
Chef de l'État : Élisabeth II
Chef du gouvernement : Gordon Brown
Nature de l'État : monarchie constitutionnelle à régime parlementaire
Il n'y a pas de Constitution formelle mais un ensemble de textes et coutumes à valeur constitutionnelle.
Exécutif
Chef de l'État : roi
Chef du gouvernement : Premier ministre
Législatif
Le Parlement se compose de la Chambre des communes et de la Chambre des lords.
Foyer de progrès et de puissance jusqu'à la Première Guerre mondiale, qui a vu émerger la suprématie américaine, le Royaume-Uni a été le grand inspirateur de la révolution industrielle. En marge du continent, ses habitants ont façonné une culture particulière qui s'est volontiers exportée, même si elle n'est plus aujourd'hui dominante. Mais, s'ils ont été à bien des égards un peuple de pionniers, les Britanniques apparaissent, sur le plan économique, comme les grands perdants du XXe s., en particulier au cours du dernier quart du XXe s.
Après l'ère de la domination charbonnière au XIXe s. et dans la première partie du XXe s., l'économie britannique a trouvé dans les ressources en pétrole et en gaz naturel de la mer du Nord une bouée de sauvetage, surtout depuis la crise mondiale consécutive aux chocs pétroliers des années 1970 et le rapprochement avec le continent, scellé par l'adhésion à la Communauté européenne en 1973 et symbolisé par l'inauguration du tunnel sous la Manche, qui devait intervenir un peu plus de vingt ans plus tard. Les années 1980, celles du « thatchérisme », caractérisées par une libéralisation à outrance de l'économie, ont considérablement appauvri la population sans redonner confiance à un pays déjà considéré comme le « grand malade » de l'Europe à la fin des années 1970.
Le Royaume-Uni est composé d'une île principale, la Grande-Bretagne (dont l'Angleterre occupe les deux tiers), du nord-est de l'Irlande (la plus grande partie de l'Ulster) et d'une multitude d'îles secondaires, souvent inhabitées, notamment au nord-ouest de l'Écosse. En raison de leur proximité ou de liens historiques, la plupart d'entre elles sont regroupées en archipels : Shetland, Orcades, Scilly (ou Sorlingues), Hébrides extérieures et intérieures. Wight et Anglesey sont de petites îles bordant le littoral anglais. D'autres territoires insulaires, dépendants de la Couronne, sont plus isolés (Man) ou éloignés (îles Anglo-Normandes).
La Grande-Bretagne proprement dite, qui concentre l'essentiel des activités et de la population, n'a qu'une superficie très modeste à l'échelle européenne (la France est deux fois plus vaste) ; pour une population équivalente, la densité de peuplement (240,9 hab./km2, estimation 1999) y est donc deux fois plus forte que dans l'Hexagone. Qui plus est, la rigueur des conditions naturelles interdit pratiquement toute forme de peuplement dans les régions montagneuses, qui couvrent le quart du territoire.
La Grande-Bretagne s'étire sur près d'un millier de kilomètres, des rivages de la Manche au nord de l'Écosse. D'est en ouest, la distance ne dépasse jamais 600 km ; une succession d'étranglements réduit la largeur de l'île à environ 75 km (couloir des Lowlands d'Écosse, côtes du Lancashire et du Yorkshire). Nul point du territoire n'est situé à plus de 120 km du littoral. Nombreux et profonds, les estuaires (comme ceux de la Severn, du Humber, de la Tamise et de la Clyde) intensifient l'interpénétration des milieux terrestres et maritimes.
La Grande-Bretagne est partie intégrante de l'Europe, dont elle occupe l'ouest de la plate-forme continentale. Son insularité est relativement récente, la submersion du pas de Calais, à la fin de la dernière période glaciaire (vers 6000 avant J.-C.), mettant un terme à la facilité des migrations préhistoriques. L'isolement de l'Irlande, un peu plus ancien, n'a pas été remis en cause par les variations du niveau marin au quaternaire.
Les roches qui constituent les massifs britanniques datent au moins de l'ère primaire. Elles remontent, dans le nord-ouest de l'Écosse, aux temps précambriens, soit à plus de 1 milliard d'années. On distingue deux grandes phases tectoniques suivies chacune de longues périodes d'érosion. Les plissements calédoniens sont responsables de la mise en place des terrains constituant les Highlands d'Écosse, les Southern Uplands, le Lake District et le massif du Snowdon au pays de Galles. L'omniprésence d'une direction structurale sud-ouest/nord-est est aisément perceptible dans les tracés du littoral, des principales vallées (comme le Glen More, de Fort William à Inverness) et le système de failles délimitant la dépression des Lowlands d'Écosse. Les plissements hercyniens ont affecté les couches carbonifères : grès, calcaires, terrains riches en veines de houille. Ces formations constituent la chaîne Pennine (nord de l'Angleterre), le centre et le sud du massif gallois et le sud-ouest de l'Angleterre, où elles s'associent avec des zones granitiques (Devon, Cornouailles). La direction structurale dominante, qui devient Est-Ouest, conditionne l'orientation des principaux éléments topographiques. Des couches devenues de plus en plus dures et cassantes ont été fragmentées par des failles au tertiaire, avant d'être modérément soulevées pour constituer les actuels volumes montagneux. Des épanchements volcaniques, notamment de basalte – comme sur le plateau d'Antrim (Irlande du Nord) et dans les Hébrides –, accentuent localement la diversification des matériaux.
Au quaternaire, les massifs les plus élevés – Highlands d'Écosse (1 343 m au Ben Nevis), Snowdon (1 085 m), Lake District (978 m au Scafell) – ont subi une forte érosion glaciaire, dont les témoignages caractérisent les paysages actuels : les sommets sont échancrés de cirques, appelés corries en Écosse et cwms au pays de Galles. Les vallées en auge (glens ou straths en Écosse) sont souvent occupées par des lacs allongés que retiennent des moraines : ce sont les llyns gallois, les célèbres lochs écossais et les grandes étendues lacustres qui ont fait la renommée du Lake District, au nord-ouest de la chaîne Pennine.
Les couches calcaires d'âge carbonifère, abondantes au sud de la chaîne Pennine et autour de Bristol, ont donné naissance à des systèmes de grottes et de réseaux souterrains. Dans leur ensemble, les massifs britanniques sont pourtant pauvres en ressources minérales ; même l'étain de Cornouailles est aujourd'hui presque épuisé. Le potentiel minier, particulièrement sur les bordures, est en revanche considérable.
Une distinction fondamentale oppose les domaines situés de part et d'autre d'une ligne allant de l'estuaire de l'Exe, près de Plymouth, à celui de la Tyne, non loin de Newcastle. Les terres situées au nord-ouest de cette limite sont constituées de massifs plus ou moins élevés (Highlands et Uplands), éventuellement interrompus de dépressions comme le couloir de l'Écosse centrale. Celles qui lui font face, au sud-est, qui ne dépassent qu'exceptionnellement 300 m, se caractérisent par des formes topographiques relativement molles, aptes aux communications et se prêtant à une large gamme de types d'utilisation économique de l'espace (bassin de Londres).
Les massifs britanniques englobés sous le terme générique de highlands forment l'essentiel de l'Écosse, du pays de Galles et du nord de l'Angleterre. Si les altitudes sont assez modestes, l'impression de massivité résulte de la rapide élévation de reliefs proches du milieu marin et – comme en Scandivanie – de l'intensité de l'érosion glaciaire.
Les régions sédimentaires (lowlands), qui ne dépassent pas 230 m, constituent un vaste domaine couvrant l'essentiel des Midlands et de l'Angleterre du Sud-Est. Sur un littoral relativement régulier, des zones de falaises de calcaire et de craie alternent avec des sections marécageuses ou sableuses. La topographie n'est véritablement plane que dans l'Est-Anglie, et plus encore dans le Fens, vaste polder conquis progressivement aux dépens du golfe peu profond du Wash. Ailleurs domine la craie, dont les lourdes couches ondulées se tiennent au-dessous de 250 m si elles n'ont pas été localement entaillées par l'érosion, donnant alors naissance à des talus de modeste ampleur : North et South Downs, Chiltern. Aux abords de la chaîne Pennine, les terrains sédimentaires sont déjà plus variés ; l'érosion a pu mettre en valeur leur inégale résistance. Aux régions formées de calcaires jurassiques correspond un vigoureux escarpement faisant face aux Pennines, allant des Cleveland Hills et North York Moors jusqu'aux Costswolds. Aux terrains argileux, plus tendres, correspondent des dépressions comme celle où coule la Trent et, plus au sud-ouest, le Vale d'Evesham et le Vale de Gloucester.
Lors des périodes glaciaires, cette Angleterre sédimentaire a été largement recouverte de débris fluvio-glaciaires, généralement favorables à la formation de sols basiques propres aux activités agricoles. Mais on rencontre quelques exceptions notables dans les zones sableuses génératrices de sols acides et incultes (Breckland, New Forest et une large partie du comté de Surrey). Les sols dérivés des roches anciennes sont le plus souvent acides et peu propices à l'agriculture.
Le climat des îles Britanniques, tempéré, présente un caractère nettement océanique, ce qui se traduit par la modération des écarts interannuels de température et par l'importance des formes de précipitations et d'humidité. La concentration des masses montagneuses est responsable des fortes oppositions différenciant le Nord-Est du Sud-Ouest. Les types de temps qui se succèdent sur les îles Britanniques sont régis par la circulation atmosphérique générale propre aux latitudes tempérées (régions situées entre les 50e et 60e parallèles). Les masses d'air polaire, au nord, et tropical, au sud, sont génératrices de situations atmosphériques stables : chaudes et ensoleillées en été, froides et sèches en hiver. Toujours de courte durée, elles laissent le plus souvent place à des types de temps instables, nuageux et pluvieux, situation imputable au passage de perturbations suivant globalement un tracé ouest-est.
