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Jacques Loeb

Physiologiste américain (Mayen, Rhénanie, 1859-Hamilton, Bermudes, 1924).

Né dans une petite ville de Rhénanie au sein d'une famille juive imprégnée de culture française, Jacques Loeb commence par faire des études de philosophie à l'université de Berlin avant de bifurquer vers les sciences à celle de Strasbourg, où il s'intéresse aux localisations cérébrales. Il est assistant de physiologie de 1886 à 1888 à l'université de Würzbourg et, de 1888 à 1890, à Strasbourg (l'Alsace est alors sous la domination allemande). Sa rencontre à Naples avec le biologiste américain Thomas Hunt Morgan, en 1890, et son mariage l'année suivante avec une Américaine vont l'inciter à émigrer.

Les premières recherches de Jacques Loeb, dans les années 1880, portent sur les mouvements d'apparence volontaire des animaux. Après avoir étudié attentivement le tropisme chez les plantes, sous la direction du botaniste Julius von Sachs, il entend faire la démonstration de son existence chez les animaux. À partir d'expériences menées sur des animaux dits « inférieurs » tels que des chenilles et des pucerons, il affirme que l'ensemble des comportements ne sont que des réponses à des stimuli extérieurs (lumière, chaleur, substances chimiques...). Il expose sa théorie sur le tropisme animal dans son ouvrage Conception mécanique de la vie (1912). Toute son œuvre scientifique est centrée sur l'idée de ramener les phénomènes vitaux, quels qu'ils soient, à de simples phénomènes physico-chimiques. Ses théories sont très critiquées par ses contemporains, et particulièrement par les spécialistes du comportement, notamment le biologiste américain Herbert Spencer Jennings, qui montre que certaines réponses apparemment tropiques sont, en fait, de simples réactions de rejet provoquées par certains stimuli et totalement sans rapport avec la direction dans laquelle s'exercent ces stimuli. Insensible à ces critiques, Jacques Loeb continue à penser que les comportements attribués jusque-là à la volonté ou à l'instinct sont en réalité dus à des tropismes. Pour lui, l'être vivant est une machine douée de la triple propriété de grandir, de présenter des réactions préservatrices et de se multiplier.

Ses conceptions mécanistes l'incitent, en fait, à tenter de reproduire en laboratoire les phénomènes vitaux. Dès 1892, il se lance dans des expériences de parthénogenèse, c'est-à-dire de reproduction sans intervention d'un mâle dans une espèce caractérisée par l'existence de deux sexes. On cherche alors à savoir quel est le mode d'action du spermatozoïde et quelle puissance il détient pour tirer l'œuf de sa léthargie. Jacques Loeb espère que le recours à la parthénogenèse artificielle, c'est-à-dire le remplacement de l'action du spermatozoïde par celle de certains agents physiques et chimiques, permettra d'élucider dans une certaine mesure le processus de la fécondation.

Après plusieurs années de tâtonnement, il obtient, en plongeant des œufs vierges d'oursin dans de l'eau de mer rendue hypertonique par l'addition de chlorure de magnésium, non seulement tout un développement embryonnaire complet, mais des larves normalement constituées. Cette découverte a un retentissement des plus considérables puisque, pour la première fois, on devient maître d'initier par des procédés de laboratoire le phénomène de la fécondation. Elle est d'abord contestée. Certains refusent d'admettre l'existence des « citoyens chimiques » et s'appliquent à prouver que les larves obtenues résultent, en fait, d'une parthénogenèse naturelle. « Si vraiment les œufs mis en expérience provenaient d'une femelle non parthénogénétique, les larves obtenues par Loeb descendraient, pour employer le langage vulgaire, de Mme Oursin et de M. Chlorure de magnésium » affirme, en 1901, l'un de ses détracteurs. Cependant, les expériences de ce dernier ne vont pas tarder à être confirmées par d'autres chercheurs. Bientôt, on obtient le développement de l'œuf vierge chez beaucoup de formes animales et par des procédés divers.

Surtout connu pour ses travaux de parthénogenèse, Jacques Loeb a également abordé bien d'autres problèmes de la biologie, tels ceux de la croissance, de la physiologie du cerveau, de la régénération des tissus ou encore celui des protéines et des phénomènes colloïdaux. En dépit de quelques erreurs d'interprétation et de certaines extrapolations abusives, l'impact de ses recherches, à long terme, s'est révélé, dans l'ensemble, largement positif.