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Guinée

Nom officiel : République de Guinée

Carton de situation - Guinée
Drapeau de la Guinée
Drapeau de la Guinée

État d'Afrique de l'Ouest baigné à l'ouest par l'océan Atlantique (golfe de Guinée), la Guinée est limitée au sud par la Sierra Leone et le Liberia, à l'est par la Côte d'Ivoire, au nord-est par le Mali, au nord par le Sénégal et au nord-ouest par la Guinée-Bissau.

  • Superficie : 250 000 km2
  • Nombre d'habitants : 11 745 000 (estimation pour 2013)
  • Nom des habitants : Guinéens
  • Capitale : Conakry
  • Langue : français
  • Monnaie : franc guinéen
  • Chef de l'État : Alpha Condé
  • Chef du gouvernement : Mamady Youla
  • Nature de l'État : république
  • Constitution :
    • Adoption : 19 avril 2010
    • Entrée en vigueur : 7 mai 2010
Pour en savoir plus : institutions de la Guinée

GÉOGRAPHIE

Le massif du Fouta-Djalon est le domaine de l'élevage bovin. Il sépare une plaine côtière, humide, densément peuplée, possédant des cultures de riz et des plantations de palmiers à huile et de bananiers, de la partie orientale, pays plat (sauf l'extrémité sud-est), plus sec, fournissant surtout du mil et du manioc. La bauxite, dont la Guinée est l'un des grands producteurs mondiaux, transformée en partie sur place en alumine, assure l'essentiel des exportations, qui passent par Conakry, la seule ville importante. Malgré son sous-sol riche (contenant aussi du fer, de l’or et des diamants), le pays est l’un des plus pauvres du monde.

1. Le cadre naturel

La Guinée regroupe quatre régions naturelles, aux paysages et aux ressources contrastés. La Guinée maritime, en bordure de l'Atlantique, est une plaine large de 50 à 90 km, entaillée par les « rias » des petits fleuves qui descendent du Fouta-Djalon. Les précipitations y sont abondantes (4 300 mm à Conakry), mais l'existence d'une saison sèche de cinq mois (novembre à mars) réduit la végétation naturelle à une forêt semi-hygrophile. Sur la côte, la mangrove est par contre généralisée. À l'est ; la moyenne Guinée correspond au Foula-Djalon. Les précipitations sont moins abondantes (1 715 mm à Labé) malgré l'altitude, et les températures plus fraîches. La végétation naturelle est la forêt d'altitude sèche. Plus à l'est encore, au pied du Fouta-Djalon, la haute Guinée est un bassin schisteux. Les précipitations sont voisines de 1 500 mm (1 700 à Kankan, 1 400 à Siguiri), mais la saison sèche s'allonge et les écarts de température augmentent. La végétation naturelle est la forêt claire, voire la savane arborée. Enfin, au sud-est, en Guinée forestière, le relief réapparaît, avec les chaînes des monts Nimba et du Simandou. Les précipitations, supérieures à 2 000 mm, tombent pendant 11 à 12 mois. La végétation est une forêt de type ombrophile.

2. La population

On a souvent tendance à insister sur la division du pays en trois ethnies principales : Peuls du Fouta-Djalon (moyenne Guinée), Malinkés (groupe mandingue, haute Guinée) et Soussous (région côtière, basse Guinée), auxquelles il faut ajouter des groupes diversifiés en Guinée forestière. Sans être fausse, cette approche ne permet pas de cerner totalement la réalité. Elle a cependant le mérite de mettre en évidence l'existence de régions possédant une identité marquée. Pour le reste, la population de la Guinée partage de nombreux traits communs. Sa croissance, 1,5 % par an, a nettement baissé, bien que la fécondité reste forte (5,8 enfants par femme) et la mortalité infantile tragiquement élevée (114 ‰), du fait, notamment, d'habitudes de sevrage fragilisantes pour l'enfant. L'urbanisation est encore relativement limitée (30 % environ), avec, en dehors de la capitale, un certain nombre de centres urbains secondaires.