Si la caractéristique du climat britannique est sa variabilité, tant diurne qu'annuelle, il demeure possible de dégager certaines constantes. Les températures moyennes, à l'exception de quelques massifs, s'échelonnent entre 8 °C dans le Nord-Est et 11 °C dans le Sud-Ouest. En été, la moyenne générale ne dépasse guère 16 °C, alors que l'influence adoucissante des eaux océaniques est ressentie sur l'ensemble des Lowlands et du littoral en période hivernale. L'enneigement durable ne s'observe que sur les hauts massifs écossais. Les gelées, qui ne surviennent en moyenne que durant trois mois sur les littoraux, peuvent entraver les cultures pendant cinq mois à l'intérieur des terres.
Les précipitations annuelles, distribuées sur quelque 200 jours et jamais inférieures à 550 mm, sont de l'ordre de 800 mm sur les côtes occidentales, avec des maxima atteignant 2 100 mm sur les sommets écossais. Le climat s'assèche vers l'est : 610 mm répartis sur 165 jours à Londres. La forte humidité atmosphérique se traduit par une fréquente nébulosité et par l'occurrence de brumes et de brouillards. Ceux-ci, en se combinant aux émissions de fumées industrielles et de produits polluants au-dessus des grandes agglomérations, ont donné naissance au smog – de smoke (« fumée ») et fog (« brouillard »). Une législation en vigueur depuis 1956 (Clean Air Act), qui incite à réduire la consommation du charbon, a considérablement amélioré la situation.
La Grande-Bretagne, de par sa situation sur le passage des perturbations atlantiques, subit périodiquement les effets dévastateurs de vents très violents. En 1987 et en 1990, des tempêtes ont provoqué des dégâts considérables, affectant notamment le littoral et le patrimoine forestier.
Si les eaux maritimes placées sous juridiction britannique sont connues pour être poissonneuses, elles n'en demeurent pas moins extrêmement dangereuses pour la navigation (en mer d'Irlande notamment), en raison de la fréquence des fortes perturbations, comme est venu le rappeler le naufrage du pétrolier Braer au sud des îles Shetland en janvier 1993.
Dans les Lowlands, la végétation est presque entièrement le résultat des activités agricoles – prairies temporaires et cultures –, auxquelles le climat impose des limites. Du sud vers le nord, le blé puis l'orge cèdent progressivement la place à la pomme de terre et à l'avoine. Dans les Highlands dominent les formations de landes (moors), le plus souvent constituées de bruyères. Quand le sol est durablement humide, le relais est pris par les zones de tourbières (bogs). Au-dessus de 600 m se développent des formations de type arcto-alpin (airelle, mousses, lichens). Certaines espèces animales ont été conservées, tel le coq de bruyère (grouse).
Les forêts britanniques, longtemps source unique de combustible, ont été pour une grande partie détruites lors des débuts de l'industrialisation. Il faut attendre 1919, date de la création d'un organisme national (Forestry Commission), pour qu'une politique de reboisement soit entreprise. Cet organisme gère aujourd'hui 800 000 ha de plantations artificielles, presque uniquement de résineux ; il a aussi incité au reboisement d'une superficie équivalente par des particuliers. Les conditions bioclimatiques restreignent toutefois les aires de plantation (inadaptées sur les hautes surfaces, trop ventées), localisées essentiellement sur les versants écossais et gallois, entre 300 et 600 m d'altitude.
La Grande-Bretagne a été l'un des premiers pays à définir une politique de protection des espaces naturels tout en favorisant leur fréquentation par le public. Une dizaine de parcs nationaux couvrent 9 % de l'Angleterre et du pays de Galles ; ils se situent essentiellement dans des régions montagneuses. Il convient d'y ajouter une quarantaine d'aires protégées (Areas of Outstanding Natural Beauty), certes à un moindre degré, ainsi qu'un grand nombre de réserves. Une législation spécifique a permis la création en Écosse, pays dont le chardon est l'emblème, de zones récréatives et protégées (National Scenic Areas) sur un septième du pays. En application des directives européennes préconisant le retour à des formes d'agriculture plus naturelles, une vingtaine d'Environmentally Sensitive Areas (EAS) ont vu le jour depuis 1987 (Avon Valley, Blackdown Hills, Breckland, Broads, Clun, Cotswold Hills, Dartmoor, Essex Coast, Exmoor, Lake District, North Kent Marshes, North Peak, Pennine Dales, Shropshire Hills, Somerset Levels & Moors, South Downs, South Wessex Downs, South West Peak, Suffolk River Valleys, Test Valley, Upper Thames Tributaries, West Penwith), représentant une superficie totale de 571 520 ha (2002).
La population britannique s'est forgée progressivement au cours des siècles, résultat des invasions successives jusqu'à la conquête normande de 1066 et, dans une moindre mesure, des arrivées de réfugiés, religieux et politiques, à l'époque moderne et contemporaine.
Les premiers habitants identifiés, les Celtes, ont été repoussés par les Romains vers la périphérie occidentale : la Cornouaille, le pays de Galles et le Nord et l'Ouest de l'Écosse. Après les expéditions de Jules César en 55 et 54 avant J.-C., la colonisation romaine est devenue permanente après 43 avant J.-C. et a duré près de cinq siècles. À leur départ définitif, en 409, les Romains avaient peu participé au peuplement, mais fortement à la toponymie (ne serait-ce qu'en donnant un nom à la partie conquise de la grande île : Britannia) car ils avaient tracé des routes, fondé les premières cités (Chester, Gloucester, York et Londres) et construit les fameux murs (Hadrien et Antonin).
Si les Romains ont dû repartir, c'est parce qu'ils ne pouvaient plus assurer la sécurité de cette frange de leur Empire soumise aux invasions de populations germaniques et scandinaves : les Angles (d'où Angleterre) ou Saxons (d'où Anglo-Saxons), les Jutes, auxquels allaient succéder plus tard, à partir du VIIIe s., les Danois. La dernière invasion significative a été celle des Normands, qui allaient constituer la classe dirigeante (et une grande partie de l'aristocratie) pendant des siècles et dont la langue franco-normande allait donner l'anglais en s'intégrant à l'anglo-saxon.
En Écosse, l'épisode romain n'a été qu'une « ride à la surface de la mer », selon l'expression de Michel Duchein dans son Histoire de l'Écosse (1998), même dans l'espace durablement occupé entre les deux murs d'Hadrien et d'Antonin ; il en a toutefois laissé subsister les termes de Caledonia, le pays des Caledonii ou des Picti, les « hommes peints ».
Au total, à partir du VIIIe s., l'Écosse est traditionnellement décrite comme partagée entre cinq peuples : les Pictes, les plus anciens et les plus mystérieux, sans doute d'origine celte, au Nord ; les Scots (qui ont donné leur nom au pays et ont apporté leur langue celte, le gaëlique), venus de ce qui est actuellement l'Irlande du Nord et installés dans l'Ouest ; au Sud-Ouest, les Britons, celtes également, mais appartenant à la même famille celtique que les peuples qui occupaient l'Angleterre (Britannia) avant l'invasion romaine et parlant une autre variété de celte, qui allait donner le gallois et notre breton ; au Sud-Est, des Anglo-Saxons, d'origine germanique et pas très différents de ceux de Britannia, qui allaient fonder le royaume de Northumbrie de part et d'autre de l'actuelle frontière anglo-écossaise et occuper, à l'apogée de leur domination, une large part des Basses-Terres ; enfin, à l'extrême Nord, les Vikings venus de Norvège, qui se sont installés principalement dans les archipels : Shetlands, Orcades et Hébrides.
Pas plus que celui de l'Angleterre, le peuplement de l'Écosse n'a été homogène ; ce sont, en effet, la fusion progressive puis l'histoire commune de ces cinq peuples qui sont à l'origine de la « nation » écossaise.
Quant à la population galloise, elle a été longtemps la plus homogène puisque essentiellement constituée de celtes Britons parlant gallois ; toutefois, après la révolution industrielle, l'afflux d'ouvriers anglais dans les grands centres urbains et la généralisation de l'enseignement en anglais ont constitué d'importants facteurs d'anglicisation, si bien qu'au tournant du XXe s. on pouvait penser que la langue et la culture galloises étaient en voie d'extinction. Toutefois, l'action de groupes et d'associations culturels, épaulés par la montée d'un fort courant régionaliste, lui-même plus culturel que politique, a permis d'enrayer ce déclin et, aujourd'hui, on peut entendre parler gallois sur plusieurs chaînes de radio et une chaîne de télévision régionale.
Résultat : environ un tiers de la population est bilingue anglais-gallois et une culture galloise très vivante est toujours présente.
L'Irlande a été longtemps ethniquement homogène, puisque peuplée de celtes gaéliques qui, au moment de la Réforme, sont restés fidèles à l'Église catholique ; mais, à partir du XVIIe s., les gouvernements anglais (sous Henri VIII, Élizabeth Ire et Cromwell notamment) ont encouragé la colonisation des meilleures terres du Nord-est (l'Ulster actuel) par des protestants anglais et des presbytériens écossais qui, pour des raisons religieuses et culturelles, n'ont pas cherché à s'intégrer à la population locale. C'est cette politique qui est à l'origine du conflit nord-irlandais.
Après la Glorieuse Révolution de 1688, qui a provoqué la fuite du dernier roi catholique, Jacques II (Jacques VII d'Écosse), la Grande-Bretagne, première monarchie constitutionnelle d'Europe et pays de tolérance, pour les non-catholiques du moins, est devenue terre d'asile pour de nombreux persécutés d'Europe, à cause de leur religion (les Huguenots français après la révocation de l'Édit de Nantes en 1685, des juifs d'Europe centrale et orientale à toutes les époques et notamment au XIXe s.) ou de leurs croyances politiques : aristocrates émigrés pendant la Révolution française, socialistes après l'échec des révolutions de 1848, communards français après 1870, juifs encore dans les années 1930, Polonais ou Hongrois anti-communistes après la Seconde Guerre mondiale et ses suites. Il faut ajouter à cela l'importante immigration irlandaise du XIXe s. (pour des raisons essentiellement économiques : chômage, misère et disettes) qui, par l'apport d'une main-d'œuvre peu exigeante, a contribué tant à la révolution industrielle et à l'expansion de villes comme Liverpool et Glasgow. Même si certains apports ont été faibles ou éphémères, ils ont néanmoins contribué à l'ouverture de la société britannique et à une vie culturelle et intellectuelle moins auto-centrée.
