En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêts, réaliser des statistiques ainsi qu’interagir avec des réseaux sociaux.

Pour en savoir plus et paramétrer les cookies

Identifiez-vous ou Créez un compte

Taïwan

en chinois Taïwan, anciennement Formose

Nom officiel : République de Chine

Carton de situation - Taïwan
Drapeau de Taïwan
Drapeau de Taïwan

Île située au S.-E. de la Chine continentale, Taïwan est séparée de celle-ci par le détroit de Taïwan ; elle est baignée au nord par la mer de Chine orientale, à l'est par l'océan Pacifique et au sud par la mer de Chine méridionale.

  • Superficie : 36 000 km2
  • Nombre d'habitants : 23 200 000 (estimation pour 2012)
  • Nom des habitants : Taïwanais
  • Capitale : Taipei
  • Langue : chinois
  • Monnaie : dollar de Taïwan
  • Chef de l'État : Tsai Ing-wen
  • Chef du gouvernement : Lin Chuan
  • Nature de l'État : république à régime semi-présidentiel
  • Constitution :
    • Adoption : 25 décembre 1946
    • Entrée en vigueur : 25 décembre 1947
    • Révisions : avril 1991, mai 1992, juillet 1994, juillet 1997, avril 2000, juin 2005
Pour en savoir plus : institutions de Taïwan

GÉOGRAPHIE

Taïwan constitue une province de la Chine. Depuis 1949, elle est administrée de fait, sous le nom de République de Chine, par son propre gouvernement.

L'île, traversée par le tropique et abondamment arrosée par la mousson en été, est formée, à l'est, de montagnes élevées et, à l'ouest, de collines et de plaines intensément mises en valeur (canne à sucre, riz, légumes et fruits). Le secteur industriel (textiles, matériel électrique et électronique, plastiques, jouets), à vocation exportatrice, est devenu le moteur d'une économie qui a connu un essor spectaculaire.

1. Le milieu naturel

Géologiquement, l'île est un socle constitué de terrains allant du paléozoïque au crétacé, déformés par des plissements à l'oligocène. Mais ce sont des fractures plus récentes (pliocènes et quaternaires) qui ont décidé du relief actuel : une chaîne très élevée, les Chungyang Shan, culmine à près de 4 000 m d'altitude, parallèlement à la côte orientale dont elle est séparée par la dépression et les monts Taitung (1 000 m) ; elle est flanquée à l'ouest de chaînes méridiennes (Yü Shan et Hsüeh Shan), qui dominent elles-mêmes des collines et des bassins, et, enfin, la grande plaine alluviale de l'Ouest, élargie au centre sur 45 km. L'île, tropicale, est chaude et humide (15 °C en février à Taipei) et il tombe partout plus de 1 500 mm de pluies. Le relief différencie localement ces conditions : la plaine reçoit de 1 500 à 2 000 mm de précipitations de la mousson d'été et a un hiver sec ; mais jusqu'à 6 m de pluies tombent par an sur la côte orientale. Enfin, Taïwan est sur la trajectoire des typhons qui, en septembre, se dirigent vers le Japon. La forêt, défrichée dans la plaine occidentale, couvre encore les trois cinquièmes de l'île, composée d'espèces pénétropicales jusque vers 1 700 m, tempérées plus haut (chênes, érables, ormes) et, au-dessus de 2 700 m, de conifères.

2. La population

À l'origine, l'île de Taïwan était essentiellement peuplée de Paléomongoloïdes, ou Proto-Malais, rattachés au sous-groupe malayo-polynésien de la vaste famille linguistique austronésienne. Aujourd'hui, cette population primitive vit dans les régions montagneuses de l'île. Depuis une dizaine d'années, elle revendique avec force son identité culturelle et linguistique, et réclame la restitution de ses terres. Sa lutte rejoint d'ailleurs le combat plus général, engagé par l'ensemble des insulaires, pour la reconnaissance d'une identité taïwanaise.

