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Karl Ernst von Baer

Naturaliste russe d'origine allemande (Gut-Piep, Estonie, 1792-Dorpat 1876).

Considéré comme le père de l'embryologie moderne pour avoir découvert, notamment, l'œuf des mammifères, il est l'un des hommes de science les plus remarquables de son époque.

Longtemps, les connaissances sur les premières phases du développement des mammifères ont été assez vagues. Au Moyen Âge, où les considérations religieuses l'emportent sur les considérations scientifiques, on se préoccupe surtout de savoir quand naît la vie chez l'homme et à quel moment l'âme vient habiter le fœtus. Le médecin anglais William Harvey, au xviie siècle, est le premier à émettre l'idée que tout ce qui vit provient d'un œuf. Mais on ignore encore où se trouve l'œuf des mammifères. Karl von Baer montre que ce qui est jusqu'alors considéré comme l'œuf, chez les mammifères, est en fait son réceptacle, appelé follicule ovarien ou follicule De Graaf.

Karl von Baer appartient à une vieille famille prussienne implantée en Estonie depuis le milieu du xviie siècle. Fils d'un propriétaire terrien, il s'intéresse très jeune aux sciences de la nature. Il commence par s'initier à la médecine à la petite université de Dorpat, puis se rend à Würzburg, en Bavière, pour y approfondir ses connaissances. Il y étudie l'anatomie comparative et se livre à des recherches sur le développement des poulets. Devenu professeur d'anatomie à l'université de Königsberg en 1819, il entreprend de chercher à identifier la structure de l'œuf de la chienne. Il observe dans les trompes utérines – conduits qui s'étendent de l'utérus jusqu'aux ovaires – des corps très petits dont il recherche l'origine dans l'ovaire. Un jour, enfin, il repère un point jaune à l'intérieur du follicule ovarien. En l'examinant au microscope, il s'aperçoit qu'il est semblable aux corps de la trompe. Von Baer tient la preuve que, comme il l'écrit, « tout animal né de l'accouplement d'un mâle avec une femelle se développe d'un œuf et nullement d'une simple humeur plastique ». Il publie la description de cet œuf en 1827.

Après cette première victoire, il poursuit ses travaux sur le développement embryonnaire des vertébrés – embranchement comprenant aussi bien les poissons que les oiseaux, les reptiles ou les mammifères – et énonce la théorie des feuillets germinatifs, ou feuillets du blastoderme : les quatre « couches » ou « feuillets » de cellules qui se forment dans l'œuf des vertébrés donnent naissance à une série d'organes (les deux couches du milieu seront, plus tard, reconnues comme n'en faisant qu'une). Karl von Baer découvre aussi la corde dorsale, cordon cellulaire des vertébrés primitifs et première ébauche de la colonne vertébrale chez l'embryon.

Ses recherches sur les différentes étapes du développement de l'embryon le conduisent à formuler, en 1828, une série de lois relatives à ce développement : les caractères généraux apparaissent avant les caractères particuliers (ainsi, un oiseau est d'abord un vertébré) ; les structures les moins générales naissent des plus générales (un appareil aussi compliqué que l'intestin n'est d'abord qu'un simple feuillet) ; au cours du développement, les animaux d'une certaine espèce s'écartent de plus en plus de ceux des autres espèces.

Il insiste sur les ressemblances embryonnaires entre les vertébrés : « Je possède, conservés dans l'alcool, deux petits embryons dont j'ai omis d'inscrire le nom ; il me serait tout à fait impossible de dire à quelle classe ils appartiennent. Ce pourrait être des lézards, de petits oiseaux ou de très jeunes mammifères, tellement la similitude du mode de formation de la tête et du tronc est grande chez ces animaux… tout dérive de la même forme fondamentale. »

Ces découvertes capitales dans le domaine de l'embryologie sont, pour l'essentiel, résumées dans Histoire du développement des animaux, dont la première partie paraît en 1828 et la seconde en 1837. À cette date, von Baer n'est plus à Königsberg. Pour se rapprocher de sa terre natale, l'Estonie, il a accepté en 1834 une chaire à Saint-Pétersbourg où, pendant plus de trente ans, il enseigne successivement la zoologie, l'anatomie comparée et la physiologie. Parallèlement, il voyage.

En 1837, il conduit une expédition dans les régions arctiques (Laponie, Nouvelle-Zemble) et il est le premier naturaliste à ramener des spécimens de la faune et de la flore de ces régions. Entre 1851 et 1856, il inspecte les pêcheries de l'Empire russe et suggère des améliorations destinées à augmenter la productivité.

Il s'intéresse aussi aux insectes et devient le premier président de la Société entomologique russe. Il contribue également à la fondation de la Société géographique, se passionne pour l'ethnologie et l'anthropologie, s'adonne occasionnellement à l'archéologie et à la géologie. Plus de trois cents publications dans les domaines les plus divers témoignent de l'étendue de ses connaissances et de son ouverture d'esprit.