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Népal

en népalais Nepāl

Nom officiel : République démocratique fédérale du Népal

Carton de situation - Népal
Drapeau du Népal
Drapeau du Népal

État d'Asie méridionale situé dans l'Himalaya, le Népal est enclavé entre la Chine (le Tibet), au nord, et l'Inde, au sud.

  • Superficie : 140 000 km2
  • Nombre d'habitants : 27 797 000  (estimation de 2013)
  • Nom des habitants : Népalais
  • Capitale : Katmandou
  • Langue : népalais
  • Monnaie : roupie népalaise
  • Chef de l'État : Bidhya Devi Bhandari
  • Chef du gouvernement : Khadga Prashad Sharma Oli
  • Nature de l'État : république
  • Constitution :
    • Adoption : 16 septembre 2015
    • Entrée en vigueur : 20 septembre 2015
Pour en savoir plus : institutions du Népal

GÉOGRAPHIE

1. Le milieu naturel

La majeure partie du territoire est située dans l'Himalaya, où se trouvent, près de la frontière du Tibet, quelques-uns des plus hauts sommets du monde (Everest, Makalu, Dhaulagiri, Annapurna) ; près de 250 sommets de plus de 7 000 m ont été recensés. Dans sa bordure sud, le Népal comprend une zone de plaine, qui appartient à la frange himalayenne du Terai. L'extension du territoire en longitude, sur 800 km, explique la distribution des climats : à l'est (bassin de l'Arun), le climat très humide de l'Himalaya oriental ; au centre (bassin de la Gandak), un climat de mousson où s'annoncent les tendances méditerranéennes à pluies d'hiver de l'Himalaya occidental.

2. La population

Le Népal est un petit pays totalement enclavé entre deux grandes puissances régionales, l'Inde et la Chine. C'est un des États les plus pauvres d'Asie.

L'indice de fécondité est en forte diminution (2,9 enfants par femme) et la population encore jeune (36 % de moins de 15 ans). L'analphabétisme touche environ 42 % des femmes et 25 % des hommes. La population, fruit de nombreuses migrations, est rurale à 83 % et se regroupe selon les structures de la chaîne himalayenne. Elle se concentre pour plus de 50 % dans la « ceinture » méridionale du Terai (appelé aussi Madhesh), pour 43 % dans les zones centrales de moyenne montagne, et pour 7 % dans le haut Himalaya.

Elle se divise grossièrement en Indo-Népalais et en Tibéto-Népalais mais selon le recensement de 2011, on compte 125 groupes basés sur la caste (Chhetri, 16,6 % de la population, « Brahman-Hill » ou Khas Bahun, 12,2 %) ou l’ethnie. Ainsi, au sud, dans le Terai et ses zones marécageuses, vivent environ 1,7 million de Tharus autochtones (6,4 % de la population totale) ; les Newars (1 300 000 personnes, 5 % environ) forment l'essentiel des habitants de la vallée de Katmandou et possèdent une langue (tibéto-birmane) écrite.

Tout comme les Newars, de nombreuses populations tribales, descendantes de peuples mongols, vivent sur le flanc sud de la chaîne himalayenne (Magars [7,1 %], Gurungs [environ 3 %], Tamangs [5,8 %]). Le nord du pays est peuplé de Sherpas et de Bhotias.

On dénombre 123 langues parlées comme langue maternelle mais c'est le népalais, langue indo-européenne officielle, qui sert de moyen de communication entre les diverses ethnies (bien qu'il ne soit la langue principale que de 45 % de la population) suivi du maithili (environ 12 % de locuteurs), du bhojpuri (6,6 %)…

Malgré sa diversité ethnique et son relief compartimenté, le royaume connaît une évolution qui tend à la domination culturelle des langues indo-népalaises (80 % de locuteurs) et de la religion hindoue accompagnée de son système de castes ; jusqu'à l'abolition de la monarchie et de la Consitution de 1990, le Népal était en effet le seul État du monde dont la religion officielle était l'hindouisme, malgré la présence d'une assez forte minorité bouddhiste de 2 400 000 personnes.