La densité moyenne est modérée (47 habitants par km2), et les différences régionales sont moins fortes que dans de nombreux pays voisins, exception faite du district de Conakry. Celui-ci constitue, en effet, une entité spécifique en raison de sa situation excentrée, dans une sorte de presqu'île, où se presse une population considérable. Enfin, la Guinée est très fortement islamisée, à plus de 80 %, et se distingue ainsi de la plupart de ses voisins, où les religions coutumières et le christianisme sont plus développés.

3. Une économie en convalescence

La Guinée possède parmi les meilleurs atouts de toute l'Afrique de l'Ouest. La variété des sols et des climats autorise un très large éventail de cultures, aussi bien vivrières que commerciales, mais aussi l'élevage et la foresterie, malgré une certaine dégradation de l'environnement due à des méthodes de culture et d'exploitation restées trop extensives. La mer et les rivières offrent du poisson en suffisance. Le sol contient d'importantes réserves minérales, principalement de fer [dont la plus grande réserve inexploitée au monde, à Simandou] et de bauxite, mais aussi de cobalt, d'or, d'uranium et de diamant. Le réseau hydrographique est propice à l'installation de barrages fournissant de l'électricité et de l'eau pour l'irrigation. Mais ce potentiel plutôt exceptionnel est loin d'être exploité de manière satisfaisante. Durant les « années Sékou Touré », le pays s'est peu à peu fermé sur lui-même, au point d'être pratiquement coupé de l'extérieur sur les plans matériel et humain. La contrainte érigée en système a découragé les paysans, la répression a fait fuir une bonne partie des cadres. Les recettes d'exportation ont fortement diminué : seules se sont maintenues les ventes d'alumine et de bauxite (dont la Guinée est l'un des principaux producteurs mondiaux), procurant les devises nécessaires à l'achat de riz, qui constitue l'aliment de base dans l'alimentation des Guinéens. L'insuffisance des moyens financiers d'origine intérieure et l'absence d'investissements étrangers ont entraîné une forte dégradation des infrastructures économiques et sociales (voies de communication, écoles, équipements sanitaires).

Le pays accuse un retard économique considérable et l'économie, loin d'être portée par un dynamisme générateur de croissance, reste atone. En province règne une sorte d'autosuffisance améliorée. À Conakry, les activités informelles fournissent l'essentiel de l'emploi. Pourtant, rien de tout cela ne semble inciter le pays à sortir de sa léthargie. Les habitudes prises sous la dictature perdurent, notamment le refus des responsabilités et la petite corruption « de survie ». En dépit de ses efforts, et malgré les pressions exercées par les aides internationales, le gouvernement n'est pas parvenu à casser ce cercle vicieux ni à instaurer, au quotidien, l'État de droit. L'essentiel des activités échappe à l'impôt, de sorte que les ressources publiques dépendent essentiellement des cours de l'aluminium et de l'aide extérieure.

Malgré tout, des progrès se manifestent doucement. Un grand axe routier bitumé a été construit et dessert le centre et l'est du pays (le réseau des routes en terre et des pistes reste, néanmoins, mal entretenu). La plupart des hôpitaux régionaux ont été rénovés. Des exportations nouvelles apparaissent (oignons, pommes de terre…) ainsi que quelques entreprises. L'extraction d'or et de diamants est en plein essor. Sur le plan monétaire, des résultats appréciables ont été obtenus, l'inflation ayant fortement diminué. Rien de suffisant, cependant, pour satisfaire les aspirations des Guinéens, dont le pays souffre toujours d'une image négative à l'étranger.

HISTOIRE

1. Aux marges des grands empires

L'histoire ancienne de la Guinée est mal connue, et l'on sait simplement que des mouvements et des brassages de population se produisirent dès le début du premier millénaire. Plus tard, elle se trouva partiellement incluse dans les grands empires de la boucle du Niger, celui du Ghana au xe siècle, puis celui du Mali au xiiie siècle (dont la capitale se situait sur le territoire actuel de la Guinée). Le pays a ainsi participé très tôt au grand commerce transsaharien liant les mondes noir et arabe.

