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William Blake

William Blake, la Pitié
William Blake, la Pitié

Cet article est extrait de l'ouvrage Larousse « Dictionnaire de la peinture ».

Peintre et poète britannique (Londres 1757  – id. 1827).

Fils d'un bonnetier, il fit son apprentissage dès l'âge de dix ans dans une école de dessin londonienne, puis, de 1772 à 1779, chez le graveur James Basire, qui lui fit dessiner des sculptures médiévales dont on devait tirer des gravures et qui furent à l'origine de son intérêt pour l'art gothique. Il suivit en 1779 les cours de la Royal Academy, où il fit en 1780 une première exposition, suivie de plusieurs autres. Mais, à la suite de querelles avec Reynolds, son président, il devint hostile à toute institution, quelle qu'elle soit.

Il doit à son expérience de la gravure la précision de l'exécution et la finesse du trait, en opposition avec le style pictural alors en faveur à l'Académie. Ses premières recherches le mirent en contact avec le Néo-Classicisme, auquel il doit son goût pour le contour ; à l'encontre de ses contemporains, il ne dessina jamais d'après nature et peignit rarement des portraits, des paysages ou des scènes de genre. Bien qu'il eût commencé à exécuter des sujets empruntés à l'histoire anglaise, genre alors plutôt populaire, ses thèmes de prédilection furent toute sa vie des figures allégoriques inspirées par des sources littéraires : la Bible, les pièces de Shakespeare, les poèmes de Milton, la Divine Comédie de Dante et ses propres écrits. Les artistes qu'il admirait étaient, comme lui-même, de tendance non conformiste : Barry, Mortimer, Füssli et Flaxman. En politique, le radicalisme l'attirait et il soutint les révolutions américaine et française, mais il délaissa toute politique après la Terreur. En matière religieuse, il se sentait proche de la doctrine de Swedenborg, haïssant l'Église anglicane pour ses vues étroites et son hypocrisie. Tout cela contribua à faire de Blake un " étranger " et l'un des premiers romantiques.

Ses premiers chefs-d'œuvre furent les illustrations de ses poèmes, inaugurant un procédé inhabituel de gravure, l'eau-forte en relief et colorée à la main : Chants d'innocence (Songs of Innocence, 1789) et Chants d'expérience (Songs of Experience, 1794). Ces poèmes anticlassiques, aux accents élisabéthains et au style très simple, figurent parmi les plus belles pièces lyriques anglaises. La nouveauté des illustrations réside dans la concordance du texte et de la décoration, un peu à l'image d'un manuscrit enluminé du Moyen Âge et suivant le même rythme tendre, simple et linéaire. Blake commença en même temps à rédiger ses premiers " livres prophétiques ", longs poèmes complexes, en vers libres, influencés par la Bible et Milton : le Livre de Thel (The Book of Thel, 1789), les Noces du ciel et de l'enfer (The Marriage of Heaven and Hell, v. 1790-1793), et, exceptionnellement rédigée en prose, la Révolution française (The French Revolution, 1791). Ils soutiennent, entre autres, l'idée de la nécessité du don de soi et la renaissance à travers la mort, la négation de la réalité de la matière, du châtiment éternel et de l'autorité. En 1790, Blake quitta Soho, où il avait vécu jusqu'alors, pour Lambeth et entra dans une période de noir pessimisme. Il écrivit d'autres œuvres prophétiques où il développait les mêmes thèmes, mais en un style encore plus obscur et désespéré : Visions des filles d'Albion (Visions of the Daughters of Albion) et America (1793), Europe et le Premier Livre d'Urizen (The First Book of Urizen) [1794], le Livre de Los (The Book of Los) et la Chanson de Los (The Song of Los) [1795], Vala, réécrit sous le titre des Quatre Zoas (The Four Zoas) [1795-1804]. À cette époque, il considérait la création du monde comme un mal et identifiait Jéhovah avec son personnage imaginaire, Urizen, père tyrannique des lois morales ; à Urizen, il opposait Orc, l'esprit de révolte, mais il découvrit plus tard une force, source de vie, dans le Christ rédempteur. Il approuvait foncièrement tout ce qui touchait à l'infini — imagination, inspiration, génie poétique, foi —, tandis qu'il condamnait tout ce qui touchait au fini : matérialisme, raison, normes d'une conduite formaliste. Cette tendance à penser par oppositions ou " contraires " révèle ce qu'il doit au Néo-Platonisme.