De nombreux travailleurs népalais (environ 1 500 par jour) quittent le pays pour le Qatar, l'Arabie saoudite, le Koweït, la Malaisie ou la Corée du Sud. Les transferts des émigrés atteignent près du quart du produit intérieur brut. Plus de la moitié de la population vit de ces envois. Cependant, le départ des hommes vide les zones rurales de leurs forces vives et cet exode ne crée pas d'emplois dans le pays.

3. L'économie

L'agriculture, qui constitue 39 % du produit intérieur brut (P.I.B.), varie autant selon les différences ethniques que selon l'altitude ; elle emploie plus de 80 % des Népalais. Si la vallée de Katmandou peut combiner trois cultures par an, elle reste une exception. Le sud du pays, où croissent le riz et le blé, offre un fort potentiel de développement. D'une manière générale, les cycles agricoles sont savamment organisés et mêlent culture et élevage pastoral. Dans le moyen Himalaya, les exploitations en terrasses restent petites (moins d'un demi-hectare). Malgré l'utilisation systématique des ressources agricoles, le Népal connaît maintenant un déficit alimentaire chronique : l'accroissement de la population conduit à l'appauvrissement des paysans, qui provoque un exode rural et le défrichement de nouvelles terres, déséquilibrant l'écologie du territoire.

Le monde urbain et le développement industriel du royaume restent embryonnaires : 15 % seulement de la population vivent dans les villes (malgré des densités rurales de 1 700 habitants par km2 dans le bassin de Katmandou), et l'industrie constitue le cinquième du P.I.B. Elle se limite aux biens manufacturés (pour la demande intérieure) et plus récemment à la confection et au textile pour l'exportation. Le Népal essaie de se dégager de l'emprise de l'Inde avec laquelle il réalisait 80 % de son commerce extérieur : les États-Unis et l'Union européenne (surtout l'Allemagne) représentent maintenant ses plus gros clients. Mais le grand voisin indien contrôle le transit terrestre de ses marchandises, et reste le fournisseur exclusif du pays en carburant. Privé de ressources minières (à part quelques gisements artisanaux de fer, de zinc et de cuivre), le Népal dispose d'un potentiel hydroélectrique important, mais celui-ci implique d'importants déplacements de population pour la construction des barrages. L'absence actuelle de stabilité politique empêche la modernisation du pays, qui passe avant tout par l'amélioration des infrastructures.

Le tourisme est devenu une ressource notable.

HISTOIRE

Les Newars occupent le Népal sans doute dès l'époque préhistorique, mais le pays dépend plutôt de l'Inde sous la dynastie d'Ashoka et au temps des empires kushana et gupta. La véritable histoire du Népal commence en fait au viiie siècle avec l'ouverture des grands cols himalayens et le début de l'influence indienne. Le Népal devient, à partir du xiie siècle, au début des grandes invasions musulmanes, le refuge des moines bouddhistes et de certains souverains hindous chassés de leur royaume, comme Harisimha, roi du Tirhut (xive siècle). Jaya Sthiti, souverain de la dynastie Malla, introduit au début du xve siècle un système de castes et une codification des lois inspirés des principes hindous.

1. La dynastie gurkha

Au xviiie siècle, la caste militaire des Gurkhas, installée primitivement à l'ouest de la vallée de Katmandou, se rend maître du Népal, divisé et affaibli (1769). Le raja gurkha Prithvi Narayan fonde une nouvelle dynastie. Après sa mort (1775), le Népal, déchiré par de longues querelles de succession, attaque le Tibet (1790), mais est envahi (1791) par les armées de l'empereur de Chine, Qianlong, qui lui impose sa suzeraineté.

2. L'influence britannique

Pour y échapper, le Népal signe des traités de commerce avec la Grande-Bretagne (1791 et 1792) et accepte même la présence d'un résident britannique (1801), expulsé dès 1803. Après une courte guerre (1814-1816), un nouveau résident britannique est envoyé à Katmandou (traité de Segowlie [aujourd'hui Sagauli], 1816), et les liens sont définitivement resserrés avec la Grande-Bretagne sous le gouvernement de Jung Bahadur Rana (1846-1877). Celui-ci enlève le pouvoir réel au souverain, réforme l'administration, mène une guerre victorieuse contre le Tibet (1854-1856) et soutient militairement les Britanniques lors de la révolte des cipayes (1857), mais ce n'est qu'en 1923 que la Grande-Bretagne reconnaît la pleine indépendance du pays.