Toutefois, jusque dans les années 1950, la Grande-Bretagne est restée un pays d'émigration : de la fin du XVIIIe s. à la Seconde Guerre mondiale, plus de 16 millions de Britanniques (Irlandais compris) se sont expatriés vers l'Amérique du Nord et l'empire colonial, soulageant quelque peu une pression démographique liée au dépeuplement des campagnes et aux progrès économiques, pression d'autant plus forte que le Royaume-Uni a échappé – jusqu'au XXe s. – aux grandes saignées provoquées par les guerres d'Europe continentale.
Cette pression démographique s'est accompagnée d'un changement de structure de la population. À la fin du Moyen Âge, la Grande-Bretagne comptait quelque deux millions d'habitants, presque tous ruraux (Londres n'était encore qu'une petite ville de moins de 50 000 habitants). Cette population s'est élevée à six millions au cours du XVIIIe s. ; elle comptait alors encore 80 % de ruraux, bien que la taille de Londres ait été multipliée par dix. La grande bascule démographique des campagnes vers les villes a été provoquée par la réforme agricole (enclosures) qui a entraîné un exode forcé des petits tenanciers, surtout cruel en Écosse (clearances). À la moitié du XIXe s., ruraux et citadins s'équilibraient encore, alors que la population globale s'élevait à plus de 16 millions. Un siècle plus tard, plus de 80 % d'une population qui avait plus que triplé (50,3 millions en 1951) vivaient dans des villes, le plus souvent de grande taille, formant, surtout dans le Nord industriel, d'importantes conurbations.
Aujourd'hui, si la population des campagnes proprement dites s'est stabilisée et si les conurbations n'ont pas disparu, les centres des villes (inner cities) ont vu leurs habitants les plus aisés immigrer vers des zones périurbaines plus confortables (leafy suburbs), sans abandonner leurs emplois et leur mode de vie citadins, créant ainsi d'importants problèmes de transport tout en laissant la place dans les inner cities aux populations moins fortunées, voire défavorisées, comme les immigrants de couleur, à partir des années 1950.
La population globale du Royaume-Uni est passée de 38 237 000 personnes en 1901 à 50 287 000 en 1951, et à 58 789 194 en 2001, ce qui représente aujourd'hui une densité moyenne, élevée, de 240,9 habitants par km2 (plus du double de celle la France : 107 en 1999). Cette apparente progression linéaire cache cependant des changements de structure profonds.
En 1901, la progression annuelle nette était de 385 000, soit un excédent de 467 000 des naissances (1 0991 000) sur les décès (624 000), moins 82 000 d'émigration nette ; en 2001, cette progression est estimée à 182 000 : 87 000 dus à l'excédent des naissances (701 000) sur les décès (614 000), plus 95 000 d'immigration nette. En 1999, 6,1 % des Britanniques étaient âgés de moins de cinq ans ; 14,3 % avaient entre cinq et quinze ans ; 61,6 % entre seize ans et l'âge de la retraite (65 ans pour les hommes et 60 pour les femmes) ; 18,1 % étaient âgés de plus de 65 ans.
Dans cet ensemble, l'Angleterre représente 83,6 % de la population (49 138 831 habitants en 2001), l'Écosse 8,6 % (5 062 011 habitants), le pays de Galles 4,9 % (2 903 085 habitants) et l'Irlande du Nord 2,9 % (1 685 267 habitants). Toutefois, la superficie de l'Angleterre (131 760 km2) étant à peine supérieure à la moitié de l'ensemble (244 050 km2), la densité de la population anglaise est de loin la plus élevée : 372,9 par km2, contre 139,8 au pays de Galles (20 768 km2), 119,3 en Irlande du Nord (13 950 km2) et 64,2 en Écosse (78 772 km2). C'est, en revanche, la population d'Irlande du Nord qui est la plus jeune : près d'un quart (24,3 %) est âgée de moins de 16 ans contre 20,3 % en Angleterre et au pays de Galles et 19,7 % en Écosse ; 15,2 % à l'âge de la retraite contre 18,1 % en Angleterre et en Écosse et 19,9 % au pays de Galles. Ce dernier chiffre montre que le pays de Galles sert de terre d'accueil pour les retraités, notamment anglais.
Du point de vue statistique, l'Écosse, le pays de Galles et l'Irlande du Nord comptent chacune pour une région. L'Angleterre est en revanche divisée en neuf régions du nord au sud : le Nord-Est, le Nord-Ouest, le Yorkshire et Humber, les Midlands de l'Est, les Midlands de l'Ouest, l'Est, le Grand-Londres, le Sud-Est et le Sud-Ouest. C'est le Sud-Est qui est la région la plus peuplée avec 8 078 000 habitants (423 par km2), mais c'est bien sûr le Grand-Londres qui, avec 7 285 000 habitants, a la densité de population la plus élevée : 4 611 habitants par km2. Avec 6 881 000 habitants et une densité de 486 hab./km2, le Nord-Ouest arrive en troisième position. La région la moins peuplée est le Nord-Est avec 2 581 000 habitants. À part le Grand-Londres qui, depuis 2000, possède ses institutions propres (maire élu au suffrage direct et une assemblée de 25 membres, également élue au suffrage direct), les huit autres régions n'ont pas d'assemblées régionales directement élues mais seulement des agences de développement, d'ailleurs créées très récemment (1999).
Après 1950, la Grande-Bretagne, qui était traditionnellement un pays d'émigration, est devenue en quelques années un pays d'immigration. Sous le double effet du plein emploi interne et de la décolonisation, le solde migratoire s'est brusquement retourné, d'autant plus facilement qu'à l'époque un passeport du Commonwealth donnait la même liberté de circulation et les mêmes droits, notamment sociaux, en Grande-Bretagne, qu'un passeport britannique.
Devant cet afflux, et les vives inquiétudes des couches populaires qui y ont vu une concurrence intolérable dans les domaines de l'emploi, des salaires et du logement, inquiétudes vite exploitées par des politiciens peu scrupuleux (dont l'ultra-conservateur Enoch Powell), les gouvernements ont dû réagir et, dès 1962, ont été votées des lois de plus en plus restrictives, limitant puis virtuellement arrêtant les flux migratoires. Le plus important de ces textes est incontestablement le British Nationality Act de 1981 qui, pour la première fois, définissait clairement ce qu'il fallait entendre par citoyen britannique. Il distingue trois catégories : le British national proprement dit, le citoyen des « territoires dépendants » et le citoyen d'outre-mer ; des trois catégories, seule la première donne un droit automatique de résidence et de travail en Grande-Bretagne et, s'il est assez facile de passer de la seconde catégorie à la première, il est beaucoup moins facile de passer de la troisième à la première, étant entendu que le fait d'être né sur le territoire du Royaume-Uni ne donne plus droit automatiquement à la citoyenneté britannique.
Le British Nationality Act a eu pour résultat un freinage considérable des entrées ; alors qu'au milieu des années 1970, on estimait la population « non blanche » à environ 1 900 000 personnes, enfants compris, soit alors 3,5 % du total, cette population s'élevait à 2,7 millions au recensement de 1991, soit environ 5 % de l'ensemble, augmentation presque entièrement due à l'accroissement naturel, la moitié d'entre elle étant née en Grande-Bretagne. En 2001, on estimait que les citoyens « non blancs » représentent 6,7 % de la population de la grande île (sans l'Irlande du Nord donc), soit 3 832 000 personnes, enfants compris : 1 286 000 Noirs de diverses origines, dont une forte proportion des Caraïbes (504 000) ; 942 000 Indiens ; 671 000 Pakistanais ; 257 000 Bangladeshi ; 133 000 Chinois (dont beaucoup de Hongkong), reflétant ainsi la variété géographique de l'ancien Empire. Comme, en outre, les minorités ethniques sont concentrées dans des quartiers précis du nord de Londres ou des grandes villes industrielles du Nord et du Centre de l'Angleterre, comme Birmingham et sa conurbation, Leicester, Leeds, Bradford, Manchester et sa conurbation, ces populations jouent un rôle non négligeable dans la vie politique et électorale locale, et même nationale. Votant très majoritairement pour le parti travailliste, elles lui ont permis de se maintenir quand celui-ci était au plus bas dans les années 1980 et représentent un groupe de pression non négligeable à l'intérieur de ce dernier parti mais aussi à l'extérieur. L'islam, dont on estime qu'il représente de 1,5 à 2 millions de fidèles en Grande-Bretagne, joue un rôle important au sein de plusieurs de ces communautés.
On estime que près de 92 % des Britanniques ont un mode de vie urbain, les grandes agglomérations n'ayant cessé, dans le seconde moitié du XXe s., de s'approprier de nouveaux espaces ruraux. Seules échappent à ce mouvement de périurbanisation les terres situées au-dessus de 350 m d'altitude, qui ne rassemblent guère plus de 700 000 habitants, et bien sûr les massifs montagneux. La migration des citadins vers les périphéries rurales rend compte de la chute du nombre d'habitants dans la plupart des grandes agglomérations, comme à Londres, où les quartiers centraux se vident peu à peu. Toutefois, la déconcentration des emplois n'a pas suivi au même rythme, ce qui a imposé une amplification constante des migrations journalières entre le domicile et le lieu de travail.
Le Royaume-Uni a été une nation pilote en matière d'urbanisme, avec, par exemple, la création des cités-jardins dès le début du XXe s. Entre 1946 et 1971, une trentaine de villes nouvelles ont été créées par l'État pour décongestionner les grandes agglomérations. Pour la plupart, ces dernières sont entourées d'une ceinture verte destinée à maintenir leur identité et à freiner leur étalement incontrôlé.
