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Yémen

en arabe al-Yaman

Nom officiel : République du Yémen

Carton de situation - Yémen
Drapeau du Yémen
Drapeau du Yémen

État d'Asie occidentale, le Yémen occupe la pointe sud-ouest de la péninsule d'Arabie ; le pays possède une longue façade maritime au sud (golfe d'Aden) et à l'ouest (mer Rouge) ; il est limité par l'Arabie saoudite au nord et Oman à l'est.

  • Superficie : 485 000 km2
  • Nombre d'habitants : 24 407 000 (estimation pour 2013)
  • Nom des habitants : Yéménites
  • Capitale : Sanaa
  • Langue : arabe
  • Monnaie : rial yéménite
  • Chef de l'État :
  • Chef du gouvernement :
  • Nature de l'État : république à régime semi-présidentiel
  • Constitution :
    • Adoption : 15 mai 1991
    • Révision : septembre 1994, février 2001
Pour en savoir plus : institutions du Yémen

GÉOGRAPHIE

Presque aussi vaste que la France, le Yémen est en grande partie désertique. La population, islamisée, se concentre sur les hauteurs de l'ouest (dominant la mer Rouge), plus arrosées, et en quelques points du littoral, avec le port principal, Aden. L'émigration a traditionnellement pallié la faiblesse des ressources (élevage ovin et caprin, pêche, cultures du millet, du sorgho, du qat). Mais l'extraction du pétrole, depuis le milieu des années 1980, constitue la richesse la plus prometteuse.

1. Le milieu naturel

Le Yémen se compose de quatre ensembles principaux :
– le massif granitique du Nord et du Centre, rebord sud-occidental du socle arabe, fracturé ici en une marqueterie très complexe de blocs à direction principale Nord-Ouest-Sud-Est, recouverts de sédiments jurassiques et crétacés ainsi que d'importants épanchements de laves basaltiques dominés par des cônes volcaniques culminant à 3 760 m. Ce haut plateau est convenablement arrosé (plus de 1 m de précipitations annuelles sur les parties sommitales) par les pluies de la mousson d'été (les quelques pluies de saison d'origine méditerranéenne restent insignifiantes) ;
– les hauts plateaux, abrités des pluies d'été et subdésertiques, qui s'abaissent doucement vers l'est, jusqu'à atteindre 300 m d'altitude à l'extrémité orientale du pays et qui vont se fondre dans le Rub al-Khali, dans le plateau d'Arabie, au nord-est ;
– la vallée de l'Hadramaout, au sud-est, qui entaille largement, avec son réseau d'affluents, la table de calcaire éocène qui recouvre ici le socle ancien sur le revers intérieur de l'escarpe méridionale, et que suit une importante nappe aquifère souterraine peu profonde, propice aux cultures ;
– sur son pourtour maritime, une plaine côtière, la Tihama, qui longe la mer Rouge sur quelques dizaines de kilomètres, avec une atmosphère étouffante et humide malgré des précipitations très faibles.

Au Yémen est enfin rattachée la grande île de Socotora, relativement arrosée (150 mm de précipitations annuelles dans la plaine côtière, beaucoup plus dans le centre de l'île, qui atteint 1500 m d'altitude).

2. La population

La population, musulmane et organisée en confédérations tribales, se concentre dans l'ouest du pays, notamment à Sanaa, la capitale, et dans le sud du pays, où se trouve Aden, la deuxième ville du pays. Dans l'est du pays, aride et désertique, seule les oasis de l'Hadramaout sont occupées.

Le nombre d'habitants s'accroît rapidement, malgré un taux de mortalité infantile très élevé, et les jeunes de moins de 15 ans représentent 45 % de la population totale.

La capitale, Sanaa, est située à 2 200 m d'altitude, sur un haut plateau entouré de montagnes.

3. Les activités économiques

Traditionnellement, la population montagnarde du Yémen s'est établie sur les versants intérieurs et arides ; elle a prospéré grâce à une agriculture irriguée, fondée sur des cultures en terrasses. La culture du caféier, qui prospère entre 1 200 et 2 000 m d'altitude sur les versants humides des hautes terres, bénéficie de pluies abondantes et de l'absence de gelées. Le café a longtemps fait la réputation du Yémen et la richesse des ports de Moka et de Hodeïda, d'où il était exporté vers l'Europe et l'Asie, constituant alors la principale source de devises du Yémen.

La culture du café régresse aujourd'hui, en partie à cause de la concurrence des cafés d'Afrique et d'Amérique latine, mais surtout parce que la culture du qat est beaucoup plus rentable pour les cultivateurs yéménites. Plante euphorisante assimilée à une drogue, le qat est un arbuste qui nécessite les mêmes conditions climatiques que le caféier. La consommation de ses feuilles est un rite social central dans la vie yéménite, et, selon différentes estimations, la culture du qat représente près du quart du revenu national du Yémen.

Depuis 3 000 ans, le Yémen est connu dans tout l'Orient pour les caravanes qui en partaient chargées d'encens, de myrrhe et d'épices. Le Yémen moderne demeure un pays fondamentalement agricole, dont la population est aux trois quarts rurale : près de 55 % de la population active est employée dans le secteur agricole.

Outre le café et le qat, le climat tempéré qui prévaut dans le haut Yémen permet la culture du sorgho et du millet ainsi que des fruits et légumes. Dans la Tihama, le climat tropical favorise la culture du coton, du tabac et des dattes. Si l'importante pluviométrie favorise l'irrigation des hauts plateaux, tel n'est pas le cas dans la Tihama, où des projets, partiellement financés par l'Union européenne et les Nations unies, sont en cours de réalisation pour développer l'irrigation de la plaine. Avec l'aide financière d'Abu Dhabi, le gouvernement du Yémen du Nord a fait construire, au milieu des années 1980, un barrage à Marib sur le site de l'ancien barrage édifié en 500 avant J.-C. et détruit vers l'an 570 de notre ère et destiné à faciliter la culture du blé et du sorgho. La première phase, achevée en 1986, permet une irrigation permanente de 6 000 hectares et, intermittente, de 5 000 hectares supplémentaires. La seconde phase, en cours de réalisation, devrait permettre l'irrigation de 7 000 autres hectares.

Les pêcheries sont l'une des principales ressources du Yémen. Elles sont, pour l'essentiel, situées sur la mer d'Arabie, dans l'ancien Yémen du Sud, qui était en revanche défavorisé sur le plan agricole.