La vie politique népalaise est pourtant troublée par la sourde opposition existant entre le souverain et le Premier ministre, pris héréditairement depuis 1846, dans la famille Rana.

Le conflit s'accentue à partir de 1947, quand l'Inde, devenue indépendante, essaie d'absorber le Népal en y constituant un parti du « Congrès », affilié au Congrès indien. Le Premier ministre ayant affiché plus nettement que le roi Bir Bikram Tribhuvana son souci de l'indépendance du Népal, le souverain se réfugie à New Delhi (novembre 1950), d'où il organise le coup d'État qui lui permet de proclamer la monarchie constitutionnelle (février 1951), puis de chasser les Rana du pouvoir.

Son fils Mahendra Bir Bikram, qui lui succède à sa mort en 1955, réussit à faire admettre son pays à l'ONU (décembre 1955) et promulgue en 1959 une Constitution de type parlementaire. Le Népal s'efforce dès lors de maintenir une politique d'équilibre entre ses deux puissants voisins, la Chine et l'Inde.

3. Le système absolutiste du panchayat

Cependant, devant la difficulté d'appliquer un véritable régime parlementaire, le souverain procède à un nouveau coup d'État (15 décembre 1960), et promulgue en 1962 une nouvelle Constitution qui renforce son autorité.

Est institué un système de conseils locaux, ou panchayat, qui élisent au suffrage indirect restreint une partie du panchayat national, l'autre partie étant désignée par le souverain. Des efforts de modernisation sont entrepris (réforme agraire, plan de développement, abolition du système des castes). Mais l'insuffisance de ces mesures, l'autoritarisme du régime, l'influence grandissante du parti d'opposition pro-indien, le parti népalais du Congrès (NC) entretiennent une agitation croissante (émeute de Katmandou, mai 1979).

Birendra Bir Bikram, au pouvoir depuis la mort de son père Mahendra en 1972, s'engage en 1980 dans un processus de démocratisation. Il amnistie les prisonniers politiques en avril et organise en mai un référendum appelant les Népalais à choisir entre le système en place ou le multipartisme. Il s'en dégage une majorité (55 %) en faveur du régime en vigueur. En décembre, le roi promulgue une réforme constitutionnelle qui institue une prudente démocratisation, bien que les partis restent interdits.

Le 9 mai 1981 ont lieu des élections générales au suffrage universel afin de choisir les 112 des 140 membres du panchayat national – les 28 autres étant nommés par le roi – qui désigne le Premier ministre, désormais responsable devant le souverain.

Les élections du 12 mai 1986 sont marquées par l'entrée au panchayat de nombreux nouveaux députés, favorables à une libéralisation du système politique et à des réformes économiques. Mais, devant l'immobilisme du régime, l'opposition se durcit.

4. La démocratisation du pays

Le roi cède à la pression populaire et rétablit le multipartisme ; il accepte, en novembre 1990, la nouvelle Constitution qui fait du Népal une monarchie constitutionnelle. Un gouvernement d'union nationale dirigé par Krishna Prasad Bhattarai est chargé d'assurer l'intérim, dans l'attente des élections prévues en mai 1991. La victoire du parti du Congrès avec 99 sièges est aussi celle du parti marxiste-léniniste uni (UML), qui remporte 68 sièges et s'impose comme la seconde force politique du pays.

Mais le nouveau gouvernement, dirigé par Girija Prasad Koirala, ne parvient pas à réaliser son programme de réformes libérales. De nouvelles élections, provoquées par sa démission en juillet 1994, permettent aux communistes de diriger le pays, en dépit d'une très mince victoire : Man Mohan Adhikari devient Premier ministre.