Depuis 1979, la prise de conscience de l'existence de profondes inégalités sociales entre les quartiers anciens, qui accueillent des populations pauvres et vulnérables, et les espaces périurbains ou suburbains, où trouvent à se loger des familles plus prospères, a conduit le gouvernement à engager une politique de régénération urbaine (programme des Inner Cities). Appliquée dans la plupart des grandes villes, y compris à Londres avec l'opération, certes très controversée, de la reconversion des Docklands, cette politique vise à créer des emplois, à améliorer le cadre de vie et à diversifier la structure sociale des quartiers d'habitation.
Comme toutes les économies européennes, le Royaume-Uni a d'abord été une économie rurale ; puis, à la suite de la réforme agricole de la fin du XVIIIe s. et de la révolution industrielle qui ont été en gros concomitantes, elle est devenue l'« atelier du monde », c'est-à-dire la première nation industrielle, pendant environ un siècle ; puis, le déclin est venu et, à la suite de la Première Guerre mondiale surtout, les activités de services, notamment en matière de banque et de finance, l'ont progressivement emporté sur les activités manufacturières. Malgré les efforts des gouvernements successifs depuis 1945, cette tendance a continué, et s'est même accentuée après 1979, début de la « révolution conservatrice » animée par le gouvernement de Margaret Thatcher, où il n'a plus été question pour le gouvernement de se porter au secours des « canards boiteux » de l'industrie. Alors que le secteur manufacturier représentait encore plus du tiers du produit intérieur brut dans les années 1950, il ne contribuait plus que pour 18,8 % en 1999. C'est dire que les activités de services représentent aujourd'hui près des trois quarts du P.I.B.
En 1851, l'agriculture restait l'activité principale du pays et occupait 1 800 000 personnes dans une population active bien plus réduite qu'aujourd'hui. En 2000, le secteur de l'agriculture, des pêches et des forêts ne comptait plus que pour 1,2 % du P.I.B. et il employait environ 2 % de la population active.
Si la pêche était en déclin, sans doute irréversible, depuis la Seconde Guerre mondiale, il n'en était pas de même de l'agriculture avant l'apparition de l'E.S.B. (encéphalite spongiforme bovine). Malgré ses appréhensions au moment de l'entrée dans le marché commun, l'agriculture britannique avait plutôt bénéficié de la P.A.C. (politique agricole commune) et assurait environ 70 % des besoins en produits agricoles de la population britannique. En 1999, il y avait 239 600 exploitations agricoles qui employaient 538 000 personnes (fermiers et membres de leur famille travaillant sur la ferme compris). Ce nombre était en net recul par rapport à la moyenne des années 1987-1989 : 670 000 personnes, mais c'étaient surtout les salariés qui avaient pâti de la contraction.
Les trois quarts des terres agricoles sont directement exploitées par leurs propriétaires ; le reste est loué ou donné en métayage. La surface moyenne de chaque exploitation est de 66,6 hectares (164,6 acres, l'acre étant la mesure de superficie traditionnelle). Environ 47 % d'entre elles dépendaient d'autres activités pour survivre. En fait, notamment en Angleterre, la moitié de la production est assurée par 15 % des plus grosses exploitations, de plusieurs centaines d'hectares chacune. Environ les trois-quarts des terres agricoles sont consacrés à l'élevage, intensif dans les prairies des Basses Terres, extensif dans les collines et les landes. Les surfaces cultivées concernent essentiellement les céréales : blé (39 %), orge (25 %), les oléagineux comptant pour 9 % et l'horticulture pour 8 %. Néanmoins, l'élevage du gros bétail et des moutons constitue 40 % (en valeur) de la production agricole totale, la production laitière représentant la plus grosse part, avant le bœuf et le veau de boucherie et le mouton. En 1999, il y avait une moyenne de 73 vaches laitières par exploitation, et la production annuelle par tête était de 5 974 litres de lait.
On conçoit donc que les régions d'élevage aient été particulièrement éprouvées par l'épidémie d'E.S.B., plus connue sous le nom de « maladie de la vache folle », qui a éclaté à la fin des années 1980, a connu son intensité maximum en 1992 (36 000 cas enregistrés) pour tomber à 2 500 cas en 1999 mais qui, néanmoins, n'était pas encore complètement éradiquée à la fin de l'année 2001. Ce qui a spécialement affecté l'élevage britannique, c'est l'annonce par le gouvernement, en mars 1996, d'un lien possible entre l'E.S.B. et une variante récemment apparue de la maladie de Creutzfeldt-Jacob. Immédiatement, les exportations de bœuf britannique ont fait l'objet d'un boycott total à l'échelle mondiale et il a fallu tous les efforts faits pour assainir la production entre 1996 et 1999 pour que le boycott soit partiellement levé à la fin de 1999. Résultat : en 1997, les exportations de viande avaient baissé de 21 %, celles de mouton et de porc, en raison d'excédents mondiaux importants, n'ayant pas compensé l'effondrement du bœuf. Mais ce qui a porté définitivement le coup de grâce au moral et, dans certains cas, à l'assise financière des éleveurs britanniques, a été l'épidémie de fièvre aphteuse qui s'est déchaînée à partir de février 2001 et sévissait encore, même si elle était en fort recul, en septembre de la même année. Mais, le fait même qu'elle n'ait guère affecté le résultat des élections générales de juin 2001 montre bien à quel point la vie, et le moral, des campagnes touchent peu le reste de la population.
La pêche est également un domaine économique qui paraît aujourd'hui bien marginal, malgré son importance pour l'Écosse et bien que le Royaume-Uni reste un des plus importants pays pour la pêche de l'Union européenne, assurant environ un quart des prises des espèces principales et 40 % des besoins nationaux en poisson. Néanmoins, bon nombre de pêcheurs se considèrent les victimes de la politique commune des pêches, surtout depuis que l'Espagne est entrée dans la Communauté en 1986. Pourtant, cette politique répartit au mieux la pénurie et, même si elle n'existait pas, les pêcheurs savent bien que des quotas auraient dû de toute façon être imposés, compte tenu de la raréfaction relative du poisson dans les zones de pêche traditionnelles des Britanniques. À la fin de 1999, la flotte de pêche britannique comprenait 7 448 bateaux (contre plus de 10 000 cinq ans plus tôt) et n'employait plus que 15 961 pêcheurs professionnels. Toutefois, les ports écossais (Aberdeen, Peterhead, Ullapool) semblaient avoir mieux tiré leur épingle du jeu que les ports anglais (Hull, Grimsby), ceux du Sud-Ouest surtout. En outre, en Écosse, les activités d'élevage de crustacés et de poissons (notamment de saumon) contribuent fortement, avec le whisky, à la prospérité de la filière alimentaire locale.
La forêt britannique (10 % de la superficie totale) est une des plus réduites d'Europe (25 % de la superficie en moyenne) ; elle couvre 8 % de l'Angleterre, 17 % de l'Écosse, 14 % du pays de Galles et 5 % de l'Irlande du Nord. Elle serait beaucoup plus réduite encore sans l'action de l'État qui, en créant la Forestry Commission en 1919, a enrayé son déclin séculaire. La commission, qui gère aujourd'hui 38 % des espaces boisés, est actuellement le propriétaire terrien le plus important du pays ; depuis sa création, la surface boisée a doublé et, depuis 1985, elle a crû de 10 % avec 220 000 hectares nouveaux. La commission a un double objectif : fournir des espaces récréatifs supplémentaires à une population qui aime le plein air, et limiter les importations de bois qui représentent 85 % de la consommation du pays.
Si l'on comptait les diverses formes d'énergie (mines de charbon, électricité, gaz et eau), l'industrie contribuait, en 2000, pour 21,1 % au produit intérieur brut et pour 16,1 % à l'emploi, soit 4 502 000 postes de travail. En ce qui concerne les activités manufacturières seules, elles comptaient pour 18,8 % de la valeur ajoutée brute et 14,7 % de l'emploi (4 285 000 postes de travail). Ce sont les deux régions des Midlands qui ont le plus d'emplois manufacturiers (24 %), et ce sont ces deux régions qui ont le plus souffert des restructurations du début de l'ère Thatcher et de la récession des années 1990-1992. C'est à Londres que la proportion est la plus basse : 7 %. Depuis les années 1980, virtuellement toutes les activités industrielles appartiennent au secteur privé, y compris celles liée à l'eau et à la production et à la distribution de l'électricité.
Les grandes firmes sont multinationales, de plus en plus rarement à capitaux britanniques dominants ; l'exemple extrême étant le secteur automobile dont on peut dire qu'aucun grand constructeur n'est aujourd'hui véritablement britannique. L'importance des firmes varie considérablement avec les branches ; en 2000, 450 firmes avaient plus de mille employés, 670 entre 999 et 500, 5 010 entre 499 et 100 ; à l'inverse, 144 490 avaient moins de 100 employés, dont 109 800 moins de neuf. Le secteur de l'alimentation, boissons et tabac était le plus important en termes de valeur ajoutée : 20,1 milliards de livres courantes en 1999 ; le second secteur était celui de l'équipement électrique et optique : 19,9 milliards ; venaient ensuite les industries du papier : transformation, imprimerie et édition ; puis, l'équipement en transport, avec surtout l'aéronautique et la construction automobile, malgré les vicissitudes que ce dernier secteur a connues ; enfin, les industries chimiques (y compris les fibres artificielles) et pharmaceutiques, les métaux et la transformation des métaux, les machines et le reste de l'équipement, tous secteurs générant plus de dix milliards de livres de valeur ajoutée en 1999. En revanche, le textile et la construction navale, si puissants autrefois, étaient en net déclin.
C'est sans doute dans le secteur de l'énergie que les bouleversements du dernier quart du XXe s. ont été les plus grands.
