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Mathis Nithart, dit Matthias Grünewald

Matthias Grünewald, le Concert des anges
Matthias Grünewald, le Concert des anges

Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire de la peinture ».

Peintre allemand (Würzburg probablement v. 1475/1480  – Halle [?]1528 [?]).

Les textes d'archives et les commentaires contradictoires des historiens ont créé la confusion autour de la personne et de l'activité de ce peintre, dont le chef-d'œuvre, peint de 1513 à 1516, est le retable des Antonins d'Issenheim, en Alsace.

Le problème de l'identité de Grünewald

Le nom même de Grünewald n'est révélé qu'en 1675 par Joachim von Sandrart à propos de " Mathis von Aschaffenburg ", de même que Mérian le Vieux, Faesch et quelques autres désignent du nom de Grün le monogrammiste MG, en relation avec le retable d'Issenheim (H. J. Rieckenberg). Les archives d'Aschaffenburg attestent la présence dans cette ville d'un " Meister Mathis ", peintre de statues et doreur, entre 1480 et 1490. Mais il ne s'agit probablement pas de Grünewald. Ce dernier est mentionné pour la première fois à Aschaffenburg en 1505. Il entra comme peintre, sans doute, mais aussi comme maître d'œuvre au service de l'évêque de Mayence, Uriel von Gemmingen, résidant à Aschaffenburg. En 1510, un maître Mathis Nithart gen. Gothart von Würzburg apparaît comme " Wasserkunstmacher ", c'est-à-dire ingénieur hydraulique, ainsi que l'a établi Zülch. De 1514 à 1516, un procès soutenu à Francfort-sur-le-Main le signale de nouveau à l'attention. Auparavant, il avait livré aux dominicains de cette ville 2 volets pour le retable Heller, peint en 1508-09 par Dürer, et un " panneau " (1511). Par testament du 15 août 1517, le chanoine Reitzmann charge maître Mathis de la peinture d'un retable dédié à la Vierge et au miracle de la neige (Maria-Schnee-Altar) pour la collégiale d'Aschaffenburg (1514-1519, Vierge de Stuppach et le Miracle de la neige, musée de Fribourg-en-Brisgau). Le 27 août de la même année, un protocole du chapitre de la cathédrale de Mayence livre les termes d'une supplique adressée par Meister Mathis Gothart le peintre. Il est établi que Grünewald a achevé le retable d'Issenheim en 1516, année de la mort du précepteur des Antonins. L'artiste regagne Aschaffenburg la même année et se met au service du cardinal Albrecht de Brandebourg, successeur d'Uriel von Gemmingen et son grand protecteur. Il semble qu'en 1526, à la suite des troubles de la guerre des paysans et de la Réforme, Grünewald ait perdu la faveur de ce prélat ; il s'établit à Francfort, où il fabrique du savon et se livre à des activités d'ingénieur. Peu de temps après, il se rend à Halle, où il meurt en 1528.

La formation

Il semble que Grünewald ait eu une première formation à Würzburg, sa ville natale, qu'il se soit inspiré un temps de l'art de Hans Holbein le Vieux, à Augsbourg probablement, sinon à Francfort-sur-le-Main, qu'il ait enfin acquis la maîtrise au terme d'un voyage v. 1500 (il n'est pas certain qu'il ait connu l'Italie autrement que par des contacts avec Jacopo de Barbari à Nuremberg).

Chronologie de l'œuvre de Grünewald

Le catalogue des œuvres généralement reconnues s'établit comme suit :

1503-1505 : volets du retable (triptyque) de l'église de Lindenhardt, près de Bayreuth, provenant de l'église de Bindlach (1685), à partie centrale sculptée et à volets extérieurs peints sur 2 panneaux avec Quatorze Saints protecteurs ; la Dérision du Christ (Munich, Alte Pin.), probablement donnée par Jean de Kronberg à l'église d'Aschaffenburg en mémoire de sa sœur Apollonie, décédée en décembre 1503.

Vers 1507 : la Crucifixion du musée de Bâle, partie d'un panneau de retable conservée dans cette ville depuis 1775.

1509 : 2 volets du retable Heller, donné en 1509 à l'église des Dominicains de Francfort-sur-le-Main par le patricien Jacob Heller. Les parties peintes en camaïeu par Grünewald sont partagées entre le musée de Karlsruhe (Sainte Élisabeth, Sainte Lucie [?]) et le Städel. Inst. de Francfort (Saint Laurent, Saint Cyriaque).

Après 1509 : la Crucifixion de Washington (N. G., coll. Kress), jadis dans la collection du duc Guillaume V de Bavière.

