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les Teniers

David II Teniers, Panorama de Valenciennes
David II Teniers, Panorama de Valenciennes

Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire de la peinture ».

Peintres flamands.

David I ou Teniers le Père (Anvers 1582 – id. 1649). Élève de son frère Juliaan en 1595, il séjourna en Italie entre 1600 et 1605 puisqu’il fut – selon Bie, Sandrart et J.-B. Lebrun, le fameux « connaisseur » et marchand du xviiie s. – le disciple d’Elsheimer, arrivé à Rome en 1600 (Bie ajoute, de façon moins convaincante, que Teniers eut aussi pour maître Rubens), et qu’en 1605 il était de nouveau à Anvers d’après les archives de la gilde de Saint-Luc, où il fut reçu maître en 1606. Marié en 1608, il aura une fille et 5 fils, dont 4 seront peintres : David II (le plus connu des Teniers), Juliaan II, Theodoor et Abraham. En proie à de chroniques difficultés financières (en 1625, il est même emprisonné pour dettes), il se livre de plus en plus après 1629 (dernière mention d’un travail artistique de sa main) au commerce des tableaux ; ainsi aurait-il fait un voyage à Paris pour vendre des œuvres de son fils David II, vraisemblablement en 1635.

Presque complètement oublié jusqu’à nos jours, même dans la littérature relative à Elsheimer, dont Teniers le Vieux fut pourtant l’un des plus brillants et des plus intéressants imitateurs, David Teniers I est une récente et spectaculaire redécouverte de l’érudition moderne. L’œuvre s’est reconstitué à partir de quelques œuvres signées, comme une Adoration des mages de 1609 – jadis dans la coll. Lighart à Ratshof (en 1900) –, de divers retables d’églises documentés ainsi que d’un certain nombre de compositions connues par la gravure (des graveurs tels que E. Van Panderen, actif à Amsterdam dès avant 1609, et surtout Cornelis Galle I, dont les 4 Pères de l’Église gravés d’après Teniers I se laissent placer entre 1622 et 1625 à cause du dédicataire, Gaspard Rinckens, prieur des Carmélites d’Anvers dans ces mêmes années ; Theodor Galle édita une série de 7 Saintes gravées sans nom de graveur, mais pourvues de l’invenit de David Teniers I). Comme peintre de retables, l’artiste use d’une manière lourde mais éloquente, assez comparable à l’art un peu engoncé et toujours savoureux d’un Lastman ou d’un Tengnagel : la froideur académicisante des Francken se renforce ici de la leçon d’Elsheimer, portée à une échelle monumentale ; les principaux exemples encore subsistants sont le Retable des saints Édouard et Christine à l’église Notre-Dame Dendermonde (en Belgique), peint v. 1617, le Triptyque de sainte Amelbergue à l’église de Temse (1615-1618) ainsi que le Christ au jardin des Oliviers de l’église Saint-Paul à Anvers (v. 1617).

Mais David Teniers I mérite bien plus de rester comme un virtuose suiveur d’Elsheimer dans ses tableaux de cabinet à petites figures fignolées et vastes paysages boisés agréablement balancés : les sujets sont généralement religieux (Tentation du Christ, daté de 1611, dans la coll. Somerled Macdonald of Sleat ; Saint Paul à Malte, Ermitage ; Rencontre de Jacob et de Laban, Anvers, Maagdenhuis) ou antiquisants (Alexandre et Diogène, Londres, coll. Cevat), le coloris vif et frais, la lumière typiquement matérialisée par des faisceaux obliques d’un plaisant effet décoratif. Son sens déjà moderne du paysage se précise dans de petits tableaux à sujets mythologiques du K. M. de Vienne, comme Jupiter, Junon et Io ou Mercure et Argus, qui préfigurent exactement les paysages alertes de Teniers II le fils et renseignent sur la plus que probable collaboration des deux David Teniers, I et II. Une œuvre assez tardive doit être le Calvaire (Louvre), de motif tout rubénien, mais très caractéristique de l’art de Teniers I par la dramatique animation du ciel.

David II (Anvers 1610 – Bruxelles 1690). Fils et élève de David I, influencé par Rubens, il fut célèbre comme peintre de genre, mais se consacra aussi au portrait, au paysage et à la peinture d’histoire : « Il tenait son génie de la nature, son goût de son père, et sa perfection de Rubens. » Plusieurs milliers d’œuvres peuvent lui être attribuées, et sa virtuosité était immense. De nombreuses tapisseries, tant flamandes que françaises, de grandes séries de gravures divulguèrent ses œuvres et propagèrent son influence jusqu’à la fin du xviiie siècle.