Depuis le milieu des années 1980, c'est le pétrole qui constitue la richesse du pays. Il représente 11 % du produit intérieur brut, 90 % des exportations et 73 % des recettes de l'État. Les réserves sont cependant en voie d'épuisement.

Le pays dispose aussi d'importantes réserves de gaz naturel (480 milliards de m3). Une usine de liquéfaction de gaz naturel, alimentée par un gazoduc, est implantée sur la côte méridionale, à Balhaf. Sa capacité de production de 6,7 millions de tonnes par an équivaut à une centaines de cargos. L'énorme potentiel en ressources minières (or, zinc) que recèle son sous-sol n'est pour le moment pas mis en valeur.

Les industries du Yémen comptent pour 40 % du produit intérieur brut (P.I.B.). Elles se concentrent dans le domaine de l'alimentation (boissons gazeuses) et de la construction (cimenteries). Lors de l'unification, Aden, l'ancienne capitale du Yémen du Sud, avait vocation à devenir la capitale économique du Yémen réunifié. Mais la zone franche d'Aden, inaugurée en 1991, n'a pas tenu ses promesses, en raison, principalement, de la concurrence que lui font désormais les ports du golfe Persique, comme Dubai ou Bahreïn.

Depuis 1995, le Yémen applique, à la demande du Fonds monétaire international et de la Banque mondiale, un programme d'ajustement structurel qui représente un effort considérable pour les habitants de ce pays, considéré comme l'un des plus pauvres de la planète. Le Yémen est d'ailleurs traditionnellement un pays d'émigration : trop nombreux pour une terre qui ne parvenait pas à les nourrir, beaucoup de Yéménites ont préféré émigrer en Afrique orientale, en Asie du Sud et même en Europe. Cependant, une part importante de l'émigration yéménite est, depuis le boom pétrolier des années 1970, concentrée dans la péninsule arabique. En 1990, lors de l'unification, tandis que le Yémen du Sud (2,5 millions d'habitants environ) et le Yémen du Nord (10 à 11 millions) formaient un ensemble de 12 à 14 millions d'habitants, on estimait à 2,5 millions le nombre des Yéménites vivant à l'étranger, pour la plupart en Arabie saoudite. Les transferts des émigrés représentaient près de 40 % du P.I.B. dans les années 1980. C'est pourquoi l'expulsion brutale de près de 900 000 Yéménites par l'Arabie saoudite, lors de la guerre du Golfe, a été un rude choc pour l'économie du pays : non seulement ces émigrés n'avaient plus d'argent à envoyer à leur famille, mais, revenant sans emploi, ils risquaient d'être un fardeau supplémentaire pour la nation. En réalité, de retour au Yémen, ils ont investi leurs économies et ont souvent créé leur entreprise, ce qui a considérablement amorti le choc anticipé.

Les quatre sites du Yémen classés à l'Unesco

Quatre sites du Yémen sont inscrits sur la liste du patrimoine mondial de l'Unesco :
Chibam (ancienne ville et son mur d'enceinte) ;
Sanaa (vieille ville) ;
Zabid (ville historique) ;
Socotora (archipel).

HISTOIRE

1. Le Yémen avant l'islam

1.1. La civilisation sud-arabique préislamique (800 avant J.-C.-viie siècle après J.-C.)

À l'époque antique, quatre royaumes se partageaient le territoire de l'actuel Yémen : le royaume de Saba au centre, celui de Main au nord, celui de Qataban, au sud-ouest et celui de l'Hadramaout au sud. Leur prospérité, acquise grâce au trafic des caravanes qui assuraient le commerce de l'encens et des épices entre l'Orient et l'Occident, leur a valu, de la part des Romains, le surnom d'« Arabie heureuse » (Arabia felix). Ces royaumes caravaniers ne se sont pas succédé à proprement parler, mais ont été pratiquement contemporains les uns des autres. Ensemble, ils représentent ce qu'on a appelé la civilisation sud-arabique préislamique, qui s'est épanouie pendant près de quatorze siècles, de l'an 800 avant notre ère jusqu'au viie siècle.

Le royaume de Saba

Le royaume de Saba, qui domine la période pendant près d'un millénaire, a Marib pour capitale. La digue de cette ville – alimentant un ingénieux système d'irrigation et permettant une activité agricole étonnante pour la région –, qui a résisté plus de mille ans, est le symbole des réussites architecturales du royaume de Saba. La Bible et le Coran font tous les deux allusion à la visite que fit Balkis – nom rapporté par le Coran –, la reine de Saba, au roi Salomon, vers le xe siècle avant J.-C.

La maîtrise progressive des mers par les Romains, au début de notre ère, fait concurrence aux caravanes. Désormais, le commerce emprunte également les routes maritimes : les États yéménites ne sont plus le passage obligé entre la Méditerranée, l'Inde et la Chine. Pour les États de l'Arabie du Sud, qui vivent des droits de passage prélevés sur les caravanes, c'est le début du déclin. Le royaume de Qataban périclite et est absorbé par celui de Saba. Mais certaines tribus de Qataban fondent un nouveau royaume, celui de Himyar, qui prend pour capitale Zabid et ne tarde pas, à son tour, à défier la puissance de Saba. La guerre que se livrent les deux royaumes, entre 281 et 295, marque la fin de la domination sabéenne et le début de l'ère himyarite (ive-vie siècle après J.-C.).

L'ère himyarite (ive-vie siècle après J.-C.)

C'est alors, sous l'impulsion de leur dernier roi, Dhu Nuwas, que les Himyarites se convertissent massivement au judaïsme, affirmant ainsi une identité propre face à l'Éthiopie chrétienne. Cependant, les persécutions qu'ils font subir aux chrétiens de Nadjran provoquent, vers 520, une invasion des Éthiopiens, qui dominent quelque temps le pays. Faute d'entretien, la digue de Marib s'effondre en 570, laissant les terres agricoles à la merci de l'avancée du désert. Les incessantes luttes tribales ouvrent la voie aux interventions étrangères : les Perses envahissent à leur tour l'Arabie du Sud, en 575, et érigent le Yémen en satrapie. Les centres de peuplement sont peu à peu abandonnés par leurs habitants, qui retournent à la vie nomade, tandis que les Bédouins prennent le contrôle des territoires. C'est la fin de la civilisation sud-arabique.

2. Le Yémen musulman

2.1. Une islamisation progressive

La propagation de la langue arabe va de pair avec celle de l'islam, du vivant du Prophète et dans les années qui suivent sa mort (632). Elle accompagne généralement la progression vers le sud des tribus arabes. Selon la Tradition, en 628, le satrape perse aurait répondu à l'invitation de Mahomet d'embrasser l'islam, et les 14 000 membres de la tribu des Hamdan, mère des actuelles confédérations tribales des Hachid et des Bakil, auraient été massivement convertis par Ali, le gendre du Prophète, en un seul jour.

