En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêts, réaliser des statistiques ainsi qu’interagir avec des réseaux sociaux.

Pour en savoir plus et paramétrer les cookies

Identifiez-vous ou Créez un compte

les préraphaélites

Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire de la peinture ».

" Association préraphaélite " (The Preraphaelite Brotherhood) est le nom choisi en 1848 par de jeunes étudiants de l'école de la Royal Academy pour désigner le groupe qu'ils avaient formé, en opposition aux tendances contemporaines. Holman Hunt, Millais et D. G. Rossetti en furent les membres les plus représentatifs ; parmi les 4 autres adhérents, Stephens et Collinson furent des peintres d'importance secondaire ; le sculpteur Woolner émigra en Australie, et W. M. Rossetti n'eut de rapport avec l'art que par son activité de critique. Les buts de cette association, tels que Hunt les définit plus tard, étaient l'ingénuité de l'expression, l'étude directe sur nature sans tenir compte des règles académiques concernant la lumière, la composition et la traduction des événements tels qu'ils durent se produire et non suivant un schéma théorique. Au point de vue du style, les préraphaélites cherchaient à créer des œuvres d'un réalisme minutieux et hautes en couleur, et étaient attentifs à rendre les aspects de la nature servant de cadre à des sujets d'un moralisme édifiant. La littérature les inspira, en particulier Keats, alors peu connu, et ces artistes voyaient dans leurs illustrations de sujets poétiques, religieux ou sociaux un moyen de s'opposer à la frivolité d'une grande partie de l'art contemporain, notamment les " singeries " de Landseer. Ce renouveau n'était pas sans précédent et on en retrouve ailleurs bien des aspects. À Rome, les Nazaréens allemands avaient formé une association qui, comme celle des préraphaélites, se proposait une réforme de l'art et dont le principe, l'imitation de la simplicité des peintres italiens du xve s., était bien connu en Angleterre, où il avait des adeptes comme le peintre Dyce. Le terme même de " préraphaélites " témoigne d'un but semblable, mais, si les préraphaélites admiraient la liberté prise par les " primitifs " vis-à-vis des règles académiques, ils ne souhaitaient cependant pas les imiter totalement, par esprit de fidélité à la représentation naturaliste. Cet aspect de leur art — leur abstention critique, qu'ils poussaient jusqu'à " ne rien choisir et ne rien écarter " — se retrouve également chez certains artistes anglais comme J. F. Lewis et Mulready, alors que leurs préoccupations sociales, illustrées par des œuvres comme le Travail de Madox Brown (1852-1865, Manchester, City Art Gal.), offrent quelque parenté, bien que fort différemment exprimées, avec celles des peintres réalistes français comme Courbet. De 1840 à 1850, alors que les futurs préraphaélites étaient de simples étudiants, les projets de décoration pour les nouveaux bâtiments du Parlement avaient révélé les limites des artistes anglais en matière de décor monumental, et l'attention s'était alors portée sur l'art continental, en particulier sur celui de l'Allemagne. L'effort accompli par les artistes anglais pour " germaniser " leur art servit certainement de stimulant aux 7 jeunes artistes qui devaient former leur association en 1848, mais l'absence de toute spontanéité devait nuire au style. Rossetti, qui n'eut jamais vis-à-vis du Préraphaélisme l'attitude doctrinaire adoptée par Hunt et Millais, fut davantage attiré par l'art allemand et travailla quelque temps avec Madox Brown ; ce dernier était alors sous l'influence des Nazaréens et des peintres munichois, ce qui ne l'empêcha pas, par la suite, d'être en relations étroites avec les préraphaélites. Si les premières œuvres préraphaélites exposées — l'Enfance de la Vierge (1849, Londres, Tate Gal.) de Rossetti, Rienzi (1849, coll. part.) de Hunt et Laurent et Isabelle (1849, Liverpool, Walker Art Gal.) de Millais — furent accueillies avec intérêt, il fallut attendre l'année suivante pour qu'apparaisse pleinement le sens des initiales P. R. B. et que leur volonté antiacadémique soulève de violentes attaques (Rossetti, Ecce ancilla Domini, Londres, Tate Gal. ; Hunt, Prêtre chrétien échappant aux druides, Oxford, Ashmolean Museum). La réaction de Dickens dans Household Words devant le Christ dans la maison de ses parents (1850, Londres, Tate Gal.) de Millais (où, selon les principes chers au Préraphaélisme, l'artiste a poussé le souci de réalisme au point de prendre un charpentier pour modèle de saint Joseph), qui lui fit crier au sacrilège, fut typique de la réaction populaire, ce qui jeta vivement le trouble dans l'association. Rossetti, frappé par ce discrédit, cessa d'exposer pendant plusieurs années et se consacra temporairement à l'aquarelle. Mais, en 1851, Ruskin (déjà célèbre depuis les premiers volumes des Peintres modernes) prit la défense du mouvement, et la faveur publique tourna à son avantage. C'est l'année où Hunt exposa Valentin sauve Sylvia de Prôteus (Birmingham, City Museum), et Millais le Retour de la colombe à l'arche (Oxford, Ashmolean Museum) ; 1852 fut la dernière année d'exposition commune avant la dispersion du groupe (Hunt, le Berger de louage, Manchester, City Art Gal. ; Millais, Ophelia, Londres, Tate Gal.). Vers 1850-1860, le Préraphaélisme recruta un nombre considérable de disciples parmi les artistes secondaires, comme Arthur Hughes, Walter Deverell, Martineau, Brett et Windus, attirés par son réalisme poétique. Parallèlement, les fondateurs évoluaient différemment. Rossetti, qui avait abandonné le groupe en 1850, cultivait un mysticisme médiéval qui attira par la suite Morris et Burne-Jones, avec lesquels il forma un Néo-Préraphaélisme qui avait peu de rapport avec le mouvement originel. Millais, le plus doué du groupe, sacrifia son talent pour devenir un artiste hautement populaire et un éventuel candidat à la Royal Academy. Seul Hunt demeurera fidèle à la quête de cette vérité littérale, en renonçant à la beauté conventionnelle. Vers 1860, il était déjà isolé, bien que les effets du Préraphaélisme fussent toujours sensibles dans l'œuvre d'artistes comme Dyce et que des peintres de genre, comme Egg et Frith, forts de l'expérience audacieuse du mouvement, en aient profité pour aborder de façon plus directe les sujets sociaux. Paradoxalement, ce fut l'œuvre de Rossetti et de ses associés qui, aux yeux du public, représenta le Préraphaélisme et qui resta source d'inspiration jusqu'à Beardsley, vers 1890. Aujourd'hui encore, c'est cet aspect qui est le plus souvent évoqué à propos du Préraphaélisme, plutôt que les buts de l'association de 1848.