Mais ces Taïwanais de souche ne représentent actuellement que 1,6 % de la population de l'île, la majeure partie des habitants (98 %) étant d'origine chinoise. Les premiers Chinois seraient arrivés à Taïwan au ixe s. Pourtant, ce n'est qu'à partir du xviie s., sous les Qing, que la colonisation chinoise se développe réellement. Des habitants de la province du Fujian – à laquelle Taïwan est rattachée jusqu'en 1887 – quittent le continent pour s'installer sur l'île. En 1811, grâce à ces colons qui parlent le dialecte minnan, Taïwan compte 2 millions d'habitants. Par ailleurs, des Hakkas venus de la province de Canton s'installent à leur tour sur l'île, constituant une nouvelle vague de colonisation.

En 1895, après deux siècles de rattachement à la Chine, la province de Taïwan devient une colonie japonaise. En un demi-siècle, les Japonais réussissent à imposer leur langue et bien des traits de leur civilisation. Mais, en 1945, Taïwan repasse aux mains des Chinois, ce retour à la Chine entraînant l'arrivée massive de nouveaux « continentaux » dans l'île. En effet, après la défaite du nationaliste Jiang Jieshi (Tchang Kaï-chek) sur le continent (1949), 2 millions de Chinois trouvent refuge à Taïwan. Ces derniers viennent s'ajouter aux 6 millions de Taïwanais occupant déjà l'île.

Actuellement, ces apports successifs ne constituent plus un problème majeur. Le droit des minorités est reconnu et respecté. Le minnan, persécuté du temps de Jiang Jieshi au profit du mandarin, est aujourd'hui parlé, écrit et diffusé sur les ondes. Les colons originaires du Fujian – soit 75 % de la population actuelle – continuent donc à utiliser leur dialecte, mais la plupart d'entre eux connaissent également le mandarin, appris à l'école. Les Hakkas s'expriment, eux aussi, volontiers dans leur langue. Quant aux « continentaux », ils ne parlent que le mandarin. Quoi qu'il en soit, tous ont de plus en plus conscience d'une identité taïwanaise, jouissant de certaines spécificités, dans le cadre d'une culture chinoise acceptée par tous, ou presque.

Actuellement, Taïwan est l'un des pays qui possède la densité de population la plus élevée du monde : 600 habitants par km2 en moyenne – 1 500 habitants par km2 si l'on exclut les terres montagneuses et forestières, à peu près désertes. Pourtant, dès les années 1950, le gouvernement a imposé une politique de contrôle des naissances, limitant le nombre d'enfants à deux par famille. Le niveau d'instruction est élevé, semblable à celui du Japon ou de la Corée du Sud : l'île ne compte que 6 % d'illettrés. Taïwan possède donc toutes les caractéristiques d'un pays développé, ce qui fait d'elle un nouveau pays industrialisé (N.P.I.). En trois décennies, Taïwan est ainsi devenue l'un des « dragons asiatiques ».

3. L'économie de l'après-guerre

Après la Seconde Guerre mondiale, sous l'impulsion des Américains, désireux de faire de Taïwan un « porte-avions insubmersible » face à la Chine communiste, l'île a connu de profonds bouleversements économiques. À l'instar du Japon, l'État a joué un rôle décisif dans ces réformes. Le puissant ministère du Commerce extérieur a notamment favorisé les exportations par la sous-évaluation du yuan et développé, par divers avantages, les productions nationales, pour les substituer à de coûteuses importations. L'État a également profité de la confiscation des entreprises japonaises pour assurer, en 1952, 52 % de la valeur de la production industrielle de l'île. Mais, comme dans le Japon de l'ère Meiji, une fois réalisés les principaux investissements, le gouvernement taïwanais a passé la main au secteur privé. Des conglomérats se sont développés dans l'industrie lourde – l'acier, le ciment et la pétrochimie. Ces ensembles industriels sont étroitement liés au gouvernement et à son parti, le Guomindang, à l'imitation des chaebols sud-coréens et des keiretsu japonais.

La première étape de la politique de reconstruction économique a été la réforme agraire, réalisée entre 1951 et 1953. La propriété a été limitée à 3 hectares pour la riziculture et 6 hectares pour les cultures sèches, l'État rachetant le surplus aux grands propriétaires, indemnisés par des bons du Trésor et des actions dans les entreprises d'État. Les anciens notables ruraux ont réinvesti leurs capitaux dans de multiples petites entreprises. Cela a permis l'émergence d'une nouvelle classe moyenne, moderne et relativement instruite. Quant aux 200 000 paysans, naguère fermiers de leurs terres, ils sont devenus propriétaires de petits lopins de terre, dans d'excellentes conditions. Grâce à ces mesures, la production agricole s'est considérablement accrue. L'agriculture est prospère : canne à sucre, riz, légumes et fruits, thé, complétée par la pêche et l'aquaculture.

