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valeur

Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire de la peinture ».

La valeur d'un ton désigne son degré d'intensité par rapport à la lumière ou à l'ombre. En peinture, on peut obtenir une même valeur à partir de tous les tons. Pour chaque ton, il existe une échelle de valeurs que l'on utilise dans les dégradés, allant du sombre au clair. Les valeurs ont été réparties sur la surface des tableaux soit pour suggérer le volume des objets (voir DÉGRADÉ et MODELÉ), soit pour donner l'illusion de la profondeur de l'espace.

Dans le premier cas, les lumières ont été exprimées par l'éclaircissement de la couleur, et les ombres par son assombrissement. Les valeurs du modelé intérieur des figures — presque inexistant avant le xve s. — se sont amplifiées progressivement du xve au xviie s. jusqu'à se transformer en nappe d'ombre et de lumière et à supprimer les lignes des contours délimitant les plans et les formes (Caravage et les " tenebrosi "). En marge du clair-obscur traditionnel, la répartition des grandes masses claires et sombres a été réalisée au xixe s. (Impressionnisme) et au xxe s. (par les cubistes et par Matisse) à partir de teintes de différentes intensités (ombres bleues).

Dans le second cas, c'est-à-dire pour rendre compte de la profondeur de l'espace sur le plan d'un tableau, les peintres ont eu recours, à partir du xve s., notamment Léonard de Vinci, à une certaine dégradation de la lumière et de la couleur résultant de la position des objets vus dans l'espace : à mesure que les objets représentés sont plus éloignés, leur clarté diminue et leur couleur se dégrade dans le bleu. Cette diminution en valeur et en intensité colorée, qui varie selon les distances, la couche d'air interposée et la position de la source lumineuse, relève de la perspective aérienne. Pour suggérer la profondeur, les peintres ont également superposé dans le plan de leurs tableaux, dès le xve s., des " écrans ", ou bandes de formes irrégulières, alternativement sombres et claires (paysages de Patinir), les transitions, les zones de fusion entre ces différentes bandes s'opérant au moyen de valeurs presque identiques (voir PASSAGE).

Selon les époques, la distribution des valeurs est différente : " Dans un tableau, l'ombre et la lumière ensemble ne doivent pas excéder le tiers de la surface, les deux tiers étant occupés par des demi-teintes ", conseille Rubens (De coloribus). Techniquement, les procédés ont également changé : les peintres flamands du xve s. ébauchaient leurs tableaux à la détrempe ou " a tempera " en grisaille dégradée et laissaient transparaître les fonds blancs (voir PRÉPARATION) à travers une mince pellicule colorée (glacis successifs) aux endroits où devaient se trouver les lumières. Ils empâtaient au contraire les zones sombres pour dissimuler la préparation. Chaque teinte était préparée à l'avance, méthode que suivra encore Rubens. Cennino Cennini décrit ainsi dans son traité la pratique en usage en Italie à la fin du Moyen Âge : " Prends trois vases, mets dans l'un, supposons, du rouge pur, pour les deux autres, une des couleurs sera plus claire et la troisième, pour les demi-tons, sera faite en prenant du premier vase et de ce second clair. Prends maintenant le premier, c'est-à-dire le plus obscur avec un pinceau un peu gros et peu pointu, suis les plis de ta figure dans les lieux les plus obscurs et ne dépasse jamais le milieu de la grosseur de cette figure ; ensuite prends la couleur du milieu, couvre tes plis en partant du ton obscur. Alors, prends la couleur la plus claire et couvre le côté de la lumière, en conservant toujours le nu sans coloris ; puis, avec un autre vase de blanc pur termine avec soin les reliefs les plus saillants. "

À la fin du xvie s., les préparations blanches étant le plus souvent recouvertes d'une couche isolante d'impression colorée (" imprimatura ") en brun ou en rouge, les valeurs claires furent établies à l'aide d'empâtements de blanc, disséminés çà et là (Tintoret, Titien), et les valeurs sombres furent, inversement, exécutées en glacis sur les préparations brunes. La pellicule colorée dans les tons sombres diminua ainsi d'épaisseur. Ce procédé fut utilisé jusqu'au xixe s., avec quelques variantes (valeurs sombres exécutées à l'aide de jus bitumineux à l'époque romantique), et fut abandonné au xxe s. Corot travaillait encore de la sorte.