Les contacts avec les Européens furent précoces, les navigateurs portugais explorant la côte dès le xve siècle, suivis de commerçants qui y installèrent des comptoirs (commerce de l'or, de l'ivoire, des esclaves). À peu près à la même époque, des populations peules commencèrent à occuper le Fouta-Djalon, et fondèrent au xviiie siècle un État théocratique, relativement isolé de ses voisins.

En 1870, un commerçant, Samori Touré, entreprit de fonder un empire en haute Guinée, en pays mandingue. Ses qualités d'homme d'État et de chef de guerre firent qu'il y réussit brillamment. Il s'opposa durant sept années aux troupes françaises, mais fut finalement vaincu en 1892. Samori continuera la lutte contre la France en fondant alors un nouvel empire dans le nord de la Côte d'Ivoire. Il sera fait prisonnier en 1898.

2. L'exploitation coloniale

En régions côtières et au Fouta-Djalon, les Français ne rencontrèrent pas la même résistance, trouvant en face d'eux des chefferies multiples, ou un pouvoir affaibli. En zone forestière, ils durent faire face à une sorte de guérilla qui ne fut définitivement réduite qu'en 1912, grâce à des méthodes brutales.

Le potentiel du pays va être exploité activement par des grandes sociétés commerciales comme la CFAO (Compagnie française de l'Afrique de l'Ouest), la SCOA (Société commerciale de l'Ouest africain) ou l'Office du Niger français, par des plantations (bananes, café) et par l'obligation de la cueillette du caoutchouc. Mais cette mise en valeur demeure superficielle et ne bénéficie guère à la population dans le domaine social et éducatif, alors que cette dernière est mise lourdement à contribution par le travail forcé et le recrutement militaire lors des deux guerres mondiales.

Ce n'est qu'après 1945 qu'un effort conséquent sera entrepris, qui débouchera notamment sur la mise en exploitation des gisements de bauxite et sur la construction de l'usine d'alumine de Fria, entraînant aussi le développement du salariat, et permettant à un jeune syndicaliste, Sékou Touré, d'accéder à la notoriété en organisant une série de grèves dures et victorieuses. Celui-ci prend la direction du parti démocratique de Guinée (PDG), affilié au Rassemblement démocratique africain (RDA), et devient maire de Conakry en 1955.

Pour en savoir plus, voir l'article colonisation.

3. L'indépendance : troubles et ruptures

La lutte entre le PDG et son rival, le Bloc africain guinéen (BAG), va s'achever avec la victoire complète du premier, non sans violences. Exploitant les antagonismes ethniques, celles-ci font des dizaines de morts en octobre 1956, mai 1957 et mai 1958. Sous l'impulsion de S. Touré, devenu vice-président du gouvernement (et qui déclare : « Nous préférons la liberté dans la pauvreté à la richesse dans l'esclavage »), les Guinéens votent « non » au référendum du 28 septembre 1958 instaurant la Communauté franco-africaine. La réaction du général de Gaulle est brutale : les fonctionnaires sont rapatriés immédiatement, toute aide est suspendue, de même que le versement des pensions aux anciens combattants. La France refuse de parrainer la Guinée à l'ONU et s'abstient lors du vote d'admission. Elle constate sans déplaisir sa sortie de la zone franc et la création du franc guinéen (mars 1960). La « colonie sœur », la Côte d'Ivoire, de simple rivale devient adversaire déclarée.

Pour sa part, S. Touré réagit en faisant du PDG le parti unique, bientôt obligatoire, chargé de diriger le peuple vers le socialisme et l'épanouissement des valeurs nationales (Constitution du 10 novembre 1958). Les bases du totalitarisme sont en place.

