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Rainer Maria Rilke

Rainer Maria Rilke
Rainer Maria Rilke

Écrivain autrichien (Prague 1875-sanatorium de Val-Mont, Montreux, 1926).

Introduction

Rainer Maria Rilke naît le 4 décembre 1875 dans une famille de bourgeoisie modeste, qui croit fermement avoir des origines aristocratiques. Ancien sous-officier devenu inspecteur dans les chemins de fer, son père a épousé en 1873 Sophie Entz, qui, déçue de son mariage, s'est réfugiée dans la piété. Rilke est le fils unique de ce ménage désuni de bonne heure, une fille étant morte en bas âge. Enfant frêle et délicat, il passe une enfance peu heureuse. Destiné par son père au métier des armes, il est placé comme interne dans des écoles militaires, à Sankt Pölten (Basse-Autriche) de 1886 à 1890, puis à Mährisch-Weisskirchen (aujourd'hui Hranice, en Moravie), où, contraint à une discipline rigoureuse, que sa santé fragile supporte mal, il est livré aux railleries de ses condisciples. L'administration scolaire le renvoie définitivement en juillet 1891 pour « état maladif persistant ». Le souvenir de ces cinq ans de solitude morale dans un univers qui lui était résolument hostile pèse lourdement sur l'adolescent.

L'évolution du poète

De 1891 à 1892, Rilke fréquente l'École supérieure de commerce (Handelsakademie) à Linz, capitale de la Haute-Autriche. Il se donne aux joies de l'existence, mène une vie de « dandy » et compose ses premiers poèmes, d'une musicalité imprécise. De 1892 à 1895, à Prague, il se prépare au baccalauréat. Pendant ces années, il engage des fiançailles éphémères avec Valérie de David-Rhonfeld, fille d'un très haut fonctionnaire de l'Administration autrichienne, et se mêle aux milieux littéraires. Il fréquente les poètes tchèques, Julius Zeyer, oncle de Valérie, et Jaroslav Vrehlický. En 1894, il publie son premier recueil de poèmes, Vie et chants (Leben und Lieder). Bachelier, il s'inscrit pour le semestre d'hiver de 1895-1896 à l'université allemande de Prague.

En 1896, il publie un second recueil de poèmes, l'Offrande aux dieux lares (Larenopfer), tableaux de la ville de Prague et du terroir de la Bohême. La même année, il fait paraître une revue littéraire d'avant-garde, au titre étrange de Chicorées sauvages (Wegwarten), dont les trois fascicules, d'inspiration socialiste, puis nettement naturaliste, enfin de tendance symboliste, sont distribués gratuitement aux portes des hôpitaux, des prisons, des ateliers et des usines. Selon les doctrines de Tolstoï, qu'il admire profondément, il veut apporter par la poésie un réconfort aux pauvres, aux malades, aux déshérités et aux réprouvés.

À l'automne de 1896, il quitte sa ville natale et n'y reviendra plus jamais. Il part pour Munich, où il reste un an et travaille au recueil poétique Couronné de rêve (Traumgekrönt, 1897), d'inspiration néo-romantique. Il se lie avec l'écrivain Jacob Wassermann et découvre le romancier danois Jens Peter Jacobsen, dont l'influence sur sa pensée sera capitale. C'est également à Munich qu'il fait la connaissance de Lou Salomé (1861-1937) ; cette femme écrivain d'origine russe-allemande s'est mariée avec le professeur Friedrich Car Andreas, après avoir vécu une idylle tragique avec Friedrich Nietzsche. D'une sensibilité raffinée et d'un tempérament presque masculin, Lou demeure la confidente de Rilke jusqu'à la mort du poète. En octobre 1897, celui-ci la suit à Berlin, abandonne ses études universitaires et fait un voyage en Italie au printemps de 1898.

En 1898, Rilke compose les recueils Avent (Advent), où apparaissent déjà les deux thèmes essentiels de son lyrisme, l'angoisse et l'attente, et Pour ma joie (Mir zur Feier, 1899), repris dans les œuvres complètes sous le titre d'Aube poétique (Frühe Gedichte). De la même époque date un essai dramatique, sur les traces de Maeterlinck, la Princesse blanche (Die weisse Fürstin), qui exalte l'amour et la mort.

Au printemps de 1899, Rilke accompagne le ménage Andreas à Moscou, où il rencontre Tolstoï, puis à Saint-Pétersbourg. Un an plus tard, il entreprend avec Lou un second voyage en Russie, où ils revoient Tolstoï dans son domaine d'Iasnaïa Poliana, dans la province de Toula, et font la connaissance du poète paysan russe Drochine, dont Rilke avait traduit des vers en allemand. Puis tous deux se rendent à Saratov, où ils s'embarquent sur la Volga jusqu'à Kazan. Ces deux séjours en Russie ont été d'une importance déterminante pour l'évolution littéraire et philosophique de Rilke. À partir de 1899, celui-ci travaille au Livre d'heures (Das Stundenbuch), publié en 1905. Cet ouvrage se compose de trois parties, dont les deux premières, le Livre de la vie monastique (Das Buch von mönchischen Leben [1899]) et le Livre du pèlerinage (Das Buch von der Pilgerschaft, [1901]), au foisonnement d'images pleines d'un élan mystique, représentent une quête angoissée de Dieu. Le Livre de la pauvreté et de la mort (Das Buch von der Armut und vom Tod), rédigé à Viareggio en avril 1903, est d'une tonalité différente : l'inquiétude métaphysique y fait place à un réquisitoire contre les grandes villes, anticipant déjà sur les diatribes des poètes expressionnistes. De la même époque date le recueil le Livre d'images (Das Buch der Bilder, 1902), œuvre de transition qui rappelle la mélancolique lassitude des poèmes de jeunesse et annonce par ailleurs la plasticité des Poésies nouvelles.