En réalité, l'islamisation de l'Arabie du Sud s'est faite de manière progressive. Elle est en outre marquée par l'épisode de l'apostasie : des tribus, récemment converties à l'islam, ayant abjuré leur nouvelle religion, une répression féroce, menée par les musulmans du Nord, permet l'assimilation définitive de l'Arabie du Sud au jeune État musulman.

2.2. Fondation de l'imamat chiite zaydite

La bataille pour la succession du Prophète ayant tourné à l'avantage des sunnites, au détriment des chiites – partisans d'Ali –, les Omeyyades règnent sur le monde musulman de 661 à 749. Depuis Damas, leur capitale, ils n'attachent pas d'intérêt particulier au Yémen. Les Abbassides, qui leur succèdent en 749 – ils établissent leur capitale à Bagdad – ne semblent pas s'intéresser davantage au pays, en dehors de la collecte d'impôt. Cette relative indifférence favorise les velléités autonomistes d'un gouverneur local, ibn Ziyad, qui, en 822, se révolte contre le calife, réunit sous son autorité la plus grande partie de l'ancien royaume de Himyar et gouverne le nouvel État à partir de Zabid. Peu à peu, d'autres chefs de guerre locaux conquièrent leur indépendance.

Vers 893, un dirigeant de la secte chiite des zaydites, Yahya ibn Husayn, s'installe dans la localité de Sada, à 250 km au nord de Sanaa, prend le titre d'imam et gouverne, jusqu'en 911, sous le nom d'al-Hadi, selon les principes zaydites, qui veulent que l'État soit dirigé par un imam choisi parmi les descendants d'Ali, distingué par sa piété et ses compétences : l'imam doit être un savant et un guerrier. Il ne s'agit donc pas d'un système de gouvernement à proprement parler héréditaire, mais d'une monarchie théocratique, fondée sur le charisme du souverain. L'imam al-Hadi étend rapidement son influence sur la région de Nadjran. Les hautes terres yéménites deviennent ainsi le berceau et le bastion de l'imamat zaydite.

2.3. L'État sulayhide (1037-1174)

Au cours du siècle suivant, les souverains fatimides, qui gouvernent l'Égypte, tentent à plusieurs reprises de prendre le contrôle du Yémen, mais sans succès. En 1037, cependant, Ali al-Sulayhi, un chef local, conquiert la plus grande partie de l'ancien royaume himyarite et, gouvernant depuis Sanaa au nom des Fatimides, part en guerre contre l'imam zaydite, qui sera tué en 1052 au cours d'une bataille. L'État sulayhide, qui s'étend jusqu'au Hedjaz, est marqué par un siècle d'unité, de stabilité et de prospérité sur l'ancien territoire himyarite.

2.4. La dictature ayyubide (1174-1229)

En 1174, le grand Saladin (Salah al-Din Yusuf), au pouvoir depuis peu au Caire, envoie son frère Turanchah mettre de l'ordre au Yémen. L'armée de Turanchah parvient rapidement à faire tomber Sanaa, Zabid et Aden, et celui-ci choisit d'établir sa capitale à Taizz, en raison de son climat et de ses ressources en eau. Sous la poigne de fer de la dynastie ayyubide, l'État yéménite est à nouveau unifié. Seules échappent à son influence les tribus de l'Hadramaout, au sud, et des hauts plateaux du nord, restées fidèles à l'imamat zaydite.

2.5. Les Rasulides, le Nord sous contrôle des zaydites

À la mort du dernier souverain ayyubide, en 1229, un administrateur d'origine turkmène, Umar ibn al-Rasul, prend le pouvoir, affirmant son indépendance vis-à-vis du Caire et étendant la domination de son État sur la quasi-totalité du Yémen. Sous le règne éclairé des Rasulides, qui succèdent à la dictature ayyubide, Taizz devient un pôle culturel et religieux : des écoles coraniques et de nombreuses mosquées sont ouvertes. Le nouvel État entretient des relations diplomatiques avec la Chine, l'Inde et la Perse. Mais la vie facile et la corruption qui règnent à la cour des Rasulides affaiblissent l'État, qui, désagrégé, n'est plus en mesure de résister aux attaques des tribus zaydites des hauts plateaux.

À nouveau divisé, le Yémen passe sous la coupe des zaydites dans sa partie Nord, tandis que le Sud est dirigé par l'ancien gouverneur d'Aden, qui s'est emparé du pouvoir.

3. La domination turco-britannique et la partition du Yémen

3.1. La difficile conquête du Nord par les Ottomans

En 1503, puis en 1513, les Portugais font le siège d'Aden, qui résiste. Devant la menace portugaise, les Turcs décident de reprendre le contrôle du Yémen. Pour la première fois, le bruit des armes à feu retentit alors au Yémen, et les soldats turcs font tomber Zabid et Sanaa, en 1548. Mais les tribus zaydites harcèlent les occupants turcs depuis les montagnes du Nord, les contraignant à se replier sur Zabid en 1568. Cependant, dès l'année suivante, l'Empire ottoman envoie des renforts : Sanaa est reprise en 1570. Les tribus nordistes se fédèrent alors sous la conduite de l'imam Mansur al-Qasim, qui réussit à chasser les Turcs de toutes leurs places fortes : Zabid tombe à son tour en 1636.

Les successeurs de Mansur al-Qasim parviennent à unifier sous leur autorité l'ensemble de l'Arabie du Sud, y compris le Dhofar et l'Asir. Mais, au cours des deux siècles suivants, l'unité du Yémen est en permanence remise en cause par les velléités autonomistes de chefs tribaux. Les Ottomans mettent à profit ces divisions pour charger le pacha d'Égypte, Méhémet-Ali, de pacifier à nouveau le Yémen. Cependant, les Turcs ne parviendront jamais à contrôler les hauts plateaux yéménites, où s'organise la résistance. Ainsi Sanaa, conquise en 1849, puis rapidement perdue, ne sera reprise qu'en 1871.

