En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêts, réaliser des statistiques ainsi qu’interagir avec des réseaux sociaux.

Pour en savoir plus et paramétrer les cookies

Identifiez-vous ou Créez un compte

Michel Le Bris

Écrivain français (Plougasnou 1944).

Une jeunesse militante

Natif de Plougasnou dans la baie de Morlaix en Bretagne, Michel Le Bris a la passion de l’océan et des grands espaces. Ce fils unique, élevé par une mère célibataire qui lui apprend à se forger dans l’adversité, fait de brillantes études : Louis-le-Grand, HEC, Math Elem. Amateur de jazz, il devient en 1967 le rédacteur en chef de Jazz Hot, la plus ancienne revue de jazz française. Ouvrant les colonnes du magazine aux meilleurs spécialistes, il favorise l’émergence en France du free jazz (John Coltrane, Albert Ayler, Archie Shepp, l’Art Ensemble of Chicago, Gato Barbieri, le label Impulse), mouvement alors méprisé par les adeptes du jazz classique.

Solidaire des événements de mai 1968, le jeune homme ne tarde pas à étendre son engagement de la musique à la politique : en 1970, il prend la direction de la Cause du peuple, l’organe officiel du groupement maoïste la Gauche prolétarienne (GP), malgré l’interdiction de publication qui frappe le journal. Ceci lui vaut huit mois d’emprisonnement à la Santé pour « incitation à la révolution » (1971). À sa sortie de prison, il participe à la revue J’accuse, à laquelle collaborent notamment Simone de Beauvoir, Jean-Paul Sartre et Michel Foucault. Pas assez populaire selon la Gauche prolétarienne, J’accuse est arrêté après deux numéros.

Lassé par un militantisme idéologique qu’il juge étriqué, Michel Le Bris se retire ensuite avec sa femme Eliane dans le midi de la France. Il ne revient à Paris qu’en 1974 pour s’associer aux débuts du quotidien Libération, créé l’année précédente. Journaliste aux pages culturelles, il s’emploie tout particulièrement à faire redécouvrir les romans d’aventures et les œuvres de Joseph Conrad, Herman Melville, Jack London et Robert Louis Stevenson.

L’appel de la « littérature-monde »

Car c’est en littérature que Michel Le Bris trouve à s’épanouir. En 1977, il publie son premier livre, l’Homme aux semelles de vent, essai sur Arthur Rimbaud. Passionné par le romantisme allemand, il compose ensuite Journal du romantisme (1981), salué par la critique et toujours considéré aujourd’hui comme une référence (le livre paraîtra dans une version revue et augmentée en 2002 sous le titre le Défi romantique). À la suite d’un séjour aux États-Unis sur les traces des socialistes utopiques européens, il découvre le mythe des chercheurs d’or et signe sa première fiction : la Porte d’or (1986).

D’une culture vaste et éclectique, Michel Le Bris s’intéresse ensuite autant à l’Amérique (la Fièvre de l’or, 1988 ; Quand la Californie était française, 1999 ; l’Ouest américain, territoires sauvages, id., photographies d’Olivier Grunewald) qu’à la Bretagne (Un hiver en Bretagne, 1996 ; Baie de Morlaix, 1999) et à l’histoire de la piraterie (les Flibustiers de la Sonore, 1998 ; l’Aventure de la flibuste, 2002 ; D’or, de rêves et de sang, 2004). Auteur d’une biographie de R. L. Stevenson (Pour saluer Stevenson, 2000), il a par ailleurs préfacé une réédition de ses œuvres et publié sa Correspondance et ses Essais sur l’art de la fiction. Entre 2000 et 2006, commissaire d’expositions au centre d’art de l’abbaye de Daoulas, il a réalisé de multiples rétrospectives sur les Dogon, les créatures des mondes féeriques, le culte vaudou, les Vikings, l’Amazonie ou encore les masques d’Asie.

En 2007, Michel Le Bris a été l’initiateur du manifeste Pour une littérature-monde en français signé par quarante-cinq écrivains, en faveur d’une langue française « libérée de son pacte exclusif avec la nation » et d’un retour au roman comme énonciation du monde, du sujet, du sens et de l’Histoire – conception combattue notamment par les tenants du formalisme. Dans la suite de ce manifeste prônant le retour à « l’imagination créatrice » et à un souffle romanesque d’envergure, il publie en 2008 la Beauté du monde, qui narre l’épopée d’Osa et Martin Johnson, « les amants de l’aventure », pionniers du film animalier dans les années 1920.

Éditeur – on lui doit les collections « La France sauvage » chez Gallimard (en collaboration avec J.-P. Sartre et Jean-Pierre Le Dantec), « Le Grand Dehors » à la Table Ronde, « Petite bibliothèque/Voyageurs » chez Payot, « Étonnants voyageurs » chez Hoëbeke –, Michel Le Bris est également le fondateur du festival international « Étonnants voyageurs » qui, chaque année depuis 1990, réunit à Saint-Malo des écrivains liés par leur goût d’une littérature aventureuse et ouverte sur le monde. Son autobiographie, Nous ne sommes pas ici (2009), revient en partie sur la genèse et sur l'histoire du festival. Celui-ci s’exporte aujourd’hui hors de l’Hexagone, puisque plusieurs éditions ont vu le jour à Sarajevo, Dublin, Missoula (États-Unis), Bamako, Port-au-Prince (Haïti) ou Haïfa.