Les éléments épiques sont nombreux dans la poésie de Rilke, qui possède également un grand talent de conteur. Son œuvre en prose débute par les Deux Récits praguois (Zwei Prager Geschichten, 1899), d'une écriture assez impressionniste, suivis des treize Histoires du Bon Dieu (Geschichten vom lieben Gott, 1900), où le merveilleux se mêle intimement au réel. En 1899, aussi, Rilke écrit la Légende d'amour et de mort du cornette Christophe Rilke (Die Weise von Liebe und Tod des Cornets Christoph Rilke), œuvre mineure, mais d'une grande finesse de touche et qui connut une extraordinaire popularité.

Sur l'invitation du peintre Vogeler, il rejoint en août 1900 la petite colonie d'artistes établie à Worpswede, près de Brême, une sorte de Barbizon de l'Allemagne du Nord. Il y rencontre Clara Westhoff (1878-1954), femme sculpteur qu'il épouse en 1901. Le jeune ménage s'installe à Westerwede, où naît une fille, Ruth, qui se consacrera à la publication posthume des œuvres de son père. Grande admiratrice de Rodin, Clara encourage son mari à rédiger une monographie sur l'artiste français. À la fin d'août 1902, Rilke se rend à Paris. Rodin le subjugue aussitôt par sa forte personnalité et devient pour lui le maître par excellence. Puis, séparé de sa femme, le poète voyage en Italie (1903), au Danemark (1904) et en Suède (1904). Revenu en France en septembre 1905, il s'installe à Meudon, chez Rodin, dont il est quelque temps le secrétaire. En mai 1906, pour un incident minime, c'est la rupture. Rilke reprend sa vie nomade : tantôt en Allemagne, tantôt en Italie, tantôt à Paris.

Les années 1905-1908 sont marquées par une production littéraire intense : c'est le temps des Poésies nouvelles (Neue Gedichte, I, 1907 ; II, 1908), dont font partie des chefs-d'œuvre comme « Panthère », « Carrousel », « l'Ange du méridien ». En 1910, Rilke achève son roman les Cahiers de Malte Laurids Brigge (Die Aufzeichnungen des Malte Laurids Brigge), commencé en 1904, et qui constitue la somme des expériences, des impressions et des réflexions de l'écrivain durant une dizaine d'années.

En décembre 1909, il fait à Paris la connaissance de la princesse Marie von Thurn und Taxis-Hohenlohe, qui devient sa protectrice. Il passe des mois entiers dans son château de Duino, près de Trieste, entré dans la littérature grâce aux Élégies de Duino (Duineser Elegien), composées de 1912 à 1922. D'une grande densité d'images, ces chants contiennent le message essentiel de Rilke, qui tente de répondre aux questions fondamentales de l'existence.

Après de brefs séjours en Afrique du Nord (1910), en Égypte (1911), en Espagne (1912), Rilke finit par s'installer à Munich à la veille de la Première Guerre mondiale. Mobilisé en 1916, il est affecté au service de presse au ministère de la Guerre à Vienne. Libéré de ses obligations militaires en juin de la même année, il retourne à Munich, qu'il quitte en 1919 pour la Suisse. Au château de Berg am Irchel, aux environs de Zurich, il écrit les Poèmes posthumes du comte C. W. (Aus dem Nachlass des Grafen C. W., 1920), dont il prétend qu'ils lui furent dictés d'outre-tombe.

De 1921 jusqu'à sa mort, il vit, retiré et solitaire, dans la tour de Muzot, près de Sierre, dans le Valais, où il achève les Élégies et compose, dans une véritable fièvre poétique, les Sonnets à Orphée (Sonette an Orpheus, 1922), « monument funèbre pour Vera Oukama Knoop », jeune danseuse et musicienne. En 1924, il reçoit la visite de Paul Valéry, dont il vient de traduire seize poèmes de Charmes. Au cours des périodes où l'inspiration créatrice lui faisait défaut, Rilke s'est toujours tourné vers la traduction. Ainsi a-t-il admirablement transposé en allemand le Retour de l'enfant prodigue de Gide, les Sonnets de Louise Labé, les Lettres de la religieuse portugaise. Vers la fin de sa vie, il écrit des vers en français, les Vergers et les Quatrains valaisans, qui évoquent, avec une forte couleur locale, les environs de Sierre.

Sa correspondance constitue non seulement un précieux document sur la genèse de son œuvre, mais contient, à côté de lettres très élaborées, des pages d'un élan spontané, dont celles qui sont adressées à Merline (Baladine Klossowska) comptent parmi les plus émouvantes.

Très souffrant depuis 1923, Rilke meurt le 29 décembre 1926 au sanatotium de Val-Mont, près de Montreux. Conformément à ses dernières volontés, il repose au cimetière villageois de Rarogne. Sur sa pierre tombale figure l'épitaphe dont il est l'auteur :
Rose, pure contradiction ; volupté
De n'être le sommeil de personne
Sous tant de paupières.