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Lars Norén

Écrivain et metteur en scène suédois (Stockholm 1944).

Dès l’âge de 18 ans, il publie des poèmes qui expriment un mal de vivre et une dysharmonie face aux normes sociales (Schizopoesie, 1962). En 1964, il fait l’expérience de l’hôpital psychiatrique : il est soigné quelque temps pour schizophrénie. Il poursuit son écriture poétique tout en faisant paraître deux romans, les Apiculteurs (1970) et Au ciel souterrain (1972), qui, rapidement, font de lui l’un des auteurs les plus intéressants de la sphère scandinave. Des commandes de la radio et de la télévision suédoise et, en 1972, une commande du Théâtre Dramaten de Stockholm lui donnent l’occasion d’aborder l’écriture dramatique.

Sa première pièce, le Lécheur de souverain, est mal accueillie mais lui donne le goût d’un art qui permet de confronter à une interprétation charnelle et face au public ses propres obsessions. Néanmoins, blessé par cet échec, il ne revient au théâtre qu’en 1978 avec la Force de tuer, qui met en scène un fils cherchant à vaincre un père oppressif. Ainsi commence une œuvre dramatique qui rencontre peu à peu un succès européen et se renouvellera par vagues et par périodes liées à des hantises longuement explorées : théâtre lié à l’histoire personnelle (la Veillée, 1983 ; Boby Fisher vit à Pasadena, 1988), théâtre du couple qui se comprend peu, se sépare ou se déchire (Démons, 1981 ; Détails, 1999 ; Pur, 2008), théâtre de la réalité sociale (Catégorie 3.1, 2004 ; À la mémoire d’Anna Politkovskaïa, 2006), théâtre de l’univers psychiatrique (Kliniken, 1993).

Ces vagues peuvent se mêler et s’interpénétrer au gré d’une écriture compulsive qui, très féconde (plus d’une soixantaine de pièces), alterne le regard sur soi-même et l’intérêt porté aux malheureux et victimes d’un monde inégalitaire : malades, prisonniers, drogués, sans domicile fixe… La colère, la violence, le désespoir nourrissent ces tableaux de vie intime ou collective, se déroulant parfois sur une longue durée (sept heures pour Catégorie 3.1, trois heures pour Kliniken). Dans le même mouvement, un pathétique besoin d’amour modifie l’éclairage d’une pièce à l’autre et transforme parfois la révolte en une bouleversante compréhension des autres et en des visions certes noires mais traversées d’espoir.

Héritier d’un autre grand Suédois, August Strindberg, fasciné par le théâtre angoissé d’Eugene O’Neill (il lui a consacré une pièce en imaginant l’auteur américain se querellant avec ses invités le jour de son soixantième anniversaire, Embrasser les ombres, 2002), Lars Norén poursuit inlassablement, par le théâtre, un examen clinique et critique de lui-même et du monde. Il semble avoir renoncé provisoirement aux autres formes littéraires, à l’exception du travail de diariste : il a publié en Suède, en 2008, son énorme Journal intime d’un auteur (près de 2 000 pages), dont l’édition française, parue en 2009, ne conserve qu’une partie.

Cette lutte quasi athlétique avec le genre dramatique, il la mène aussi à travers une activité de metteur en scène et de directeur de théâtre. Il a réalisé des mises en scène en Suède, en Allemagne et en France, montant sa pièce Pur à la Comédie-Française en 2009, mais s’intéressant aussi à d’autres auteurs que lui-même (Shakespeare, Tchekhov, Primo Levi) et traduisant aussi certains écrivains (Jon Fosse). Depuis 1999, il est directeur artistique au théâtre itinérant Riksteatern, en Suède – où son œuvre et son travail auprès des exclus de la société suscitent à la fois l’admiration et la polémique.