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illustration

Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire de la peinture ».

Image liée à un texte, l'illustration tient sa place dans le livre, comme la miniature dans le manuscrit. De même que le texte imprimé sur papier permet la transmission des idées nouvelles, de même l'image sert à la diffusion des styles nouveaux. L'illustration joue donc un double rôle, documentaire et esthétique, d'autant plus que chaque siècle a vu paraître quelques livres essentiels auxquels ont collaboré les artistes contemporains les plus représentatifs.

Techniques

Bois

La gravure sur bois de fil (c'est-à-dire sur une planche taillée dans le sens des fibres du bois) a été la première employée. C'est la formule la plus typographique : l'épaisseur de la planche gravée, qui est la même que celle des caractères d'imprimerie, permet d'encrer et de tirer d'un même coup de presse l'image et le texte : d'où une parfaite homogénéité. Mais la gravure sur bois de fil manque de souplesse dans l'interprétation du modèle. De 1550 à la fin du xviiie s., on ne l'emploiera plus que pour les petits décors typographiques. L'invention, par l'Anglais Bewick, de la technique du bois debout (taillé perpendiculairement aux fibres), qui permettait une extrême finesse, relance l'illustration sur bois au xixe s., jusqu'à ce que les excès de virtuosité des graveurs entraînent par réaction le retour du bois de fil (Nabis, fauves).

Taille-douce

La gravure en creux sur métal compliquait les opérations de tirage. Il fallait deux passages sous la presse, un pour le texte, l'autre pour l'image, ce qui introduisit la mode des illustrations en pleine page, en hors texte. On emploie la taille-douce à partir du xvie s., époque où l'on veut des images documentaires précises, des portraits réalistes, des cartes géographiques ; cette technique a été employée sans interruption jusqu'à nos jours, le burin et l'eau-forte pouvant être utiliés purs, ou, plus souvent, en complément l'un de l'autre. Une variante née en Angleterre, la gravure sur acier, connut un grand succès à l'époque romantique.

Lithographie

Le dessin sur pierre lithographique, né en 1798, présente, comme la taille-douce, l'inconvénient de ne pas être une technique " typographique " ; d'où son emploi fréquent en hors texte. La lithographie est la technique préférée des peintres à cause de sa simplicité, et c'est de lithographies que seront illustrés quelques-uns des livres les plus notables du xxe s.

L'illustration en Europe

Le xve siècle : les livres xylographiques (block-books)

Ils constituent le premier stade du livre illustré. De même style que les gravures de piété sur feuilles volantes répandues depuis la seconde moitié du xive s., ce sont des recueils d'images accompagnées d'un texte manuscrit ou gravé ; imprimés d'un seul côté de la page, comme des estampes, généralement tirés sur papier (quelquefois sur vélin), ils sont très largement répandus, peut-être par les monastères, et particulièrement nombreux dans les Pays-Bas et les pays germaniques. Ars moriendi, Bible des pauvres, Apocalypse, Speculum humanae salvationis sont les plus connus de ces livres édifiants. L'image en constitue l'élément essentiel ; dessins linéaires destinés à être coloriés, ce sont des œuvres anonymes, où l'on a pu quelquefois déceler l'imitation de modèles plus raffinés, manuscrits ou tapisseries. On a même suggéré le nom de Rogier Van der Weyden pour les illustrations d'un Ars moriendi. Ces incunables xylographiques ne disparaissent pas avec la venue de l'imprimerie à caractères mobiles. Leurs rééditions se poursuivent presque jusqu'à la fin du siècle.

Le xve siècle : incunables typographiques

Pays germaniques

C'est à Bamberg, en 1461, que paraît le premier livre à texte imprimé en caractères mobiles et illustré, l'Edelstein de Boner, chez l'éditeur Pfister. Puis à Augsbourg paraissent chez G. Zainer des livres remarquables : Légende dorée (1471), Der Spiegel des Menschlichen Lebens (1477) ; à Ulm, chez J. Zeiner, des Fables d'Ésope, maintes fois reprises chez d'autres éditeurs.