4. Sékou Touré

4.1. À l'intérieur, la dictature

Alors qu'en politique extérieure S. Touré saura faire preuve d'une certaine souplesse, il va adopter au plan intérieur une ligne dure qui ne se démentira pas, bien au contraire, même quand il devient évident que la confusion du parti et de l'État génère des dysfonctionnements et des perversions lourdement préjudiciables au pays. Des « complots », souvent imaginaires, d'ennemis de l'intérieur ou de l'extérieur sont découverts régulièrement et permettent d'éliminer les adversaires du président et du régime. La répression, qui n'épargne personne, terrorise la population. À Conakry, le « pont des pendus » évoque toujours pour les habitants l'exécution massive et publique de plusieurs dizaines de personnes soupçonnées de n'avoir pas réagi à l'agression de novembre 1970 (Portugais et Guinéens de l'extérieur), qui avait, pendant quelques heures, mis en péril le régime. Certains « complots » visent telle ou telle catégorie de la population : commerçants, militaires, intellectuels (étudiants et enseignants), membres du clergé. La répression frappe particulièrement les Peuls, alors que les Malinkés occupent une position dominante dans les instances dirigeantes et l'encadrement.

Sur le plan institutionnel, la réforme sans doute la plus lourde de conséquences au quotidien est la création du PRL (Pouvoir révolutionnaire local), décidée par le comité central du parti en novembre 1967, qui va permettre d'assurer le contrôle rapproché de tous les quartiers et villages, faisant grand usage de la délation.

Jugeant que la Guinée avait atteint le stade d'une « démocratie populaire avancée », le président fait adopter en 1982 une nouvelle Constitution (14 mai). Celle-ci ne contient même plus de distinction formelle entre l'État et le parti, et supprime le droit d'association.

Au regard de ce lourd bilan, les réalisations à mettre à l'actif du régime sont limitées. La scolarisation primaire s'est considérablement accrue, atteignant un taux de plus de 30 % en 1984. Les établissements d'enseignement supérieur ont été multipliés. Mais la pénurie et surtout l'endoctrinement des esprits ont entraîné une considérable dégradation de la qualité des formations, à tous les niveaux. Le gouvernement « révolutionnaire » s'est par ailleurs attaché à accroître la place des femmes dans la société et à les libérer du poids des coutumes, en leur donnant un véritable statut personnel moderne.

4.2. Une politique étrangère brouillonne et ombrageuse

Isolé au sein du bloc francophone depuis 1958, S. Touré se rapproche dans un premier temps des deux pays progressistes de l'Afrique de l'Ouest, le Ghana et le Mali. Simultanément, il se tourne vers les pays de l'Est et la Chine, obtenant d'eux une aide substantielle, notamment technique (experts et bourses). Mais la réalité l'emportant sur l'idéologie, la Guinée ne peut rompre avec les puissances occidentales, principaux acheteurs de sa bauxite et de son alumine. En Afrique même, S. Touré se présente toujours comme un apôtre du panafricanisme. Il doit compter avec les pays modérés, et il est l'un des fondateurs de l'Organisation de l'unité africaine (OUA) en 1963. Toutefois, une hostilité tenace l'oppose à Félix Houphouët-Boigny, dont le pays a accueilli un très grand nombre de réfugiés et d'exilés guinéens.

Modérée, en définitive, sur le fond, la diplomatie de S. Touré apparaît souvent contradictoire dans ses manifestations. Que ce soit avec ses voisins, avec les États-Unis, l'URSS et, d'une certaine manière, avec la France, se succèdent signatures d'accords et refroidissements, missions diplomatiques et expulsions d'ambassadeurs, témoignages publics d'amitié et accusations de complot. Le ton devient moins excessif vers la fin des années 1970, avec le rétablissement des relations diplomatiques avec la France (1975) et le sommet régional de réconciliation (Monrovia, 1978), qui réunit la Guinée, le Mali, le Sénégal et la Côte d'Ivoire.

5. La seconde république

Le 26 mars 1984, Sekou Touré meurt brusquement aux États-Unis. Très vite, un groupe de militaires profite de la mésentente de ses proches pour prendre le pouvoir et constituer, le 3 avril, un Comité militaire de redressement national (CMRN), dirigé par le colonel Lansana Conté. Le parti démocratique de Guinée et les institutions de l'État-parti sont dissous, de nombreux prisonniers politiques sont libérés, des biens confisqués sont restitués à leurs propriétaires, l'impôt en nature qui frappait les paysans est supprimé. La démocratie ne s'installe pas pour autant, et les partis politiques sont interdits. Malgré un soulagement général, l'ancien régime conserve des partisans, et les déçus du nouveau régime sont nombreux. Le 5 juillet 1985, le complot du colonel Traoré, qui fut Premier ministre de L. Conté, échoue, et la répression est sévère.

