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Abdolonyme ou Abdalonyme

Roi de Sidon (ive s.).

Descendant des rois de Sidon, il avait été réduit par la nécessité à se faire jardinier ; Alexandre le Grand le rétablit sur le trône (332 avant J.-C.).

« Ceux-ci [les grands de Sidon qui viennent de refuser la couronne offerte par Alexandre] voyant qu'un grand nombre de leurs concitoyens embrassaient cette haute espérance, et dans l'excès de leur ambition, courtisaient chacun des favoris d'Alexandre, déclarèrent que le plus digne de cet honneur était, suivant eux, un certain Abdalonyme, qui tenait par une longue suite d'aïeux au sang royal, mais était réduit, par indigence, à cultiver, pour un modique salaire, un jardin hors de la ville. La pauvreté, chez lui, comme chez beaucoup d'autres, était le fruit de la probité. Occupé de son travail de la journée, il n'avait point entendu le bruit des armes qui avait ébranlé toute l'Asie. Cependant, les jeunes gens, dont nous avons parlé, entrent tout à coup dans son jardin, avec les insignes de la royauté : il était occupé à le nettoyer, en sarclant les mauvaises herbes.

Alors, le saluant du nom de roi, l'un d'eux lui dit : "Ces vêtements que tu vois dans mes mains doivent remplacer les haillons qui te couvrent. Purifie par le bain ton corps qu'ont sali de longues sueurs ; prends les sentiments d'un roi, et, dans cette fortune dont tu es digne, porte la modération de ton âme. Quand tu seras assis sur le trône, arbitre de la vie et de la mort de tous les citoyens, garde-toi d'oublier l'état dans lequel tu reçois aujourd'hui la royauté, et qui te vaut même l'honneur de la recevoir." Il semblait à Abdalonyme que ce fût un songe ; de temps en temps il leur demandait s'ils étaient bien dans leur bon sens, pour venir lui faire une si méchante raillerie.

Mais lorsque, malgré sa résistance, on l'eut mis au bain et nettoyé, qu'on lui eut jeté sur les épaules un manteau enrichi de pourpre et d'or, et qu'on l'eut persuadé à force de serments, se croyant alors sérieusement roi, il se laissa conduire par eux au palais. Le bruit, comme c'est l'ordinaire, en courut promptement par toute la ville : un empressement favorable éclatait chez les uns, l'indignation chez les autres ; il n'était pas un riche qui, auprès des amis d'Alexandre, ne fît un crime au nouveau roi de son humble condition et de sa pauvreté.

Alexandre ordonna aussitôt qu'on le fît venir en sa présence et, après l'avoir longtemps considéré : "Ton extérieur, lui dit-il, ne dément pas ce qu'on dit de ta naissance ; mais j'aimerais savoir si tu as supporté bien patiemment ton indigence." "Plaise aux dieux, répondit-il, que je puisse du même esprit supporter la royauté ! Mes bras suffisaient à mes besoins : je n'avais rien, et rien ne me manquait." Ces paroles lui firent concevoir une haute idée du caractère d'Abdalonyme ; c'est pourquoi il lui fit donner, outre le mobilier royal de Straton, la plus grande partie du butin pris sur les Perses ; il ajouta même à ses États tout le pays voisin de Sidon. » (Quinte-Curce, Histoires, IV, 1, 19-26). Voir aussi Justin, Hist. univ., XI, 10.

Abdolonyme, tragédie de Fontenelle (1751)