4. Une puissance économique mondiale

Un peu de houille et de gaz sont les seules ressources notables du sous-sol. L'électricité est fournie pour près de moitié par les centrales nucléaires. Le secteur industriel, fondement de la puissance économique, importe ses matières premières et les produits de base et exporte des produits élaborés. Il est devenu le moteur d'une économie qui a connu un essor spectaculaire. Dominé autrefois par les industries de main-d'œuvre (faisant de la sous-traitance pour le compte de firmes étrangères), il concerne maintenant de plus en plus les secteurs de la technologie de pointe. Taïwan est le troisième producteur mondial de semi-conducteurs et le deuxième producteur mondial d'écrans plats. Les matériels électriques et électroniques viennent en tête des exportations, suivis par le textile, les objets de plastique et les jouets. Le tourisme est important. Le Japon, la Chine continentale et les États-Unis sont les principaux partenaires de Taïwan.

Le développement industriel s'est fait en trois étapes. Durant les vingt premières années, Taïwan a favorisé principalement l'essor des industries de main-d'œuvre. Ensuite, vers 1970, la politique s'est orientée vers le développement des industries de capitaux à forte valeur ajoutée. Cela s'est traduit notamment par la création de zones industrielles franches, à Kaohsiung en 1966 et à Nanhoi en 1970. Depuis les années 1990, avec l'apparition de technopoles vouées à la très haute technologie – au nord, le parc industriel scientifique de Hsinchu, ouvert dès 1980, et, au sud, celui de Hsinshih, ouvert en 1996 –, Taïwan utilise au mieux la qualité exceptionnelle de sa main-d'œuvre. Un énorme pôle financier, boursier et aéroportuaire – le « Centre d'opération régionale de l'Asie pacifique » – se développe le long de l'autoroute Sun Yat-sen, dans la gigantesque conurbation formée par Keelung, Taipei et Kaohsiung. Ces conglomérats financiers et industriels coopèrent avec 900 000 P.M.E., qui assurent la majorité des emplois. Ils entretiennent généralement d'étroites relations avec des multinationales américaines, mais sont aussi en très bons termes avec le parti démocratique progressiste. Comme souvent d'ailleurs en Asie orientale, le politique et l'économique s'interpénètrent, ce qui facilite le financement des entreprises, mais constitue également un facteur de fragilité.

En effet, cette réussite repose sur le maintien de l'actuel statu quo avec la Chine populaire – une indépendance de fait, mais non de droit, de l'île de Taïwan –, qui rassure les investisseurs étrangers et favorise des délocalisations rentables sur le continent. L'avenir de Taïwan dépend donc de l'évolution de la situation politique et des relations internationales.

HISTOIRE

1. De la colonisation chinoise à la mainmise nationaliste

L'île est colonisée par les Chinois au xiie siècle. Les Portugais, qui la découvrent en 1590, lui donnent le nom d'Ilha Formosa (Formose), mais ne peuvent s'y implanter. Plus heureux, les Hollandais fondent Anping sur la côte ouest (1624) et repoussent une tentative espagnole sur Keelung (1642). Le pirate chinois Koxinga s'empare de l'île (1661), qui devient une principauté autonome ; mais, conquise par les empereurs mandchous, l'île devient chinoise (1683). En 1860, les Occidentaux obtiennent l'ouverture de Taïwan à l'influence des missionnaires catholiques et protestants. À la suite du massacre de pêcheurs japonais échoués sur la côte (1871), un corps d'armée japonais, commandé par Saigo Tsugumichi, débarque dans le Sud (1874), puis l'évacue après versement d'une indemnité. Lors de la guerre du Tonkin, l'amiral Courbet, pour le blocus du riz, occupe Keelung, mais Lespès échoue devant Tanshui (1884). Lors de la paix de 1885, la France renonce à l'île, que les Japonais annexent par la paix de Shimonoseki (avril 1895). Durant la Seconde Guerre mondiale, ils font de Taïwan une base d'invasion. À la conférence du Caire (1943), Jiang Jieshi (Tchang Kaï-chek) se voit promettre la restitution de Taïwan, qui a lieu en septembre 1945.