5. Guérilla communiste et stagnation économique

À partir de 1995, le Népal s'enfonce dans un chaos politique. Plusieurs gouvernements de coalition, qui tombent à la moindre crise, se succèdent. Si la démocratie semble s'ancrer de mieux en mieux dans la vie politique, le factionalisme au sein des partis empêche la stabilisation du pays. Une faction maoïste du parti communiste népalais (CPN-M), cherchant à renverser la monarchie constitutionnelle, s'engage, à partir de 1996, dans une guérilla contre la « corruption » du système parlementaire. L'influence grandissante des maoïstes, en particulier dans les campagnes démunies de l'ouest du pays, s'explique d'autant mieux que l'incurie de la classe politique bloque quasiment le système parlementaire. La guérilla s'appuie sur les frustrations et les revendications de tous ceux qui se sentent opprimés par les élites et trahis par Katmandou.

En avril 1998, le parti du Congrès revient au pouvoir ; le Premier ministre, G. P. Koirala, dirige un gouvernement de coalition minoritaire avec l'appui d'une partie des communistes. Le retour du parti du Congrès est confirmé par sa victoire aux élections législatives de mai 1999 (110 sièges sur les 201 que comportent le Parlement). G. P. Koirala est remplacé au poste de chef de gouvernement, par un autre leader du parti, K. P. Bhattarai. Puis G. P. Koirala est à nouveau Premier ministre en mars 2000, après la démission de K. P. Bhattarai.

La libéralisation économique, entamée en 1991, peine à redresser le royaume qui connaît une forte inflation et ne parvient toujours pas à attirer les capitaux étrangers. La croissance du PNB reste très faible ; le pays reste totalement dépendant de l'aide internationale.

Sur le plan extérieur, la position géopolitique du Népal, enclavé entre l'Inde et la Chine, oblige ce dernier à adopter une attitude prudente. Le pays s'efforce de se dégager de l'emprise du géant indien, avec lequel subsistent plusieurs contentieux hérités du passé : en 1996, signature d'un traité à propos d'un barrage controversé sur la rivière Mahakali ; en 1997, ratification d'un traité d'exploitation hydroélectrique.

6. Fin de la guerre civile et abolition de la monarchie

Le 1er juin 2001, dans un geste de folie provoqué par le refus de la reine de le laisser épouser la femme de son choix, le jeune prince héritier Dipendra abat dix membres de la famille royale, dont le roi et son épouse, avant de se suicider. Le régent Gyanendra, frère puîné de Birendra et seul survivant de la lignée, est proclamé roi du Népal. Une majorité de Népalais, très attachés au roi défunt, soupçonnent Gyanendra d'être impliqué dans le massacre, soupçons alimentés par la guérilla maoïste qui multiplie ses actions violentes.

6.1. L'intégration des maoïstes dans le jeu politique

Depuis l'intronisation du roi Gyanendra, le Népal connaît quatre gouvernements et deux séries de négociations sans résultats avec les rebelles maoïstes. Ces derniers ne cessent d'accroître leurs exigences face à un souverain qui s'isole progressivement de son peuple. Après avoir renvoyé pour « incompétence » le Premier ministre Sher Bahadur Deuba et dissous le Parlement en octobre 2002, Gyanendra nomme, sans consulter les partis politiques, deux Premiers ministres royalistes qui tous deux démissionnent.

En juin 2003, il doit de nouveau faire appel à Sher Bahadur Deuba, chargé de ramener la paix et d'organiser des élections avant avril 2005. De leur côté, les maoïstes, qui ont rompu en 2003 les négociations avec le gouvernement, étendent leur influence à travers le pays.

Le 1er février 2005, Gyanendra décrète l'état d'urgence, s'arroge les pleins pouvoirs, limoge le gouvernement et suspend l'activité des partis politiques pour leur incapacité à lutter contre la rébellion maoïste. En novembre, sept d'entre eux, réunis dans une « Alliance des partis démocratiques » dirigée par le parti népalais du Congrès, décident de s'unir avec les rebelles maoïstes dans un front commun pour le rétablissement de la démocratie. Après une trêve de trois mois, la guérilla maoïste reprend ses affrontements avec l'armée. Alors que les violences redoublent, les élections municipales de février 2006 – les premières depuis sept ans – sont largement boycottées par les Népalais qui suivent les consignes lancées par l'opposition et la rébellion maoïste. Faute de candidat et d'électorat, le scrutin s'avère un échec et isole davantage le monarque.

