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Marcel Carné

Cinéaste français (Paris 1906-Clamart 1996).

Assistant de René Clair et de Jacques Feyder à ses débuts, Marcel Carné est indissociable de Jacques Prévert, qui fut le scénariste de la plupart de ses films. Il reste dans l'histoire comme le cinéaste emblématique du réalisme poétique.

Le temps de l'assistanat

Orphelin de mère à 5 ans, son père souvent absent, Marcel Carné est élevé librement par une grand-mère et une tante. À 17 ans, il trouve un emploi dans une compagnie d'assurances. Après son travail, il suit aux Arts et Métiers des cours de photographie. L'amitié de Françoise Rosay, rencontrée chez des amis communs, lui ouvre l'accès des studios : il devient bientôt l'assistant du réalisateur Jacques Feyder, pour le film les Nouveaux Messieurs (1929). Mais ce dernier est appelé à Hollywood, et Carné se tourne vers le journalisme et la critique de cinéma. Il réalise néanmoins le documentaire poétique Nogent, Eldorado du dimanche (1929). Le film séduit René Clair ; Carné sera son assistant pour Sous les toits de Paris (1930).

Entre 1930 et 1932, Carné tourne de petits films publicitaires en collaboration avec Paul Grimault et Jean Aurenche (1904-1992). Il assiste ensuite Feyder, rentré d'Amérique, pour le Grand Jeu (1934), Pension Mimosas (1935) et la Kermesse héroïque (id.). Il débute enfin dans la mise en scène, en 1936, et signe Jenny. Enthousiasmé par le Crime de M. Lange, réalisé par Jean Renoir avec la collaboration de Jacques Prévert, il exige de son producteur que ce dernier soit le scénariste et le dialoguiste de Jenny. C'est le début d'une collaboration qui marquera dix ans de cinéma français.

La collaboration avec Prévert

En 1937, Carné réalise Drôle de drame. L'univers du tandem Carné-Prévert est en place. Bien qu'édifié sur un scénario et des dialogues d'Henri Jeanson (1900-1970) et Jean Aurenche, Hôtel du Nord (1938) ne détonne nullement dans cet univers, même si le réalisme noir de ce film doit plus à la littérature (Eugène Dabit) qu'à cette atmosphère picturale que Quai des brumes (1938) enveloppe de sa magie désespérée. Là, tous les horizons sont barrés, ceux de l'amour, ceux de l'art, ceux de la liberté. La règle des trois unités commande aussi au Jour se lève (1939), sommet de l'œuvre du cinéaste. Carné trouve en Jean Gabin une incarnation parfaite de sa vision fraternelle, insurgée et désespérée. Surtout, il porte à la perfection, deux ans avant Citizen Kane, un cinéma de la mémoire.

Après les Visiteurs du soir (1942) et avant les Portes de la nuit (1946), Carné tourne les Enfants du paradis (1945). Le réalisme poétique opte pour le Paris de Louis-Philippe et de Balzac ; il s'y dévoile comme un néoromantisme dévoré d'énergies encore plus que de passions. Apothéose du spectacle, cinéma impur (à la fois théâtre et cinéma), ce film – avec Henri V (Laurence Olivier) et Ivan le Terrible (Eisenstein) parus à la même époque – fait parler les théoriciens de la « troisième voie », et en conduit d'autres à renoncer à la notion d'une spécificité du septième art.

Entre réalisme et féerie

En 1947, la paix est revenue, une nouvelle époque commence. Le néoréalisme italien impose ses modèles. Le réalisme poétique n'est plus viable ; le personnage mythologique de Gabin est anachronique. Avec la Marie du port (1950), adapté de Georges Simenon, Carné va s'en délivrer. Il se sépare de Prévert. Il prend le contre-pied de ses anciens thèmes. Il tourne dans une Normandie bien réelle. Finis le manichéisme, l'amour fou, le destin. La séparation du tandem consacre la décadence (d'un point de vue strictement cinématographique) de l'un et de l'autre.

« Carné encadrait bien le délire de Jacques, dira l'acteur Raymond Bussières (1907-1982). Leur œuvre est faite de leur perpétuel conflit. Carné est aussi froid que Jacques est délirant. Chacun apportait à l'autre ce qu'il n'avait pas. » Sans Prévert, Carné va balancer entre réalisme et féerie sur une pente descendante, même si Juliette ou la Clé des songes (1951) n'est pas sans prestige, même si les Tricheurs (1958) obtiennent un énorme succès. Thérèse Raquin (1953), d'après Émile Zola, restera la seule réussite dans sa carrière « post-prévertienne ».