En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêts, réaliser des statistiques ainsi qu’interagir avec des réseaux sociaux.

Pour en savoir plus et paramétrer les cookies

Identifiez-vous ou Créez un compte

Oskar Kokoschka

Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire de la peinture ».

Peintre autrichien naturalisé britannique (Pöchlarn  1886  – Montreux  1980).

Étudiant à l'école des Arts décoratifs de Vienne (1905-1909), il n'apprécie guère son enseignement et compose deux drames en vers pendant cette période, le Sphinx et l'Épouvantail et Assassin, espérance des femmes, dont l'affiche (Pietà, 1908, Vienne, K. M.) est une des œuvres maîtresses de l'Expressionnisme à ses débuts. D'abord marqué par Romako, par Klimt (premiers dessins de nus) et surtout par l'art extrême-oriental, il montre vite son originalité dans les dessins qu'il exécute pour ses drames et dans les tableaux exposés au Kunstschau de Vienne (1908 et 1909). Il collabore aux travaux des Ateliers viennois (les Enfants qui rêvent, 8 lithos en coul., 1908), fondés par Hoffmann en 1903. L'architecte Loos l'introduit en 1908 dans les milieux artistiques et littéraires, dont les personnalités servent de modèles à la célèbre suite de portraits dits " psychologiques ", réalisée entre 1909 et 1914 et l'une des créations les plus originales de l'Expressionnisme viennois. Les portraits montrent des êtres livrés au doute intérieur, aux grimaces qui dévoilent et stigmatisent leur fragilité. Jusque v. 1910, Kokoschka concède encore un rôle important au graphisme dans ses tableaux (Adolf Loos, 1909, musée de Berlin ; Auguste Forel, 1910, musée de Mannheim). Le portrait d'Herwarth Walden (Stuttgart, Staatsgal.), que Loos lui a présenté et qui l'appelle à collaborer à Der Sturm en 1910 (il y publie de nombreux portraits dessinés), est un des chefs-d'œuvre de cette période, dans lequel la précision aiguë du dessin relève la séduction de la couleur. En 1909, accompagnant Loos dans un voyage en Suisse, il est frappé par les sites alpestres et peint quelques paysages, premier contact avec un genre auquel il devait se consacrer plus tard (la Dent du Midi). À Berlin, à partir de 1910, Kokoschka acquiert rapidement la notoriété, et sa vie intime se reflète davantage dans son œuvre (Autoportrait avec Alma Mahler, 1912) ; un séjour en Italie (1913), qui lui révèle la peinture vénitienne et Tintoret en particulier, confirme le sens de son évolution vers la conquête d'un métier plus dynamique et pictural : la Fiancée du vent, 1914, musée de Bâle, est un hommage au baroque retrouvé. Engagé volontaire, Kokoschka, grièvement blessé en septembre 1915, est soigné à Dresde, où il réside de 1917 à 1924 (il est nommé professeur à l'Académie en 1919). Il recommence à travailler pour le théâtre et pour l'opéra (Job et le Buisson ardent, 1919, théâtre Max Reinhardt), et pour Hindemith en musique : Assassin, espérance des femmes (1920, représenté en 1921 au Frankfurter-Schauspielhaus). Ces années correspondent à un changement de vision comme de technique ; les tableaux de 1917 et de 1918 se distinguent par leur matière dense, que morcelle le rythme fiévreux de l'exécution, et par leur pathétique expressif (Autoportrait, 1917) ; une facture plus unifiée et de grandes plages de couleurs vibrantes caractérisent les œuvres postérieures (l'Esclave, 1924). Les portraits aquarellés, dessinés ou lithographiés, sont nombreux au début des années 20, et le registre de l'interprétation est fort vaste, d'une définition serrée à une invention beaucoup plus libre (Gitta Wallerstein, aquarelle, v. 1921). Mais Dresde voit surtout le premier développement cohérent de Kokoschka paysagiste (le Pont Auguste au steamer, 1923, Eindhoven, Stedelijk Van Abbemuseum), avec pour corollaire l'abandon relatif de l'Expressionnisme qui se manifeste encore dans les autoportraits et de virulentes études d'animaux (le Mandril, 1926, Rotterdam, B. V. B.). Le paysage est désormais le thème de prédilection, renouvelé au cours de fréquents déplacements (Marché à Tunis, 1928-29 ; le Pont Charles à Prague, 1934, musée de Prague) et traité dans une mise en page ample et détendue, une couleur de plus en plus claire et au moyen d'une touche allègre qui poursuit les découvertes des impressionnistes sans pour autant se plier à leur écriture. La sienne frappe par son rythme brusque et souvent désordonné, par sa spontanéité excessive. Entre 1924 et 1931, Kokoschka vit beaucoup à Paris, où il expose chez Georges Petit en 1931. Il habite ensuite Vienne (1931-1934) et Prague (1934-1938). En 1937, considéré comme un artiste dégénéré, le gouvernement nazi confisque 417 de ses œuvres. Il se réfugie en Angleterre (1939), devient sujet britannique (1947) et se retire en 1953 à Villeneuve, sur le lac de Genève. Son évolution — où prennent place, à côté des paysages, de vastes compositions sur des thèmes classiques (la Bataille des Thermopyles, 1954, Hambourg, faculté de Philosophie) — retrouve la verve décorative et lyrique du Baroque autrichien (la Tamise vue de Vickers Building, 1961).

L'activité du décorateur et du lithographe concurrence celle du peintre : décors et costumes pour la Flûte enchantée de Mozart (1953) et pour le Bal masqué de Verdi (1953) ; suites lithographiques : le Roi Lear, 1963 ; l'Odyssée, 1963-1965 ; Saül et David, 1966-1968 ; les Troyennes, 1971-72. Une mosaïque monumentale pour Saint-Nicolas de Hambourg a été inaugurée en 1973 (Ecce homines). Kokoschka a publié en 1971 à Munich une autobiographie, Mein Leben ; cette même année, le Belvédère de Vienne lui a consacré une ample rétrospective, puis la Haus der Kunst à Munich a exposé ses portraits (1907-1970). L'artiste est représenté dans la plupart des grands musées européens et américains. Ses œuvres sur papier (1897-1917) on été présentées (New York, Guggenheim Museum) en 1994 et une exposition Kokoscka et Dresde a eu lieu (Dresde, Vienne) en 1996-97.