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Jacob de Wit

Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire de la peinture ».

Peintre néerlandais (Amsterdam 1695  – id. 1754).

Placé très jeune dans l'atelier d'Albert Van Spiers, un peintre d'Amsterdam assez réputé mais oublié aujourd'hui, Jacob de Wit fit ensuite, à partir de 1708 environ, un séjour décisif à Anvers auprès de son oncle Jacomo, qui était établi dans cette ville (les Wit étaient sans doute d'origine flamande). Marchand d'art, membre de la gilde de Saint-Luc et zélé collectionneur, Jacomo fit entrer, en 1709-10, son neveu dans l'atelier du peintre Jacob Van Hal, sans que Jacob de Wit néglige pour autant les leçons de l'Académie fondée par Téniers en 1663. À Anvers, Wit devait se familiariser avec la grande peinture flamande, notamment Rubens, dont il dessina opportunément en 1711-12 les plafonds de l'église des Jésuites, brûlée en 1718 (3 séries complètes sont conservées : à Anvers, au British Museum et au Courtauld Institute, coll. Seilern, à Londres ; Wit lui-même en grava 11, avant que la suite entière des 36 compositions ne soit reproduite d'après les dessins mêmes de Wit par le graveur Jan Punt et publiée en 1751). Jacob de Wit sut profiter de ce séjour en Flandres pour assimiler parfaitement le style rubénien. Maître de la gilde d'Anvers en 1713-14, il ne put se rendre à Rome comme il le désirait, et revint se fixer à Amsterdam v. 1715-16. Devenu citoyen de la ville en 1720, il s'y marie en 1724 et mène une vie active, efficacement soutenu par la forte communauté catholique, dont il est membre. En tant que premier peintre catholique en Hollande depuis la Réforme, il reçut de très nombreuses commissions. Très vite, il apparut comme l'indispensable successeur de Lairesse. Se partageant entre une peinture d'autel d'inspiration toute rubénienne et destinée aux églises catholiques (Pentecôte de 1722 à la cathédrale de Roermond ; Résurrection du Christ pour l'église Saint-Laurent d'Alkmaar, aujourd'hui conservée au musée épiscopal de Haarlem ; Annonciation proche de celle de Rubens à Vienne, datée de 1723 et appartenant à l'orphelinat royal d'Amsterdam ; et surtout le très important cycle de peintures religieuses réalisé à partir de 1716 dans l'église Moïse-et-Aaron d'Amsterdam) et la peinture de plafonds pour les demeures des riches particuliers d'Amsterdam, La Haye et toutes les grandes villes des Pays-Bas, Wit propagea infatigablement un agréable style décoratif à l'italienne (a-t-il vu, à La Haye, Pellegrini, actif au Mauritshuis en 1718 ?) typiquement " rococo " qui fait de l'artiste un véritable Tiepolo néerlandais. Son art a aussi des rapports indéniables avec celui de Vouet qu'il a dû connaître à travers les gravures de Dorigny. Ainsi Jacob de Wit apporte-t-il un éclat non négligeable et assez inattendu à la peinture néerlandaise du xviiie s., qui a plutôt tendance à se confiner dans l'exploitation des formules du siècle précédent. Il devient même le spécialiste des trompe-l'œil en grisaille imitant le bas-relief (un bel exemple daté de 1749 et représentant des Vestales se trouve au musée de Montauban) qui ornent les coins de plafonds et les hauts de portes ou de cheminées. Dans le répertoire décoratif de ces grisailles, le putto, charnu et charmant, apparaît, à l'instar de Boucher ou de Fragonard, comme le motif privilégié et caractéristique (Été, 1751, et Automne, 1752, au musée de Kassel ; Départ d'Adonis, Méléagre et Atalante, 1749, Huis ten Bosch à La Haye). Parmi les meilleurs plafonds encore existants de Jacob de Wit, dont les qualités marquantes sont toujours une élégante clarté dans la composition et une fluidité dans le jeu de la lumière et des couleurs, citons le Zéphyr et Flore de 1746 (Amsterdam, Herengracht n° 468), le plafond du ministère de la Marine à La Haye de 1719-20 (Lange Vijverberg 8), le Bacchus et Cérès de 1751 (Huis Boschbeek à Heemstede), le plafond remonté au B. V. B. de Rotterdam et daté de 1725 (esquisse au musée Jacquemart-André, Paris), l'Aurore de 1730 (Amsterdam, Herengracht n° 476 ; autre esquisse au musée Jacquemart-André). À Amsterdam même, on peut encore voir des plafonds peints par Wit à Keizersgracht, n° 401, à Herengracht, n°s 366, 440, 458, 475. Une des rares commandes officielles données à Wit fut son immense Moïse choisissant les 70 vieillards (1735-1737) de la salle du Conseil de l'hôtel de ville d'Amsterdam (l'actuel Palais royal sur le Dam), dont une esquisse est conservée au musée d'Amiens (une autre au Rijksmuseum). En tant que peintre d'histoire et de mythologie, et agréable conteur aux couleurs vives et légères, Wit est bien représenté au Rijksmuseum avec ses grands panneaux de l'Histoire de Jupiter (1727) et son Pâris et Oenone de 1737, prêté par F. Texeira de Mattos. Artiste fécond et facile, il a souvent collaboré avec d'autres artistes dans la réalisation de certains décors, notamment avec les paysagistes Jan Huysum et Isaac de Moucheron (voir au Toneelmuseum d'Amsterdam, Herengracht n° 168, une grande toile représentant le Tombeau de la fille de Jephté, 1734) et le sculpteur Jacob Xavery, qui vécut même chez lui. Signalons encore quelques portraits, surtout exécutés au pastel, qui confirment la profonde " italianité " de l'artiste en rappelant la manière d'une Rosalba Carriera (Autoportrait au Rijksmuseum, beau Christ en buste au Louvre). Et, tout autant que ses peintures, ce sont ses innombrables et très spirituels dessins, plus rubéniens encore que ses peintures, dessins préparatoires pour des décors, fréquemment rehaussés d'aquarelle, présents dans presque tous les bons cabinets de dessins (particulièrement à Bruxelles, dans le fonds Degrez, et à Amsterdam), qui assurent la durable célébrité de l'artiste, lequel a pu être confondu plus d'une fois avec Boucher ou Lemoyne. Parmi les principaux élèves et collaborateurs de l'artiste, citons Antonie Elliger et Louis Fabrice Du Bourgh. Sur le plan de la grisaille, Wit n'a pas laissé d'influencer l'Anversois Geeraerts (voir l'admirable et spectaculaire ensemble de ce dernier à la cathédrale de Cambrai) et, à travers lui, Sauvage, le grand spécialiste tournaisien du genre.