En effet, à cette époque, l'imprimeur, propriétaire de la planche gravée, la louait ou la vendait à un confrère, même lointain. On emploie ainsi à Lyon des bois de Bâle et en Angleterre des bois hollandais. À Mayence, en 1486, paraît le Voyage en Terre sainte de Breydenbach, premier livre dont on connaît l'illustrateur, Reuwich. En 1493, sont publiées les fameuses Chroniques de Nuremberg, illustrées par Michael Wolgemut. Bâle est un centre important pour l'édition dès 1473. Dürer y travaille pour la Nef des fous de S. Brandt (1494). Auparavant, il avait participé à l'illustration du Liber cronicarun (Nuremberg, 1493) et à celle du Ritter von Turn (1493).

Pays-Bas

Les principaux centres d'édition sont Louvain, où les livres illustrés apparaissent en 1475, Bruges et Gouda, où est imprimé en 1486 le Chevalier délibéré, dont les images pittoresques influenceront certains maîtres hollandais.

Italie

On y reste longtemps attaché à l'ornementation enluminée, même jointe à un texte imprimé. Les Allemands y jouent un grand rôle dans l'implantation de l'imprimerie, et c'est à l'un deux, Ulrich Hahn, qu'on attribue les figures du premier livre illustré qui y paraît en 1467 : Meditationes de Torrecremata (Torquemada), mais ces figures s'inspirent de fresques romaines. Le premier livre illustré par un Italien paraît à Vérone en 1472 : De re militari, très en avance par le style de ses images, attribuées à Matteo de Pasti. L'illustration italienne, beaucoup moins fouillée que celle des pays du Nord, se distingue rapidement par l'élégance de son style linéaire, qui s'adapte parfaitement aux nouveaux courants artistiques. Bientôt apparaissent les encadrements inspirés de l'antique : Fables d'Ésope (1487), Bible de Malermi, dont la deuxième édition (1493) présente des bordures dans le style de Mantegna. À cette époque, le livre italien a acquis son propre style, qui est raffiné et imprégné de l'esthétique humaniste. L'image y est en parfaite harmonie avec la typographie. Parmi les livres illustrés les plus fameux, on peut citer les Triomphes de Pétrarque, le Fasciculus medicinae de Ketham (2e éd., 1493) et surtout l'admirable Songe de Poliphile, publié à Venise chez Alde Manuce en 1499.

France

Les deux grands centres de l'imprimerie sont Lyon et Paris. C'est à Lyon, ville de cartiers, où sont installés de nombreux imprimeurs flamands et germaniques, que paraît en 1478 le premier livre illustré français le Mirouer de la Rédemption de l'humain lygnage, avec des planches bâloises. En 1483, l'éditeur Guillaume Le Roy commence à publier des livres illustrés par des Lyonnais. Le style est assez gauche, mais expressif et populaire. Un livre remarquable, cependant, fait exception, le Térence de Trechsel. On a pu suggérer le nom de Perréal comme illustrateur. À Lyon aussi, pour la première fois, on utilise des planches en taille-douce pour le Voyage en Terre sainte, copié sur l'édition de Mayence de 1486. À Paris, les plus anciennes illustrations connues sont celles du Missel de Jean du Pré (1481), qui publie en 1488 des Heures ornées de cuivres gravés en relief. Chez Guy Marchand en 1485 paraissent une célèbre Danse macabre, et en 1491 le Calendrier des bergers, dont les planches sont attribuées au dessinateur et graveur Jacques Le Rouge, qui est surtout fameux pour la Mer des Hystoires (1488), ornée d'illustrations en pleine page. Antoine Vérard, calligraphe et miniaturiste, joue le rôle d'éditeur d'art. Il publie près de 300 volumes ; il a surtout renouvelé la décoration des Livres d'heures, exportés et imités dans toute l'Europe, qui constituent la production la plus caractéristique de l'imprimerie parisienne.

Le xvie siècle

Dès le début du siècle, le livre avait atteint presque partout la perfection typographique, mais la décoration, présentait plus ou moins d'aisance. Une des caractéristiques de cette époque est la multiplication des traités théoriques, notamment dans le domaine des arts.

