrique était classé par l'U.I.C.N. dans la catégorie « vulnérable », mais, en raison de l’augmentation récente des populations d’Afrique du Sud et de l’Est, susceptible de compenser les baisses dans d’autres régions, l’espèce a été reclassée dans la catégorie « quasi menacé » en 2008. L’éléphant d’Asie ans est toujours considéré comme une espèce « en danger ».

5.3. L'histoire : des jeux de cirque romains aux parcs zoologiques

Les temples d'Égypte, de Grèce et de Rome étaient ornés de bas-reliefs et de statues sculptés en ivoire. Mais les Anciens ne se sont pas contentés de chasser l'éléphant, ils l'ont parfois aussi utilisé comme machine de guerre : Alexandre le Grand a affronté les éléphants dans les plaines de l'Indus et les Carthaginois d'Hannibal leur ont fait traverser les Alpes. Les Romains, eux, les employèrent fréquemment dans les combats et les jeux de cirque.

Dès l'an mille, il ne restait plus d'éléphants en Afrique du Nord. Pendant bien des siècles, on n'en vit pratiquement pas en Europe. Ils ne reparurent qu'au xviiie siècle, dans les cirques ambulants. Au xixe siècle naquirent les grandes ménageries, fixes et foraines, ainsi que les grands parcs zoologiques, dont le premier fut celui de Hambourg et l'un des derniers celui de Vincennes. Au xxe siècle enfin furent créées les grandes réserves africaines.

Les autres animaux porteurs d'ivoire

Les autres animaux porteurs d'ivoire



À l'époque de la marine à voile, les marins gravaient des petits cônes d'ivoire. C'étaient en réalité les dents que les cachalots possèdent uniquement à la mâchoire inférieure et que les marins trouvaient au cours de leurs voyages. Aujourd'hui, l'ivoire d'autres animaux fait l'objet d'un artisanat souvent local : les dents de l'hippopotame d'Afrique, les défenses du phacochère et du sanglier ; et dans le Grand Nord, au Groenland, en Norvège, en Islande et au Danemark, les défenses du morse et du narval.

On pense que ce sont des défenses de narval, ramassées sur les côtes de Norvège, qui auraient fait croire à l'existence de la mythique licorne.

5.4. Vénérés en Asie, les éléphants y sont également des animaux domestiques

Les massacres d'éléphants n'ont pas épargné l'Asie, pourtant, paradoxalement, ces animaux y sont aussi un objet de vénération. Dans le panthéon hindou, le dieu de la Sagesse, Ganesha, fils de Siva et de Parvati, figuré avec une tête d'éléphant est souvent représenté dans les temples. À Kandy, au Sri Lanka, a lieu chaque année l'Esala Perahera, la « procession de la dent de Bouddha », à laquelle participent une centaine d'éléphants richement caparaçonnés.

L'éléphant d'Asie est aussi un animal domestique. On l'utilise surtout sur les chantiers forestiers, en Inde notamment. La capture et la domestication des éléphants sauvages en Inde sont le fait de groupes ethniques particuliers, au pied de l'Himalaya et dans les forêts du sud du pays. Par exemple, ce sont les Kurumba qui ont ce rôle dans la réserve de Mudumalaï (Tamil Nadu), où les éléphants servent de véhicules pour visiter la réserve. Pour se procurer des éléphants, des équipes de rabatteurs refoulent une troupe sauvage dans une vaste enceinte, formée de palissades très résistantes. On encadre chaque éléphant capturé de deux sujets déjà domestiqués qui exécutent scrupuleusement les ordres de leur maître. Une fois habitué à son cornac, l'éléphant le servira fidèlement.

Un éléphant adulte peut traîner deux tonnes de bois, mais il porte peu eu égard à son poids : 500 ou 600 kg en moyenne. Il a tendance à beaucoup se fatiguer, s'il doit souvent s'abaisser puis se relever pour le chargement. Capables d'accomplir des besognes relativement complexes, les éléphants utilisés pour promener les touristes à l'intérieur des réserves de faune peuvent travailler six ou sept heures par jour.

La domestication des éléphants en Afrique n'a pas connu le développement observé en Asie. L'expérience a toutefois montré que les deux espèces se prêtaient également au dressage utilitaire. Depuis Hannibal, il a fallu attendre le xxe siècle pour qu'un essai soit tenté dans le centre de Gangala-na-Bodio (unique centre de domestication d'éléphants du continent, situé dans le parc de la Garamba, en République démocratique du Congo) qui abrite une dizaine d'éléphants dressés.