Les mines de charbon ne jouent plus aujourd'hui qu'un rôle marginal dans la fourniture énergétique. En 1947, au moment de la nationalisation et de la création du National Coal Board, les charbonnages employaient plus de 700 000 personnes ; en août 2000, il n'y avait plus que 29 mines en activité, employant 8 272 mineurs et 48 sites à ciel ouvert : les privatisations étaient passées par là, et ces différents sites étaient exploités par plusieurs compagnies. Et le puissant syndicat des mineurs (plus de 500 000 membres en 1945), tant redouté par les gouvernements dans les années 1970, n'est plus aujourd'hui que l'ombre de lui-même. Toutefois, la production de charbon britannique, bien que en déclin permanent, était encore, en 2000, de 36 millions de tonnes par an, tous sites confondus ; avec une consommation de 56 millions de tonnes (les trois-quarts pour la production d'électricité dans les centrales thermiques) et des exportations très faibles (762 000 tonnes), le Royaume-Uni doit aujourd'hui importer un peu plus de 20 millions de tonnes de charbon bon marché, essentiellement australien.
Cette marginalisation du charbon est liée à son coût d'extraction par rapport aux charbons importés mais aussi au fait que, depuis le début des années 1980, le Royaume-Uni est devenu un producteur excédentaire de gaz et de pétrole, le neuvième producteur mondial, grâce aux réserves off-shore du plateau continental en mer du Nord et dans l'Atlantique-Nord. En 1999, soit par usage direct ou par production d'électricité, le pétrole et le gaz ont représenté 70 % de la consommation d'énergie britannique. 211 gisements étaient en exploitation : 123 pour le pétrole, 88 pour le gaz. La production de pétrole a été de 128,3 millions de tonnes (dont 124 millions off-shore) contre 91,7 dix ans plus tôt ; les réserves étant estimées à 1 665 millions de tonnes. Pour le gaz, la production s'est élevée en 2000 à 105 milliards de m3, les réserves étant estimées à 1 755 milliards de m3. Au rythme de consommation actuel, les réserves devraient durer une quinzaine d'années. En 1999, le revenu total du secteur gazier et pétrolier s'est élevé à plus de 19 milliards de livres sterling. Depuis 1965, ce secteur a généré des profits bruts de 250 milliards de livres, dont 105 ont été réinvestis dans l'industrie, 91 milliards payés en impôts à l'État britannique, 54 milliards revenant aux compagnies.
L'origine de l'électricité consommée au Royaume-Uni – produite depuis la privatisation par 70 compagnies d'inégale importance – reflétait le changement dans la production d'énergie primaire ; en 1999, 29 % était d'origine nucléaire, 35 % venaient des centrales thermiques classiques (dont certaines sont mixtes charbon/pétrole), 34 % des centrales à turbines à gaz naturel, très peu polluantes ; en 1989, lorsque ce dernier type de production n'était pas répandu, les centrales thermiques assuraient à peu près les deux tiers de la production d'électricité. Là encore, le changement a été rapide.
Quant au secteur des travaux publics et de la construction, il occupait 1 167 000 personnes (dont 15 % de femmes) en décembre 1999, soit un peu moins de 5 % de la population active. Presque tous les grands projets de travaux publics concernaient les transports publics urbains (où le tramway, comme ailleurs en Europe, revient très en faveur) et le chemin de fer ; la modernisation du réseau ferré a pris un retard considérable, notamment en raison d'une privatisation bâclée.
Quant à la construction de logements, elle varie selon la conjoncture économique générale ; on a assisté là aussi à un changement significatif dû à la politique volontariste des pouvoirs publics sous Margaret Thatcher ; alors que le secteur public assurait, au début des années 1970, environ la moitié de la construction de logements neufs, cette proportion était tombée à 15 % en 1993 et à presque rien en 1999. Cette même année, 188 900 logements neufs ont été mis en chantier, dont 165 900 par des promoteurs privés et 22 600 logements sociaux par des associations privées. Mais la construction de logements neufs ne suffit pas à assurer les besoins, d'où une spéculation quasi permanente sur l'habitat ancien, notamment à Londres et dans le Sud de l'Angleterre.
Le secteur des services contribue aujourd'hui pour 70 % à la valeur ajoutée brute de l'économie et pour 75 % de l'emploi global, et il grandit sans cesse. Après un accroissement de 800 000 emplois en deux ans, ce secteur occupait 21 106 000 personnes en 2000, dont 6 millions et demi dans l'administration publique, l'enseignement et les services de santé ; un peu plus de 6 millions dans le commerce de détail, hôtels et restaurants ; 5,1 millions dans les services financiers et les affaires ; 1,7 million dans les transports et communications ; un nombre presque équivalent travaillant dans les autres services.
Le secteur des services financiers et bancaires est le plus important en matière de valeur ajoutée ; en 1999, il comptait pour 6 % du produit intérieur brut et employait plus d'un million de personnes. Ses gains à l'étranger représentaient 31,2 milliards de livres sterling, un record.
Depuis toujours, le « mile carré » historique de la Cité de Londres est au centre de ces activités ; il comprend, entre autres, la Banque d'Angleterre – dont, depuis 1997 (une des premières décisions du gouvernement de Tony Blair), le comité de politique monétaire fixe librement les taux d'intérêt –, la Bourse de Londres (le célèbre London Stock Exchange), le marché d'assurances de Lloyd, un des plus grands marchés de matières premières et la plus grande concentration de banques étrangères au monde. Édimbourg (associé à Glasgow), Manchester, Cardiff, Liverpool et Leeds restent d'importants centres financiers, surtout le premier, qui est le cinquième centre de l'Union européenne pour les fonds d'investissement. En 2000, il y avait au Royaume-Uni 315 banques autorisées à prendre des fonds en dépôt ; si l'on ajoute les quelque 103 banques étrangères autorisées, on peut avoir une grande impression de diversité ; toutefois, on a assisté à une concentration importante depuis quelques années, si bien que les « quatre grandes » : Barclays, HSBC (qui a absorbé Midland au début des années 1990), Royal Bank of Scotland (qui a racheté National Westminster en 2000) et Lloyds TSB représentaient 68 % des comptes courants, 61 % des cartes de crédit et 46 % des prêts personnels. 85 % des ménages avaient un compte courant, 64 % un compte d'épargne (soit dans une banque, soit dans une building society, banque spécialisée dans le financement du logement privé).
Les institutions financières britanniques possèdent la majorité des actions ordinaires des sociétés britanniques cotées à Londres, le reste étant détenu par des non-résidents et par les particuliers britanniques (15 %). On estime que 28 % des ménages comptent au moins une personne possédant des actions ; cette proportion a doublé après la grande période des privatisations sous Margaret Thatcher. Les épargnants plus modestes peuvent souscrire à des fonds d'investissement ou à des fonds de pension ; il existe aussi deux systèmes d'épargne exemptés d'impôt : les TESSA (Tax Exempt Special Savings Account) et ISA (Individual Savings Account) mais plafonnés très bas.
Le commerce est une autre activité de services importante, surtout par le nombre d'emplois qu'il fournit. En 2000, le commerce de gros fournissait 1 120 000 emplois dans environ 113 000 entreprises avec un chiffre d'affaires de 328 milliards de livres. Le commerce de détail opère dans 201 000 entreprises qui vont de l'hypermarché à la boutique du coin de la rue ; il employait 2 528 000 personnes en décembre 1999, dont un bon nombre d'indépendants. Les quatre grandes chaînes de supermarchés étaient Tesco (600 magasins), Sainsbury (400), Asda (230), et Safeway (480). À elles quatre, ces chaînes de distribution représentaient 45 % des ventes d'épicerie.
Comme ailleurs en Europe, d'immenses centres commerciaux sont apparus depuis les années 1970, qui offrent tous les services y compris les facilités de parking qui ont fait leur succès. Malgré tout, à l'occasion de la restauration des vieux centres-villes victoriens, on recommence aujourd'hui à construire, en pleine ville, surtout dans le Nord de l'Angleterre ou en Écosse, des centres commerciaux à taille plus humaine, généralement couverts et plus attrayants que les premiers.
Le commerce des véhicules à moteurs, des pièces détachées et de la vente de carburants représentait 551 000 emplois en 1999, avec un chiffre d'affaires en légère progression et malgré la fermeture de 35 % des stations-service en dix ans.
Au commerce, il faut ajouter la publicité qui a généré un chiffre d'affaires de 18 milliards de livres en 1999, dont 52 % sont allés à la presse écrite et 28 % à la télévision.
Enfin le tourisme apparaît comme un secteur d'avenir. Si le tourisme interne a toujours été relativement prospère, la « vogue du Royaume-Uni », en Europe surtout, est assez récente. Elle est principalement apparue au temps de la livre sterling bon marché dans les années 1960 et 1970. En 1999, le Royaume-Uni a reçu 25,4 millions de visiteurs étrangers, 1 % de moins qu'en 1998 ; à la baisse de 3 % enregistrée chez les visiteurs venus d'Europe occidentale répondait une augmentation de 1 % chez ceux originaires d'Amérique du Nord ; les Américains du Nord ont représenté 15 % du total des visiteurs ; ils ont dépensé 12,5 milliards de livres, ce qui représentait un quart du chiffre d'affaires généré par le tourisme interne. Cet apport ne compensait pas, et de loin, ce que les Britanniques eux-mêmes dépensent à l'étranger.
Le secteur des hôtels et restaurants, y compris les pubs traditionnels (en déclin de 6 % depuis 1990) et les bars à vin de plus en plus à la mode, produisait un chiffre d'affaires de 51 milliards de livres en 1999, en progression de 7 % sur 1998, et fournissait 1 371 000 emplois.
Ainsi, le Royaume-Uni, malgré les difficultés qu'il a rencontrées dans le passé, précisément à cause des transformations souvent brutales qu'il a dû subir, offre l'exemple d'une économie post-industrielle, sans doute mieux à même que la plupart des autres économies européennes de s'adapter au nouvel ordre mondial.
