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lithographie

Saint Jean-Marie Vianney
Saint Jean-Marie Vianney

Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire de la peinture ».

Procédé de reproduction à plat, sur pierre, fondé sur l'antagonisme entre l'eau et les corps gras. La pierre lithographique est un calcaire fin, assez dur et homogène, dont les gisements sont en Bavière et qu'on taille en lames d'épaisseur variable. La pierre est polie et, si l'on y trace des marques grasses et qu'on la mouille, l'eau n'adhère pas à ces marques. Si l'on passe alors un rouleau encré, l'inverse se produit : l'encre, qui est grasse, adhère aux marques grasses et non aux parties mouillées de la pierre. Enfin, une feuille pressée contre la pierre reçoit l'encre posée sur les marques. Pour améliorer le procédé, on fait " mordre " la pierre par une solution de gomme arabique qui est légèrement acide, ce qui augmente l'adhérence de l'eau sur la pierre. Les lithographes se servent d'un corps gras mêlé à un pigment (en général le noir de fumée), ce qui leur permet de constater l'effet produit pendant le travail. Ce corps gras est soit un crayon lithographique, soit une encre qui s'applique au pinceau ou à la plume et peut se délayer en un lavis lithographique. L'artiste, s'il le désire, gratte les parties grasses et obtient ainsi un trait blanc sur noir.

La lithographie fut inventée par le Bohémien Aloys Senefelder en 1798 ou 1799 (plutôt qu'en 1796, date de ses premiers essais, et non de la découverte du principe). Le terme apparut vers 1803 en France, d'où il essaima. Senefelder publia en 1818 un manuel, Vollständiges Lehrbuch der Steindruckerei, où il prévoyait toutes sortes d'innovations : remplacement de la pierre par d'autres supports, transfert lithographique, chromolithographie. Les premiers essais de lithographie artistique remontent à 1800 : Philipp André, qui s'installe à Londres à cette date, envoie des pierres à tous les artistes importants avec des instructions. Une lithographie de Benjamin West est datée de 1801 ; en 1803, André publie les Specimens of Polyautography ; des Lithographische Kunstprodukte paraissent à Munich en 1805. La France ne s'ouvrit que plus tard à la nouvelle technique : les premiers essais échouèrent, et ce n'est qu'en 1816, quand Engelmann et Lasteyrie ouvrirent leurs ateliers à Paris après avoir étudié celle-ci à Munich, que la lithographie se développa. Elle prend alors en quelques années un grand essor, et, dès 1820, les chefs-d'œuvre se multiplient. Le baron Taylor l'adopte pour l'illustration de ses fameux Voyages pittoresques (en collab. avec Nodier), qui commencent à paraître en 1820. Les imprimeurs lithographes deviennent nombreux. Beaucoup d'artistes s'essaient à la pierre, et certains en font leur profession, comme Charlet, qui jouit d'une grande popularité. Goya, en quelques pierres, explore audacieusement les possibilités de cette technique dans les Taureaux de Bordeaux (1825), où il déploie tout le génie de ses dernières années. La génération de 1830, Delacroix en tête, est tout acquise à la lithographie, dont la floraison est stupéfiante. Grâce à cette dernière, la caricature prend un essor inattendu avec Decamps, Grandville, Gavarni ; Daumier en fait l'une des expressions majeures du siècle.

La lithographie est moins en faveur vers le milieu du xixe s., malgré les œuvres maîtresses de Manet, Redon et Whistler. Vers 1890, elle connaît un renouveau avec l'exploitation de l'impression en couleurs. La chromolithographie, en faveur dans la première partie du siècle, n'avait jusque-là donné que des produits vulgaires ; d'où le sens péjoratif donné au terme chromo. C'est d'abord dans le domaine de l'affiche que le procédé est régénéré (surtout par Jules Chéret et Mucha), puis dans celui de l'illustration du livre (Walter Crane : Flora's Feast, 1889). La lithographie en couleurs est alors pratiquée avec succès par Lautrec et les Nabis (Bonnard, Vuillard, Denis, Roussel). Si, depuis 1900, la lithographie, en noir aussi bien qu'en couleurs, a constamment servi l'art, elle n'a pas suscité de développements nouveaux. On notera seulement que le rôle prépondérant souvent joué par l'imprimeur lithographe dans la division des couleurs et la préparation des pierres a éveillé quelque inquiétude dans le marché de l'estampe. L'amateur d'art ne s'en soucierait pas si ces procédés n'impliquaient pas souvent la production d'œuvres mortes, simples reflets d'un original.