Famille de peintres italiens.
Ludovico (Bologne 1555 – id. 1619). Il étudie d'abord avec Prospero Fontana, mais, très rapidement, enrichit sa culture par des séjours à Florence, Parme, Mantoue, Venise. À Bologne, l'influence de Bartolomeo Ceci détermine la construction simple et rigoureuse de ses œuvres de jeunesse, parmi lesquelles on peut citer l'Annonciation (Bologne, P. N.) et la Vision de saint François (Rijksmuseum). Alors que se réveillent, à Bologne et ailleurs, certaines tendances naturalistes, Ludovico s'exprime avec une peinture fondée sur des clairs-obscurs fortement contrastés, renouvelant ainsi les schémas de sa propre vision. Plusieurs œuvres illustrent, dans un crescendo expressif, sa manière de peindre à cette époque : la Chute de saint Paul (1587), la Madone des Bargellini (1588), la Madone des Scalzi (toutes trois à Bologne, P. N.), la Flagellation (musée de Douai) et son chef-d'œuvre, la Madone avec saint François et saint Joseph (1591, musée de Cento, Émilie), tant par la fougue picturale qu'il y déploie que par les nuances de sentiments qui s'en dégagent. Passionné et chaleureux, d'imagination ardente, il ne donne pas d'autre fin à sa création que l'effusion picturale sur des thèmes religieux de prédilection, loin de tout esprit d'expérimentation et de tout " intellectualisme ". Très attaché à sa ville natale, il ne s'en éloigne qu'en de rares occasions et pour peu de temps : en 1607-1608 il se rend à Plaisance pour exécuter les fresques du chœur du Dôme ; mais les autres commandes que lui font cette ville ou d'autres (d'Émilie ou de Lombardie) sont toujours expédiées de Bologne. Peu enclin à suivre l'évolution de son époque en se mettant au goût du jour, il apparaît vite vieilli par rapport aux nouvelles tendances de l'art bolonais, représenté à Bologne même par Guido Reni et Albani, à Rome par Domenichino et Lanfranco. Il consacre ses dernières années à l'enseignement et à la direction de l'académie degli Incamminati (1585-1595) qu'il avait fondée avec Ludovico et Agostino en réaction contre les excès du maniérisme et en accord avec les exigences du Concile de Trente. Sa dernière œuvre importante fut la série de fresques qu'il exécuta (1604-1605) avec ses élèves dans le cloître de S. Michele in Bosco. Aujourd'hui fort endommagées, ces fresques ne peuvent être vraiment appréciées qu'à travers des reproductions. Bien que son exemple ait joué un rôle déterminant dans la formation d'artistes comme Guerchin et, plus tard, G. M. Crespi, il n'atteignit jamais le renom d'Annibale, et son influence n'eut qu'un rayonnement limité.
Agostino (Bologne 1557 – Parme 1602). Formé dans le climat maniériste bolonais, avec son frère Annibale et son cousin Ludovico, il travaille en particulier avec l'architecte Domenico Tibaldi. Mais ce sont des voyages d'étude à Parme et à Venise qui lui font connaître des expériences plus importantes. Ses premières œuvres sont des gravures d'après Barocci, Tintoret, Véronèse, Campi, Corrège. Il collabore avec Ludovico et Annibale aux cycles de fresques du palais Fava et du palais Magnani de Bologne. Il peint seul plusieurs œuvres, parmi lesquelles la fameuse Communion de saint Jérôme (Bologne, P. N.), où il se montre fidèle aux principes établis par l'Académie des Incamminati. Vers 1595-1597, il suit son frère Annibale à Rome et travaille avec lui à la décoration du palais Farnèse (1595-1600). À Parme, en 1600, au service de Ranuccio Farnèse, il entreprend la décoration à fresque d'une voûte du Palazzo del Giardino. Homme cultivé et habile graveur, il resta toutefois un artiste sans grand renom. Il ne put jamais atteindre l'idéal que prônait l'Académie et qu'elle plaçait dans les modèles de la peinture vénitienne.
Annibale (Bologne 1560 – Rome 1609). Sa vocation peut facilement s'expliquer par la présence dans sa famille de deux peintres, son cousin Ludovico et son frère Agostino. Il s'initie à la peinture aux côtés du maniériste Prospero Fontana, mais, comme son frère, c'est en qualité de graveur qu'il débute et donne ses premiers essais originaux en 1581. Par sa première " pala " (1583), la Crucifixion de S. Marià della Carità à Bologne (peinte pour l'église S. Nicolò), il s'affirme avant Ludovico et Agostino. Il recherche alors d'autres enseignements hors du milieu bolonais et se tourne surtout vers Baroche, dont l'influence est sensible dans le Baptême du Christ (1585) de S. Gregorio de Bologne. En même temps, il étudie les Campi et J. Bassano, s'intéressant à l'observation des aspects les moins héroïques de la réalité. Il aborde tous les genres de peinture : portrait, paysage, décoration murale. Au palais Fava de Bologne, il travaille avec Ludovico et Agostino au cycle de fresques illustrant l'Histoire de Jason. Dans une autre salle du palais, peu après, il peint seul l'Histoire d'Europe, qui révèle les influences subies au cours d'un voyage d'étude à Parme et à Venise, influences dont font état, d'ailleurs, ses biographes. Fidèle aux principes fondamentaux énoncés par l'Académie des Incamminati, qu'il avait définis en 1585-86 avec son frère et son cousin comme les principes idéaux, il exécute d'imposantes " pale " pour Bologne, Parme et Reggio. Les fresques d'un salon du palais Magnani (Histoire de Romulus) à Bologne, peintes entre 1588 et 1592, présentent les mêmes caractéristiques. Bien qu'il soit difficile de préciser la part prise par chacun des trois Carracci, cette œuvre, en révélant un commun désir de réaction à la manière des grands maîtres du XVIe s. (Corrège, Titien, Véronèse) qui idéalisaient la réalité tout en respectant les formes de la nature, constitue en quelque sorte leur manifeste artistique.