Bien que Blake eût illustré la plupart de ses ouvrages, ses dessins les plus importants, correspondant à la période de Lambeth, furent ses diverses " estampes en couleurs " (v. 1795). Leurs sujets, la Création d'Adam, Nabuchodonosor, Pitié (d'après Macbeth, I, vii), la Maison de la mort (d'après le Paradis perdu, XI, 477-493), sont puisés à ses sources habituelles, mais souvent interprétés d'une façon très personnelle.

Ces gravures, d'une facture large, hautes en couleur et d'une grande puissance, dénotent notamment l'influence de Michel-Ange et de Füssli, bien que Blake ait proclamé l'originalité de ses créations. Elles soulignent le côté visuel de son œuvre : figures nues ou enveloppées de draperies flottantes, fortement musclées, mais curieusement sans ossature ; lignes tordues comme des flammes ; absence presque totale d'ombres, d'espace traditionnel et de perspective.

De 1799 à 1805 environ, Blake exécuta pour un fonctionnaire, Thomas Butts, qui était alors son seul protecteur, 37 peintures " a tempera " et près d'une centaine d'aquarelles aux sujets bibliques. Ces œuvres font preuve de plus d'équilibre et de lyrisme que les estampes en couleurs ; en fait, après son installation à Felpham (Sussex), en 1800, à l'instigation d'un autre de ses rares amis, le poète William Hayley, Blake commençait à se reprendre. Peu après son retour à Londres en 1803, il entreprit un nouveau poème, Milton, et, dès lors, produisit de nombreuses aquarelles sur des thèmes miltoniens. À partir de 1804 et jusqu'en 1820 environ, il écrivit et illustra Jérusalem, son œuvre poétique la plus longue. En 1809, une importante exposition lui fut consacrée à Londres ; ce fut un désastre sur le plan commercial, mais le catalogue descriptif qui l'accompagnait ainsi que ses annotations sur les Discours de Reynolds constituent la principale source d'information concernant les opinions de Blake sur les arts visuels. Vers 1805-1810, celui-ci peignit une série d'aquarelles pour le Livre de Job (gravées de 1823 à 1825), utilisant de nouveau le texte comme l'illustration de sa propre philosophie, tournée de plus en plus vers la notion de pardon. Ce fut aussi le thème de son interprétation de la Divine Comédie de Dante, qu'il commença à illustrer v. 1824 et laissa inachevée à sa mort.

Blake regardait ses dessins et ses poèmes comme des " visions de l'éternité " et il affirmait : " Une qualité seule donne naissance au poète : l'imagination, la divine vision. " Mais, bien que " vision " et " visionnaire " soient les mots clefs d'une controverse sur l'artiste, ce dernier soutint toujours, et à juste titre, que sa perception de visionnaire n'était pas, comme on aurait pu le croire, vague et imprécise, mais aiguë et claire jusqu'à la minutie.

La plupart de ses contemporains le considéraient comme un excentrique, et son génie ne fut largement reconnu qu'après 1860 ; cependant, il ne fut pas aussi isolé ni aussi marginal qu'on l'a cru parfois, et ses dernières années furent éclairées par l'amitié d'un petit groupe de jeunes artistes, dont Palmer et Linnell, qui s'inspirèrent beaucoup de lui.

L'acquisition d'une partie de l'ancienne collection de John Linnell (1919), enrichie d'achats et de dons successifs, a permis de réunir à la Tate Gallery un ensemble particulièrement significatif de l'œuvre de W. Blake, également représentée au British Museum.

Aux États-Unis, des séries de dessins et de livres illustrés sont conservées à Boston (M. F. A.), à New York (Pierpont Morgan Library), à Cambridge (Mass.) [Fogg Art Museum], à San Marino (Cal.) [Huntington Library and Art Gallery], à Philadelphie (coll. Lessing J. Rosenwald). D'autres collections importantes se trouvent à Cambridge (Fitzwilliam Museum) et à Melbourne (N. G. of Victoria). Une importante exposition a été consacrée à l'artiste (Barcelone, Madrid) en 1996.