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Ali Ahmad Said Esber, dit Adunis ou Ali Ahmad Said Esber, dit Adonis

Écrivain d'origine syrienne, naturalisé libanais (Qasabin, près de Lattaquié, 1930).

Un poète autodidacte

Né dans la montagne syrienne, près de Lattaquié, Ali Ahmad Said Isbir est initié par son père, un paysan lettré, à la culture arabe, à la poésie et au Coran. Enfant précoce, il est remarqué alors qu’il n’a que 12 ans par le président syrien lorsqu’il déclame un poème en son honneur. Ce dernier lui offre une bourse pour suivre ses études au lycée français et c’est à 17 ans que le jeune homme publie ses premiers poèmes dans une revue locale, sous le nom d’Adonis.

Ce pseudonyme, symbole du renouveau végétal, il le choisit en référence, volontiers sacrilège pour sa tradition, au dieu grec d’origine phénicienne, fils de Theias, un roi Syrien, et amant d’Aphrodite et de Perséphone.

Le père de la modernité arabe

Adonis entre alors à l’université de Damas où il obtient en 1954 une licence de philosophie. Poursuivi pour ses idées politiques (membre du Parti nationaliste syrien, il fait un séjour en prison en 1955), il s’installe à Beyrouth au Liban en 1956 où il cofonde et co-anime avec le poète Youssouf al-Khal la revue Chi'r (« Poésie », 1957-1963), à travers laquelle il entend émanciper la poésie et la langue arabes notamment en les confrontant aux influences occidentales. Il publie alors ses premiers recueils (La terre a dit, 1954 ; Feuilles dans le vent, 1958).

En 1962, il choisit la nationalité libanaise et s’intéresse à la mouvance du panarabisme. Menant de front sa carrière littéraire et son militantisme, sans toutefois devenir un poète engagé, il fonde en 1968 la revue Mawâqif (« Positions »), lieu de toutes les expériences et de toutes les rencontres poétiques (il publie notamment des traductions de poètes français en arabe et de poètes arabes en français). La revue est rapidement interdite de parution dans le monde arabe. Adonis par sa liberté d’expression et de ton a d’ailleurs toujours été depuis confronté à la censure.

Considéré comme le père de la modernité poétique arabe, il est l’auteur de recueils tels le révolutionnaire et fondateur Chants de Mihyar le Damascène (1961, traduit en français en 1983, date du début de sa reconnaissance en Occident), le Livre de la migration (1965), le Théâtre et les Miroirs (1968), Tombeau pour New York (1971), le Temps des villes (1975), les Résonances les Origines (1976) et Célébrations (1988). Théoricien, il travaille également inlassablement sur le langage poétique arabe (l’Immuable et le Mouvant, 1974-1987 ; Introduction à la poétique arabe, 1971). Fuyant la guerre au Liban au début des années 1980, il s’installe à Paris où il vit depuis 1985. Adonis est également traducteur et artiste.

« Créer est un acte révolutionnaire »

S’affranchissant des règles poétiques classiques, alliant prose et vers libres, ce poète avant-gardiste, symbole du renouveau littéraire arabe, n’a eu de cesse de mettre à mal le langage poétique classique en explorant la langue et en cherchant l’essence poétique au cœur de celle-ci à travers des thèmes tantôt métaphysiques, tantôt prophétiques, tantôt mythiques, tantôt réels. Adonis dénonce par ailleurs, notamment dans ses essais, les injustices, les intolérances et les pressions religieuses et intellectuelles dont est victime le monde arabe (la Prière et l'Épée : essai sur la culture arabe, 1983), mais aussi plus généralement le fanatisme.

Selon Adonis, « la poésie est anti-idéologique, elle ne peut servir une cause en dehors de sa cause, la poésie. Pour un poète, être révolutionnaire, c’est être révolutionnaire dans son art. Le poème n’est jamais une louange, il n’est pas un moyen, il n’est pas une fin en soi. Je ne fais pas de la poésie pour la poésie, je fais de la poésie pour la vie. Je ne défends pas la cause des peuples, je défends l’Homme. Créer est un acte révolutionnaire, il est humain » (revue l’Œil de Bœuf, n° 8, 1995).