Les envoyés du Guomindang, bien accueillis à leur arrivée, se comportent comme en pays conquis, tenant ouvertement les insulaires pour des « collaborateurs » de l'occupant nippon ou pour des Chinois de seconde zone. De plus, ils apportent avec eux toutes les tares qui minent le régime sur le continent : inflation galopante, chômage massif, corruption généralisée. En février 1947, une émeute, à Taipei, aboutit à une insurrection générale de l'île. Le gouverneur négocie alors avec des élus de la population qui exigent dans une certaine confusion le retrait des forces nationalistes et une véritable autonomie. Mais des renforts militaires envoyés du continent à partir du 5 mars se livrent pendant dix jours à une répression impitoyable, qui sera prolongée de façon ordinaire jusqu'en 1954 par une terreur blanche permanente. On parle en tout de 10 000 à 20 000 victimes.

2. La Chine nationaliste de Jiang Jieshi

Après la victoire de la Chine populaire (1949), l'île devient le refuge de la Chine nationaliste ; elle est officiellement cédée par le Japon au traité de San Francisco (septembre 1951). Cependant, Jiang Jieshi continue de faire de la reconquête de la Chine continentale l'objectif théorique de sa politique et, durant vingt ans, la République de la Chine nationaliste (Taïwan et trois îles voisines), qu'il dirige, assume l'apparence de la légalité chinoise dans les organismes internationaux. De son côté, le gouvernement de Pékin ne cesse d'affirmer ses droits sur Taïwan. Aussi, avec l'appui des États-Unis, Jiang Jieshi entretient-il une armée de 600 000 hommes, qui absorbe plus de 80 % du budget de l'île. En novembre 1966, Jiang Jieshi, dont le fils, le ministre de la Défense nationale, Jiang Jingguo fait figure d'héritier présomptif, lance la « Rénovation culturelle », destinée à sauvegarder les « valeurs traditionnelles de la société chinoise » menacées par la « Révolution culturelle des rouges ».

Si Jiang Jieshi et le Guomindang se maintiennent au pouvoir lors des élections de 1972, la situation du gouvernement nationaliste n'en est pas moins fortement modifiée à partir du moment où les États-Unis prennent contact avec le gouvernement de Pékin. La prétention de représenter l'ensemble de la Chine doit être abandonnée après que l'Assemblée générale de l'ONU eut expulsé la délégation de Taipei (25 octobre 1971). Les États-Unis reconnaissent bientôt le fait accompli.

Après la mort de Jiang Jieshi (avril 1975), Yen Chia-kan devient président de Taïwan, tandis que Jiang Jingguo, Premier ministre, devient président du Guomindang. En 1978, il est élu président de la République, détenant ainsi la majeure partie des pouvoirs. En 1979, les États-Unis reconnaissent officiellement la République populaire de Chine et rompent leurs relations diplomatiques avec Taïwan dont ils restent, cependant, le principal appui.

3. Lee Teng-hui et la libéralisation du régime

Le 14 juillet 1987, la levée de la loi martiale, imposée à l'île par Jiang Jieshi le 19 mai 1949, ouvre une ère nouvelle dans la vie politique de la République de Chine. Après la mort de Jiang Jingguo, le 13 janvier 1988, et la désignation comme successeur d'un Taïwanais d'origine, Lee Teng-hui, le démantèlement de l'appareil répressif du Guomindang s'accélère. Déjà, les dirigeants élus par le XIIIe congrès du Guomindang, en 1988, sont en majorité des Taïwanais et non plus des continentaux. Les opposants libéraux au régime et les partisans d'une autonomie ou d'une indépendance de l'île s'étaient organisés en une formation « hors parti » (tangwai) dès 1978, mais ils avaient connu des échecs, des divisions internes et diverses périodes de répression. En septembre 1986, le parti démocratique progressiste (Democratic Progressive Party [DPP]) affronte les élections sans succès notable, en proposant des réformes politiques libérales et l'indépendance de l'île.