Sous la pression d'une grève générale illimitée et de manifestations quotidiennes lancées début avril, le roi Gyanendra se résout à convoquer le Parlement. G. P. Koirala est désigné Premier ministre par l'Alliance. Début mai, ce dernier forme un cabinet restreint de sept membres, avec pour objectif principal de ramener les rebelles maoïstes dans le jeu politique. Ceux-ci décrètent une nouvelle trêve unilatérale de trois mois en contrepartie de la promesse par l'Alliance de se prononcer, dès la première session du Parlement, sur l'élection d'une Assemblée constituante ; l'élection de cette Assemblée, chargée d'élaborer une nouvelle Constitution, d'amoindrir les pouvoirs du monarque et de transformer l'antique royaume hindouiste en une république, est une revendication constante des maoïstes.

Le 18 mai, à la suite du vote unanime d'une résolution par le Parlement, le roi Gyanendra perd l'essentiel de ses pouvoirs : son contrôle sur l'armée (rebaptisée « armée du Népal »), son immunité juridique puis, en juin, son droit de veto législatif, ce qui le confine dans un rôle purement protocolaire.

Le 7 novembre 2006, le gouvernement et les rebelles maoïstes signent un nouvel accord qui prévoit la participation de ces derniers à un gouvernement intérimaire d'ici au 1er décembre en contrepartie du passage des quelque 35 000 guérilleros de l'Armée de libération du peuple (ALP), et de leurs armes sous le contrôle de l'ONU. L'accord de paix, signé le 21 novembre entre G. P. Koirala et le chef de la guérilla maoïste, Pushpa Kamal Dahal, dit Prachanda, officialise la fin de la guerre civile, qui, de 1996 à 2006, aura entraîné la mort d'environ 13 000 personnes, le déplacement et la disparition de plusieurs milliers d'autres.

Conformément à l'accord de paix, les maoïstes intègrent le Parlement intérimaire le 15 janvier 2007 avec 83 sièges sur 330. Pendant que des observateurs de l'ONU supervisent la collecte des armes des unités de l'ALP et le confinement des ex-guérilleros dans des camps, les maoïstes liquident leur « gouvernement du peuple » et leurs propres tribunaux révolutionnaires, instaurés après le soulèvement contre la monarchie en 1996.

6.2. L'élection de la première Assemblée constituante (2008)

Le 1er avril 2007, un gouvernement intérimaire est formé sous la direction de G. P. Koirala, incluant cinq ministres maoïstes. Repoussées une première fois en mai puis en novembre 2007 – en raison de la révolte des Madhesis de la plaine méridionale du Madesh (autre nom pour désigner la région du Terai) longtemps marginalisées ou ignorées par les autorités centrales et les hautes castes – Chhetri et « Brahman-Hill » – des régions centrales – , les élections de l'Assemblée constituante du 10 avril 2008 consacrent la victoire des ex-rebelles maoïstes qui, avec 225 sièges (121 des 240 sièges attribués au scrutin majoritaire et 104 des 335 sièges attribués à la proportionnelle) deviennent la première force politique du pays devant le parti népalais du Congrès qui obtient 109 sièges et le parti communiste du Népal-marxiste léniniste unifié (101 députés). Divisée en plusieurs partis, la mouvance Madhesi revendiquant une autonomie régionale et défendant les droits des Indo-Népalais du Terai, des Tharus ainsi que des dalits (intouchables), vient en quatrième et cinquième position tandis qu’une vingtaine de groupes politiques se répartissent le reste des sièges. Lors de la séance inaugurale de l'Assemblée constituante du 29 mai, la monarchie est abolie, le Népal, dernière monarchie hindouiste depuis 239 ans, devient une république laïque.

7. La république et l'impasse constitutionnelle

Deux mois après sa proclamation, la jeune république connaît une première crise politique au lendemain de l'élection présidentielle des 19 et 21 juillet 2008, à l'issue de laquelle Ram Baran Yadav, secrétaire général du parti du Congrès, est élu par 308 voix sur 590 exprimées face à Ramraja Prasad Singh, soutenu par les maoïstes, vainqueurs des élections en avril.