La tâche du gouvernement est immense : le pays n'a aucune expérience de la vie démocratique, la violence imprègne profondément les comportements et l'Administration, pléthorique, est peu préparée à assumer la moindre responsabilité. La prudente évolution qu'impose L. Conté paraît bien lente aux yeux de la population de Conakry, dont les conditions de vie sont déplorables et qui, régulièrement, entre en effervescence. De plus, la présence de plus de 600 000 réfugiés, fuyant les guerres civiles du Liberia et de la Sierra Leone, constitue un problème supplémentaire pour un pays en convalescence.

6. Les « mirages de la démocratisation »

Il faut attendre la fin de 1990 pour qu'une Constitution assez restrictive, la « loi fondamentale », soit adoptée (23 décembre). Elle ne sera promulguée qu'un an plus tard. Entre-temps, – et bien que Lansana Conté refuse absolument la tenue d'une conférence nationale – le multipartisme finit cependant par s'imposer, et des élections présidentielles pluralistes sont organisées en décembre 1993, remportées au premier tour par L. Conté à une faible majorité, mais les conditions du scrutin sont aussitôt contestées. À Conakry, la campagne et le vote se déroulent dans la violence, avec des dizaines de morts. Plusieurs fois repoussées, des législatives ont finalement lieu en juin 1995. Le parti présidentiel (PUP, parti de l'Unité et du Progrès) en sort victorieux. L'opposition, toujours marquée par le régionalisme, mais en partie regroupée au sein de la Codem (Coordination de l'opposition démocratique), manifeste sa mauvaise humeur en boycottant les travaux de l'Assemblée.

En février 1996, une tentative de putsch militaire menace une fois de plus Conakry de plonger dans la guerre civile. En mars 1998, un projet de rénovation urbaine entraîne une vaste opération de « déguerpissement » dans un quartier de Conakry (dont les habitants sont chassés), ce qui provoque une émeute. Des leaders de l'opposition sont arrêtés, et le Parlement est victime d'un nouveau boycott.

La victoire de Lansana Conté à l'élection présidentielle de décembre 1998 est aussitôt contestée par l'opposition. L'arrestation de l'un de ses principaux rivaux, Alpha Condé, du Rassemblement du peuple de Guinée (condamné à cinq ans de prison en septembre 2000), provoque des manifestations dans plusieurs villes du pays. Alpha Condé est libéré en mai 2001, mais reste privé de ses droits civiques ; cependant cette libération redonne espoir à ses partisans dans la perspective proche d'élections législatives.

Alors que la sécurité du pays est menacée par les incursions de bandes armées et l'afflux de réfugiés en provenance du Liberia et de la Sierra Leone, le chef de l'État organise, en novembre 2001, un référendum constitutionnel lui permettant de briguer un troisième mandat et renforçant les pouvoirs présidentiels (allongement de la durée du mandat de 5 à 7 ans, suppression de la limitation du nombre de mandats et la limite d'âge). Les résultats du scrutin – 98,36 % de « oui » pour un taux de participation de 87 % – sont contestés par l'opposition, dont la seule arme est le boycott. Le scrutin présidentiel du 21 décembre 2003 se mue en plébiciste d'un président malade et incapable d'exercer ses fonctions. Obsédé par le « complot permanent » et par le « joug de l'étranger », L. Conté s'appuie sur l'armée – son ultime chance de survie –, en favorisant les Soussous, membres de son ethnie, au détriment des Malinkés et des Peuls. Le pays, mis en coupe réglée par une multitude d'intérêts personnels et concurrents, ne connaît, faute d'investisseurs et malgré ses immenses richesses minières, qu'une croissance (à peine 1,2 % en 2003) et un indice de développement humain très faibles.