Dans les années 1990-1995, cependant, la vie politique se développe dans un climat plus libre, surtout dans le Sud, autour de Kaohsiung. Le 28 février 1995, Lee Teng-hui présente ses excuses officielles pour la répression de 1947, érige un monument dédié aux victimes et fait du jour anniversaire de la tragédie une fête chômée. Le pas décisif est franchi le 23 mars 1996, avec l'élection au suffrage universel par 54 % des voix – la participation est de 75 % – de Lee Teng-hui, candidat officiel du Guomindang. En perte de vitesse et désormais amputé de ses membres restés fidèles à la thèse de la reconquête du continent, ce dernier cherche à normaliser ses relations avec la Chine populaire, en espérant pérenniser le statu quo qui assure à l'île une indépendance de facto. Après les élections locales de novembre 1997, le DPP devient le premier parti de l'île avec 43,32 % des voix, devant le Guomindang, 42,12 %. S'étant peu à peu rallié à l'idée du maintien du statu quo et renonçant à une indépendance formelle dont la Chine populaire fait un casus belli, il souligne la nécessité de réformes démocratiques de fond. En décembre 1998, le Guomindang remporte les élections législatives et locales, avec 46,43 % des voix, mettant fin, provisoirement, à la lente érosion de son électorat entamée depuis plusieurs années. Le DPP enregistre, quant à lui, un léger recul, avec 29,56 % des suffrages. Les Taïwanais sont alors rassurés devant la relative bonne résistance de leur économie emportée par la tourmente de la crise asiatique.

4. « Indépendantistes » face au Guomindang : les rapports avec la Chine populaire au cœur de la politique taïwanaise

La question des relations avec la Chine populaire devient centrale, mais controversée et conflictuelle à la suite d’une réunion organisée à Hongkong en novembre 1992 entre les représentants de l’Association pour les relations à travers le détroit de Taïwan (ARATS) pour Pékin, et la Fondation des échanges entre les deux rives (SEF) pour Taipei. Ce qui sera désigné comme le « consensus de 1992 » – les deux parties reconnaissent le principe d’« une seule Chine » mais l’interprètent différemment – en sera le fruit sans être cependant reconnu par le DPP. À trois reprises, le régime communiste confirme sa détermination en organisant des manœuvres militaires visant à intimider Taïwan (juillet et août 1995, mars 1996). À l'automne 1998, de hauts responsables de Taïwan et de la Chine populaire entament des négociations difficiles : Pékin veut tirer avantage du retour réussi de Hongkong sous souveraineté chinoise en 1997 pour faire pression sur Taïwan, qui, de son côté, cherche à faire reconnaître par les communistes son indépendance. Pékin multiplie les menaces contre l'île nationaliste après la proposition par Lee Teng-hui, en juillet 1999, de la formule « relations d'État à État » pour évoquer les relations entre Taïwan et la Chine.

4.1. L’accession au pouvoir du DPP et la présidence de Chen Shui-bian

En mars 2000, malgré les diverses tentatives d'intimidation de Pékin tout au long de la campagne électorale, le candidat de la mouvance indépendantiste Chen Shui-bian, président du DPP, remporte l'élection présidentielle (39,3 %), devant James Soong (36,8 %), candidat « dissident » du Guomindang, et Lien Chan (23,1 %), candidat « officiel » de ce même parti ; ce scrutin met fin à cinquante ans de pouvoir sans partage du Guomindang. En butte à l'hostilité des dirigeants chinois, le nouveau président taïwanais, entré en fonctions le 20 mai 2000, s'emploie aussitôt à rassurer Pékin en appelant au dialogue et en proposant l'organisation d'un « sommet de la paix ».