3.2. L'installation britannique sur le Sud

Alors que l'Empire ottoman affirme difficilement sa domination sur le nord du pays, c'est une puissance européenne qui s'impose dans le Sud au cours du xixe siècle, entraînant la longue partition du Yémen entre Nord ottoman et Sud britannique. En 1834, en effet, le gouvernement britannique, qui veut s'assurer d'une escale sûre sur la route des Indes, charge le capitaine Haines de négocier l'achat d'Aden. Le sultan de Lahdj, craignant d'être attaqué par les soldats égyptiens, signe l'acte de vente, avant de revenir sur sa parole. C'est le prétexte qu'attendaient les Britanniques pour s'emparer sans contrepartie d'Aden, en 1839. À l'époque, la population d'Aden n'est que de quelques centaines d'habitants. Mais, en quelques années, la politique de Haines, qui fait non seulement de la ville une escale sur la route des Indes, mais aussi un comptoir desservant l'arrière-pays, porte la population d'Aden à 25 000 habitants. Haines conclut des pactes avec les tribus avoisinantes, et Aden devient, en 1850, un port libre qui bénéficie, à partir de 1869, de l'ouverture du canal de Suez.

Signe de sa fonction d'étape vers l'empire des Indes, Aden dépendra, jusqu'en 1937, du gouverneur de Bombay, avant d'être directement dirigée par le Colonial Office de Londres, au même titre que les deux protectorats de l'arrière-pays. La présence britannique permettra au pays de connaître un développement industriel qui donnera naissance à une classe ouvrière, les aspirations sociales et nationalistes se rejoignant ainsi, lors du déclenchement de la grève générale et des violentes émeutes de 1947.

4. Le royaume imamite du Nord et la révolution républicaine

4.1. La rébellion zaydite contre les Turcs

En 1891, les tribus zaydites élisent pour imam Muhammad Hamid al-Din, qui appelle à la lutte contre l'occupant turc. Son fils, Yahya al-Mutawakkil, qui lui succède en 1904, reprend ensuite le flambeau de la lutte nationale des yéménites. Malgré le déploiement de 100 000 soldats, les Turcs ne parviennent pas à écraser la rébellion, et, en 1911, soucieux de déployer leurs forces en Europe et en Afrique du Nord, les Ottomans reconnaissent l'autorité de l'imam Yahya sur le Yémen, celui-ci leur concédant la responsabilité de la défense et des relations extérieures.

Cette tutelle, toute relative, prend fin avec le démembrement de l'Empire ottoman, à l'issue de la Première Guerre mondiale. L'imam Yahya réussit à préserver son pays de l'appétit des puissances européennes grâce à une politique intransigeante de fermeture des frontières. Cependant, comme il refuse de reconnaître la partition de facto du Yémen issue des luttes d'influence entre Turcs et Britanniques, ses relations avec ces derniers ne tardent pas à se dégrader, alors qu'une nouvelle menace se profile au Nord.

4.2. La menace saoudienne

Les ambitions territoriales sur le nord du Yémen d'Abd al-Aziz ibn Saud, l'unificateur de l'Arabie saoudite, conduisent en effet l'imam Yahya à faire preuve de modération vis-à-vis des Britanniques : en 1934, par le traité de Sanaa, il accepte la frontière séparant le protectorat d'Aden du reste du Yémen, telle que l'ont définie les Turcs et les Britanniques ; Londres, de son côté, reconnaît Yahya comme roi du Yémen.

En avril 1934, le roi Ibn Saud envoie son fils Faysal à la conquête du Yémen. Celui-ci prend le pays en tenaille, Faysal commandant en personne une première armée qui progresse le long de la plaine côtière de la Tihama, une seconde armée pénétrant la montagne de l'Asir, vers Nadjran, et une troisième descendant sur la capitale, Sanaa. Faysal progresse rapidement et s'empare de la ville portuaire d'Hodeïda en trois semaines. Cependant, les deux autres armées rencontrent une résistance plus importante de la part des maquisards aguerris que sont les montagnards yéménites.

En outre, les Britanniques, se sentant menacés par la présence saoudienne à Hodeïda, y dépêchent des bâtiments de guerre. Ibn Saud et l'imam Yahya finissent donc par négocier, et, le 21 mai 1934, un traité est signé à Taif, par lequel l'Arabie saoudite restitue à l'imam les territoires conquis, à l'exception des trois provinces de l'Asir, du Nadjran et du Djizan, incorporées au royaume saoudien.

4.3. La révolution républicaine

Pendant la Seconde Guerre mondiale, l'imam Yahya maintient son pays dans un total isolement, et la politique de fermeture des frontières est scrupuleusement maintenue. Cependant, quelques jeunes gens ont été autorisés à étudier à l'étranger. Ils en reviennent convaincus que leur pays est arriéré et moyenâgeux, fondent le mouvement des « Yéménites libres » et parviennent à assassiner l'imam Yahya en 1948. Son fils Ahmad reprend le pouvoir et transfère la capitale à Taizz. Conservant le style autocratique de son père, il échappe à de nombreux attentats et meurt finalement dans son lit, le 19 septembre 1962.

La fin de l'imamat zaydite et la proclamation de la République arabe du Yémen (RAY)

À la mort de l'imam Ahmad, son fils Muhammad al-Badr lui succède. Bien qu'il passe pour avoir des sympathies envers Gamal Abdel Nasser, les officiers yéménites, qui préparaient un coup d'État contre son père, tentent de le renverser à son tour. Le palais de l'imam al-Badr est bombardé, sa mort annoncée à la population, la république proclamée, et le colonel Abd Allah Sallal nommé par les militaires président de la République arabe du Yémen (RAY). En réalité, l'imam a pu s'échapper et, avec l'appui de l'Arabie saoudite et de la Grande-Bretagne, il organise la contre-révolution.

Guerre inter-yéménite et inter-arabe (1962-1970)

Dans le même temps, Nasser envoie des troupes pour soutenir les républicains : le contingent atteint 65 000 hommes. Cette guerre civile, soutenue des deux côtés par une puissance étrangère, se prolonge jusqu'en 1967. Mais la défaite égyptienne face à Israël (→ guerres israélo-arabes) oblige Nasser à se désengager : l'armée égyptienne a perdu beaucoup de soldats, et l'Égypte, étranglée financièrement, a besoin de l'aide saoudienne. En échange du retrait égyptien, au sommet arabe de Khartoum en 1970, le roi Faysal reconnaît la République yéménite, désormais dirigée par un notable, le cadi Abd al-Rahman al-Iryani. Pour l'Arabie saoudite, cette république modérée est un moindre mal, au moment où le Yémen du Sud s'engage dans la voie du marxisme.