7.1. Des dissensions politiques persistantes

Le président de la République n’a toutefois que des prérogatives limitées, l’exercice du pouvoir étant confié au chef du gouvernement et dépendant des alliances entre les nombreux partis. C’est finalement Pushpa Kamal Dahal, chef du parti communiste unifié du Népal (maoïste) (UCPN [M], constitué en janvier après résorption d’une ancienne faction dissidente) qui est élu au poste de Premier ministre le 15 août. Mais, en mai 2009, désavoué par la classe politique, et notamment par le chef de l'État pour avoir limogé le chef d'état-major de l'armée jugé indocile, Pushpa Kamal Dahal doit démissionner. Le conflit s'est cristallisé autour de l'intégration dans l'armée des quelque 19 000 guérilleros démobilisés dont les modalités n'ont jamais été clairement définies lors de l'accord de paix de 2006.

Madav Kumar Nepal, leader historique du parti communiste du Népal (marxiste léniniste unifié) (CPN [UML]), est alors élu Premier ministre par l'Assemblée constituante après avoir forgé une alliance regroupant 22 partis. Mais il doit à son tour quitter le pouvoir sous la pression de l’UCPN (M) en juin 2010, tandis que la coalition gouvernementale et l’opposition maoïste repoussent à mai 2011 la date limite pour la rédaction d’une Constitution.

Le principal litige entre partis et factions porte sur les futurs contours du système fédéral, la place que devraient y tenir les divisions régionales, ethniques, linguistiques du pays et sur les droits des multiples « nationalités indigènes » composant le pays.

En février 2011, après sept mois sans gouvernement, Jhala Nath Khanal, président du CPN (UML), est élu au poste de Premier ministre mais ne parvient pas à débloquer la situation. Il laisse sa place en août à Baburam Bhattarai, vice-président de l’UCPN [M], qui, lui, obtient un accord de gouvernement avec un front de partis régionaux, le Front démocratique unifié Madhesi. Le parti maoïste connaît cependant en juin 2012 une nouvelle scission de son aile radicale, hostile à cet accord alors que l’Assemblée constituante est finalement dissoute en vue de nouvelles élections. Le scrutin, qui devait avoir lieu en novembre, est finalement reporté à 2013. B. Bhattarai reste à la tête du gouvernement intérimaire, le président Ram Baran Yadav pressant de son côté les partis à former un gouvernement d’union nationale.

7.2. De l'élection de la deuxième Assemblée constituante (2013) à l’adoption de la nouvelle Constitution (2015)

À l’issue des élections parlementaires de novembre 2013, les maoïstes de l’UCPN sont laminés, n’obtenant que 80  sièges contre 225 dans la précédente assemblée, loin derrière le CPN (UML), qui remporte 175 sièges, et le parti du Congrès qui vient en tête du scrutin avec 194 représentants. Le 10 février 2014, Sushil Koirala, président du Congrès népalais, est élu Premier ministre avec le soutien notamment du CPN (UML).

Les travaux sur le projet constitutionnel reprennent et, le 20 septembre 2015, alors que le pays a surmonté ses divisions pour se relever difficilement du tremblement de terre d’avril-mai, la nouvelle Constitution est enfin promulguée après avoir été adoptée par une majorité des deux tiers des représentants. Le Népal devient ainsi une république fédérale laïque divisée en sept provinces.

Censé garantir, dans l’unité de la nation, la diversité religieuse, ethnique, linguistique et culturelle du Népal, protéger les droits des minorités et encourager la représentation des femmes, le texte a cependant provoqué de violentes manifestations ayant fait des dizaines de morts.

Il est en effet vivement contesté par une partie de la population, notamment les communautés Tharu et Madhesi qui, considérant qu’elles restent sous-représentées, restent hostiles aux modes de scrutin (combinant le système majoritaire à un tour et la proportionnelle au détriment de cette dernière) et au redécoupage territorial/électoral.

Si son adoption clôt une période de forte instabilité depuis l’abolition de la monarchie, sa mise en œuvre (avec d’éventuels amendements) s’annonce ainsi conflictuelle, tandis que Khadga Prasad Sharma Oli, chef du CPN (UML), accède au poste de Premier ministre avec une très large majorité.