À partir du
VIIIe s. avant J.-C. : invasions celtes, avec des temps forts vers 400 avant J.-C. (culture caractéristique du La Tène moyen), et, au Ier s. avant J.-C., l'installation de populations gauloises et belges ; la langue celtique s'impose sous ses deux formes différentes : le brittonique et le gaélique. Les Pictes de Calédonie (Écosse) sont, quant à eux, plus proches des populations protoceltes.Ier s. avant J.-C. : la conquête et l'occupation romaines transforment la structure du pays par l'établissement de villes et de routes, mais elles ne modifient guère la composition ethnique de la population.407 après J.-C. : départ des dernières troupes romaines (ni l'Irlande ni l'Écosse n'ont été occupées), laissant les populations celtiques à elles-mêmes. Mais les régions les mieux romanisées sont déjà chrétiennes et participent à la vie de la chrétienté (Pélage, l'adversaire de saint Augustin, est un breton) ; de jeunes Bretons, formés en Gaule ou à Rome, évangélisent l'Irlande (saint Patrick), l'Écosse (saint Ninian) et le pays de Galles (saint Illtud).Ve s. : l'absence d'autorité politique provoque le désordre ; c'est l'âge d'or de la piraterie irlandaise, et, à l'intérieur même de l'île de Bretagne, les luttes des chefs favorisent la venue de mercenaires germaniques dès le milieu du Ve s. Saxons, Jutes et Angles s'installent d'abord sur les côtes, mais peu à peu repoussent les Celtes vers l'intérieur.VIe-VIIe s. : les « Saxons » ont pris l'habitude de mener sur les côtes anglaises des raids de pillage ; mais l'abandon des troupes romaines et la montée persistante du niveau des eaux sur les côtes frisonnes où ils vivaient les poussent à s'installer dans l'île de Bretagne. Malgré une résistance, dont la légende arthurienne peut être l'écho, les Celtes sont rejetés dans des réduits défensifs : les Cornouailles, le pays de Galles, le Cumberland et le Galloway ; certains colonisent l'Armorique (dès lors devenue Bretagne) ; d'autres passent en Irlande. Les Pictes, de leur côté, sont attaqués à la fois par les Angles, qui s'installent dans les Lowlands, et par des Irlandais, les Scots, qui occupent la côte ouest et vont donner leur nom à l'Écosse.VIe s. :germaniques, les nouveaux occupants sont aussi païens ; leur conversion, longue et difficile, est menée à la fois par des Irlandais et des missionnaires envoyés de Rome (saint Augustin, installé à Canterbury en 597), qui se livrent une âpre concurrence : la tendance romaine l'emporte alors, et l'Angleterre anglo-saxonne devient ainsi un grand centre de civilisation et de christianisme (Bède, Alcuin, saint Boniface), mais, au lieu d'être un ferment d'unité, cette évangélisation accentue encore la coupure entre les peuples britanniques, les Celtes d'un côté, les Germaniques de l'autre.
IXe s. :les Scandinaves s'installent dans les îles, sur les côtes de l'Irlande et de l'Écosse du Nord, et surtout dans le Danelaw, au nord d'une ligne allant de l'embouchure de la Tamise à celle de la Dee. : Le roi danois Sven et son fils Knud finissent même par conquérir l'Angleterre, sur laquelle leur dynastie règne jusqu'en1042. Car, malgré une brillante civilisation, les Anglo-Saxons n'ont pas réussi à édifier une structure politique solide et ont créé des royaumes jaloux de leurs particularismes. Si les souverains de Wessex ont, avec Alfred (871-899), établi une hégémonie que les Danois seuls remettront en cause, l'Angleterre reste diverse : ce manque de cohérence est à l'origine de la défaite infligée au dernier roi anglo-saxon, Harold, par son compétiteur normand.
1066 :conquête de l'Angleterre par Guillaume le conquérant, duc de Normandie.
L'hétérogénéité ethnique de l'Angleterre est renforcée par la conquête normande, car avec le duc normand arrive une aristocratie francophone qui va s'assurer le gouvernement du pays. Inconnu des élites, l'anglo-saxon cesse d'être écrit. Les structures féodales, fondées sur les liens d'homme à homme, sont imposées d'en haut par le souverain avec une rigueur et une régularité inconnues sur le continent.
Ces structures féodales permettent aux rois normands et angevins de constituer de véritables empires personnels, qui comprennent, outre l'Angleterre, d'énormes domaines continentaux (Normandie, Maine, auxquels Henri II ajoute la Touraine et l'Anjou, puis, après son mariage avec Aliénor, l'Aquitaine et le Poitou) et des principautés clientes (Bretagne, Écosse). Les bastions celtiques résistent mal au dynamisme de cette féodalité conquérante : les barons normands s'implantent dans les Marches de Galles, grignotant les principautés galloises, et s'installent dans l'est de l'Irlande autour de Dublin. Paradoxalement, cette hétérogénéité de l'empire va donner à l'Angleterre son homogénéité. Conquise, elle a reçu de la monarchie des institutions uniformes qui réduisent les diversités régionales : partout a cours le droit des tribunaux royaux, la Common Law. Ensuite, l'exploitation forcenée des ressources du pays à laquelle les entreprises continentales des rois conduisent a le double effet de doter l'Angleterre de structures politiques et administratives très avancées, et de susciter une résistance qui donne vie et cohésion à la société politique.
XIIIe s. : les révoltes des barons (Grande Charte, 1215) préludent à l'essor du Parlement. L'échec final des Plantagenêts en France laisse apparaître une Angleterre bien individualisée.XIVe s. : la guerre de Cent Ans, malgré des succès passagers, se termine par la défaite du roi d'Angleterre, qui perd ses dernières possessions en France (Calais excepté) et doit renoncer à la couronne de France ; mais le cordon ombilical avec la France est coupé : l'anglais devient de nouveau la langue de l'élite. : En Écosse, la féodalisation a permis l'unification du pays sous l'égide de la monarchie, et la nation écossaise se forge dans l'épreuve que lui imposent les prétentions du roi d'Angleterre Édouard Ier de 1292 à 1307. La nouvelle monarchie qu'édifie Robert Bruce à partir de1306 est nationale, et la déclaration d'Arbroath de1320 est sans doute la première affirmation moderne du principe national en Europe.XVe-XVIIe s. :l'anglais devient la langue du gouvernement et de l'Administration, tandis que les Anglais prennent conscience du fait qu'ils sont une nation (XVe s.). : L'absence de féodalisation interdit aux principautés d'Irlande et du pays de Galles de surmonter leurs divisions : le pays de Galles a été conquis à lafin du XIIIe s. par Édouard Ier ; l'Irlande est un peu protégée par l'engagement anglais pendant la guerre de Cent ans et les luttes internes de la guerre des Deux-Roses (1450-1485), mais, dès leXVIe s., son sort est scellé. Henri VIII se proclame roi d'Irlande en1541 et restaure l'autorité anglaise, tandis que Marie Tudor et Élisabeth, organisant les « plantations », ouvrent l'ère de la colonisation de l'île. : D'abord fournisseurs privilégiés de la draperie flamande, les Anglais se mettent à produire eux-mêmes les draps à partir du XIVe s., grâce aux avantages que leur confèrent les tarifs douaniers d'Édouard III. Aussi l'élevage du mouton se développe-t-il, poussant la gentry à enclore les communaux (mouvement des enclosures). : Sous Henri VIII (1509-1547) et Élisabeth Ire (1558-1603), les profits considérables ainsi accumulés vont permettre, une fois que la marine a brisé le monopole hispano-portugais sur les océans, l'essor de la colonisation anglaise. :
L'essor économique de l'Angleterre, la puissance de sa monarchie restaurée après la guerre des Deux-Roses par Henri VII et Henri VIII assurent l'hégémonie anglaise dans les îles Britanniques. : En fondant l'Église anglicane et en adoptant la voie d'un protestantisme modéré, Henri VIII a, de plus, permis aux protestants écossais de regarder vers l'Angleterre d'un œil nouveau. Aussi l'Écosse ne s'oppose-t-elle guère à l'union lorsque son souverain, Jacques VI, devient en1603 roi d'Angleterre (sous le nom de Jacques Ier), Élisabeth Ire n'ayant pas d'enfant : la Grande-Bretagne naît de cette union des deux Couronnes, union qui n'est encore que personnelle et qui ne sera achevée qu'en1707.
à l'assemblée de Hampton Court, le roi, dont l'origine écossaise a éveillé l'espoir du clergé presbytérien, prend nettement parti pour la Haute Église, s'alignant ainsi sur la politique d'Élisabeth. La même année, le traité de Londres met la Grande-Bretagne en paix avec l'Espagne tout en lui permettant d'aider les Provinces-Unies.
1605 : découverte d'un complot catholique mené par Guy Fawkes et Robert Catesby, qui avaient projeté de faire sauter le roi et le Parlement le 5 novembre (conspiration des Poudres).1612 : le gouvernement du roi et de ses favoris. Le favori en titre est alors Robert Carr (Ker), nommé vicomte de Rochester en 1611 et comte de Somerset en 1613.1614 : convocation d'un Parlement, immédiatement dissous (comme le sera celui de 1621). Les difficultés financières du roi amènent celui-ci à concéder des monopoles commerciaux, dont certains se révèlent très nuisibles à l'économie.1616 : le scandale du meurtre d'Overbury par la comtesse de Somerset fait beaucoup de tort au roi lui-même. George Villiers, bientôt duc de Buckingham, remplace Somerset et devient alors le personnage le plus puissant, assisté de sir Francis Bacon et de Lionel Cranfield.1616-1623 : les Angais, à partir de l'Inde, où Thomas Roe a obtenu la permission de s'établir, sont très actifs dans l'océan Pacifique. Mais leurs commerçants ayant été massacrés par les Hollandais, ils concentrent leurs efforts sur l'Inde.1618-1624 : début de la guerre de Trente Ans. Au grand mécontentement de l'opinion publique, Jacques Ier ne rompt pas avec l'Espagne. Buckingham impose une optique antiespagnole à la diplomatie anglaise. C'est à lui que revient à partir de 1624 la réalité du pouvoir.mariage du roi avec Henriette-Marie, fille du roi de France Henri IV. Dissolution du Parlement. Expédition de Cadix, lamentable échec de la flotte anglaise.