5. Le Yémen du Sud socialiste

5.1. Naissance du Front national de libération (FNL)

L'arrivée de Nasser au pouvoir en Égypte, en 1952, encourage les mouvements indépendantistes à Aden, secouée, en 1958, par de violents incidents. En octobre 1963, le Front national de libération (FNL), fondé par des exilés à Sanaa, se fixe comme objectif non seulement d'expulser les Britanniques, mais de mener à bien une révolution socialiste. En avril 1964, en visite à Sanaa, Nasser jure d'expulser les Britanniques de la péninsule arabique. En 1965, devant la multiplication des attentats, le gouverneur britannique suspend les libertés constitutionnelles.

5.2. Retrait britannique et proclamation de la République populaire du Yémen du Sud

En février 1966, le gouvernement britannique dirigé par Harold Wilson, en butte aux difficultés financières, affirme que la base d'Aden est désormais inutile à la Grande-Bretagne. Le FNL contrôlant de plus en plus de gouvernorats, Londres accorde l'indépendance à son ancien protectorat le 29 novembre 1967, après plus d'un siècle d'occupation. Le 30 novembre, la République populaire du Yémen du Sud est proclamée. Qahtan al-Chabi, l'un des fondateurs du FNL, devient le premier président du nouvel État, mais il est écarté, en 1969, au profit de dirigeants influencés par la Chine et l'Union soviétique, comme Abd al-Fattah Ismaïl ou Ali Nasir Muhammad, qui procèdent à une épuration des éléments « petits bourgeois ».

5.3. La République démocratique et populaire du Yémen (RDPY)

Le pays devient, en 1970, la République démocratique et populaire du Yémen (RDPY) et conclut des accords avec les pays du pacte de Varsovie. Cette orientation provoque des tensions avec la RAY, qui dégénèrent, en février 1979, en affrontement armé. Un accord met fin au conflit, prévoyant à terme l'unification des deux Yémens. En 1980, Ali Nasir Muhammad remplace Abd al-Fattah Ismaïl à la présidence. Ali Nasir Muhammad infléchit la politique du pays dans le sens d'une détente avec les monarchies du Golfe et la RAY. À la fin de l'année 1985, les luttes de tendance au sein de la direction du parti socialiste yéménite (PSY, parti unique) sont de plus en plus vives : en janvier 1986, Ali Nasir Muhammad tente d'éliminer physiquement ses adversaires au sein du bureau politique du PSY. Cet affrontement dégénère en guerre civile : au moins 3 000 personnes meurent dans les combats en une semaine. Ali Nasir Muhammad doit s'exiler, et Ali Salem al-Baid devient le nouvel homme fort du régime.

6. La présidence d'Ali Abdallah Saleh au Yémen du Nord

Une succession d'assassinats politiques marque les années 1970 en RAY : en octobre 1977, le président Ibrahim al-Hamdi, qui œuvrait à un rapprochement avec le Yémen du Sud, est assassiné. Son successeur, Ahmad al-Ghachmi, se tourne au contraire vers l'Arabie saoudite, avant d'être, lui aussi, assassiné, le 24 juin 1978. Le nouveau président est le colonel Ali Abdallah Saleh (ou al-Salih), issu d’une tribu membre de la puissante confédération tribale des Hachid, il s'appuie sur ses réseaux tribaux afin de se maintenir au pouvoir. Il est confronté, au début de l'année 1979, à la guerre avec la RDPY et à la guérilla du Front national démocratique (FND), soutenue par Aden.

Au fil des années, le président Saleh mène une diplomatie tous azimuts : à la tête d'un gouvernement traditionaliste, considéré comme pro-occidental, il signe, en 1984, un traité d'amitié avec l'Union soviétique tout en ouvrant la prospection pétrolière à la fois à l'URSS et aux États-Unis. La RAY étant tenue à l'écart du Conseil de coopération du Golfe, que forment en 1981 les monarchies de la péninsule arabique, elle décide de former avec l'Iraq, la Jordanie et l'Égypte le Conseil de coopération arabe.

7. Le Yémen réunifié

À partir de 1985, la politique suivie en Union soviétique par Mikhaïl Gorbatchev prive progressivement la RDPY des soutiens politique, militaire et financier que Moscou lui apportait jusqu'alors. La chute des régimes communistes d'Europe de l'Est, en 1989, pousse Aden à se rapprocher de Sanaa. En novembre 1989, à la suite d'intenses négociations, la RDPY et la RAY annoncent leur décision de s'unir en un seul pays, avec Sanaa pour capitale. Le 22 mai 1990, les deux Parlements ratifient la réunification et élisent un conseil présidentiel dirigé par Ali Abdallah Saleh, avec Ali Salim al-Baid pour vice-président. La Constitution est ratifiée par référendum, en mai 1991.

La réunification s'accompagne d'une floraison de partis politiques et de journaux et d'un renouveau du débat politique. Le partage du pouvoir entre le parti socialiste yéménite (PSY) d'al-Baid et le Congrès général du peuple (CGP) de Saleh doit prendre fin à l'issue d'élections législatives, dont la préparation donne lieu à de vives tensions internes. L'assassinat de cadres du PSY fait naître des soupçons contre le président Saleh, qui accuse les dirigeants du Sud de vouloir retarder des élections, de peur de les perdre. Le scrutin d'avril 1993 est effectivement un succès pour le CGP et ses alliés islamistes.

7.1. La guerre civile et ses conséquences (1994)

Échec de la tentative sudiste de sécession

Les tensions entre le pouvoir et les anciens dirigeants du Sud deviennent alors de plus en plus vives : les deux armées n'ayant pas encore fusionné, des incidents opposent des unités sudistes à des détachements nordistes, appuyés par les « afghans » d'Oussama Ben Laden. Ces escarmouches dégénèrent, en avril 1994, en véritable guerre civile faisant 5 000 morts (essentiellement des combattants). Replié à Aden, al-Baid proclame la sécession du Sud le 21 mai. Début juillet, Aden tombe aux mains des troupes gouvernementales, après un siège de plusieurs semaines. Les dirigeants du Sud qui n'ont pas été tués s'exilent alors en Arabie saoudite.

Nouvelles tensions avec l'Arabie saoudite

Le jeune État unifié est marqué, dès sa naissance, par des relations difficiles avec son puissant voisin saoudien, Riyad n'ayant jamais véritablement accepté la réunification du Yémen. Moins de trois mois après celle-ci, l'Iraq envahit le Koweït (→ guerre du Golfe). Bien qu'officiellement neutre, le Yémen penche alors clairement du côté irakien, refusant notamment de voter pour la résolution de l'ONU autorisant l'intervention militaire. En représailles, l'Arabie saoudite renvoie brutalement près de 900 000 immigrés yéménites, tout en finançant les tribus du Nord qui défient le pouvoir de Sanaa.

