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anamorphose

Anamorphose
Anamorphose

Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire de la peinture ».

Phénomène optique se traduisant par une aberration de l'image quand, par exemple, les rapports hauteur-largeur ne coïncident plus avec la réalité apparente.

En peinture, en dessin ou en gravure, c'est une image déformée, étirée en hauteur, en largeur ou en profondeur, qui constitue une sorte de rébus optique ; le redressement de cette image peut s'effectuer, pour une lecture correcte, en la regardant d'un point de vue déterminé dans l'espace ou à l'aide d'un miroir cylindrique ou conique qui est placé perpendiculairement à elle. Jeu de l'esprit et prodige technique de mise en perspective, l'anamorphose, comme phénomène visuel, s'inspire en les inversant des phénomènes qui se produisent lorsqu'on se regarde dans un miroir convexe ou concave. Les anamorphoses planes découlent des recherches de la Renaissance sur la perspective : on s'aperçoit que l'image est déformée si le spectateur n'est pas en face du tableau ; on trouve déjà une perspective anamorphique dans le Codex Atlanticus de Léonard de Vinci.

Les artistes de la Renaissance, et principalement les " maniéristes " du xvie s., se sont passionnés pour ce nouveau genre artistique. La plus célèbre des anamorphoses demeure celle que Holbein introduisit au premier plan du tableau des Ambassadeurs (Londres, N. G.). Le maître de l'anamorphose, Erhard Schön, en gravera plusieurs, parmi celles-ci : Aus, du Alter !, anamorphose érotique, et Was siehst du ?, anamorphose scatologique. Il ne subsiste aucune trace des fresques ou peintures anamorphiques dont parle Lomazzo.

Les procédés d'anamorphose furent érigés en théories et enseignés dans des ouvrages fort savants comme la Pratica della Perspettiva de Daniele Barbaro (1559), qui parle de " perspettiva segreta ". Au xviie s., ce sont en France les ouvrages de Salomon de Caus (la Perspective, avec la raison des ombres et miroirs, 1614) et de François Nicéron, mathématicien réputé (la Perspective curieuse... ou Magie artificielle des effets merveilleux de l'optique, par la vision directe, la catoptrique, par la réflexion des miroirs plats, cylindriques et coniques, la dioptrique, par la réfraction des cristaux, 1638), qui systématisent l'anamorphose en perspective. Le père Emmanuel Maignan peint à Rome, dans le couvent attenant à l'église de la Trinità dei Monti, une énorme fresque anamorphique, la seule du genre demeurée intacte, Saint François de Paule en prière d'après Charles Mellin. En Allemagne, le père jésuite Athanase Kirchner cherche dans la " Magia anamorphica " des prolongements philosophiques. Les " cabinets d'optique ", en vogue dans les Pays-Bas du xviie s., où l'observateur, par un trou percé dans une boîte, peut examiner un intérieur recomposé selon la perspective anamorphotique, peuvent être considérés comme une variante de l'anamorphose.

Le type d'anamorphose par réflexion dans un miroir conique ou cylindrique trouve peut-être son origine dans les estampes chinoises apportées à la cour de Constantinople, et l'on dit que Simon Vouet avait introduit en Europe cette curiosité. Ce nouveau genre, plus inattendu et spectaculaire, où le sens de l'image paraît indéchiffrable, ne tarda pas à supplanter le type antérieur (exemples d'école italienne du xviie s. à Rome, G. N., Gal. Corsini, et au musée de Rouen).

Correspondant étroitement avec les bizarreries littéraires de cette époque, l'anamorphose s'inscrit dans un cadre culturel essentiellement tourné vers l'ésotérisme et l'ambiguïté. Jusqu'au xixe s., certains artistes s'intéresseront à ces jeux de perspectives déformantes et s'en serviront dans des caricatures pour dissimuler des scènes galantes ou obscènes, ou pour exprimer leur opposition politique. Jurgis Baltrusaĭtis a publié un livre sur la question, Anamorphose (Paris, 1955), et plus récemment Anamorphoses ou Thaumaturgus Opticus (1984) ; d'autre part une exposition a été consacrée aux anamorphoses en 1976, au musée des Arts décoratifs de Paris.