Pays germaniques

Les éditeurs avaient accumulé des fonds importants de bois gravés, qu'ils utilisaient jusqu'à l'usure, sans grand égard pour le texte. Les plus belles éditions sont celles des textes luthériens, même les simples pamphlets. Les plus grands peintres participent à leur illustration : Hans Cranach (Passional Christi und Antechristi, 1521 ; première édition de la Bible de Luther, 1534), Hans Sebald Beham (Biblische Historien, 1533). D'autre part, Baldung illustre Granatapfel (1510) et Burgkmair collabore au Theuerdank (1517). À Francfort travaillait Jost Amman, le plus prolifique des illustrateurs germaniques. À Bâle Holbein dessinait des bois immédiatement diffusés à l'étranger ; les figures de sa grande Bible paraissent la même année à Zurich et à Lyon. C'est aussi à Lyon que paraît sa fameuse Danse des morts (1538).

Pays-Bas

Si l'illustration s'y développe plus lentement et si les graveurs sur bois y sont moins habiles, quelques livres religieux, cependant, sont remarquables, comme la Bible parue en 1528, à laquelle a travaillé Lucas de Leyde. À la fin du siècle, Anvers devient pour cent ans un des grands centres européens de l'édition grâce à l'arrivée de Plantin, qui y apporte l'esprit de la Renaissance ; son principal illustrateur est Pieter Van der Borcht.

Angleterre

Le livre y doit beaucoup à l'influence des Pays-Bas et à celle de Holbein. Le premier livre important est le Vésale de 1545, avec des figures en taille-douce. Dans la seconde moitié du siècle, les meilleurs livres illustrés sortent des presses de John Day.

Italie

L'accroissement de la production fait naître vers 1520 de grands ateliers de gravure de reproduction ; d'où une certaine baisse de qualité. Le goût du petit format entraîne un nouveau style d'illustration, que Giolito, éditeur à Venise, contribue à répandre. Le portrait-frontispice apparaît, d'abord sur bois, puis en taille-douce. On pense que Titien a dessiné celui de l'Aretin, publié en 1537.

Les livres essentiels paraissent dans le domaine des sciences et des arts. En 1509, à Venise, est publié la Divina Proportione de Luca Paccioli, dont Léonard de Vinci aurait dessiné les figures et dont le fameux alphabet sera repris par Dürer, puis, en France, par Tory. En 1521, à Côme, paraît De architettura, libri X de Vitruve, prototype d'innombrables éditions. Il faut y ajouter les livres d'emblèmes, source inépuisable pour les artistes.

France

Le premier tiers du siècle est une période de transition, variant suivant les fonds des ateliers. Le grand théoricien de l'esthétique du livre est Geoffroy Tory, de Bourges, auteur du fameux Champfleury (1529). La page de titre commence à s'orner d'un encadrement architectural de plus en plus important. C'est dans les livres d'heures, qui, par leur énorme débit, obligeaient à renouveler les bois gravés, que se manifeste le plus rapidement l'évolution du style. Dès 1502, les Heures de Simon Vostre ont des décors à l'antique ; des Heures de la Vierge de 1524 s'ornent de scènes mythologiques. À ce courant italien se mêle une influence germanique. L'éditeur Wechsel exerce à la fois à Bâle et à Paris. À Lyon, on publie deux suites célèbres de Holbein : Images de l'Ancien Testament (1538) et les Simulacres et historiées faces de la Mort. Le milieu du siècle voit l'apogée du livre français avec le Songe de Poliphile (1546), inspiré de l'édition aldine et peut être dû en partie à Jean Goujon, qui a aussi collaboré à un Vitruve. Jean Cousin est l'auteur d'un Traité de perspective (1560) et d'un Livre de pourtraiture publié par son fils, qui influenceront des générations d'artistes. À Lyon, la taille-douce était employée pour une suite de portraits de rois (1546) dus à Corneille de Lyon et pour un livre admirable l'Apocalypse (1561), avec des planches de Jean Duvet. La fin du siècle voit se multiplier les livres techniques ou historiques illustrés souvent au burin, comme les Plus Excellents Bâtiments de France d'Androuet du Cerceau.

Le xviie siècle

L'esthétique baroque se manifeste dans le goût du grand format et des pages de titre ornées d'allégories pompeuses.