1626 : le deuxième Parlement marque sa méfiance envers Buckingham. Le roi doit le dissoudre et se trouve dans une difficile situation financière.1626-1627 : rupture avec la France. Charles a renvoyé l'entourage de son épouse, Henriette-Marie, parce que catholique. Les Français ayant manifesté leur mécontentement, il décide alors de voler au secours des protestants français, retranchés à La Rochelle. L'expédition de l'île de Ré, menée par Buckingham, est un fiasco.1628 : assassinat de Buckingham.1628-1629 : le troisième Parlement convoqué par le roi manifeste une violente opposition à la politique royale. Mené par John Eliot, Edward Coke, John Pym et John Selden, il adopte la « Pétition de droit » (Petition of Right), que le roi, pressé par ses besoins d'argent, est forcé d'accepter. Mais il voulait aussi que le roi arrêtât de lever les taxes dites Tonnage and Poundage, ce qu'il faisait sans son autorisation. Le roi le fait dissoudre et essaie dès lors de gouverner seul, entouré de William Laud (archevêque de Canterbury en 1633), du lord trésorier Richard Weston (comte de Portland en 1634) et de Thomas Wentworth (comte de Strafford en 1640), à qui est confiée l'Irlande.1629 : paix avec la France.1630 : paix avec l'Espagne.1634 : institution du ship money, que paient d'abord les comtés maritimes, puis les comtés de l'intérieur, pour permettre au roi d'équiper sa marine. La résistance est grande contre cet impôt impopulaire.1637-1640 : le nouveau livre de prières (Prayer Book), préparé par Laud, entre en vigueur (1637). Très hostile aux puritains, Laud a renforcé délibérément les aspects proches du catholicisme qui pouvaient subsister dans l'anglicanisme. Une véritable atmosphère de persécution religieuse se développe. Chassés par l'épiscopalisme, les puritains s'installent, de 1628 à 1638, en de nombreux points de l'Amérique du Nord, rejoints en 1634 par quelques catholiques. : Épiscopaliste zélé, Charles veut appliquer les mesures de Laud à l'Écosse, tout entière presbytérienne. Une armée de 20 000 hommes ne peut venir à bout des Écossais, menés par Argyll, Montrose et Leslie (première « guerre des évêques », terminée par le traité de Berwick en1639). Ne voulant pas renoncer, Charles fait venir Strafford d'Irlande et engage immédiatement la seconde « guerre des évêques ». Cette fois-ci, son armée est battue à Newburn (août 1640) ; il faut décidément de l'argent au roi, et, pour cela, il n'y a qu'un moyen : convoquer le Parlement.1640-1642 : le « Long Parlement », réuni en novembre 1640, compte une grande majorité de membres hostiles au roi. Il commence par envoyer Laud à la Tour de Londres et Strafford à l'échafaud (mai 1641). Le roi y consent. Le ship money, les tribunaux d'exception sont abolis. Les excès des parlementaires finissent par constituer un puissant parti autour du roi, surtout composé d'anglicans modérés. Mais le roi décourage ses partisans par de grosses fautes politiques, par exemple en négociant secrètement avec les catholiques irlandais révoltés.juin 1642 : le Parlement soumet au roi les Dix-Neuf Propositions, véritable ultimatum qui lui ôte tout pouvoir réel. Il refuse : la guerre civile s'ouvre.1643 : les forces royalistes ont l'avantage, mais ne peuvent opérer leur jonction, car elles sont retenues par le siège des trois villes de Gloucester, Hull et Plymouth. Les 20 et 21 septembre, la bataille de Newbury est une victoire des parlementaires, qui, après la bataille de Winceby, peuvent conquérir le Lincolnshire. Les chances des royalistes d'obtenir une victoire rapide s'estompent : tandis qu'ils resserrent leurs liens avec les Irlandais, les parlementaires concluent un Covenant avec les Écossais, se rangeant ainsi sous l'égide du presbytérianisme.1644 : les parlementaires remportent une victoire décisive dans le Nord, à Marston Moor (2 juillet), où Cromwell joue un rôle déterminant. Seule l'incurie du général parlementaire, le comte de Manchester, sauve Charles Ier d'une défaite définitive à la seconde bataille de Newbury.1645 : Cromwell a réorganisé l'armée parlementaire, qui est victorieuse à la bataille de Naseby (14 juin). En septembre, Montrose, qui a pris le parti du roi en Écosse et qui semblait devoir l'emporter, est écrasé par Leslie (bataille de Philiphaugh).mai 1646 : Charles se rend aux Écossais de Leslie, qui l'abandonnent aux Anglais.1647 : l'armée s'empare du roi, puis entre dans Londres (août) : fort de son succès, Cromwell peut alors épurer l'armée. Mais il ne réussit pas mieux que les presbytériens à s'entendre avec le roi, qui entame alors des négociations avec les Écossais.juillet-août 1648 : l'armée de Cromwell et de Fairfax taille en pièces les troupes des presbytériens anglais et écossais (bataille de Preston).septembre 1648 : Cromwell règle la situation en Écosse.octobre 1648 : la majorité presbytérienne du Parlement penchant pour une reprise des négociations, Cromwell fait interdire l'entrée de la salle des réunions aux presbytériens ; seule subsiste la minorité parlementaire, le « Parlement croupion ».décembre 1648 : un tribunal est constitué pour juger Charles Ier.1649 : le 30 janvier, Charles Ier est exécuté.Cromwell commence par pacifier l'Irlande. Dès mai 1650, il juge suffisants les résultats qu'il a obtenus (par des méthodes sanglantes) et il rentre en Angleterre. Les Écossais se sont en effet ralliés à Charles II, le fils de Charles Ier, mais Cromwell écrase leurs troupes à la bataille de Worcester (septembre 1651). Charles II ne s'échappe que de justesse.
1653 : Cromwell dissout le Long Parlement. Il le remplace par le « Parlement nommé », que ses opinions religieuses l'obligent à dissoudre également. Le 16 décembre, l'Instrument of Government (la première Constitution écrite qu'ait eue l'Angleterre) établit le Protectorat, sous lequel l'Angleterre, l'Écosse et l'Irlande se trouvent unies et sont représentées par le même Parlement. Cromwell commence par réorganiser l'Église, l'ouvrant à plusieurs tendances (presbytériens, « indépendants », baptistes), n'en excluant que les anglicans épiscopaliens et les catholiques.1654 : fin de la guerre contre les Provinces-Unies. Celles-ci reconnaissent la validité de l'Acte de navigation, qui, depuis 1651, interdit aux navires étrangers de commercer avec les colonies anglaises. La politique mercantiliste prévaut alors. : Le Parlement voulant remettre en question l'Instrument of Government, Cromwell le dissout.1655 : les Anglais s'emparent de la Jamaïque.1656-1657 : le second Parlement réuni par Cromwell ne réussit pas mieux que le premier. Le Protecteur devra le dissoudre en février 1658.1657-1658 : la guerre contre l'Espagne est facilitée par l'alliance avec la France. Tandis que l'amiral Blake écrase la flotte espagnole à Santa Cruz de Tenerife (1657), les Français remportent la victoire des Dunes (1658). L'Angleterre y gagne Dunkerque.1658-1659 : le 3 septembre, mort de Cromwell. Son fils Richard le remplace, mais il abandonne ses fonctions le 25 mai 1659. Les dissensions entre les chefs de l'armée créent un véritable vide du pouvoir, qui va faciliter la Restauration.1659-1660 : le général George Monk, qui occupe l'Écosse, descend sur Londres, où il évince son plus dangereux rival, le général John Lambert. Il convoque un Parlement et entame aussitôt des négociations avec Charles II, réfugié en Hollande. Sur les conseils d'Edward Hyde (comte de Clarendon en 1661), Charles II publie la « déclaration de Breda », qui promet une amnistie générale, le paiement des troupes de Monk, la liberté religieuse et la reconnaissance des prérogatives parlementaires ; le Parlement accepte la déclaration et, en mai 1660, Charles II est de retour à Londres.élection d'un Parlement dont la majorité épiscopalienne empêche le roi d'appliquer ses principes de tolérance.
1662 : l'Acte d'uniformité rend obligatoire le livre de prières de Laud, amendé. Les prêtres qui refusent de s'y conformer rejoignent les presbytériens en dehors de l'Église d'Angleterre. La Déclaration d'indulgence que propose le roi est refusée.1663 : le Staple Act oblige tous les produits coloniaux à transiter par la Grande-Bretagne, ruinant ainsi le commerce intercolonial.1665 : la grande peste.1666 : l'incendie de Londres.1665-1667 : la rivalité commerciale qui oppose l'Angleterre et les Provinces-Unies se transforme en guerre. Après une série de batailles navales, plutôt favorables aux Anglais, ceux-ci laissent brûler leurs vaisseaux par une flotte hollandaise à Chatham. Ils doivent conclure la paix de Breda (31 juillet 1667).1667-1674 : le gouvernement de Charles II et de la « Cabal », qui regroupe les conseillers du roi, se distingue par une remarquable incohérence. Charles II en est en grande partie responsable, puisque, à la diplomatie officielle de son gouvernement, fondée sur une Triple-Alliance protestante (avec la Suède et les Provinces-Unies), il surimpose une diplomatie secrète, axée sur l'alliance avec la France et l'hostilité aux Provinces-Unies. Dans ces conditions, les Anglais échouent lors de la seconde guerre contre les Provinces-Unies (1672-1674) ; le traité de Westminster qui y met fin ne fait que ramener au statu quo (19 février 1674).1674-1685 : le Parlement reprend une place prépondérante dans la vie politique. Danby, qui a d'abord la confiance du roi, dirige le parti tory, et Shaftesbury le parti whig (les termes n'apparaissent qu'en 1679). Le premier est le « parti de la Cour », et fonde son programme sur le renforcement de l'autorité royale, le second est le Country Party, qui insiste, en principe, sur la prérogative parlementaire. Danby est vite en difficulté, en raison de la duplicité de la diplomatie de Charles II, qui l'oblige à conclure un traité secret avec la France catholique, alors qu'officiellement l'Angleterre se rapproche des Provinces-Unies protestantes (mariage de Marie d'York, nièce de Charles II, avec Guillaume d'Orange). Or, dans le pays, se développe une véritable « psychose » du complot catholique (Popish Plot), qui culmine en 1678 avec la découverte d'un prétendu complot par Titus Oates. Le futur Jacques II doit s'exiler.Anne est dominée au début de son règne par le duc de Marlborough, qui est tory. Le grand dessein de celui-ci est d'engager à fond l'Angleterre contre la France dans la guerre de la Succession d'Espagne (1701-1714). Aidé par lord Godolphin, Marlborough réussit, mais doit pour cela passer au parti whig. Malgré de brillants succès (Blenheim, 1704 ; Ramillies, 1706 ; Audenarde, 1708 ; Malplaquet, 1709), les sacrifices qu'impose la guerre permettent la remontée des tories, qui l'emportent en octobre 1710. La guerre rapporte pourtant beaucoup, ouvrant au commerce anglais le Portugal et ses colonies (traité de Methuen, 1703, et donnant à l'Angleterre (paix d'Utrecht, 1713) Terre-Neuve, l'Acadie, les territoires de la baie d'Hudson, Gibraltar (conquise en 1704) et Minorque, tandis que le privilège de l'asiento (fourniture des esclaves noirs aux colonies espagnoles) et la pratique du vaisseau de permission lui ouvrent les colonies espagnoles.