Lorsque la guerre civile éclate, en avril 1994, Riyad prend nettement parti pour les séparatistes et reconnaît implicitement leur république sécessionniste. La victoire du président Saleh est un revers diplomatique pour l'Arabie saoudite. Le traité de Taif étant arrivé à expiration, les dirigeants yéménites revendiquent aujourd'hui à haute voix les trois provinces cédées en 1934. À la fin de 1994, la tension frontalière entre le Yémen et l'Arabie saoudite prend un tour dangereux. Finalement, après un mois de négociations, les deux États signent, en février 1995, à La Mecque, une déclaration en 11 points qui reprend, pour l'essentiel, le traité de Taif : le Yémen renonce de nouveau à sa souveraineté sur les provinces en question. Les deux pays s'engagent à délimiter leurs 2 000 km de frontières communes, mais les négociations sur la question n'ont, jusqu'à présent, pas abouti.

Le différend qui opposait le Yémen à l'Érythrée au sujet de l'archipel des îles Hanich, qui contrôle l'accès au détroit de Bab al-Mandab entre la mer Rouge et le golfe d'Aden, est résolu en 1998 par un jugement de la Cour internationale de justice (CIJ). Le Yémen récupère l'archipel occupé par l'Érythrée au terme d'un conflit armé en décembre 1995.

7.2. La fragilité du Yémen réunifié

Sous-développement économique, islamisme, tribalisme

La première élection présidentielle au suffrage universel se tient en septembre 1999. Soutenu notamment par les islamistes, Saleh est réélu avec plus de 96 % des suffrages. Le pays, miné par une corruption endémique et un climat d'insécurité (enlèvements d'étrangers, attentats) guère favorable aux investissements, est, de loin, le plus pauvre de la péninsule arabique. Et les réformes préconisées par ses partenaires internationaux risquent d'accroître encore les difficultés des Yéménites.

Cédant aux pressions des États-Unis, le président Saleh condamne les attentats du 11 septembre 2001, ordonne la fermeture de l'université privée al-Iman, fait arrêter ou expulser des milliers d'« afghans » et accepte de rouvrir l'enquête sur l'attentat-suicide commis le 12 octobre 2000 contre l'USS Cole dans le port d'Aden. Les inquiétudes sont vives dans le pays, berceau de la famille d'Oussama Ben Laden, et où la plupart des « afghans » yéménites, de retour au pays à partir de 1989 ont été intégrés dans l'armée du président Saleh et ont joué, avec des milliers d'autres moudjahiddin financés par Ben Laden, un rôle déterminant dans la guerre civile de 1994. Les sympathies pour l'intégrisme demeurent fortes dans la population, au sein de l'armée et du Rassemblement yéménite pour la réforme, plus communément appelé al-Islah (« la réforme ») une formation aux tendances hétéroclites (islamiste, traditionnaliste et tribale) créée en 1990 et représentant la branche yéménite des Frères musulmans.

La domination du Congrès général du peuple (CGP)

La vie politique du pays, fortement influencée par les tribus, est caractérisée par la domination du Congrès général du peuple (CGP), le parti de Saleh, auquel est allié, jusqu'en 1999, al-Islah. En février 2001, les premières élections locales et le référendum sur l'allongement du mandat présidentiel de 5 à 7 ans (4 à 6 ans pour les députés), sur la mise en place d'un bicaméralisme et sur le renforcement du Conseil consultatif sont marqués par des actes de violence. Environ 73 % des électeurs approuvent l'amendement constitutionnel, tandis que le CGP remporte plus de 60 % des voix. Ce dernier confirme sa suprématie aux élections législatives d'avril 2003, en remportant 238 sièges sur 301 devant son ancien allié, al-Islah, qui en obtient 46, le PSY, 8, les candidats indépendants, 4, l'Organisation populaire nassérienne, 3 et le parti Baath, 2. Sans surprise, le président Saleh est réélu en 2006 avec 77,1 % des suffrages, devant Fayçal ben Chalmane, ancien ministre du pétrole et candidat de la coalition d'opposition (al-Islah, le PSY et le parti nassérien).

8. Le Yémen en proie aux rébellions et base arrière d'al-Qaida

8.1. La rébellion nordiste des houthistes

Depuis le début des années 2000, dans la province de Saada (nord du pays), le pouvoir est confronté à une rébellion houthiste (du nom de leurs chefs issus du clan des al-Houthi) d’obédience chiite (zaydite) mais mêlant des revendications d’ordre politique, tribal et identitaire/religieux. Cette révolte trouve son origine dans un mouvement de renaissance culturelle né au cours des années 1990 dans cette province, berceau du zaydisme, et surtout dans la « Jeunesse croyante » (al-Shabab al-Mum'en), une association fondée en 1997 par le chef religieux et ex-député du parti islamiste al-Haqq – Hussein al-Houthi – et dont l’adversaire religieux était notamment le salafisme également implanté dans la région.

Le gouvernement accuse les houthistes de vouloir rétablir l'imamat zaydite (aboli en 1962) et d'être manipulés par l'Iran, ce que nient les rebelles. Si ces derniers prônent bien une renaissance du zaydisme, abandonné par les élites politiques (en premier lieu le chef de l’État) pourtant elles-mêmes issues de la minorité zaydite comme environ un tiers de la population yéménite, ils accusent surtout le gouvernement de subir l'influence croissante des États-Unis et de l'Arabie saoudite.

En 2004, l'armée parvient à mater les insurgés au bout de deux mois (juin à septembre), tuant le leader du mouvement, Hussein al-Houthi. À la suite d'une nouvelle insurrection en 2007, un accord de cessez-le feu intervient entre le gouvernement et les insurgés « zaydites », mais les combats reprennent de façon intermittente à partir de janvier 2008. Alors que les élections législatives qui devaient avoir lieu en mars 2009 sont reportées à 2011, entre août et octobre 2009, de violents combats reprennent dans le Nord, suscitant l'inquiétude des Nations unies sur le sort des réfugiés (150 000 depuis 2004), tandis qu'un appel à la cessation des hostilités et à l'ouverture de négociations est lancé par l'opposition, une proposition acceptée par le chef de la rébellion, Abdel Malek al-Houthi, le frère d'Hussein al-Houthi.

Ce conflit qui déborde sur l'Arabie saoudite – obligeant le royaume à intervenir militairement, mais sans grand succès, à la suite de la mort de plusieurs de ses soldats à la frontière entre les deux pays – préoccupe d’autant plus la communauté internationale qu’il détourne l'effort du gouvernement yéménite dans sa lutte contre le terrorisme.