Les élections législatives de décembre 2001 confirment l'importance croissante du DPP dans le paysage politique ; celui-ci, en obtenant 87 des 225 sièges du Parlement, devient la première force politique du pays. La formation d'une alliance avec le parti de la Solidarité taïwanaise (TSU, radical indépendantiste) donne au président Chen la marge de manœuvre minimale au Parlement qui lui faisait défaut depuis son élection en 2000. Le Guomindang, quant à lui, pâtit d'une image ternie par des années de corruption, alors même que les difficultés économiques rencontrées par l'île nationaliste auraient dû lui être favorables. Mais, les électeurs ont préféré réaffirmer clairement leur spécificité face au continent, en dépit de la forte attraction exercée par une Chine populaire en pleine expansion (« fièvre de Shanghai ») auprès de nombre d'hommes d'affaires taïwanais.

La posture irrédentiste de la Chine n'évolue guère, cette dernière se bornant à éviter de mettre en avant le thème de la force. Ainsi, la visite officielle du dalaï-lama à Taipei (avril 2001) comme le voyage « privé » aux États-Unis de Chen Shui-bian (mai-juin) ne suscitent guère de réactions de la part de Pékin, qui, en revanche, n'autorise pas le président à participer au sommet de l'APEC à Shanghai. Toutefois, le projet gouvernemental d'une nouvelle Constitution et celui visant à légaliser le recours au référendum (novembre 2003), relèvent, selon Pékin, du séparatisme.

La courte victoire de Chen Shui-bian lors de l'élection présidentielle du 20 mars 2004 (le président sortant ne l'emportant que de quelques milliers de voix devant Lien Chan, candidat du Guomindang) est vivement contestée par l'opposition qui dénonce, en outre, le mystérieux attentat dont a été victime le chef de l'État la veille du scrutin. Le président Chen essuie un échec dans le double référendum organisé le même jour sur le renforcement de la défense de l'île face à la menace des missiles chinois et sur l'ouverture de discussions avec la Chine, invalidé faute du quorum nécessaire. Affaibli, Chen Shui-bian infléchit sa politique quitte à décevoir ses partisans, en réduisant la révision de la Constitution à un amendement purement technique sans toucher à la question controversée de l'indépendance formelle de l'île (le recours au référendum pour tout amendement constitutionnel sera adopté en 2006 selon des modalités très restrictives).

5. Le retour du Guomindang au pouvoir

Les élections législatives du 11 décembre 2004, perdues par la coalition des indépendantistes au profit du Guomindang qui conserve avec ses alliés du Qinmindang la majorité au Yuan législatif, éloignent un peu plus la perspective d'un glissement progressif vers l'indépendance. Quelques semaines après l'adoption par l'Assemblée nationale chinoise d'une loi antisécession légitimant le recours à la force contre Taïwan si celle-ci proclamait son indépendance, la visite officielle et historique du leader du Guomindang, Lien Chan, à Pékin le 29 avril 2005, au cours de laquelle sont signés plusieurs accords visant à une réunification de l'île sous forme de province autonome, embarrasse le président Chen. La défaite du DPP aux élections régionales du 3 décembre 2005 puis les accusations de corruption éclaboussant l'entourage présidentiel entraînent une brutale désaffection des Taïwanais envers leur président (qui sera finalement condamné à la prison à vie pour détournement de fonds, blanchiment, faux en écriture et corruption en 2009), plus de la moitié estimant qu'il devrait démissionner. Son parti, le DPP, désavoué par une part croissante de son électorat qui lui reproche sa remise en cause récurrente du statu quo dans les relations avec la Chine (campagne de « détchankaïtchekisation ») et l'aggravation de l'isolement international de l'île (comme en témoigne, notamment, la rupture des relations diplomatiques décidée par le Costa Rica en juin 2007), est sévèrement battu aux élections législatives du 12 janvier 2008 par le Guomindang, qui enlève 81 sièges (sur 113) au Yuan. La victoire du candidat de l'opposition, Ma Ying-jeou (58,4 % des voix), devant le candidat du DPP, Frank Hsieh (41,5 %), lors du scrutin présidentiel du 22 mars, consacre le retour au pouvoir du Guomindang.

