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Léon Bertin

Zoologiste français (Paris 1896-Vendôme 1956).

Entré à l'École normale supérieure en 1914, passionné d'histoire naturelle, il obtient une licence ès sciences en 1917. Il est mobilisé la même année et participe aux derniers combats de la Grande Guerre. La paix revenue, il est reçu premier en 1920 au concours de l'agrégation de sciences naturelles. En 1921, il est assistant à la faculté des sciences de Paris, en 1938, sous-directeur au Laboratoire d'erpétologie du Muséum. Devenu titulaire de la chaire d'erpétologie en 1945, il poursuit ses travaux, plus spécialement orientés vers la répartition géographique des poissons. Parallèlement, il publie une série d'ouvrages qui le font apprécier du public.Il meurt à 59 ans dans un accident d'automobile.

Léon Bertin a choisi les poissons comme principal sujet d'étude parce que, comme il l'expliquera plus tard, ils représentent la souche des vertébrés et que c'est l'un des groupes qui possèdent le plus d'espèces singulières. Sa carrière scientifique débute en 1925 avec une thèse de doctorat sur les épinoches, poissons osseux porteurs d'épines dorsales et latérales mobiles. Mais ce sont surtout ses recherches sur les poissons abyssaux qui le font connaître dans le monde scientifique. Il s'intéresse notamment aux poissons apodes – c'est-à-dire dépourvus de nageoires ventrales – du groupe des lyomères, les plus rares et les plus étonnants des hôtes des grandes profondeurs.

Bertin est un savant qui ne s'enferme pas dans sa tour d'ivoire de chercheur. C'est « un vulgarisateur de talent dont l'étonnant dynamisme s'appliquait à la pensée comme à l'action », a dit de lui le naturaliste Roger Heim. Il n'hésite pas à rédiger des ouvrages importants en dehors de sa spécialité : Géologie et Paléontologie (1939), qui obtient un grand succès, Atlas des poissons de France (1942) et un livre sur les Migrations animales.

La Vie des animaux (1949-1950) est une véritable encyclopédie du monde animal qui témoigne de l'étendue de l'érudition de son auteur. Dans l'introduction, il évoque, avec sa clarté habituelle, l'histoire de la vie : « Chacun des chapitres marque une étape de l'évolution. Les protozoaires, c'est la vie d'une cellule libre. Avec les éponges et les cœlentérés, les cellules s'associent et se diversifient. Les échinodermes nous apportent la réalisation des tissus et des organes. Aux vers annelés nous sommes redevables de la symétrie bilatérale et de la segmentation qu'ils ont inaugurées sur la Terre il y a des centaines de millions d'années. Viennent ensuite les poissons, les batraciens, les reptiles, les marsupiaux, les insectivores, les lémuriens, les singes… Autant d'étapes par lesquelles l'animalité a continué son ascension jusqu'à nous. » L'ouvrage accorde une large place aux mœurs des animaux, à leur élevage, à leur pêche et à leur chasse. À ce propos, Bertin déplore qu'« une partie de nos semblables continue à tuer des animaux absolument inoffensifs et qui plus est, auxiliaires avérés dé l'agriculture… Si l'homme n'y prend pas garde, le monde vivant s'amenuisera de plus en plus à son contact. »

En 1950 paraît les Anguilles, où Bertin présente la somme des connaissances acquises sur la vie de ces poissons, au comportement resté longtemps mystérieux. Il y évoque le « rassemblement nuptial de toutes les anguilles d'Europe dans la mer des Sargasses ». En 1954, Bertin publie l'un de ses livres les plus fascinants, les Poissons singuliers. Dans cet ouvrage, il explique les défenses propres à certaines espèces animales pour déjouer leurs prédateurs et présente des exemples de toutes les extravagances auxquelles la nature s'est livrée en élaborant les différentes formes du monde des poissons. Certains d'entre eux « se tapissent et changent de robe pour mieux passer inaperçus » ; d'autres, que l'auteur appelle « les borgias », utilisent le poison pour se débarrasser de leurs ennemis ; ainsi le pélor, « dont la tête hideuse est tout en creux, en saillies, en épines et dont les yeux sont comme encapsulés sous des orbites saillantes », ou la synancée « à la tête hirsute et au corps recouvert de mamelons, de verrues et de pustules ». Bertin compare la torpille, seul poisson électrique vivant sur les côtes d'Europe, à « un char d'assaut qui, au lieu de lancer des obus ou des flammes, émettrait des effluves susceptibles de paralyser les soldats ennemis » ; il montre l'analogie de l'organe électrique de ce poisson avec une pile voltaïque. Il étudie le vol plané des exocets, poissons pourvus d'amples nageoires qui leur servent d'ailes. Il parle, à propos des poissons qui respirent dans l'air, de la perche grimpeuse, ce curieux poisson des marécages de l'Inde, qui peut monter aux arbres en s'aidant alternativement de ses nageoires et de ses opercules. Les Poissons singuliers font aussi connaître les « porte-lanternes », qui attirent leurs futures victimes au moyen d'appâts lumineux ; les « troubadours », qui émettent des sons…

« Plongeons-nous avec délice dans l'observation de la nature », recommandait Bertin. Ses nombreux livres obéissent à cette injonction.