8.2. Al-Qaida pour la péninsule arabique (AQPA)

En janvier 2009, al-Qaida regroupe, sous l'appellation Al-Qaida pour la péninsule arabique (AQPA), des djihadistes yéménites et des combattants saoudiens chassés d'Arabie saoudite. Les objectifs de la nébuleuse djihadiste sont le renversement de la dynastie saoudienne et celui du pouvoir yéménite allié aux États-Unis. AQPA revendique aussitôt l'attentat manqué du vol Amsterdam-Detroit du 25 décembre 2009, escomptant entraîner les Américains dans une aventure militaire au Yémen.

Une conférence sur la situation dans le pays est organisée en janvier 2010 à Londres, avec la participation d’une vingtaine d’États dont les États-Unis, qui ont passé par ailleurs avec Sanaa un accord de sécurité sur trois ans. Toutefois, si le pays obtient un accroissement de l'aide financière américaine, cette coopération peut passer comme une ingérence et reste très impopulaire. Ainsi, après la signature d’un nouveau cessez-le-feu en février avec la rébellion du Nord, c’est en étroite mais discrète collaboration avec les services américains que sont menées les opérations anti-terroristes contre AQPA.

8.3. Contestations et rébellion dans le Sud

Le pouvoir yéménite doit également affronter une autre rébellion dans le Sud, plus larvée, mais qui s’est intensifiée en 2010. Partagé entre séparatistes et fédéralistes, conduit par plusieurs chefs dont cheikh Abdu Alrib al-Naqib, le mouvement est particulièrement actif dans les gouvernorats d’Aden, d'Abyan et de Lahij, contrôlant les régions les plus difficiles d’accès comme celle de Yafa. Ses actions ne dépassent pas le stade des manifestations, mais il n’hésite pas à brandir le spectre de la sécession ou d’appeler à l’insurrection. Affichant pour certains leur sentiment pro-américain et rejetant de cette façon toute complicité avec al-Qaida – ce dont les autorités les accusent parfois – ses militants expriment avant tout la déception des populations du Sud depuis la réunification, accusant Sanaa d’exploiter les richesses de leur région sans aucune contrepartie en termes de développement et d’investissements. Tout en demeurant sporadiques, les affrontements font des victimes à l’occasion de plusieurs marches de protestation ainsi que dans les rangs des forces de l'ordre.

Dans le Nord, la paix reste très précaire, comme en témoigne notamment un attentat meurtrier anti-chiite en novembre 2010, revendiqué par AQPA.

9. Le président Saleh face à la contestation

À partir de la fin du mois de janvier 2011, encouragée par les révolutions tunisienne puis égyptienne, la contestation, menée par les étudiants, gagne cette fois la capitale, Saana, et réclame le départ du président Saleh (au pouvoir depuis 33 ans). Ce dernier tente de calmer le jeu en annonçant qu’il ne se représentera pas à l’expiration de son mandat en 2013 ; les manifestants sont bientôt rejoints par les partis d’opposition, ainsi que par les houthistes zaydites. Mobilisées notamment par Tawakkol Karman – l’une des trois lauréates du Prix Nobel de la paix 2011 –, les femmes jouent un rôle important au sein du mouvement.

En dépit de nouvelles promesses du chef de l’État– report des élections législatives en 2012 après l'adoption d'une nouvelle loi électorale comme l'exige l’opposition, rédaction d'une nouvelle Constitution garantissant l'indépendance du Parlement et de la justice – le mouvement ne faiblit pas, s’étendant aussi dans le sud du pays. Le 18 mars 2011, à la sortie de la grande prière du vendredi, des tirs sur la foule rassemblée place de l'Université (rebaptisée « place du Changement » par les protestataires) dans la capitale, font 52 morts et de nombreux blessés. Le lendemain, des heurts violents se déroulent également à Aden.

Lâché par ses soutiens traditionnels – d'importants chefs des deux grandes confédérations tribales des Hachid et des Bakil, plusieurs ministres et ambassadeurs à l'étranger puis une importante fraction de l’armée sous les ordres de son ancien allié, le puissant général Ali Mohsen al-Ahmar –, le président Saleh perd également le soutien des États-Unis et de l’Arabie saoudite mais résiste aux pressions régionales et internationales, s’appuyant sur les forces de sécurité et l’appareil militaire encore contrôlés par son clan.

Blessé lors d'une attaque du palais présidentiel et hospitalisé à Riyad de juin à septembre avant de reprendre ses fonctions, le chef de l'État tergiverse mais finit par accepter – en échange de son immunité – de signer, sous l’égide du Conseil de coopération du Golfe, un accord de transfert de pouvoir en faveur du vice-président Abd Rabbo Mansour Hadi. Un gouvernement d’entente nationale, conduit par Muhammad Basindwha et composé à parité de représentants de l’opposition et du parti présidentiel, prête serment le 10 décembre, ouvrant une fragile période de transition dans l’attente du départ du président Saleh et l’organisation de nouvelles élections. Après avoir été confirmé dans ses nouvelles fonctions à l’issue de l’élection présidentielle anticipée à laquelle participent environ 65 % des électeurs, A. R. Mansour Hadi succède officiellement à Saleh le 25 février 2012.

10. Une transition politique fragile

Mansour Hadi peine toutefois à s’imposer à la tête d’un État qui reste en partie noyauté par des partisans de Saleh ou des membres de son clan. C’est en particulier la restructuration des forces armées qui rencontre des résistances : si Tariq Saleh (neveu de l’ex-président) doit laisser sa place au général Abdul-Rahman al-Halili à la tête de la troisième brigade de la Garde républicaine, cette transition ne se fait pas sans mal comme en témoigne l’attaque (août 2012) du ministère de la Défense par des soldats toujours commandés par le général Ahmed Ali Abdallah Saleh, fils du président déchu. À la suite de nouvelles manifestations à Sanaa organisées pour réclamer la traduction en justice de ce dernier, plusieurs hauts responsables des services de sécurité sont limogés en septembre, tandis que 93 soldats et officiers de la Garde républicaine sont condamnés en décembre à des peines de 3 à 7 ans de détention pour avoir participé à la mutinerie du mois d’août.

Profitant de ces rivalités et de cette désorganisation, AQPA poursuit son implantation dans le sud et l’est du pays et frappe la capitale le 21 mai, veille de la célébration du 22e anniversaire de la réunification du pays : un attentat-suicide cause la mort de 96 soldats qui s’entraînaient pour la parade. Le groupe terroriste essuie toutefois d’importants revers : trois bastions d’al-Qaida dans le sud du pays sont ainsi repris par l’armée yéménite au mois de juin.

