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Pierre Lyonet ou Pierre Lyonnet

Naturaliste et graveur hollandais (Maastricht 1707-La Haye 1789).

Une Théologie des insectes ou démonstration des perfections de Dieu dans tout ce qui concerne les insectes paraît à La Haye en 1742. Elle a pour auteur un Allemand du nom de Lesser, et elle est annotée par un homme jusque-là peu connu dans le monde savant, Pierre Lyonet. Âgé de trente-cinq ans, il appartient à une famille d'origine lorraine émigrée aux Pays-Bas à la suite des persécutions religieuses. Son père, pasteur, aurait voulu le voir suivre ses traces, mais il a préféré le droit à la religion. Il devient avocat auprès des cours de justice de La Haye, secrétaire du chiffre, interprète et traducteur. Il emploie les loisirs que lui laissent ses occupations à observer l'anatomie, le mode de vie, les métamorphoses des insectes. Ces derniers, jusqu'alors assez négligés par les naturalistes, sont en train de devenir des sujets d'étude scientifique. Pierre Lyonet se lie avec Abraham Trembley, lui aussi féru d'entomologie et correspondant à La Haye du Français René Réaumur et du Suisse Charles Bonnet. Comme il dessine très bien, il reproduit quelque deux cents espèces de chenilles avec leurs chrysalides et leurs papillons. Il s'intéresse également aux pucerons et aux singularités de leur reproduction.

Après sa collaboration à l'ouvrage de Friedrich Christian Lesser, Pierre Lyonet abandonne momentanément les insectes pour travailler sur les polypes, ces animaux marins de l'embranchement des cnidaires (hydres, coraux, méduses...) que Antonie Van Leeuwenhoek a observés le premier et qui fascinent les naturalistes de l'époque. Il dessine et grave lui-même les planches du livre d'Abrahma Trembley, Mémoires pour servir à l'histoire d'un genre de polypes d'eau douce à bras en forme de cornes (Leyde, 1744), qui montre les caractères à la fois animaux (mouvement, sensibilité, préhension de proies) et végétaux (greffe, bouturage) de l'hydre d'eau douce. L'auteur rend hommage dans la préface à « l'habile dessinateur à la bonté duquel il est redevable des figures qui accompagnent l'ouvrage ». Il fait par ailleurs l'éloge des travaux de Pierre Lyonet sur le puceron du chêne : « Il se trouve, écrit-il à René Réaumur, que ce n'est pas moi qui lui ai appris que ces petits animaux peuvent se multiplier sans s'être accouplés... Il s'est mis à faire l'expérience et l'a découvert de lui-même. »

Pour ses observations, Pierre Lyonet a mis au point un ingénieux instrument, un microscope d'un champ visuel très étendu, qui présente le double avantage de permettre des grossissements ainsi qu'un éclairage variables, et de laisser les mains libres. Il effectue des études très poussées sur le pou du mouton, mais ses amis le dissuadent de consacrer à cet insecte un traité particulier, sous le prétexte qu'il s'agit d'un animal vraiment trop « vil ». Il se console en s'occupant de la mouche de la Saint-Marc, de la mouche à scie et surtout de la grosse chenille qui vit dans le bois, nommée « gâte-bois ». Son fameux Traité anatomique de la chenille qui ronge le bois de saule, commencé en 1745, voit le jour quinze ans plus tard seulement.

Vers l'âge de soixante ans, Pierre Lyonet présente des troubles visuels qui ne lui permettent plus de disséquer, de dessiner et encore moins de graver avec la même précision. Il n'abandonne pas pour autant ses chères petites bêtes, comme en témoignent ses Recherches sur l'anatomie et les métamorphoses de différentes espèces d'insectes, ouvrage où, selon lui, « entrent souvent du singulier et du nouveau, sans qu'il fût pour autant le fruit d'une imagination exaltée, mais simplement celui de regards attentifs et réfléchis portés sur les merveilles de la nature ».