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Bartolomé Estebán Murillo

Murillo, Saint Jean-Baptiste enfant
Murillo, Saint Jean-Baptiste enfant

Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire de la peinture ».

Peintre espagnol (Séville 1618  – id. 1682).

Orphelin très jeune, Murillo fit ses premières études dans l'atelier de Juan del Castillo, mais il dut connaître aussi les œuvres de Zurbarán, alors à l'apogée de sa carrière, et de Ribera, très abondamment représenté dans les collections sévillanes. L'influence de ces deux peintres est évidente dans ses œuvres de jeunesse. La première commande importante qu'il reçut fut, en 1645, le Cycle franciscain pour le cloître du couvent S. Francisco de Séville, ensemble de 11 tableaux, aujourd'hui dispersés : la Cuisine des anges (1646, Louvre), San Diego d'Alcalá (Madrid, Acad. S. Fernando, Mort de sainte Claire (Dresde, Gg). Le peintre révèle déjà — à côté de quelques maladresses dans la composition, d'un traitement de la lumière encore très marqué par le ténébrisme, des éléments caractéristiques d'un style personnel — une vision amère de la réalité quotidienne, une conception presque médiévale de la religion, où vérité objective et miracle se mêlent tout naturellement, avec ingénuité. En 1648, il se marie, et c'est le début d'une vie familiale paisible et féconde. Durant ces premières années, le style de Murillo évolue suivant le courant ténébriste (Cène, 1640, Séville, église S. María la Blanca ; Sainte Famille à l'oiseau, Prado). Pendant les dix années qui suivent, il devient plus fluide, plus souple, plus léger. La sûreté de la composition, la lumière diffuse répandue, le coloris de plus en plus riche attestent une connaissance non seulement des modèles vénitiens et flamands (surtout celle de Van Dyck), mais aussi d'une peinture génoise imprégnée d'influence flamande, qu'il eut l'occasion d'apprécier à Séville. En 1658, Murillo se trouve à Madrid, ce qui doit lui permettre d'étudier les riches collections royales et d'entrer en contact avec Velázquez. À son retour à Séville, on lui commande pour une chapelle de la cathédrale la Naissance de la Vierge (1660, Louvre). Dans les années 1665-66, il réalise, pour l'église S. María la Blanca de Séville, un ensemble décoratif, dispersé aujourd'hui (Songe du patricien et Explication du songe par le pape Libère, Prado), l'un de ses chefs-d'œuvre tant par la délicatesse et la sûreté de la touche que par la beauté d'un coloris chaud et doré, nuancé de gris et d'argents dans les lointains du paysage. À cette époque doit prendre place une série de toiles sur la Vie de Jacob (Dallas, Meadows Museum ; The Cleveland Museum of Art). En 1665, également, il entreprend la série de grandes figures de Saints que lui commandent les capucins de Séville (musée de Séville) ; en 1668, c'est la grande Immaculée Conception de la cathédrale et la série de bustes de Saints de la sacristie. Entre 1671 et 1674, il réalise un ensemble de tableaux pour l'hôpital de la Charité à Séville (notamment Moïse faisant jaillir l'eau du rocher, Sainte Isabelle de Hongrie) en concurrence avec Valdés Leal, œuvres qui comptent parmi les plus représentatives de sa maturité. En 1681, il commence un cycle pour les Capucins de Cadix, qu'il laisse inachevé après un accident dont il meurt quelques mois plus tard.

À côté des séries monastiques datées avec certitude, Murillo, artiste extrêmement fécond, a laissé de nombreux tableaux religieux (Saintes Familles, Vierges à l'Enfant, Immaculées Conceptions), qui lui valurent une immense renommée dès le xviie s. et restèrent très admirés aux xviiie et xixe s. Une délicatesse allant souvent jusqu'à l'afféterie sentimentale, répondant à la dévotion bourgeoise conformiste de son temps, et le fait que ces œuvres furent répandues à l'excès par la lithographie populaire ont fait, de nos jours, considérer celles-ci avec quelque dédain. Mais on doit constater que, du point de vue strictement technique, elles figurent parmi les plus réussies et les plus libres de l'artiste et plus généralement parmi les authentiques chefs-d'œuvre du génie baroque. La sensibilité contemporaine est pourtant plus ouverte aux tableaux de genre et aux portraits de Murillo. Les célèbres tableaux de gamins (Jeune Mendiant, v. 1650, Louvre ; Mangeurs de pastèques, Munich, Alte Pin.) ont une vivacité rare dans la peinture du xviie s. espagnol ; ils joignent à l'interprétation aimable des réalités plutôt cruelles la joyeuse vitalité du monde picaresque et surtout une incomparable virtuosité technique. Le Jeune Mendiant a été parfois cité comme l'ancêtre direct de la peinture ensoleillée du xixe s.

Bien que les portraits que l'on puisse attribuer à l'artiste avec certitude soient relativement rares : Andrés de Andrade (Metropolitan Museum), Nicolas Omazur, le Chevalier dit " le Juif " (Prado), D. Iñigo Melchior Fernandez de Velasco (1659, Louvre), D. Justino de Neve (1665, Londres, N.G.), Autoportrait (v. 1665, Londres, N.G.), on peut considérer Murillo comme l'heureux disciple de Van Dyck, dont il possède l'élégance raffinée, bien que plus sobre, plus austère, certainement plus " hispanique ", faite d'un coloris sévère où les noirs et les blancs, fortement contrastés, se nuancent de fragiles carnations.

On attribue à Murillo paysagiste quelques vues remarquables (Paysage du Prado, bien qu'une telle attribution reste problématique), et l'on sait que le peintre basque Iriarte, dont la personnalité est encore mal définie, collabora à ces œuvres.

Murillo forma de nombreux disciples et collaborateurs, dont il est encore difficile de préciser et de dégager l'apport personnel ; ceux-ci assimilèrent les modèles et la sensibilité de leur maître de façon souvent superficielle, et ils sont pour une grande part responsables du discrédit et de la désaffection dont Murillo a souffert ces dernières années. L'influence et le type de compositions de Murillo se maintinrent à Séville jusqu'à une époque très avancée du xviiie s., et, en plein xixe, des peintres imitèrent et dénaturèrent encore l'artiste, non sans habileté. Une importante rétrospective Murillo a été présentée (Madrid, Londres) en 1982/1983.