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Frank Capra

Cinéaste américain (Palerme, Italie, 1897-Los Angeles 1991).

Frank Capra réalisa quelques-unes des comédies cultes américaines, dont New York-Miami, Arsenic et vieilles dentelles et La vie est belle, où s'illustrèrent les stars hollywoodiennes d'avant- et d'après-guerre.

Le « technicien » qui cherche sa voie

Fils de paysans siciliens, Frank Capra a 6 ans lorsque sa famille émigre aux États-Unis. Il paie ses études en exerçant divers petits métiers. Après la Première Guerre mondiale, il vit d'expédients jusqu'au jour où, rencontrant l'acteur shakespearien Walter Montague (1855-1924), il se fait passer pour un technicien d'Hollywood et tourne son premier court-métrage. Après un stage en laboratoire, il trouve un emploi de scénariste puis de gagman aux studios Mack Sennett, où il collabore aux premiers courts-métrages de Harry Langdon. Il signe le scénario de Plein les bottes (1926), mais c'est dans l'Athlète incomplet (id.) et Sa dernière culotte (1927) qu'il fait donner à Langdon toute la mesure de son génie comique.

L'échec de Pour l'amour de Mike le conduit en 1927 à la Columbia, où il gravit avec une rare obstination les marches du succès, jusqu'à la consécration tant convoitée de trois oscars du meilleur réalisateur (en 1934, 1936 et 1938). Il aborde alors tous les genres, du film d'aventures (l'Épave vivante, 1928) au film policier (l'Affaire Donovan, 1929), en passant par les mélodrames.

Le triomphe de New York-Miami (1934, avec Clark Gable), marivaudage de classe archétypal de la comédie américaine, est le premier aboutissement de sa carrière. Pour autant, Capra cherche toujours sa voie. Flight (1929) et Dirigible (1931) regardent du côté de Hawks, Ladies of Leisure (1930) du côté de Borzage, le Thé amer du général Yen (1933) du côté de Sternberg. Ses types sociaux sont encore issus de la ville, à commencer par les journalistes (The Power of the Press, 1928 ; la Blonde platine, 1931), dont la mobilité et l'arrivisme manifestent toutes les contradictions du système. Mais ces films annoncent déjà les chefs-d'œuvre à venir.

Le maître de la comédie américaine

C'est à partir de la fin des années 1930 que Capra réalise ses films les plus célèbres. Au dirigisme de l'administration rooseveltienne et au totalitarisme qui se répand en Europe, il oppose une philosophie optimiste et volontariste. Capra chante alors les vertus de l'esprit d'enfance, l'amour de la nature, la sentimentalité romantique, le moralisme un peu désuet, l'attachement à la petite entreprise privée, les candides en butte aux machinations des réalistes et des snobs. Il signe dans cette veine l'Extravagant M. Deeds (1936) et Vous ne l'emporterez pas avec vous (1938).

Après la Seconde Guerre mondiale – durant laquelle il réalise des documentaires pour le ministère de la Guerre –, réalisateur heureux d'Arsenic et vieilles dentelles (1944, avec Cary Grant), Capra est de retour à Hollywood. Il fonde une compagnie indépendante, la Liberty Films. Deux réussites suivent aussitôt : La vie est belle (1947, avec James Stewart), fable sociale à la limite du fantastique, et l'Enjeu (1948), exposé quasi didactique sur les mœurs politiques du temps. Capra y reprend la plupart de ses motifs d'avant-guerre, mais l'alacrité cède la place à l'amertume de qui se sait en porte-à-faux avec son époque et ne reconnaît plus le pays qu'il a tant voulu aimer. Le bel idéalisme d'antan n'a plus cours ; le héros, désormais solitaire, est voué à un baroud d'honneur désespéré pour retrouver sa dignité ; l'Amérique de la guerre froide est la proie des diviseurs, de tous ceux qui mettent les profits au-dessus des principes.

Liberty Films ne survit pas à l'échec commercial de ses productions. Capra, qui a perdu la faveur du public, accepte un contrat à la Paramount. Après deux comédies, il doit à son tour s'avouer battu par le système. Il se tourne vers la télévision, pour laquelle il conçoit quatre documentaires scientifiques entre 1952 et 1957. Il réalise ses deux derniers films sous la férule, respectivement, de Frank Sinatra et Glenn Ford (1916-2006). Profondément insatisfait, il décide de mettre lui-même un terme à sa carrière. Il donnera, en 1971, avec Hollywood Story, une autobiographie passionnée, que John Ford saluera comme « le seul bilan définitif qu'il ait jamais lu sur Hollywood ».