C’est dans ce contexte très instable – aggravé par la persistance de violents heurts entre chiites zaydites et salafistes sunnites dans le nord – qu’une conférence de dialogue national s’ouvre en mars 2013. Elle se conclut en janvier 2014 par un accord de principe sur de futures institutions comprenant une série de recommandations devant servir de base à l’élaboration d’une nouvelle Constitution. L’accord prévoit notamment une répartition plus équilibrée du pouvoir entre un État fédéral et six régions – quatre dans le nord (Azal, Saba, Janad et Tahama) et deux dans le sud (Aden et Hadramaout) –, la capitale Saana devant bénéficier d’un statut spécial et n’être rattachée à aucune d’elles. Ce projet est cependant rejeté tant par certains séparatistes du Sud que par les houthistes zaydites.

10.1. L’offensive et le coup d'État houthistes

Jusque-là régionalement circonscrite, la rébellion zaydite, désormais conduite par le mouvement baptisé Ansaruallah (les partisans de Dieu), prend une dimension inédite à partir de juin 2014. Après des affrontements sporadiques et la rupture d’un cessez-le-feu entre ses combattants et des tribus sunnites proches d’al-Islah soutenues par des troupes gouvernementales, elle parvient à s’emparer d’Amran, l’une des principales villes du nord (juillet), avant de prendre le contrôle de la capitale.

Mobilisant des milliers de partisans à Saana (au-delà de l’importante communauté zaydite qui y vit), les houthistes exigent la démission du Premier ministre, dont ils dénoncent la partialité et la faiblesse, et la formation d’un nouveau gouvernement plus inclusif outre le rétablissement des subventions sur l’essence supprimées en juin.

Accusés par leurs adversaires à la fois d’être instrumentalisés par l’Iran et de bénéficier du soutien de fractions militaires et politiques (CGP) liées à l’ancien président Saleh qui les avaient auparavant combattus, leurs chefs affirment au contraire vouloir reprendre la révolution de 2011 (qu'ils estiment dévoyée par la corruption) et combattre les forces d’al-Qaida.

Un accord de paix est finalement signé le 21 septembre afin de relancer le processus de transition en reconnaissant le poids de la minorité zaydite – environ un tiers de la population –dans la vie politique du pays. À peine nommé, le nouveau Premier ministre doit cependant à son tour démissionner. Avec l’accord des rebelles, Khaled Bahah, ministre du pétrole, le remplace le 13 octobre et tente de former un nouveau gouvernement d’union nationale.

Mais les forces houthistes poursuivent leur offensive, s’imposant dans l’Ouest en s’emparant du port de Hodeida, sur la mer Rouge, et progressant plus au Sud, dans les provinces de Dhamar, d'Ibb et de Baïda. L’entrée en lice des djihadistes d’AQPA, alliés dans certains cas avec des tribus sunnites contre cet ennemi chiite, ainsi que la remobilisation des séparatistes sudistes hostiles à l’accord de janvier, rendent la situation plus explosive encore.

En janvier 2015, les houthistes forcent le président M. Hadi ainsi que l’ensemble de son gouvernement à démissionner. En février, un Comité révolutionnaire dirigé par Muhammad Ali al-Houthi, un cousin d'Abdel Malek al-Houthi, chef de la rébellion zaydite, est mis en place, tandis que le parlement est dissous. Dénoncé par les Nations unies et le Conseil de coopération du Golfe, le coup d’État ne confère à ce nouveau pouvoir qu’une légitimité réduite. Réfugié à Aden, le président déchu revient sur sa démission et réunit ses partisans. Le pays plonge alors dans une nouvelle guerre civile.

10.2. Guerre civile et intervention de l’Arabie saoudite

Le 25 mars, à l’appel de M. Hadi, l’Arabie saoudite décide d’intervenir pour stopper la progression des forces houthistes dans le sud du pays. Riyad prend ainsi la tête d’une coalition militaire à laquelle adhèrent ou s’associent, outre quatre États du Golfe – Qatar, Koweït, Bahreïn et Émirats arabes unis –, l’Égypte, la Jordanie, le Soudan, le Maroc ainsi que le Pakistan. Baptisée « Tempête décisive », une campagne de frappes aériennes est déclenchée contre les positions des houthistes et l’arsenal dont ils se sont emparés. Accusé de soutenir ces derniers, l’Iran, engagé ici comme ailleurs au Moyen-Orient (Syrie, Iraq, Liban, Bahreïn) dans une lutte d’influence avec le royaume saoudien, nie toute implication et dénonce cette intervention. Le 14 avril, le Conseil de sécurité de l’ONU adopte une résolution condamnant le coup d’État et appelant les houthistes à se retirer des zones dont ils ont pris le contrôle et toutes les parties à reprendre le dialogue afin de relancer le processus de transition. Un embargo sur les armes à destination des chefs rebelles et leurs alliés, au premier rang desquels l’ex-président Saleh et son fils, est recommandé. La résolution ne condamne pas l’intervention militaire mais le secrétaire général des Nations unies appelle au cessez-le-feu, en vain, malgré l’annonce d’un arrêt des frappes le 21 avril 2015. Ponctués par de courtes trêves, les combats se poursuivent et les bombardements s’intensifient au cours des mois suivants, en particulier sur la capitale, tandis que des troupes (saoudiennes et émiraties notamment) sont envoyées au sol.

Si cette intervention – qui bénéficie de l’appui logistique et politique des États-Unis – contrecarre l’offensive des rebelles houthistes dans les provinces du Sud et permet aux forces progouvernementales de reprendre, en juillet, Aden, où M. Hadi et son gouvernement peuvent se réinstaller en septembre après leur exil à Riyad, elle s’avère beaucoup plus longue et difficile que prévu et fait de très nombreuses victimes civiles. Elle facilite par ailleurs le déploiement d’AQPA et le ralliement de certains combattants djihadistes à l’« État islamique » (ou Daech) à l’origine de plusieurs attentats terroristes.

L’aggravation des tensions entre l’Arabie saoudite et l’Iran compromet les efforts de paix, mais en l’absence de victoire militaire, la perspective d’une issue politique pourrait se dessiner avec l’ébauche d’un dialogue entre les deux camps sous l’égide des Nations unies (décembre 2015) et du sultanat d’Oman, seul État du CCG resté à l’écart du conflit.