En 2005, après des années de gel de la coopération, l'Union européenne, saluant les tentatives de normalisation et de reprise de dialogue politique interne lancées par Cellou Dalein Diallo (Premier ministre nommé en décembre 2004) décide le déblocage de fonds destinés à financer des projets sociaux et la construction d'insfrastructures routières reliant le pays à la Guinée-Bissau et au Sénégal. Toutefois, cette ouverture est sérieusement compromise par le limogeage en avril 2006 de C. D. Diallo pour s'être heurté de front au richissime et influent homme d'affaires Mamadou Sylla, qui bénéficie de la protection du chef de l'État.

Lassée par les luttes de pouvoir pour la succession du président (qui échappe à un attentat en janvier 2005) et par la dégradation constante de ses conditions de vie, la population guinéenne se soulève. Après deux grèves générales en mars et juin 2006, les deux principales confédérations syndicales du pays, la Confédération nationale des travailleurs de Guinée (CNTG) et l'Union syndicale des travailleurs de Guinée (USTG) lancent, à partir du 10 janvier 2007, une grève illimitée pour réclamer la démission du président. En décembre, ce dernier a fait libérer M. Sylla, inculpé de détournements de deniers publics. Après avoir durement fait réprimer les manifestations (186 morts, plus d'un millier de blessés), le président accepte, après dix-sept jours de grève, de renoncer à une grande partie de ses prérogatives au profit d'un chef de gouvernement. Grâce à la médiation de la Communauté économique des États d'Afrique de l'Ouest (CEDEAO), la désignation du diplomate Lansana Kouyaté, candidat de consensus, au poste de Premier ministre permet d'entrevoir une sortie de crise. Toutefois, en mai 2008, la destitution de ce dernier par le chef de l'État et son remplacement par un technocrate réputé proche du clan présidentiel, déclenche une vague de contestation populaire à laquelle se joint une mutinerie d'une partie de l'armée.

7. Le retour au pouvoir de l’armée

Le 22 décembre 2008, Lansana Conté meurt à l'âge de 74 ans après 24 ans de règne. Dans les heures qui suivent, un groupe de militaires s'empare du pouvoir sans effusion de sang. Le chef des putschistes, le capitaine Moussa Dadis Camara, s'autoproclame président à la tête d’un Conseil national pour la démocratie et le développement (CNDD) et suspend la Constitution. Le 30 décembre, Kabiné Komara, un technocrate auparavant directeur à l'Afreximbank, est nommé à la tête d’un gouvernement dont la plupart des portefeuilles sont confiés à des militaires et à des techniciens.

Dans un premier temps, la volonté affichée par la junte de lutter contre la corruption et d’organiser de nouvelles élections après le retour des militaires dans leurs casernes, est plutôt bien accueillie par la population, l’opposition et les syndicats. Mais ces relations de tardent pas à se détériorer lorsque M. Dadis Camara, revenant sur ses engagements, annonce sa candidature au prochain scrutin présidentiel prévu en janvier 2010. Le 28 septembre 2009, une manifestation pacifique organisée par l’opposition pour protester contre ce revirement est violemment réprimée par l’armée qui tire dans la foule, faisant plus de 150 morts selon une organisation guinéenne de défense des droits de l’homme. En octobre, la CEDEAO – qui mandate le président burkinabé Blaise Compaoré comme médiateur – et l’Union africaine (UA) demandent le retrait des militaires puis, n’obtenant pas satisfaction, décrètent un embargo sur les ventes d’armes. Tandis que l’ONU crée une commission d’enquête internationale sur la tuerie – une décision exigée par la population et acceptée par le pouvoir –, l’UA et l’Union européenne adoptent de nouvelles sanctions à l’encontre des dirigeants de la junte. En novembre, B. Compaoré tente une médiation entre l’opposition, rassemblée au sein des Forces vives guinéennes, et le pouvoir. Mais l’extrême instabilité de la situation politique et les dissensions au sein de l’armée se traduisent par la tentative d’assassinat, le 3 décembre, du chef de la junte par le chef de la garde présidentielle Aboubacar « Toumba » Diakité qui prend la fuite. Alors que ce dernier ainsi que Dadis Camara sont incriminés dans le rapport de la commission d'enquête des Nations unies sur les massacres du 28 septembre, le général Konaté, chef de l’État par intérim, prend en main la transition démocratique. En janvier 2010, avec M. Dadis Camara – en convalescence au Burkina Faso – et B. Compaoré, il signe ainsi un accord sur les conditions d'un retour à l'ordre constitutionnel. Le 21, Jean-Marie Doré, président de l'Union pour le progrès de la Guinée (UPG) et porte-parole de l’opposition, est nommé Premier ministre à la tête d’un gouvernement provisoire. En avril, une nouvelle Constitution est adoptée par le Conseil national de transition avant d’être promulguée par le général Konaté en mai.

