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Élisabeth Ire

Élisabeth Ire
Élisabeth Ire

(Greenwich 1533-Richmond 1603), reine d'Angleterre et d'Irlande (1558-1603), fille d'Henri VIII et d'Anne Boleyn.

1. Une jeunesse mouvementée

1.1. Une naissance illégitime

C'est en apprenant qu'Anne Boleyn (vers 1507-1537) était enceinte d'Élisabeth qu'Henri VIII s'était décidé à l'épouser le 25 janvier 1533. Mais lorsque Anne Boleyn accoucha pour la seconde fois, elle ne donna le jour qu'à un enfant mort-né : furieux de cette déception, le roi l'accusa d'adultère et celle-ci fut exécutée le 19 mai 1536 : sa fille Élisabeth fut déchue de la légitimité.

La naissance d'un fils (→ Édouard VI) réconforta le roi ; on en oublia la situation d'Élisabeth, qui (sans toutefois avoir été réhabilitée) parut de nouveau à la Cour avec honneur. Élisabeth aimait beaucoup son frère Édouard, et la dernière femme d'Henri VIII, Catherine Parr (1512-1548), fut presque une mère pour elle.

L'adolescence d'Élisabeth ne fut pourtant pas sans problèmes, surtout après la mort d'Henri VIII (28 janvier 1547). Thomas Seymour (vers 1508-1549), le frère du lord-protecteur Somerset (→ Edward Seymour), qui avait un temps caressé l'espoir de se marier avec Élisabeth, épousa en fin de compte Catherine Parr. À la mort de celle-ci, il reprit ses anciens projets : aussi, lorsque le complot qu'il avait ourdi fut découvert, on interrogea sévèrement Élisabeth, mais celle-ci s'en tira sans mal. Au reste, elle partageait les convictions religieuses de son frère et s'entendait bien avec lui.

1.2. Sous le règne de Marie Tudor

Pendant le règne de Marie Tudor (1553-1558), les choses furent différentes. Les espoirs des protestants se reportèrent sur Élisabeth, qui devint une menace pour le trône. La révolte de Thomas Wyat (janvier-février 1554) faillit lui être fatale : Élisabeth fut incarcérée à la Tour de Londres (mars 1554), mais, quand il fut évident qu'il était impossible de prouver sa complicité, on se contenta de l'enfermer au château de Woodstock. Cependant, l'impopularité de la reine et l'échec de ses espoirs de maternité l'obligèrent à rappeler Élisabeth auprès d'elle. Le 6 novembre 1558, Marie Tudor reconnaissait enfin ses droits au trône, et à sa mort, le 17 novembre, Élisabeth lui succédait.

2. Une jeune reine

2.1. Une excellente éducation

Malgré les vicissitudes de sa jeunesse, Élisabeth avait reçu une éducation soignée. Alors que sa sœur Marie était entourée d'oxoniens, catholiques avancés, Élisabeth fut confiée à des humanistes de Cambridge, protestants passionnés. Excellente helléniste, bonne latiniste, elle parlait parfaitement l'italien, le français et l'espagnol. On a conservé nombre de ses écrits (dans une calligraphie italienne réputée) : dès sa jeunesse, Élisabeth employa un style complexe et souvent obscur, très élaboré. Cela en rend la lecture aujourd'hui peu agréable… Mais la reine fut un remarquable orateur, certainement l'un des meilleurs de son époque ; elle savait admirablement mener une conversation. Les difficiles conditions de sa jeunesse lui avaient appris très tôt la dissimulation et la prudence.

Comme son intelligence et sa culture, son aspect et sa personnalité jouaient en sa faveur. De taille moyenne, mais paraissant grande, elle avait des cheveux blonds tirant sur le roux dont elle était fort fière. Son teint était blanc avec, cependant, des nuances olivâtres. Elle avait par-dessus tout un air de majesté qui en imposait beaucoup à ses interlocuteurs. Néanmoins, vive et enjouée, elle chassait à courre avec furie et jouait du virginal avec autant de délicatesse que de virtuosité. Elle réunit autour d'elle une cour brillante où la musique et les lettres fleurirent : la gaieté y était de mise si l'on fait abstraction des controverses théologiques auxquelles se complaisait la reine. Sa santé était solide, encore qu'elle ait souffert dans sa jeunesse d'un emphysème chronique : elle résista à une petite vérole qui enleva bien des dames de sa cour.