1511-1516 : le retable du couvent des Antonins d'Issenheim (Haut-Rhin) aujourd'hui au musée d'Unterlinden de Colmar, la partie centrale sculptée par Nicolas de Haguenau au cours de la dernière décennie du xve s. Le retable était placé au fond du chœur des chanoines, derrière le jubé ; aux yeux des malades, il était dominé par la présence du grand saint Antoine sculpté " en majesté ", à la fois thaumaturge et thérapeute et, par conséquent, sujet à dévotions. Les 2 volets fixes, la prédelle et les 4 volets mobiles ont été commandés par le précepteur des Antonins, Guido Guersi, à Mathis Nithart. C'est le mérite de Jacob Burckhardt, après Boisserée et Engelhardt, d'avoir redressé l'erreur d'attribution de l'ouvrage à Dürer. Une Déploration du Christ occupe la prédelle. Sur la première face, le volet de gauche est consacré à Saint Sébastien, le volet de droite à Saint Antoine : sur le panneau central, la Crucifixion est encadrée par la Vierge, saint Jean-Baptiste et sainte Madeleine (la date de 1515 apparaît sur le pot d'aromates de la sainte). Sur la deuxième face, l'Annonciation, sur le volet gauche, et la Résurrection, sur le volet droit, encadrent la Nativité, selon la conception symbolique de sainte Brigitte de Suède. Sur la troisième face, le volet gauche relate la rencontre des Saints Ermites Antoine et Paul : saint Antoine sous les traits de Guido Guersi, et saint Paul peut-être sous ceux de Grünewald ; la Tentation de saint Antoine lui fait pendant à droite ; le panneau central est sculpté. Cet ouvrage majeur de Grünewald est inspiré par sainte Brigitte de Suède et, semble-t-il aussi, par Ludolphe le Saxon et par saint Bonaventure. Il témoigne des préoccupations théologiques de Guido Guersi et des expériences hospitalières que l'artiste n'a pas dû manquer de faire auprès des malades d'Issenheim.

1517-1519 : le retable (triptyque) du Miracle de la neige (Maria-Schnee-Altar), provenant de la collégiale d'Aschaffenburg, commandé en 1517 par le chanoine Heinrich Reitzmann à maître Mathis. Le cadre, encore conservé in situ, porte les noms des donateurs Heinrich Reitzmann et Kaspar Schantz, la date de 1519 et le monogramme G. M. N. (Gotthart Mathias Nithart). De cet ouvrage sont conservés un volet (le Miracle de la neige, musée de Fribourg-en-Brisgau) et la Vierge de Stuppach, qui fut probablement le panneau central du retable. À cette époque, selon Sandrart, Grünewald aurait peint 3 retables pour la cathédrale de Mayence.

1520-1525 : Saint Érasme et saint Maurice (Munich, Alte Pin.), signalé en 1525 dans l'inventaire de la collégiale de Halle, transporté v. 1540 par le cardinal Albrecht de Brandebourg à Aschaffenburg. Saint Érasme a les traits de ce prélat.

Autour de 1525 : le Portement de croix et au revers la Crucifixion provenant sans doute de Tauberbischofsheim (musée de Karlsruhe), avers et revers d'un panneau scié en 1883 ; la Déploration du Christ (église d'Aschaffenburg), sans doute prédelle d'un grand retable, aux armes du cardinal Albrecht et de l'archevêque Dietrich von Erbach.

Trente-six dessins admirables, tous des études pour les tableaux (musées de Karlsruhe, de Berlin, de Dresde, de Weimar, de Stockholm, d'Erlangen, d'Oxford ; Louvre ; Albertina), viennent enrichir ce catalogue d'œuvres et souvent confirmer les attributions.

L'art de Grünewald

L'art de maître Mathis Nithart, tel qu'il apparaît dans les œuvres incontestées, est en tout point exceptionnel. Il ne paraît guère emprunter à d'autres, si ce n'est à Holbein le Vieux, et ne transmettra que fort peu à ses successeurs. Les conditions de son apprentissage sont des plus obscures. Rieckenberg le fait naître v. 1480 aux environs d'Aschaffenburg, dans une famille modeste, apprendre les éléments de son art v. 1500 à Francfort dans l'atelier de Hans Fyell, au temps où Holbein le Vieux peignait le retable de l'église des Dominicains. Sandrart le désigne comme élève de Dürer. Mais ces exemples ne semblent pas avoir été déterminants pour lui. Pareillement, Mathis Grünewald n'a pas formé d'école ; on ne lui connaît pas d'élève ou d'imitateur caractérisé.

Selon E. Ruhmer, des sculpteurs, inspirés par les panneaux de Saint Érasme et de Saint Maurice, dans la cathédrale de Halle (aujourd'hui Munich, Alte Pin.), des orfèvres pourraient être considérés comme des suiveurs du maître, ainsi que, peut-être, quelques peintres et graveurs, saisissables dans certaines œuvres isolées — ainsi dans des dessins trouvés à Marburg après la dernière guerre.

La violence sauvage de son expression et de son écriture, l'éclatement parfois inorganique de ses formes, la magie de sa lumière et de sa palette, diluées dans le rayonnement mystique ou, au contraire, comme " empoisonnées " de désespérance glauque, la démarche spirituelle très particulière que ces traits suggèrent définissent une personnalité hors du commun et même hors de toute tradition picturale bien définie.