8. La transition démocratique

Le 27 juin 2010, les premières élections véritablement libres et transparentes depuis l’indépendance du pays sont organisées dans des conditions saluées par les observateurs internationaux. Parmi les 24 candidats en lice, l’ancien Premier ministre (2004) C. Dalein Diallo, de l’Union des Forces démocratiques de Guinée (UFDG, ex-UFD fondée en 1991), arrive en tête du premier tour de scrutin avec 43,7 % des suffrages devant l’opposant historique A. Condé du Rassemblement du Peuple de Guinée (RPG, 18,2 %) et Sidya Touré de l'Union des Forces républicaines (UFR, 13 % des voix) qui se rallie au premier.

Alors qu’éclatent des affrontements politico-ethniques entre partisans d'Alpha Condé (un Malinké) et de Diallo (qui est peul), le général Konaté doit faire appel au Malien Siaka Toumani Sangaré pour présider une Commission électorale contestée et reporter le second tour. Le 7 novembre, c’est finalement Alpha Condé – à la tête de l’Alliance arc-en ciel, formée autour du RPG par 16 candidats et quelque 112 partis politiques – qui l’emporte avec plus de 52 % des voix face à C. Dalein Dialo ; un résultat qui entraîne de nouvelles violences et l’instauration de l’état d’urgence mais qui est validé par la Cour suprême. Après avoir appelé ses partisans au calme, C. Dalein Dialo reconnaît sa défaite et A. Condé prête serment le 21 décembre avant de nommer Mohamed Saïd Fofana, un haut fonctionnaire soussou, comme Premier ministre.

Plusieurs fois reportées en raison d’un désaccord entre le pouvoir et l’opposition sur leurs conditions –  en particulier le recensement des électeurs, la délimitation des circonscriptions et la composition de la commission électorale –, des élections législatives sont organisées le 28 septembre 2013. Si les relations entre les deux principaux camps restent toujours très tendues, le scrutin se déroule dans le calme mais les résultats officiels donnant une courte majorité au parti présidentiel et à ses alliés (60 sièges sur 114) sont vivement contestés par l’opposition dont l’UFDG de C. Dalein Diallo qui obtient 37 sièges ; et certains observateurs internationaux relèvent diverses irrégularités. Alors que le médiateur de l’ONU tente de prévenir l’interruption de cette fragile transition, les résultats sont validés par la Cour suprême et l’opposition finit par accepter de lever ses menaces de boycott de la nouvelle assemblée. Reconduit finalement dans ses fonctions, le Premier ministre M. S. Fofana forme un nouveau gouvernement en janvier 2014.

Alors que la situation économique, qui a notamment souffert des conséquences de l’épidémie du virus Ebola, reste fragile malgré de grands travaux (barrage hydroélectrique de Kaléta, financé avec des capitaux chinois), l’élection présidentielle se tient en octobre 2015.

La situation politique ne s’est pas vraiment apaisée : si Alpha Condé est réélu pour un second mandat avec 57,8 % des voix, C. Dalein Diallo, qui n’en obtient que 31,4 %, conteste sa seconde défaite. Après s’être retirée du processus électoral, l’UFDG dénonce la fraude mais les observateurs internationaux, dont la mission européenne, avalisent globalement le résultat, soucieux avant tout de prévenir une répétition des violences. Après avoir été investi le 14 décembre, A. Condé confie le poste de Premier ministre à Mamady Youla, Directeur général de la compagnie minière Guinea Alumina Company (GAC).