Pays germaniques

L'ornementation y est encore plus surchargée que dans les autres pays. La guerre de Trente Ans entraîne un déclin général ; cependant, on continue à publier des livres scientifiques.

Italie

Les livres de commémoration y sont remarquables, comme la Pompe funèbre pour la reine d'Espagne (1612), avec les premières figures de J. Callot. Le peintre Pietro Santo Bartoli illustre les livres d'archéologie, et Pietro Aquila grave d'après les tableaux célèbres. Les titres italiens sont particulièrement chargés d'allégories.

Pays-Bas

C'est la grande époque de l'édition : entreprises des Blaeu, des Janson à Amsterdam, des Elzevier à Leyde, des Plantin à Anvers. Leurs graveurs, maîtres de la taille-douce, sont spécialistes des livres de voyage. La Flandre aime la richesse de la présentation. Beaucoup de frontispices de Plantin-Moretus sont gravés par les Wierix d'après les modèles de Rubens.

Angleterre

L'influence hollandaise s'y fait encore sentir. S'y distingue un grand illustrateur, Francis Barlow (Ésope, 1666), souvent gravé par Wenzel Hollar.

France

Sous les règnes d'Henri IV et de Louis XIII, l'influence du Nord est considérable, la vogue de la taille-douce ayant contribué à la venue de graveurs des Pays-Bas : Thomas de Leu, qui grave d'après le peintre Caron, Crispin de Passe (le Maneige royal, 1625) ; Michel Lasne, influencé par Rubens à Anvers, grave à Paris les planches de l'Astrée d'après le peintre Rabel (1632). Abraham Bosse grave les planches des romans à la mode, comme la Pucelle de Chapelain d'après Vignon. Dans un style opposé, Callot illustre le Combat à la Barrière (1627), les Misères de la guerre (1634), et Lux claustri. En 1640, la fondation de l'Imprimerie royale entraîne la publication d'ouvrages du plus pur classicisme, comme les [OE]uvres de Virgile (1641), d'Horace (1642) ou la Bible (1642), livres illustrés par Nicolas Poussin. Vouet dessine aussi des frontispices. Dans un genre moins pompeux, le buriniste Chauveau fournit 3 000 illustrations pour les textes les plus divers.

Le xviiie siècle

À cette époque, la vignette en taille-douce est de plus en plus abondante et finit par avoir plus d'importance que le texte.

France

C'est une période de suprématie pour le livre français. Bernard Picart fait la transition avec le xviie s., mais le changement de style se manifeste vers 1720. En 1718 paraît Daphnis et Chloé, dont le Régent a gravé les planches d'après les tableaux de Claude Gillot, qui illustre aussi les Fables d'Houdar de La Motte. De Troy et Lemoine illustrent la Henriade (1728). Les plus célèbres de ces livres de peintres sont le Molière (1734), orné de 200 vignettes et planches d'après les dessins de Boucher, et les Fables de La Fontaine (1755-1759), avec 276 gravures de Ch. N. Cochim fils d'après des dessins d'Oudry.

La seconde moitié du siècle voit le triomphe des " graveurs en petit ", avec Eisen et Marillier. Cependant, Moreau le Jeune donne une remarquable illustration aux Œuvres de Rousseau, et Fragonard une suite de dessins fameux pour les Contes de La Fontaine (1795). Un grand nombre de livres d'archéologie et de voyages sont publiés, notamment le Voyage pittoresque de l'abbé de Saint-Non (1781-1786), avec des dessins d'Hubert Robert et de Fragonard. La fin du siècle voit le style antiquisant se répandre dans le livre avec les éditions de Didot : Virgile (1797) est illustré par David et ses élèves Gérard et Girodet. Les premiers frissons du Romantisme s'annoncent dans les illustrations de Prud'hon ([OE]uvres de Gentil-Bernard, 1797).

Angleterre

Le livre y est très influencé par les modes continentales. C'est le Français Gravelot qui fournit la plupart des vignettes. Cependant, Hogarth, plus connu pour ses estampes isolées, illustre aussi quelques ouvrages (Hudibras, 1726). La fin du siècle voit naître des nouveautés techniques (bois debout, gravure sur acier, illustration en couleurs) ; l'éditeur Boydell entreprend l'édition monumentale de Shakespeare, pour laquelle il a demandé aux peintres Reynolds, West, Füssli, Romney les tableaux qu'on reproduisait en manière noire pour les illustrations. William Blake, poète, visionnaire et graveur, réalise l'union du texte et de l'image dans ses eaux-fortes en relief (Songs of Innocence, 1789 ; The Gates of Paradise, 1793).