3. L'impossible mariage

Il paraissait inconcevable que la jeune reine ne se mariât pas. Il est vrai que le choix était difficile : il n'y avait plus, depuis la mort d'Edward Courtenay, comte de Devon, emporté par la fièvre en 1556, de parti anglais acceptable. Courtenay, descendant des souverains yorkistes, était au-dessus des autres membres de l'aristocratie anglaise et ne risquait pas d'éveiller leur jalousie. Le comte d'Arundel et sir William Pickering, qui s'affichèrent un temps comme prétendants, n'avaient pas la moindre chance.

Restaient les étrangers : Philippe II d'Espagne d'abord, veuf de Marie Tudor, qui, dans son désir de conserver vivante l'alliance anglaise, aurait bien voulu conclure un second mariage anglais. Mais les Espagnols étaient par trop impopulaires, et Élisabeth était une protestante convaincue. Après quelques négociations, le projet échoua, comme échouèrent les projets de mariage avec les archiducs autrichiens Ferdinand et surtout Charles, qui fut peut-être le plus près de réussir. Un prince protestant, Érik XIV de Suède, fut lui aussi repoussé.

C'est que, pendant que ces négociations officielles se poursuivaient, l'esprit et le cœur de la reine n'étaient occupés que d'un seul homme, Robert Dudley (vers 1532-1588), comte de Leicester en 1564. De 1560 à 1563, il parut probable que ce mariage aurait lieu. Beau, élégant, Dudley, membre du Conseil depuis 1559, jouissait de la faveur royale, mais il était marié et avait de puissants ennemis dans la noblesse anglaise, le duc de Norfolk en particulier (→ Thomas Howard). Or, en 1560, sa femme, Amy Robsart, se brisait le cou en tombant du haut de l'escalier du manoir dans lequel elle vivait retirée. La mort d'Amy Robsart fut un obstacle infranchissable au mariage d'Élisabeth avec Dudley. D'innombrables libelles dénoncèrent le meurtre d'Amy Robsart par son cruel mari : une enquête eut beau conclure à l'innocence de Dudley, rien n'y fit.

Il fallut trois ans à Élisabeth pour comprendre qu'elle ne pourrait arriver à ses fins. La seule tentative qui aurait pu réussir fut celle d'un mariage avec le duc d'Anjou (1579 et 1581-1582), mais les Communes eurent beau prier la reine, elle répondit que ce mariage était une affaire qui ne regardait qu'elle : sans doute avait-elle compris que le mariage était incompatible avec le trône. L'exemple de Philippe et de Marie lui avait montré les maux d'un mariage étranger, sa propre expérience avec Thomas Seymour lui avait aussi prouvé à quel point un mariage anglais risquait de faire d'elle un jouet aux mains des factions de l'aristocratie.

4. Élisabeth et les Anglais

Le mariage de la reine était un problème capital ; de lui dépendait la succession à la couronne d'Angleterre et donc la stabilité politique du pays. Si Élisabeth était morte au même âge que son père, l'Angleterre aurait certainement connu la guerre civile.

4.1. L'éviction de Marie Stuart

D'ailleurs, la sécurité du pouvoir fut à plusieurs reprises menacée : c'est du côté catholique que la menace fut la plus sérieuse, car il y avait là une candidate au trône, Marie Stuart. Lorsque ses déboires écossais eurent amené celle-ci à se réfugier en Angleterre (1568), les complots contre Élisabeth se multiplièrent. Le premier, hétérogène, fut cependant le plus sérieux. On y trouvait des nobles conservateurs, comme Thomas Howard (1538-1572), duc de Norfolk, mais aussi les grands féodaux catholiques du Nord (→ Thomas Percy, Charles Neville, puis Thomas Dacre), appuyés sur leurs paysans (1569). Cette révolte fut réprimée sans grand mal, et la reine se montra clémente.