5.1. Ma Ying-jeou et le rapprochement avec la Chine

Le rapprochement avec la Chine se déroule dès lors en plusieurs étapes : en novembre 2008, lors d’une rencontre historique depuis la fin de la guerre entre communistes et nationalistes chinois il y a 60 ans, le président taïwanais reçoit Chen Yunlin, responsable chinois du département des relations entre la Chine populaire et Taïwan. Le mois suivant, premier signe concret du réchauffement des relations entre les deux pays, la Chine et Taïwan inaugurent leurs premières liaisons aériennes directes quotidiennes et des services maritimes et postaux directs à travers le détroit sont établis. Enfin, couronnement de ce rapprochement, un accord-cadre de coopération économique (ECFA) libéralisant les échanges commerciaux entre les deux pays (suppression ou réduction des taxes sur des centaines de produits) est signé en juin 2010 et entre en vigueur en septembre.

En janvier 2012, le président sortant Ma Ying-jeou est réélu pour un second mandat tandis que le Guomindang remporte les élections législatives. Investi en mai, le président veut poursuivre la politique de rapprochement pacifique avec la Chine populaire dans le cadre du statu quo (défini par les formules « pas d’unification, pas d’indépendance et pas de recours à la force » et d’« Une République de Chine, deux régions ») alors que Taïwan est désormais le premier investisseur étranger en Chine continentale, devenue son premier partenaire commercial.

En témoigne ainsi l’échange de bureaux entre l’Association pour les relations à travers le détroit de Taiwan (ARATS), et la Fondation des échanges entre les deux rives (SEF), basées respectivement à Pékin et à Taipei. Dans le même temps toutefois, il engage son gouvernement à accélérer les mesures de libéralisation commerciale afin de créer un environnement propice à l’adhésion de l’île au Partenariat Trans-Pacifique (TPP) proposé par les États-Unis et visant la création d’une vaste zone de libre-échange (signé par douze États en février 2016 mais en attente de ratification), un projet vu avec méfiance par Pékin qui prône de son côté la constitution d’un espace économique avec la Corée du Sud et le Japon.

Les concessions faites à la Chine provoquent cependant la crainte d’une grande partie de la population de voir l’île progressivement et insidieusement subir le même sort que celui de Hongkong. Mobilisés au sein d’un mouvement dit « des tournesols », les étudiants occupent ainsi, en mars-avril 2014, le Yuan législatif pour protester contre l’adoption en force d’un traité de libre-échange peu transparent portant sur l’ouverture du secteur des services taïwanais aux investisseurs chinois. Alors que le soutien au chef de l’État est en chute libre, le DPP se rallie aux contestataires qui obtiennent gain de cause, le président du parlement s’engageant à faire adopter une loi-cadre de supervision des accords entre les deux rives du détroit avant un réexamen du texte incriminé.

6. Nouvelle alternance : la présidence de Tsai Ing-wen

En janvier 2016, à l’issue d’une campagne électorale axée davantage sur les questions économiques (liées à l’essoufflement de la croissance sous l’effet notamment du ralentissement de l’économie chinoise) que sur les relations avec Pékin, le DPP revient au pouvoir à la suite d’une éclatante victoire aux élections présidentielle et législatives. Sa présidente, Tsai Ing-wen (qui avait été battue en 2012), première femme à accéder à la tête de l’État, recueille 56 % des suffrages contre 31 % au candidat du Guomindang, en proie aux divisions et affaibli depuis 2014. Avec 68 sièges sur 113, le DPP remporte pour la première fois une majorité au Yuan législatif. Particularité de ce scrutin, le parti du nouveau pouvoir (NPP), fondé par le chanteur de rock Freddy Lim dans le sillage du « mouvement des tournesols » et porteur des aspirations de la jeunesse à une démocratie participative (dont le candidat obtient 12 % des voix au scrutin présidentiel), fait son entrée au parlement avec 5 sièges.

Dans son discours inaugural du 20 mai, la présidente se fixe parmi ses objectifs prioritaires une réforme du système économique et social taïwanais ainsi que la reprise des discussions commerciales, y compris en vue de l’association de Taïwan au TPP. Concernant les relations inter-détroit, si elle appelle à un « dialogue positif » entre les deux gouvernements, sa référence au « consensus de 1992 » reste évasive et prudente, le terme de « consensus » n’étant pas prononcé même si ce « fait historique » est reconnu, tandis qu’elle rappelle comme fondation essentielle du dialogue avec la Chine le respect de la Constitution taïwanaise et des principes démocratiques. Une position jugée « incomplète » par Pékin qui accueille avec froideur et réserve cette victoire.