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René Jeannel

Entomologiste français (Paris 1879-Paris 1965).

D'origine méridionale par son père et bretonne par sa mère, le jeune René, suivant le désir de son père, Maurice Jeannel, chirurgien renommé et doyen de la faculté de médecine de Toulouse, fait d'abord des études de médecine. Mais sa rencontre avec l'entomologiste roumain Racovitza jouera un rôle déterminant sur son orientation. Avec son ami, il explore de nombreuses grottes européennes et découvre de nouvelles espèces d'insectes cavernicoles qui portent son nom : Bathyscia jeanneli (1904), Aphaenops jeanneli (1905).

Il entre au laboratoire Arago de Banyuls-sur-Mer et soutient sa thèse de doctorat sur un groupe de coléoptères en 1911, sous le titre de « Révision des Bathyscinae ».

En 1911-1912, il accomplit une mission en Afrique orientale en compagnie de Charles Alluaud, descendant de porcelainiers de Limoges, puis, avec C. Bolivar, célèbre entomologiste espagnol, il collecte des insectes en Amérique du Nord. Après la Première Guerre mondiale, il retrouve son ami Racovitza qui le convaint de le rejoindre en Roumanie. En 1920, il est nommé professeur à l'université de Cluj, puis sous-directeur de l'Institut international de spéléologie que Racovitza vient de fonder à Bucarest.

À son retour en France en 1927, on lui confie la création du vivarium du Jardin des Plantes, à Paris. Dans des aquariums et des terrariums, R. Jeannel complète les collections du Jardin, en présentant une multitude de petits animaux : lézards, salamandres, tortues, couleuvres et, bien entendu, des insectes… Il est le premier à tenter l'élevage des insectes cavernicoles aveugles en reconstituant des grottes miniaturisées. Et le vivarium devient un des pôles d'attraction du Jardin des Plantes.

En 1931, R. Jeannel succède à Émile Bouvier comme professeur d'entomologie au Muséum national d'histoire naturelle, à Paris. Il est alors âgé de 53 ans. En appliquant sa méthode d'identification des insectes par les caractéristiques de leur pénis, Jeannel classe les insectes et publie plusieurs ouvrages entre 1914 et 1925. Son étude fort remarquée sur l'aptérisme des insectes insulaires (1925), notamment, démontre l'influence du milieu sur l'évolution.

En 1932, associé à Arambourg et Chappuis, il part pour l'Éthiopie méridionale et le Kenya : c'est la « mission de l'Omo ». Tandis que ses collègues sont à la recherche des « cimetières d'éléphants » et autres mammifères fossiles, lui chasse l'insecte dans les nids des petits rongeurs et dans les détritus végétaux. Il fait une collecte extraordinaire de petits coléoptères qui donneront du travail, pendant des décennies, aux entomologistes « de cabinet ». Pour Jeannel, les insectes cavernicoles « sont de véritables fossiles vivants, dont les innombrables générations d'ancêtres se sont succédé au cœur des massifs calcaires » depuis l'ère secondaire.

Une partie de l'histoire de la Terre est inscrite dans leur répartition géographique. R. Jeannel met en évidence que les mêmes espèces, ou des espèces très voisines, peuplent aujourd'hui l'Afrique orientale, Madagascar, l'Inde, l'Australie, c'est-à-dire les vestiges du vieux continent actuellement éclaté : le Gondwana. Il est donc naturellement l'un des premiers à croire à la théorie de Wegener sur la dérive des continents (1915) : l'Amérique s'éloigne bien de l'Ancien Continent auquel elle était rattachée. Et il expose ses idées biogéographiques avec courage et opiniâtreté dans diverses publications ainsi que dans son dernier grand ouvrage, Biogéographie des terres Australes de l'océan Indien, en étudiant les insectes qu'il a récoltés lors de son voyage en 1938 à bord du Bougainville, qui l'a mené dans les îles des mers australes. Grand voyageur, travailleur infatigable, plein d'idées souvent très en avance sur son temps, R. Jeannel est également un bon administrateur. Après avoir été directeur du Muséum d'histoire naturelle à Paris, en 1950-1951, il reprend ses travaux dans son laboratoire, jusqu'à sa mort.

L'école jeannelienne

L'école jeannelienne



Depuis longtemps, on savait que le pénis chitinisé des insectes était porteur de caractères spécifiques. René Jeannel exploita à fond ces particularités. Il aimait à dire « le pénis est le sceau de l'espèce. » Ce système d'identification, toujours utilisé, est devenu indispensable pour la classification des espèces. Jeannel réunit autour de lui des entomologistes séduits par ce système : « l'école jeannelienne ».

Mais, pour examiner le pénis de l'insecte, l'ablation d'une partie de l'abdomen était nécessaire et certains collectionneurs y étaient hostiles, n'acceptant pas que l'on porte ainsi atteinte à l'intégralité des insectes.