Après que le pape Pie V eut, en 1570, excommunié Élisabeth, un financier italien, Roberto Ridolfi (1531-1612), prit toute une série de contacts pour mettre au point un complot qu'il essaya de vendre à l'Espagne. Le gouvernement anglais eut connaissance de la machination (1571), qui fut démantelée. Norfolk fut exécuté, mais Élisabeth fut encore clémente envers Marie Stuart, malgré les prières du Parlement. Ce n'est qu'en 1587 que Marie fut exécutée, victime de l'intensification de la propagande catholique et de sa propre naïveté. La mort de Marie résolvait le problème successoral : son fils, le roi d'Écosse Jacques VI, était en effet un candidat très acceptable pour l'opinion anglaise.

4.2. Le compromis religieux

L'établissement de l'Église anglicane

La question religieuse fut l'une des plus difficiles du règne. Élisabeth était protestante, mais elle attachait plus de prix à l'unité nationale qu'à tel ou tel point de doctrine. Elle chercha donc, avec la collaboration d'hommes comme Matthew Parker (1504-1575) ou John Whitgift (vers 1530-1604), tous deux archevêques de Canterbury, à échafauder une Église protestante modérée et anglaise. Que ce soit dans le cas des Trente-Neuf Articles de 1563 ou dans celui des constitutions ecclésiastiques de 1571, le rôle de la Couronne, appuyée sur l'épiscopat, fut primordial.

La persécution des catholiques

Cette politique devait valoir à Élisabeth deux sortes d'ennemis : les catholiques et les puritains. Les premiers étaient revigorés par l'envoi de missions venues des collèges anglais de Douai et de Reims. Élisabeth se refusa d'abord à la persécution religieuse : mais la bulle Regnans in excelsis (25 février 1570), qui déliait ses sujets catholiques de toute obligation d'obéissance, lui fournit un prétexte de répression ; ce fut cependant pour des motifs politiques que furent exécutés des hommes comme les missionnaires Cuthbert Mayne (1544-1577) et Edmund Campion (1540-1581).

Les puritains

Une autre opposition, plus lourde de dangers, venait des protestants radicaux, les puritains (→ puritanisme), forts non pas de l'appui populaire, mais de leur influence à l'université et sur une partie importante des couches dirigeantes du pays. C'est au Parlement que le problème se posa. Les anglicans (→ anglicanisme) invoquaient la prérogative royale en matière religieuse, alors que, pour beaucoup de parlementaires, c'était au Parlement de se saisir de ces questions. Si la reine eut, en fin de compte, gain de cause, le problème resta posé, laissant entrevoir la crise qui devait déchirer l'Angleterre au xviie siècle.

4.3. Un gouvernement efficient et stable

Dans l'ensemble, cependant, la reine n'eut pas de difficultés trop grandes dans ses rapports avec le Parlement. Il est vrai qu'au sein de celui-ci elle disposait d'appuis solides, car des membres influents de son entourage en faisaient toujours partie. Ces gens expérimentés savaient orienter les débats, et il leur était facile de contenir les discussions dans les limites souhaitées par la reine.

En outre, Élisabeth avait su s'entourer d'une pléiade d'hommes de valeur, qui donnèrent à son gouvernement stabilité et efficience. Le grand homme de son Conseil fut William Cecil (1520-1598), bientôt baron Burghley, qui avait déjà fait ses preuves sous Édouard VI. Il faut lui joindre Thomas Gresham (1519-1579) et Walter Mildmay (1520-1589), les spécialistes des questions financières, Francis Walsingham (vers 1530-1590), le secrétaire d'État, et John Hawkins (1532-1595), l'homme de la marine. Il y avait aussi les cousins de la reine, Henry Carey (vers 1524-1596), baron de Hunsdon, et Francis Knollys (vers 1514-1596) ainsi que des courtisans comme Leicester ou sir Walter Raleigh.

Il ne faut pas se les représenter comme un groupe uni : des hommes comme Leicester et William Cecil passèrent leur vie à se combattre. Mais ce fut une des forces d'Élisabeth que de s'entourer de conseillers qui avaient des avis divergents : elle put ainsi préserver pleinement son indépendance. La disparition de la plupart de ces hommes de valeur, que ne put tout à fait remplacer Robert Cecil (1563-1612), comte de Salisbury, le fils de William Cecil, explique sans doute la dernière péripétie du règne, la révolte de Robert Devereux (1566-1601), comte d'Essex : beau et brillant, Essex n'en était pas moins une tête brûlée, déçu dans son égoïsme par des déboires de carrière. Lorsque, le 8 février 1601, il essaya de soulever la population londonienne, il échoua complètement et fut exécuté quelques jours plus tard.