La vie

Franc maître à Anvers en 1632, il épousait en 1637 Anna Bruegel, fille de Bruegel de Velours et pupille de Rubens. Doyen de la corporation de Saint-Luc à Anvers en 1645, il fut nommé en 1647 peintre de cour et conservateur des collections de l’archiduc Léopold-Guillaume, gouverneur des Pays-Bas, qui siégeait au palais de Coudenberg. En 1651, il se fixa à Bruxelles. Sa fortune considérable lui permit d’acheter le manoir de Dry Toren (les Trois Tours). Il fut chargé de la publication d’un album de gravures, comprenant 244 tableaux italiens des collections de l’archiduc, qui parut en 1658 sous le titre de Theatrum pictorium Davidis Teniers Antwerpiensis. Le successeur de Léopold-Guillaume, don Juan d’Autriche, le maintint dans ses fonctions. Teniers expédiait également ses œuvres à la cour de Philippe IV d’Espagne et au stathouder Guillaume II de Nassau. Il intrigua pour obtenir un titre de noblesse, mais n’y parvint jamais. Devenu veuf en 1656, il épousa la fille du secrétaire du Conseil de Brabant et fonda l’Académie des beaux-arts d’Anvers, ouverte en 1665. Son succès ne se démentit pas jusqu’à sa mort.

L’œuvre

Dans ses premières œuvres (1633), David II s’applique à poursuivre la manière traditionnelle des Francken dans ses scènes de genre (le Corps de garde, Rome, G. N., Gal. Corsini), mais d’un clair-obscur déjà plus nuancé et plus chaud, et d’une composition plus sensible à l’espace ; il devient vite le peintre de la vie bourgeoise (Société à table, 1634, musées de Berlin ; le Changeur et sa femme, Londres, N. G. ; les Cinq Sens, Bruxelles, M. R. B. A.), et de la vie populaire (Scènes d’auberge, 1634, musée de Mannheim). On lui attribue aussi parfois des natures mortes dans la gamme restreinte des gris : Livres et globe (Bruxelles, M. R. B. A.), Violon, mappemonde et livre (musée de Rouen). Le maniérisme fantastique de Joos de Momper lui inspire ses premiers paysages et ses Tentations de saint Antoine (Anvers, musée Mayer Van den Bergh ; Louvre ; Prado ; Dresde, Gg).

Entre les années 1634 et 1640 env., l’ascendant de Brouwer, ses sujets populaires, ses scènes de cabaret, son coloris mesuré vont dominer la manière de Teniers et inspirer à l’artiste ses Buveurs dans un cabaret (Rome, Gal. Borghèse, peints dans un clair-obscur rehaussé de rouge et de bleu, sa Scène d’auberge (1634, musée de Mannheim), son Cabaret (Louvre), ses Pâtres (Rome, G. N., Gal. Corsini), ses Joueurs de cartes (Rijksmuseum), sa Faiseuse de crêpes (Paris, coll. prince Murat). Mais, dans tous ces tableaux, Teniers ne dépasse pas un réalisme terre à terre.

Dans une troisième période, s’étendant de 1640 à 1650 et qui est considérée comme le sommet de sa carrière, il adopte une palette plus claire, aux teintes argentées et lumineuses, et représente des fêtes villageoises, des kermesses, des paysages animés sous l’influence de Rubens. Le ton pastoral et idyllique de ses tableaux explique le succès du Coin de village à la fin du jour (Cologne, W. R. M.), du Repos champêtre (Rome, Gal. Doria Pamphili) et de la Cabane des bergers (Rome, G. N., Gal. Corsini). Par ses fonctions officielles, en tant que conservateur de la collection de l’archiduc, David II fut amené à exécuter des réductions d’après des tableaux de maîtres (Londres, Courtauld Institute ; Althorp, coll. Spencer ; Louvre). Il peignit aussi des scènes mythologiques : les Amours alchimistes (Francfort, Städel. Inst.). Il représenta également des « cabinets d’amateur » (Prado ; Munich, Alte Pin.) et surtout l’Archiduc Léopold-Guillaume dans sa galerie à Bruxelles (Vienne, K. M.), dont l’intérêt historique est considérable. Il est le promoteur des scènes d’intérieur où les personnages sont remplacés par des singes costumés (Munich, Alte Pin. ; Prado), genre dont la vogue se prolongea jusqu’au xviiie siècle.

Dans la dernière décennie, sa palette s’assombrit et sa facture devint plus lourde et brunâtre. Teniers reprit inlassablement ses thèmes habituels : l’Alchimiste (1680, Munich, Alte Pin.), Fêtes villageoises (Vienne, K. M. ; Prado). Il multiplia le nombre de figures de ses kermesses, comme dans la Fête des arquebusiers sur la grande place d’Anvers (Ermitage). Il s’est souvent représenté entouré de sa famille dans des portraits en plein air qui annoncent déjà le xviiie siècle. Il a élargi et renouvelé toutes les tendances de la peinture flamande de genre. Son art l’oppose au pathétique de Brouwer et ouvre la voie à d’innombrables imitateurs, dont les meilleurs sont Gillis Van Tilborch et David Ryckaert.

La plupart des grands musées du monde conservent des séries entières de tableaux de Teniers ; c’est le cas du Louvre (une quarantaine), de l’Ermitage (une trentaine), de la N. G. de Londres et du Prado. Une rétrospective a été consacrée à l’artiste en 1991 (Anvers, M. R. B. A.).