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Murakami Haruki

Écrivain japonais (Kyoto 1949).

Une petite fenêtre sur l’Amérique

Fils d’un professeur de littérature japonaise, le jeune Murakami Haruki tombe très tôt « anormalement amoureux des livres », et notamment des auteurs russes, français et anglais du xixe siècle (Dostoïevski, Tchekhov, Tolstoï, Flaubert, Balzac, Dickens), mais aussi de Kafka, Marx, Engels ou encore de l’œuvre de son compatriote Natsume Sôseki, seul écrivain japonais dont il admet une certaine filiation. Solitaire, il grandit à Kobe et a pour principaux compagnons des chats, animaux qui apparaissent souvent dans son œuvre.

Dès le début des années 1960, il se tourne vers la culture américaine : « j’écoutais leur jazz, dit-il, leur rock, je regardais leur télévision et lisais leur roman ». Murakami Haruki trouve les auteurs américains radicalement différents des auteurs japonais : « ils offraient, poursuit-il, une petite fenêtre ouverte sur le mur de ma chambre, d’où je pouvais voir un paysage étranger, un monde fantastique ». Il apprend l’anglais pour lire Francis Scott Fitzgerald et Truman Capote dans le texte et entre à l’université de Tokyo en section cinéma. De ses maîtres américains, il confiera plus tard s’être « efforcé d’apprendre de Fitzgerald sa capacité à décrire des sentiments qui toucheront l’âme des lecteurs, de Capote, l’élégance et la précision extrême du style et de Carver, la spontanéité stoïque, et l’humour caractéristique ».

Une langue et une écriture toujours renouvelées

Refusant le conformisme de la société japonaise, il cherche son indépendance qu’il trouve en se mariant (1971) et en ouvrant un club de jazz (1974). Ce n’est que tardivement qu’il comprend, comme une révélation soudaine, que l’écriture – qu’il pratique déjà mais sans grand succès – lui est indispensable. Écrire, coûte que coûte, rien que pour lui-même. Mais la langue japonaise ne lui paraissant pas adaptée à son univers personnel, et faute de maîtriser suffisamment la langue anglaise, il se met alors à réinventer sa langue maternelle, à innover en simplifiant les phrases, à raconter « avec des mots différents des autres » écrivains nippons. Ce qui lui vaut, en 1979, le prix Gunzô des nouveaux auteurs pour son premier roman Écoute la chanson du vent. Il publie ensuite le Flipper de l'an 1973 (1980) et la Course au mouton sauvage (1982) qui forment avec son premier roman ce que l’on appelle aujourd’hui la « trilogie du rat ».

Son succès ne se dément pas, mais l’écriture romanesque étant prenante, Murakami n’hésite pas à faire une pause entre deux romans, en écrivant notamment de nombreuses nouvelles, des essais, des traductions (Capote, Carver, Irving) ou en voyageant. « Après avoir écrit un roman, je me repose ensuite un moment, puis quand j’ai repris mon souffle, il me vient l’envie d’écrire des nouvelles. Quand j’en ai fini avec les nouvelles, j’entre de nouveau dans une période durant laquelle je n’ai rien envie de faire (durant cette période, je travaille principalement sur des traductions. Dans ce sens, la traduction remplit chez moi le rôle d’une certaine forme de réhabilitation littéraire), à la suite de quoi l’envie d’écrire un roman revient de plus belle. »

Publiées dans des journaux et dans des recueils, les nouvelles de Murakami, à travers lesquelles il expérimente de nombreuses techniques narratives, témoignent d’une écriture « plus juste et spontanée » que ses romans. Essentielles dans son œuvre, elles s’enchâssent dans les trames de ses romans ou servent de brouillon ou de point de départ à des récits plus longs.

Une œuvre ambitieuse

En 1985, Murakami Haruki publie l’ambitieux roman de science-fiction, cérébral et poétique, la Fin des temps (1985, prix Junichirô-Tanizaki), basé sur une nouvelle écrite en 1973 « la Ville et ses murs incertains ». Il sort de cette expérience épuisé – « peut-être, avoue-t-il, parce que j’avais l’impression d’écrire en ayant placé la barre une fois et demi au-dessus du maximum de mes capacités ». Il se remet alors aux nouvelles (L’éléphant s’évapore, 1984) et aux traductions.

En 1986, il part pour l’Europe (Mykonos, Rome), désireux de créer selon ses propres mots « un nouvel influx ». Il y rédige la Ballade de l'impossible (1987), roman de formation, réaliste à sa façon (nombre de critiques dénoncent sa conception du réalisme). Il entend alors « cimenter par des mensonges intégraux et continus ce qu’on nomme le réalisme. En faisant prendre un tournant supplémentaire à ce réalisme usé jusqu’à la corde et sur-maculé de traces de doigts, [il] voulai[t] essayer à [s]a façon de le faire renaître ». Le roman se vend à plusieurs millions d'exemplaires. Dans la foulée, Murakami publie Danse, danse, danse (1988), mais bientôt dépassé par ce succès bien qu’il vive loin du Japon, il sombre dans une dépression qui l’empêche d’écrire : « Je ne parvenais même plus à tenir un journal, et j’étais devenu complètement vide. »

La maturité littéraire

La publication du recueil TV people (1990) est une renaissance littéraire. De retour au Japon, le romancier publie abondamment – des nouvelles, des carnets de voyages, des traductions –, mais étouffé par la société nippone il profite d’une invitation à l’université de Princeton pour quitter son pays, trop « arrogant », et s’installer, en 1991, aux États-Unis (où il demeure jusqu’en 1995). En 1992, paraît Au sud de la frontière, À l'ouest du soleil, un roman d’amour, s’inspirant des contes de la période d’Edo : « J’ai voulu présenter ce monde romanesque de frontière indistincte entre conscient et inconscient, éveil et songe en tant que récit contemporain. » Ce roman est constitué de « chutes » d’un roman « total », « un grand roman de synthèse » (prévu en deux tomes, mais prolongé par un troisième volet) qu’il rédige alors et qu’il publiera en tomes en 1994-1995 sous le titre Chroniques de l'oiseau à ressort.

Le retour aux sources

En 1995, le tremblement de terre de Kobe et l’attentat au gaz sarin dans le métro de Tokyo le rappellent au Japon. L’attentat lui inspire un recueil de témoignages des victimes (Underground, 1997-1998), le séisme un recueil de nouvelles (Après le tremblement de terre, 2000). En 1999, il publie les Amants du Spoutnik ; en 2002, Kafka sur le rivage, une fable initiatique ; en 2004, le Passage de la nuit ; en 2009, 1Q84 (en référence à 1984 de George Orwell), vendu à un million d’exemplaires à peine un mois après sa parution. Dans la plupart de ces ouvrages, derrière une plume mélancolique, le fantastique, le loufoque se mêlent au réalisme et le narrateur fait pénétrer le lecteur dans le quotidien et les états d’âme de personnages banals, s’interrogeant sur la vacuité de leurs existences. En filigrane, Murakami esquisse une critique des dérives de la société, japonaise et mondiale, dans laquelle l’individu peine à trouver sa place.

Murakami Haruki, écrivain libre et peu enclin à l’exégèse de ses œuvres, a obtenu de nombreux prix littéraires et reçu en 2009 le prix Jérusalem pour la liberté de l’individu dans la société. Certains de ses textes, notamment ses nouvelles, ont été adaptés au cinéma (Norwegian Wood, par Anh Hung Tran, 2010) et au théâtre (Après le tremblement de terre, Kafka sur le rivage). Il a également écrit une œuvre autobiographique, Autoportrait de l'auteur en coureur de fond (2007).