Il ne faut pas, bien sûr, se faire une image trop enthousiaste du règne. Les pauvres pullulaient en Angleterre, victimes désignées des pestes et des famines. Si Élisabeth, pour ne pas s'attirer d'ennuis avec le Parlement, n'exigea pas de lourds impôts, elle se procura de l'argent par des méthodes qui aboutirent à des conditions de vie plus dures pour le peuple : les distributions de monopoles économiques, les dévaluations monétaires accentuèrent la hausse des prix conjoncturelle. Il n'empêche que le règne d'Élisabeth représente une période de force et d'unité nationale pour l'Angleterre.

5. L'Angleterre et l'extérieur

Élisabeth dut faire face à une situation extérieure difficile. Il paraissait normal qu'elle suivît la voie tracée par Henri VIII, celle de l'alliance Habsbourg contre la France. Mais l'opinion anglaise était hostile à l'Espagne – le souvenir du règne de Marie Tudor et de Philippe II restait cuisant. Quant à l'Espagne, elle voyait d'un mauvais œil le protestantisme d'Élisabeth ; d'ailleurs, épuisée, elle venait de conclure avec la France le traité du Cateau-Cambrésis (1559), dont l'Angleterre faisait les frais, puisqu'il consacrait la perte de Calais.

5.1. La lutte contre les Français

Si Élisabeth n'avait qu'un fragile allié, elle avait au contraire un ennemi déclaré : la France. Henri II avait fait proclamer reine d'Angleterre sa belle-fille, Marie Stuart, déjà reine d'Écosse. Pourtant, l'Écosse supportait mal la tutelle française. Élisabeth sut tirer parti de cette situation ; la révolte des protestants écossais, enflammés par la prédication de John Knox, lui fournit le prétexte voulu. Élisabeth les aida en secret : mais, lorsqu'une flotte anglaise (en principe privée) détruisit les vaisseaux qui ravitaillaient les troupes françaises, il devint impossible de dissimuler. Le traité de Berwick (27 février 1560) affirma l'alliance anglo-écossaise. L'armée anglaise était prête grâce à des emprunts négociés par un des conseillers de la reine, Gresham : elle ne fit pas merveille, mais les Français échouèrent. Le traité d'Édimbourg consacrait leur retrait d'Écosse (5 juillet 1560).

Prudente, soucieuse avant tout de ne pas grever les finances royales, Élisabeth s'en tenait là. Ce n'est qu'en 1562 que ses conseillers William Cecil et Nicholas Throckmorton réussirent, devant le danger que faisait courir à l'Angleterre la politique de la maison de Guise, à la convaincre de s'allier aux protestants français : les Anglais occupèrent Le Havre (octobre). Mais une réconciliation générale en France (mars 1563) et la peste obligèrent la garnison du Havre à capituler.

5.2. La passion commerciale

Au reste, des changements décisifs se préparaient dans l'orientation de la politique extérieure de l'Angleterre. La raison profonde de ces changements fut la recherche par l'Angleterre d'un accès au Nouveau Monde, ce qui la mit en concurrence avec les pays qui s'en étaient assuré le monopole, l'Espagne et le Portugal. La noblesse anglaise, grâce à l'élevage du mouton, et la bourgeoisie, grâce à la prospérité de l'industrie textile, avaient accumulé d'importants capitaux. Une gentry prolifique fournissait des hommes doués d'énergie aussi bien que de capacités exceptionnelles, car l'éducation était certainement plus répandue en Angleterre que partout ailleurs en Europe.

Tout était prêt : mais où aller ? On pensa d'abord à la seule voie encore libre : le passage du Nord-Ouest, jusqu'à la Chine. La compagnie de Cathay, fondée à cette intention, réussit seulement à tourner le monopole de la Hanse en établissant des relations commerciales avec la Russie. Mais les pertes subies dans ces mers terribles, où s'illustrèrent des marins comme Martin Frobisher (vers 1539-1594), Michael Lok ou Anthony Jenkinson, détournèrent les Anglais de cette voie : ceux-ci durent chercher à se faire une place dans les mers du Sud. Ils essayèrent d'abord du commerce, mais l'attaque et la destruction partielle de la flotte de John Hawkins et de son lieutenant Francis Drake (vers 1543-1596) à San Juan de Ulúa (Veracruz, Mexique) par la flotte espagnole (septembre 1568) montrèrent que seul l'affrontement avec l'Espagne leur ouvrirait la mer.