Allemagne

Le public bourgeois ne demande pas de livres somptueux et préfère les textes littéraires en petit format ou les almanachs. L'auteur de vignettes le plus prolifique est Daniel Chodowiecki (Hermann et Dorothée de Goethe, 1799).

Italie

Sa principale contribution à l'histoire du livre de cette époque se situe avant tout dans le domaine de la typographie avec les éditions de Bodoni à Parme.

Le xixe siècle

Les techniques se développent, passant de l'artisanat au machinisme, et la société évolue rapidement : deux raisons qui entraînent une prolifération de textes illustrés et une évolution des styles.

France

On peut distinguer trois étapes.

De 1800 à 1828, l'esthétique davidienne reste dominante. Didot continue ses publications de classiques (Daphnis et Chloé, illustré par Prud'hon, 1800). La vignette n'est plus guère employée que par A. Dessenne, mort en 1827, alors que le Romantisme va relancer ce type d'illustration.

Deux livres essentiels marquent l'année 1828 : les Chansons de Béranger, illustrées par Henri Monnier et Devéria, et le Faust, orné de lithographies, de Delacroix. Bonington et Isabey dessinent aussi des lithographies pour les Voyages pittoresques et romantiques dans l'ancienne France de Taylor et Nodier (1820-1845). Des nouveautés comme les grands tirages à bas prix d'œuvres littéraires, les débuts de la presse illustrée permettent à Célestin Nanteuil, à Raffet, à Charlet, à Grandville ou à Gavarni d'atteindre un vaste public. Daumier collabore régulièrement à la Caricature. En 1857 commence la carrière féconde de Gustave Doré avec son Rabelais.

De 1865 à la fin du siècle, un double courant se manifeste : l'invention des procédés photomécaniques entraîne la vulgarisation de l'image ; en réaction, les bibliophiles suscitent des éditions raffinées. L'éditeur Lemerre publie en 1869 les Sonnets et eaux-fortes avec des planches de Corot et de Manet, car c'est aux peintres que l'illustration doit son renouveau. Manet illustre aussi d'eaux-fortes le Fleuve de C. Cros (1874) et de lithographies le Corbeau d'Edgar Poe (1875). En 1890, dans sa définition du néo-traditionnisme, Maurice Denis exprime ses théories sur le livre illustré idéal. En 1893, il les met en pratique en ornant de lithographies en couleurs le Voyage d'Urien de Gide. En 1896, l'éditeur Pelletan s'efforce, lui aussi, d'atteindre ce but avec l'aide de Grasset, de Steinlen et de Daniel Vierge. En 1898, l'éditeur Floury demande à son ami Toulouse-Lautrec d'illustrer Au pied du Sinaï de Clemenceau, puis les Histoires naturelles de J. Renard (1899).

Angleterre

Beaucoup de nouveautés techniques, avec l'emploi des procédés les plus variés : bois, acier, lithographie, chromolithographie. La presse illustrée naît en Angleterre avec la collaboration d'artistes connus, comme le peintre John Gilbert (Illustrated London News) et même Whistler (Once a Week). John Leech est dessinateur de Punch, fondé en 1850. Au début du siècle, William Blake reste le plus remarquable illustrateur, aussi bien sur acier (Jérusalem) que sur bois (Virgile de Thornton). C'est aussi l'époque des innombrables vignettes, comme celles de George Cruikshank puis de Ch. Keene. Mais dès 1846 paraît à Londres le premier ouvrage entièrement illustrée de photographies, The Pencil of Nature de H. Fox Talbot. L'influence préraphaélite se fait sentir dans le livre : Rossetti et Millais illustrent The Music Master (1855) et Tennyson (1857). Le meilleur livre de Millais, The Parables of our Lord, paraît en 1863. Des personnalités opposées marquent la fin du siècle. William Morris veut faire des livres en opposition au machinisme. Il lance le culte de " The book beautiful " et le mouvement des " presses privées " en 1891. Mais l'archaïsme voulu de ses illustrations, comme de celles de Burne-Jones, se démode vite. Au contraire, l'art " décadent " d'Aubrey Beardsley demeure, et ce grâce à l'élégance du dessin nerveux. Le renouveau stylitique se manifestent aussi dans les livres enfants, illustrés par W. Crane et K. Greenaway.

