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Antonio Allegri, dit il Correggio, en français (le) Corrège

Peintre italien (Correggio, près de Parme, vers 1489-Correggio, près de Parme, 1534).

Peintre de la mystique chrétienne autant que de la grâce sensuelle, le Corrège eut l'audace des précurseurs. Il fit de Parme, où il se fixa, l'un des principaux foyers de la seconde Renaissance et exerça une influence durable.

La première notoriété

Venu à la peinture à l'instigation de sa famille, le Corrège, âgé d'une vingtaine d'années, quitte sa ville natale pour Mantoue. Il y travaille notamment à l'église Sant'Andrea, tout en s'imprégnant de la technique de Mantegna, auquel il devra sa science des volumes et de la perspective. Sa première œuvre reconnue, le Retable de saint François, conservée à Dresde, est datée de 1514-1515, mais on peut faire remonter aux années 1510-1512 des tableaux comme le Mariage mystique de sainte Catherine (National Gallery of Art, Washington), la Vierge à l'Enfant avec deux anges musiciens (Offices, Florence) ou la Nativité (pinacothèque de Brera, Milan), qui adoucissent les formes héritées du quattrocento par un clair-obscur emprunté à Léonard de Vinci.

Des années 1513-1514 datent les tableaux qui annoncent le maniérisme : Judith et sa servante (Strasbourg), l'Adoration des mages (Brera), les Quatre Saints (Metropolitan Museum of Art, New York), la Vierge dite la Zingarella (galerie de Capodimonte, Naples) ou le Repos pendant la fuite en Égypte avec saint François (Offices).

L'épanouissement du génie

Dans les années 1517-1519 se situe un séjour à Rome, au cours duquel le Corrège, entrant en contact avec Raphaël et Michel-Ange, trouve son « style grandiose et noble » (A. R. Mengs). À Parme, il en donne toute la mesure au couvent Saint-Paul (1519) : il y décore une voûte de guirlandes de fruits voisinant avec des médaillons où apparaissent d'admirables putti. Ces fresques d'esprit humaniste lui valent d'obtenir une nouvelle et importante commande pour l'église Saint-Jean-l'Évangéliste : il y peint, à l'abside, le Couronnement de la Vierge (1520-1523 [aujourd'hui conservé à la pinacothèque de Parme]) et, à la coupole, la Vision de saint Jean à Patmos (1520-1524), qui montre un espace céleste dans lequel flotte le Christ au milieu des apôtres, eux-mêmes assis sur des nuages soutenus par des putti.

Les années 1524-1526 sont celles de la pleine maturité de l'artiste. Richesse des coloris et harmonie de la composition caractérisent sa peinture, qui traite de thèmes religieux (le Mariage mystique de sainte Catherine, Louvre ; Ecce Homo, National Gallery, Londres ; Noli me tangere, Prado, Madrid ; Madone de saint Sébastien, Dresde ; Martyre de saint Placide et de sainte Flavie, Parme) ou mythologiques (Mercure instruisant Cupidon devant Vénus, National Gallery, Londres ; Antiope, Louvre).

Le couronnement de l'œuvre

C'est dès 1522 que le Corrège est appelé à décorer la cathédrale de Parme. Les fresques qu'il réalise pour la coupole à base octogonale (1526-1530), couvrant environ 250 m2, sont parmi les plus célèbres de la Renaissance. Elles comportent une Assomption de la Vierge qui est l'œuvre maîtresse de toute sa carrière et l'une des œuvres majeures de la Réforme catholique. On y suit l'évolution qui s'est produite depuis Saint-Jean-l'Évangéliste : l'évocation du ciel ne se fait plus par la profusion de putti, mais par une savante concentration d'anges qui entraînent dans leur tourbillon aérien une cohorte de saints et de personnages bibliques.

Parallèlement, le Corrège exécute de grands tableaux d'autel (Madone de saint Jérôme, 1527-1528, Parme ; la Vierge à l'écuelle, 1529-1530, ibid.). À partir de 1530, il se consacre à la série des Amours de Jupiter, que le duc de Mantoue Frédéric II Gonzague destine à Charles Quint. Danaé (galerie Borghèse, Rome), Léda (Berlin), Io et Ganymède (Vienne) sont parmi les plus beaux nus du xvie siècle. Par son luminisme, sa fluidité et sa sensualité, le Corrège va inspirer des générations de peintres maniéristes et baroques.

Le Corrège incompris ?

Le Corrège était encore occupé aux peintures de l'église Saint-Jean-l'Évangéliste lorsqu'il fut chargé de décorer la cathédrale de Parme. On sait qu'il ne mena pas à bien la totalité de cette deuxième entreprise. Est-ce par dépit devant l'incompréhension que ses partis pris esthétiques suscitaient parmi ses contemporains ? Toujours est-il qu'il abandonna le chantier après avoir exécuté les fresques de la coupole. La décoration du chœur et de l'abside ne fut réalisée qu'après sa mort.

Pourtant, cette coupole, où l'artiste était parvenu à suggérer un espace infini et lumineux, fit sa gloire. Titien, qui faisait partie de la suite de Charles Quint venu à Parme, eut ces mots en la contemplant : « Qu'on renverse la coupole et qu'on la remplisse d'or, on n'aura pas encore assez pour la payer ! »