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Jean-Pierre Brisset

Écrivain français (La Sauvagère, Orne, 1837-La Ferté-Macé, Orne, 1919).

La biographie de ce « prophète », élu « prince des penseurs » lors d'un canular organisé en 1913 par Jules Romains, est assez obscure. Après une longue carrière militaire (guerre de Crimée, 1855 ; campagne d'Italie, 1859 ; blessé devant Sedan en 1870) qu'il termina avec le grade de capitaine, il démissionna de l'armée en 1877 pour protester contre la politique cléricale de Mac Mahon. Nommé commissaire de surveillance administrative des Chemins de Fer, à Orchies (Nord), puis à Angers, son esprit fut alors « assailli de la conviction que nous avons été conçus dans les eaux, sous forme de grenouilles ». Jusque là « religieux et zélé jusqu'à l'illuminisme », enfin « débarrassé… de toute superstition, il (trouva) dans le calme d'une conscience honnête une tranquillité qu'(il n'avait) jamais connue » et, ayant acquis la conviction que « la généalogie des langues nous ramène au grand couac initial de la grenouille », il s'efforça dès lors, par l'apprentissage de la langue des batraciens, de déchiffrer les mystères de la création et de l'origine des langues.

Il exposa le résultat de ses recherches linguistiques dans de nombreux ouvrages publiés à compte d'auteur (« Chez l'auteur, en gare d'Angers Saint-Serge »), non sans avertir ses lecteurs que ses traités peuvent comporter de « nombreuses parties […] plutôt obscures et d'une lecture pénible » - la préface de la Science de Dieu ou la création de l'homme (1900) prévient même aimablement que ce livre, « ainsi que le miel », « n'est agréable que par petite quantité à la fois, car il oblige, pour être compris, à penser profondément ; et le résultat de sa lecture, c'est une profonde humiliation, une amertume au ventre ») : Grammaire logique ou Théorie d'une nouvelle analyse mathématique résolvant les questions les plus difficiles et traitant à fond : 1° du participe passé ; 2° du participe présent ; 3° du placement des pronoms après l'impératif. En tout treize règles logiques, les seules vraies et sans aucune exception, résumées en douze mots (1878) ; la Grammaire logique, résolvant toutes les difficultés et faisant connaître par l'analyse de la parole la formation des langues et celle du genre humain (1883) ; le Mystère de Dieu est accompli (1890) ; etc.

Se proclamant le septième ange de l'Apocalypse, il résuma ses théories dans les Origines humaines (1913), qu'il fit en vain parvenir « à Messieurs les Ministres de la République et à Messieurs les Professeurs du Collège de France, à l'effet d'obtenir la création d'une chaire des origines humaines, et cela afin que le peuple français et la langue française en soient glorifiés ». Interdit de conférence dans sa ville natale, ce chercheur iconoclaste fut réduit à afficher sur les murs d'Angers et de Paris les textes de ses prophéties.

Parmi les aphorismes de ce champion de l'humour noir, on peut notamment retenir cette pensée : « Quand on est mort, c'est pour longtemps ».