Allemagne

Le pays d'origine de la lithographie n'a su faire de celle-ci qu'un moyen commode pour imiter en fac-similé des manuscrits. Le fondateur de l'illustration moderne est le peintre d'histoire Menzel, qui fournit les bois des 30 volumes de la Vie et les œuvres de Frédéric le Grand (1843-1856) et des lithographies coloriées d'uniformes divers. Le principal journal illustré, les Fliegende Blätter, emploie les jeunes artistes de l'Académie de Munich. Le sculpteur Max Klinger illustre d'eaux-fortes Amour et Psyché (1880) et de lithographies Brahms Phantasie (1894).

États-Unis

Ils restent très proches de l'Angleterre. Ainsi le fameux ouvrage de J. J. Audubon The Birds of America (1827-1838) a été publié à Londres. C'est dans la presse que naît vraiment l'illustration américaine, notamment dans les revues publiées par les frères Harper. Aussi W. Hower a travaillé longtemps pour The Harper's Weekly. Le livre illustré se répand à partir de 1850. De nombreuses vignettes sur bois sont dues à H. Billings. Des ouvrages plus ambitieux paraissent plus tard, comme Omar Khayyam (1884), illustré dans le style visionnaire par E. Vedder, ou The Lady of Shalott de Tennyson (1888), avec des planches en couleur de H. Pyle ou F. Remington, The Song of Niawatha (1890) inspiré par l'Amérique des Indiens et des pionniers.

Le xxe siècle

France

Le mouvement de rénovation de l'illustration devient général. La presse, à côté d'images conventionnelles, insère des dessins d'artistes d'avant-garde. C'est notamment le cas de l'hebdomadaire l'Assiette au beurre (1901-1912). Le beau livre est avant tout un livre de peintre. Les sociétés de bibliophiles se multiplient, mais leur influence est moindre que celle de quelques éditeurs d'avant-garde. Ainsi, Vollard charge Bonnard de l'illustration de Parallèlement de Verlaine (1900), dont les lithographies couleur sanguine sont dessinées en marge, en contraste avec les mises en pages traditionnelles ; puis, en 1902, de l'illustration de Daphnis et Chloé. Il va s'adresser aussi à Maurice Denis pour les bois de l'Imitation de Jésus-Christ (1903). L'éditeur Romagnol demande à Desvallières l'illustration de Rolla de Musset (1906) et à Kupka celle des Érinnyes de Leconte de Lisle (1908). De 1909 à 1959, Kahnweiler publie 36 livres de peintres d'après des textes contemporains. C'est lui qui introduit le Cubisme dans le livre. On lui doit l'Enchanteur pourrissant d'Apollinaire, avec des bois de Derain (1909), et le Bestiaire du même poète, avec des bois de Dufy (1911) ; Kahnweiler fait appel à Picasso et à Derain pour Saint Matorel de Max Jacob (1911-12), et à Sonia Delaunay pour la Prose du Transsibérien de Cendrars (1913). Après la fin de la guerre, Vollard reprend ses publications, illustrées par Émile Bernard (Villon, 1918), Dufy (la Belle Enfant de Montfort, 1930), Rouault (le Cirque de l'étoile filante, 1938), Picasso (le Chef-d'œuvre inconnu de Balzac, 1931 ; Histoire naturelle de Buffon, 1940), Marcoussis (Alcools d'Apollinaire, 1934). Dunoyer de Segonzac illustre Colette et Dorgelès ; Maillol, Ovide et Virgile ; Matisse, Reverdy et Montherlant ; Derain, Muselli et Rabelais ; Juan Gris, Salacrou ; Vlaminck, Radiguet. Depuis 1945, Miró et Chagall ont participé à plusieurs éditions particulièrement remarquables.