5.3. La lutte contre l'Espagne

L'ancienne alliée devint donc l'ennemi. Deux événements rendirent possible ce changement. En France, le massacre de la Saint-Barthélemy ouvrait une ère de guerre civile qui supprimait tout danger pour l'Angleterre. Aux Pays-Bas, Guillaume d'Orange et les « Gueux de mer »  – d'ailleurs souvent abrités dans les ports anglais – déclenchaient la révolte contre l'Espagne.

Élisabeth était trop prudente pour attaquer de front : elle se contenta de laisser faire les marins anglais. Ce furent des corsaires (les « sea dogs ») qui entamèrent la lutte, essayant de couper les communications de l'Espagne avec l'Amérique (première attaque de Drake sur Nombre de Dios, où étaient entreposés les métaux précieux destinés à l'Europe, en 1572) ou encore poursuivant les grands voyages dans le dessein de saper la puissance coloniale de l'Espagne (c'est encore Francis Drake qui réussit, entre 1577 et 1580, à faire le premier tour du monde anglais, pillant les ports péruviens et négociant avec le sultan des Moluques).

Élisabeth caressa d'abord l'espoir de faire à l'Espagne une guerre par personne interposée : mais les résultats du conflit franco-espagnol déclenché par les prétentions du duc d'Anjou concernant les Pays-Bas (1582-1583) furent si décevants qu'il lui fallut bien accepter la confrontation. En 1585, le masque était levé : Élisabeth traita avec les Provinces-Unies (août) ; Leicester, lord-protecteur des Provinces-Unies, conduisit les troupes anglaises, mais il se révéla bien piètre général.

Les succès anglais allaient venir de la mer. Hawkins venait de faire de la marine un remarquable instrument : s'inspirant des pratiques des corsaires, il avait remplacé les lourds navires-forteresses chargés d'infanterie par des vaisseaux maniables, rapides, dotés d'une puissante artillerie. En 1587, Drake allait piller le port de Cadix, bloquait près d'un mois le port de Lisbonne et amassait un butin considérable.

Mieux encore : lorsqu'en 1588 les Espagnols voulurent venger cet affront, l'énorme flotte qu'ils avaient groupée, l'Invincible Armada, désorganisée par les bancs de sable de la Manche, harcelée par la marine anglaise, obligée, pour s'échapper, de contourner l'Écosse et l'Irlande, fut détruite aux deux tiers. Même si les navires anglais n'eurent plus autant de succès par la suite (échec de l'expédition de Lisbonne en 1589, inefficacité du blocus de l'Atlantique) et si la mort de Drake, en 1596, priva Élisabeth du meilleur de ses marins, l'Angleterre avait définitivement conquis une place de choix sur les océans et sauvegardé sa sécurité, à l'abri de toute riposte à domicile.

Elle put désormais porter de rudes coups à l'Espagne sur le continent lui-même. Les armées anglaises, confiées à de bons chefs, jouèrent un rôle important dans la libération des Provinces-Unies. Et, de 1589 à 1595, plusieurs expéditions furent envoyées en France au secours des protestants et d'Henri de Navarre. Philippe II essaya bien de reprendre cette stratégie à son compte : il soutint les Irlandais révoltés (1596 et 1598), mais sans succès. Non seulement Élisabeth avait conquis le respect et l'admiration de l'Europe, mais encore c'est sous son règne que se réalisait le travail préparatoire nécessaire à ce qui devait être la plus grande œuvre anglaise : déjà commençait la colonisation de l'Amérique du Nord ; déjà le commerce anglais s'introduisait dans toutes les mers.

6. La mort de la reine

Le 24 mars 1603 Élisabeth mourait : aussitôt, Robert Carey, comte de Monmouth, montait à cheval et partait pour l'Écosse prévenir Jacques VI. L'union de l'Angleterre et de l'Écosse était faite. Son règne avait réalisé en quelque sorte le programme des deux premiers Tudors : unifier l'Angleterre, en faire une grande nation, respectée du monde entier.

Pour en savoir plus, voir les articles Angleterre, Grande-Bretagne : histoire.