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Eleanora Holiday, dite Billie Holiday

Chanteuse de jazz américaine (Baltimore 1915-New York 1959).

Chanteuse d’instinct, qui eut un destin aussi phénoménal que pathétique, Billie Holiday reste pour beaucoup la plus grande soliste de l’histoire du jazz. « Elle avait le chic avec les mots » dit-on un jour de celle qui faisait de chaque chanson une tranche de vie.

L'avènement de Lady Day

Après une enfance désespérante auprès de parents immatures, et finalement abandonnée par son père, Billie Holiday connaît la vie des bas-fonds, entrecoupée de condamnations. Elle a 12 ans lorsqu’elle part pour New York rejoindre sa mère, qui habite Harlem. Pour sortir celle-ci de la misère au moment de la Grande Crise, elle se fait engager comme chanteuse dans les clubs new-yorkais. Elle n’a reçu aucune instruction musicale, mais ses dispositions pour le chant sont telles qu’elle émeut le public aux larmes. Ses qualités vocales ne sont pourtant pas exceptionnelles et son registre est limité, mais sa manière d’irradier la sensualité et sa maîtrise du vibrato sont inégalables. « Je déteste chanter d’un trait. Il faut que je change de ton selon mon gré », dira-t-elle.

Dès 1933, encouragée par le producteur John H. Hammond (1910-1987), Billie Holiday enregistre son premier disque sous la direction de Teddy Wilson (I Wished on the Moon, Miss Brown to You), puis, par l’entremise de Louis Armstrong, elle est admise dans l’orchestre d’un autre génie du jazz, Benny Goodman. L’année suivante, elle se produit à l’Apollo Theatre, le temple de la musique afro-américaine à Harlem. Recrutée en 1937 par Count Basie, elle fait alors une rencontre décisive : celle du saxophoniste de l’orchestre, Lester Young, qui deviendra pour elle à la fois le partenaire et le mentor idéal. Il l’appellera « Lady Day ». Elle l’appellera « Prez ». Ensemble, ils donneront naissance à plusieurs chefs-d’œuvre du jazz, dont I Must Have that Man et I’ll Never Be the Same.

En 1938, Billie Holiday rejoint Artie Shaw (1910-2004), avec qui elle enregistre Billie’s Blues et Summertime, avant de renoncer définitivement aux big bands. De plus en plus, elle s’implique dans la lutte contre la ségrégation qui frappe sa communauté et atteint le sommet du pathétique en interprétant Strange Fruit (1939), qui dénonce la pratique alors courante du lynchage. Pendant la Seconde Guerre mondiale, elle est au faîte de sa popularité.

La descente aux enfers

Dans les années 1940, Billie Holiday suit les évolutions qui marquent le jazz. Elle se met aussi à la composition (Don’t Explain, God Bless the Child et surtout Fine and Mellow). C’est l’époque, cependant, où sa vie devient de plus en plus cahotique : à l’addiction aux drogues dures, qui lui valent d’incessants démêlés avec la justice, s’ajoutent des excès en tout genre et des déboires amoureux à répétition. Son passage au Carnegie Hall de New York (1948) pourrait être le point de départ de la réhabilitation, mais elle est ensuite interdite de spectacle pendant douze ans.

En 1952, Billie Holiday entreprend une tournée en Europe et triomphe notamment en Angleterre en 1954, puis de nouveau en 1958. Lorsqu’elle revient aux États-Unis, la traque policière reprend de plus belle. Elle est même en résidence surveillée au moment où elle s’éteint dans la chambre du Metropolitan Hospital de Harlem où elle a dû être admise. En 1956, elle avait publié sa célèbre autobiographie, Lady Sings the Blues, dont sera tiré un film (Sidney J. Furie, 1972) dans lequel Diana Ross (née en 1944) jouera son rôle. Malgré ce titre, Billie Holiday aura surtout été une interprète merveilleusement inspirée du jazz dit « classique ».

L'histoire de Strange Fruit

C’est un enseignant juif du Bronx, Abel Meeropol – lequel adoptera plus tard les enfants des époux impliqués dans l'affaire Rosenberg –, qui, sous le nom de plume de Lewis Allen, est l’auteur et le compositeur de Strange Fruit. Bouleversée par ce poème, Billie Holiday demanda aussitôt qu’on en fît les arrangements. La chanson fut créée en 1939 au Cafe Society Downtown, le seul club antiségrégationniste de New York ( « le mauvais endroit pour les gens bien » proclamait son solgan), et enregistrée dans la foulée.

« Des arbres du Sud portent un étrange fruit/Du sang sur les feuilles ruisselant jusqu’aux racines » : les mots portent si bien que la chanson fut censurée par la plupart des radios (dont la BBC). Trente ans plus tard, Strange Fruit est revenu sous les feux de l’actualité grâce au court-métrage consacré à Martin Luther King (Requiem, Jeff Dell, 1970) et au documentaire Malcolm X (Arnold Pearl, 1972), attestant que cette chanson avait « replacé la protestation et la résistance au centre de la culture noire américaine » (Angela Davis, militante des droits de l'homme aux États-Unis).