Dans l'édition courante, depuis 1950, l'image et la couleur sont jugées nécessaires pour attirer le lecteur. Des " graphistes " comme Massin dessinent des couvertures attrayantes. Les procédés nouveaux permettent d'agrémenter de photographies en couleurs même les quotidiens. Les livres documentaires donnent une place prépondérante à l'image, dont le texte n'est qu'un commentaire.

En contrepartie dans le livre de bibliophile, le rapport entre texte et image est de plus en plus subtil, allusif. L'art abstrait s'accorde particulièrement avec les textes poétiques : Pierre écrite d'Y. Bonnefoy, avec des planches d'Ubac (1958), l'Air de G. Asse (1964), ou l'Ode à la neige de H. Pichette ornée d'estampilles de Hajdu (1967).

L'édition de livres à tirage limité illustrée de gravures d'artistes connaît un tel essor qu'entre 1967 et 1976, 700 livres furent publiés par une soixantaine d'éditeurs, parmi lesquels figurent Pierre-André Benoit, Iliazd, Lecuire, Maeght et Tériade. Toujours dans le cadre des éditions de luxe, sont apparus les " livrobjets " d'artistes (Erro, Krasno, Monory), plus tournés vers l'objet que vers la gravure. Depuis la fin des années 60 s'est développée une importante production de livres d'artistes, souvent liés à l'art conceptuel. Ce sont des textes et des reproductions photographiques soit isolés, soit associés, entièrement conçus par l'artiste, parfois à l'occasion d'une exposition. Contrairement aux éditions de luxe à tirage limité, ils se veulent bon marché.

Italie

Après un début de siècle traditionaliste se dessine une évolution due aussi aux peintres. À partir de 1945, Mardersteig joue le rôle d'un Vollard en Italie en s'adressant à Filippo De Pisis, à Luigi Castiglioni ou à Manzu pour ses illustrations. Parmi les autres artistes du livre citons Pietro Annigoni, Massimo Campigli, Carlo Carrá, De Chirico et Marino Marini.

Angleterre

Plus attachée, par tradition, aux recherches typographiques qu'à celles de l'illustration et n'ayant pas connu les mêmes mouvements que la France dans la peinture, l'Angleterre reste fidèle aux règles du livre du xixe s. William Nicholson continue à produire des bois et des lithographies en couleurs. Cependant, un renouveau se fait jour v. 1915, sous l'influence du peintre Paul Nash et du sculpteur Gill.

Allemagne

Sous l'influence du Jugendstil, le livre allemand sort de ses traditions et de l'influence anglaise. Trois peintres, Max Liebermann, Louis Corinth et surtout Max Slevogt, renouvellent le style de la lithographie pour les éditions de Cassirer à Berlin. À Dresde, le groupe " Die Brücke " apporte beaucoup à l'art graphique. À Munich, en 1913, paraît Klänge, avec des bois en couleurs de Kandinsky. Simplicissimus (1894-1944) est fameux pour l'audace de ses illustrations dues, entre autres, à W. Thöny, K. Arnold, O. Gulbransson Kollwitz, Steinlen, O. Kollwitz, Pascin. Un autre périodique, Der Sturm, fondé en 1910 fait appel à Kokoschka.

Autriche

À Vienne, Kokoschka illustre de lithographies de nombreux livres à partir de 1908 ; quand à Alfred Kubin, il est l'interprète idéal des textes fantastiques. Vers 1920, le retour de la gravure sur bois de fil se manifeste dans les vigoureuses images de Barlach. Le Bauhaus n'a pas formé d'illustrateurs, si l'on excepte Paul Klee et Kandinsky.

États-Unis

Des clubs de bibliophiles se créent comme, en 1929, The Limited Edition Club. Rockwell Kent écrit et illustre de bois vigoureux Wilderness (1920). À partir de 1930, l'arrivée d'artistes européens fuyant le nazisme, G. Grosz ou L. Bennelmans, par exemple, apportent un style nouveau J. Arp orne ses bois gravés Dreams and projects (1952). Le goût des amateurs contemporains va plutôt aux suites d'estampes qu'au livre illustré propement dit, tel que le conçoivent les Européens.