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Hendrik Terbrugghen ou Hendrik Ter Brugghen

Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire de la peinture ».

Peintre néerlandais (Deventer 1588 – Utrecht 1629).

Terbrugghen est, avec Baburen et Honthorst, l’un des maîtres du caravagisme nordique. Installé très jeune à Utrecht, il fut l’élève d’Abraham Bloemaert, mais il partit presque aussitôt pour l’Italie, où il resta de 1604 à 1614. Il séjourna principalement à Rome et entra en contact avec Caravage et ses émules, tel Orazio Gentileschi. Non seulement il emprunta à Caravage les caractéristiques de son style (éclairages artificiels, oppositions d’ombre et de lumière), mais il adopta aussi sa technique, en peignant directement sans dessin préparatoire. En 1615, il est de nouveau à Utrecht, où il est inscrit à la gilde de Saint-Luc en 1616-1617.

Nous ne possédons aucun tableau certain de sa période romaine. Les Pèlerins d’Emmaüs de Toledo (Museum of Art) et le Saint Pierre repentant d’Utrecht (Centraal Museum), signés et datés 1616, sont les œuvres de Terbrugghen les plus anciennes que nous connaissions, suivies en 1619 par l’Adoration des mages du Rijksmuseum. Ses autres œuvres datées s’étendent de 1620 à 1629. Il peignit à l’âge de trente-deux ans le Christ aux outrages (Copenhague, S. M. f. K.), importante par son mélange de caravagisme (oppositions de parties claires et d’ombres, types plébéiens, agressivité voulue, destinée à susciter l’émotion) et d’archaïsme délibéré (figures influencées par Lucas de Leyde, traitement crispé dérivé de Marinus Van Reymerswaele et proche de Woutersz Stap). Dès 1621, sa production se répartit entre les sujets religieux et les moments musicaux. De cette même année datent la Vocation de saint Matthieu (Utrecht, Centraal Museum ; autre version du thème légèrement antérieure au musée du Havre), qui présente une analogie plus que thématique avec le tableau de Caravage (Rome, Saint-Louis-des-Français), et les Quatre Évangélistes (1621, Deventer, hôtel de ville), dont la mise en page fait penser à Marinus Van Reymerswaele, mais où l’importance prise par la description des mains et des visages est typique de son caravagisme. La Décollation de saint Jean-Baptiste (Édimbourg, N. G.), dérivée d’une gravure de Dürer, est traitée avec un esprit déclamatoire qui lui est propre. Des œuvres comme David salué par les femmes (1623, Raleigh, North Carolina Museum), le Pauvre Lazare (1625, Utrecht, Centraal Museum), Saint Sébastien secouru par les Saintes Femmes, probablement l’un des plus émouvants tableaux du peintre (1625, Oberlin, Allen Memorial Art Museum), Jacob et Laban (1627, Londres, N. G. ; autre version, 1628 ?, Cologne, W. R. M.), David jouant de la harpe (1628, musée de Varsovie) montrent un caravagisme très individualisé, tandis que la Crucifixion (Metropolitan Museum), inspirée de Grünewald, est d’un archaïsme voulu et que l’Annonciation (1629, Diest, musée), dans son lyrisme, annonce le baroque.

Terbrugghen peignit quelques scènes populaires, presque picaresques : le Militaire endormi (Utrecht, Centraal Museum), les Joueurs de dés (1623, Minneapolis, Inst. of Art), mais ses sujets préférés furent les Moments musicaux (1621, musée de Kassel ; Vienne, K. M. ; musée de Bordeaux ; 1624, Oxford, Ashmolean Museum ; Londres, N. G. ; 1627, musée d’Augsbourg ; 1628, Louvre (le Duo) ; 1628, musée de Bâle ; 1629, Rome, G. N. Gal. Barberini), (le Duo) où il décrit des musiciens ou des musiciennes chantant seuls ou en duo, jouant de la flûte, du luth ou de la cornemuse. Ces tableaux, influencés par les scènes caravagesques de Gentileschi et surtout de Bartolomeo Manfredi, ou dérivés d’elles, révèlent un traitement personnel du thème, souvent présenté devant un fond clair ; les courbes y tiennent une place assez importante, surtout dans ces manches bouffantes et largement rayées de bleus et de blancs, aux couleurs d’une rare subtilité, qui, s’avançant vers le spectateur, créent une illusion de profondeur.

Terbrugghen est à la fois l’un des suiveurs les plus intelligents de Caravage et l’un des caravagesques les plus personnels. Il ne fit pas école, mais son œuvre, parallèle à celle de Dirck Van Baburen et de Gerrit Van Honthorst, influença des peintres comme Bylert, Lievens, Paulus Bor, Leonaert Bramer et peut-être même Georges de La Tour.

Il convient de noter que l’écho le plus éclatant du style d’Hendrik Terbrugghen se trouve chez Vermeer, qui n’a pas dû oublier l’admirable leçon de son luminisme clair et apaisé ni les extraordinaires qualités de sa matière picturale crémeuse et de son coloris franc et subtil.