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Cornelis Johannes Jocobus Maria, dit Cees Nooteboom

Écrivain néerlandais (La Haye 1933).

De la vie monastique…

Après le divorce de ses parents, Cees Nooteboom grandit avec son père, qui meurt sous les bombardements de La Haye durant la Seconde Guerre mondiale (1945). Sa mère se remarie avec un catholique, qui l’envoie faire ses études chez les Franciscains puis chez les Augustins. L’enseignement très strict ne lui convient pas et il se fait renvoyer plusieurs fois. L’apprentissage des langues (français, anglais, allemand, latin et grec) fait cependant de lui un polyglotte averti, un adolescent ouvert aux autres cultures.

À l’âge de 17 ans, il se destine à la vie monastique, mais après un essai dans une cellule monacale, il réalise qu’il n’est pas fait pour le dogme et la stabilité augustine et prend conscience que sa voie est ailleurs : « Un jour, j'ai décidé d'échanger une chambre monastique contre les chemins de la planète. » C’est ainsi que ce « curieux de toujours » entreprend alors de découvrir les livres, les cultures et le monde. Depuis, « partir pour partir » est devenu le credo de ce nomade.

… au poète nomade

Après avoir exercé divers petits métiers (il a notamment travaillé dans une banque), Cees Nooteboom entreprend un premier voyage en auto-stop, en 1953, vers le grand Nord. Cette expédition lui inspire son premier ouvrage, Philippe et les autres (1954, prix Anne-Frank en 1957), dans lequel un jeune homme prend la route jusqu’en Laponie, rencontrant divers personnages et notamment une jeune asiatique, croisée, perdue, retrouvée puis reperdue. Cette expérience littéraire le mène paradoxalement vers le Sud, qu’il brûle de découvrir, d’abord la Provence, puis l’Italie, et enfin, alors qu’il la déteste, l’Espagne, qui deviendra cependant l’« amour de sa vie » et où il aimera à résider par la suite.

Il publie en 1956 son premier recueil de poèmes, De doden zoeken een huis (« Les morts cherchent une maison »). Son œuvre poétique est rapidement reconnue dans son pays natal, où il reçoit plusieurs prix, dont le prix de poésie de la ville d’Amsterdam, en 1960 et en 1965. Devenu également traducteur de textes poétiques, il se considère d'ailleurs davantage comme un poète que comme un romancier, bien que ses poèmes ne soient que peu traduits (Temps de feu, temps de glace, 1984 ; Autoportrait d'un autre. Rêves de l’île et de la ville d’antan, 1993) comparativement à ses romans et ses récits de voyage.

En 1957, il s’embarque comme matelot sur un bateau à destination des Caraïbes et fait escale au Suriname, ancienne colonie néerlandaise, où vit le père de sa petite amie Fanny Lichtveld, qu’il épouse (et dont il se sépare en 1964). Il raconte cette expérience dans un récit de voyage, le Matelot sans lèvres, Histoires tropicales (1958). En 1963 paraît son roman Le chevalier est mort, une méditation sur l’écriture à travers le thème de la mort de l’auteur ; « un livre, selon l’auteur lui-même, qui ne fut rien de moins qu’une tentative pour tuer le romancier Cees Nooteboom ». En 1980, avec Rituels, l’écrivain néerlandais accède à la reconnaissance internationale, grâce au prix Pegase de la Mobil Oil Compagny qui finance sa première traduction en anglais. C’est aussi le premier ouvrage traduit en français (1985, le livre a été adapté au cinéma par Herbert Curiel en 1989).

Le voyage de l’écriture ou l’écriture du voyage

Il n’existe pas de frontière entre les voyages et l’écriture de Cees Nooteboom, ces deux parties de lui-même sont inextricablement mêlées. Sa vie, comme son œuvre, est un voyage sans fin, le voyage nourrit son œuvre, l’écriture guide ses voyages. Cees Nooteboom écrit d’ailleurs comme il voyage : « Quand j’écris, je commence et puis je m’aventure. »

L’écriture poétique et imagée, expressive et descriptive, nuancée et pure de Cees Nooteboom revêt de multiples formes. Du reportage à l’essai, du romanesque au poétique, du dramatique (les Cygnes de la Tamise, 1959) au philosophique, l’écrivain se joue du réel, de l’imaginaire, de la métaphore avec délectation. Lorsqu’il écrit sur des drames humains, tels la mort, le suicide, le deuil (le Jour des morts, 1998 ; « Un livre que j’ai fait pour moi, pour réfléchir sur l’idée de l’histoire et du deuil »), il tient toujours à garder un ton léger. Ses thèmes de prédilection sont l’amour, la mort, la question de l’identité, le temps qui s’évanouit, l’espace, le silence, le voyage, la rencontre, le souvenir et la mémoire, le processus d’écriture et la confrontation des cultures (Bouddha derrière la palissade, 1986 ; Perdu, le paradis, 2004, hommage au Paradis perdu de John Milton).

Cet écrivain nomade revient souvent sur sa conception du voyage (Hôtel nomade, avec la photographe Simone Sassen, 2002 ; Un art du voyage, avec le photographe Eddy Posthuma de Boer, 2003). Il est également un amoureux du Japon (Mokusei ! Une histoire d'amour, 1982), de l’Espagne (Désir d'Espagne. Mes détours vers Santiago, 1992 ; Pluie rouge, 2007, sur Minorque aux Baléares) et a beaucoup écrit sur l’Europe (l’Enlèvement d’Europe, 1993). Il a également été journaliste pour les revues Elsevier (1957-1960) et Avenue (1967), pour le journal De Volkskrant (1961-1968). En tant que reporter, il a couvert de multiples événements, comme la révolte de Hongrie (1956), mai 1968 à Paris, le renversement du chah d’Iran ou la chute du mur de Berlin (Une année allemande. Chroniques berlinoises, 1989-1990, 1990). Un documentariste allemand, Heinz Peter Schwerfel, lui a consacré un documentaire en 2004, Hotel Nooteboom. Enfin, son œuvre a été régulièrement récompensée par des prix de première importance, notamment le prix néerlandais Constantijn-Huygens en 1992 et le prix des Lettres néerlandaises en 2009.