1707 : Acte d'union, qui unit les royaumes d'Angleterre et d'Écosse.1713 : les whigs essaient de faire venir à Londres George, l'Électeur de Hanovre, tandis que les tories, menés par Bolingbroke, complotent en faveur de Jacques Édouard Stuart. Mais le complot échoue, le parti tory, compromis avec le catholicisme et les impopulaires Stuarts, est ruiné, et ses chefs sont exilés (Bolingbroke) ou emprisonnés.1714 : la couronne passe aux Hanovre.Walpole devient Premier lord de la Trésorerie et chancelier de l'Échiquier. Il cherche à mener une politique conciliante.
1723 : retour en Angleterre de Bolingbroke, qui s'attache à ressusciter un torysme entièrement dégagé de toute compromission avec les Stuarts.1727 : à la mort de George Ier, George II monte sur le trône. Son épouse, Caroline Wilhelmine, sera le meilleur soutien de Walpole.une coalition Pitt-Newcastle dirige le Cabinet. Mais c'est Pitt qui s'occupe de toutes les affaires importantes, et surtout de la guerre.
1756-1763 : guerre de Sept Ans, qui est l'aboutissement d'une longue rivalité entre la France et l'Angleterre pour la constitution de leurs empires respectifs. Le traité de Paris, signé en 1763, accorde à l'Angleterre le Canada, la Floride (en échange de Cuba et de Manille, rendues à l'Espagne), toute une série des petites Antilles (Montserrat, Saint-Vincent, la Grenade) – mais non la Guadeloupe et la Martinique (les « îles à sucre ») –, le Sénégal et tous les territoires que la France possédait à l'est du Mississippi (sauf La Nouvelle-Orléans). L'Angleterre domine le monde sans rivale.influencé par son conseiller, John Stuart, comte de Bute, un des chefs du nouveau torysme, George III se débarrasse des whigs. Pitt abandonne le pouvoir en 1761, et Newcastle en 1762.
1762-1763 : ministère tory de Bute.1763-1765 : ministère Grenville, appuyé sur la faction whig hostile à Pitt ; mais George Grenville provoque l'affaire Wilkes. Ce député, ayant attaqué le roi dans un article, est poursuivi pour injure au roi : bien que la justice ait tranché en sa faveur, il est obligé de s'exiler.1765-1766 : ministère de Rockingham.1766-1768 : ministère Pitt.1770-1782 : ministère de Frederick North, qui se maintient contre les whigs de Pitt et les « nouveaux whigs » menés par Edmund Burke et Charles James Fox.1773 :les incidents de Boston montrent l'indignation des Américains devant la politique de taxation entreprise par l'Angleterre, qui estiment qu'un Parlement où ils ne sont pas représentés ne saurait leur imposer de payer des taxes.
1775-1783 : guerre de l'Indépendance des colonies américaines (Déclaration d'indépendance américaine, 1776). La reddition d'une armée britannique à Saratoga (1777) décide la France (1778), l'Espagne (1779) et la Hollande (1780) à soutenir les colons.1782 : la victoire navale de l'amiral Rodney à la Dominique sauve les Antilles anglaises. Cependant, North doit se retirer, et George III faire appel aux whigs (cabinet Rockingham [1782] et celui du comte de Shelburne [1782-1783]).1783 : l'Angleterre, au traité de Versailles, reconnaît l'indépendance des colonies américaines, devenues les États-Unis d'Amérique. Elle cède à la France Tobago, le Sénégal et Saint-Pierre-et-Miquelon, et à l'Espagne Minorque et la Floride.1783-1784 :pendant un temps, une coalition hétéroclite de whigs (Fox) et de tories (North) gouverne. Le roi, excédé par la domination des factions, fait appel (décembre 1783) à William Pitt (dit le Second Pitt), qui finit par s'assurer le soutien des tories et de quelques whigs. Les élections de 1784 assurent une majorité triomphale au roi et au ministre qu'il s'est choisi et qui sera au pouvoir durant 19 ans.
1784 : Bill sur l'Inde, qui fait passer au Parlement le contrôle de l'activité politique de la Compagnie des Indes orientales.1786 : traité de commerce avec la France.1788 : premier accès de folie du roi George III.1789 : dès les débuts de l'agitation en France, on assiste à un renouveau du radicalisme (Thomas Paine, William Godwin).1793 : à la suite de l'exécution de Louis XVI, la guerre éclate entre la France et l'Angleterre.1795 : échec de l'expédition de Quiberon.1796-1797 : si la flotte remporte des succès sur les Espagnols (cap Saint-Vincent, 1797) et sur les Hollandais (Camperdown, 1797), elle est désorganisée par de violentes mutineries, tandis que l'hémorragie causée par les versements au bénéfice des alliés continentaux oblige à suspendre la convertibilité en or des billets de la Banque d'Angleterre. L'Irlande catholique reste une menace constante sur les arrières anglais.1800-1802 : Pitt réussit à obtenir l'union de l'Angleterre et de l'Irlande (1800), qui envoie siéger à Londres 100 députés aux Communes et 32 lords à la Chambre haute, le libre-échange étant établi entre les deux pays. Mais il ne peut imposer l'émancipation des catholiques, à laquelle George III s'oppose. L'échec de Bonaparte en Égypte (victoire de Nelson à Aboukir, 1798) et la lassitude des alliés continentaux de l'Angleterre, qui, après Marengo (14 juin 1800) et Hohenlinden (3 décembre 1800), recherchent la paix, amènent une accalmie. Pitt, battu sur la question irlandaise, s'étant retiré (1801), c'est son successeur, Henry Addington, vicomte Sidmouth, qui conclut avec la France le traité d'Amiens (1802).1803 : la guerre reprend rapidement, l'Angleterre se refusant à rendre Malte, comme le traité d'Amiens l'y oblige.1804-1806 : Pitt revient au pouvoir (1804), entouré de jeunes tories, George Canning et Spencer Perceval entre autres. Il déclare aussitôt la guerre à l'Espagne, sur la flotte de laquelle Napoléon compte pour l'aider à accomplir l'invasion de l'Angleterre, qu'il prépare au camp de Boulogne. Mais Napoléon ne réussit pas à rassembler ses vaisseaux, Nelson soumettant à une chasse impitoyable les flottes françaises : c'est contre l'Autriche qu'il utilise les troupes de Boulogne, au moment même où l'amiral Nelson détruit au cap Trafalgar les flottes française et espagnole (21 octobre 1805). La maîtrise des mers est désormais assurée à l'Angleterre.1806 : mort de Pitt, qui est remplacé par un cabinet de coalition, où se retrouvent whigs (Fox) et tories, sous la direction de William Wyndham Grenville. Le Blocus continental, décidé par Napoléon en 1806, interdit aux pays européens de commercer avec l'Angleterre ; mais sa flotte donne à cette dernière les moyens de riposter. Elle détruit les dernières flottes continentales qui pouvaient la gêner (bombardements de Copenhague, 1807), saisit les colonies hollandaises etespagnoles, et contrôle avec rigueur le trafic des navires neutres.1807 : un ministère tory uni sous la direction du duc de Portland reprend le pouvoir.1808 : profitant de l'insurrection espagnole, les Anglais débarquent au Portugal, d'où, très vite, ils obligent les Français du général Junot à se retirer.1809 : ministère Perceval. Une tentative d'attaque des Pays-Bas échoue, alors qu'avec peu de forces Arthur Wellesley remporte la victoire de Talavera, en Espagne, et reçoit le titre de vicomte Wellington.1810 : le roi George III succombe définitivement à la folie. Son fils (le futur George IV) devient régent en 1811.1810-1814 :Wellington continue avec succès ses opérations en Espagne, jusqu'à la victoire de Vitoria (juin 1813). Napoléon, écrasé par les forces de la coalition, abdique (4 avril 1814). : Cependant, les tracasseries imposées par les navires anglais aux vaisseaux neutres ont provoqué une guerre entre l'Angleterre et les États-Unis (1812-1814), d'ailleurs opposés sur la délimitation de la frontière avec le Canada.
1815 :les troupes anglaises et Wellington, à Waterloo (18 juin 1815), contraignent Napoléon à abdiquer pour la seconde fois. Au congrès de Vienne, où Castlereagh représente l'Angleterre, celle-ci garde un certain nombre de ses conquêtes : Le Cap, Sainte-Lucie, Tobago, les Seychelles, l'île de France, devenue l'île Maurice, Malte, les îles Ioniennes et Helgoland. Toutefois, elle refuse de s'associer à la Sainte-Alliance.
1815-1820 : le régent est détesté, et le gouvernement tory, dominé par Robert Stewart, vicomte Castelreagh, est incapable de répondre aux aspirations des Anglais et de maîtriser la crise économique. Au contraire, la New Corn Law (1815) provoque une formidable montée du prix du grain. Et l'agitation gagne le pays, obligeant le gouvernement à prendre des mesures répressives violentes (massacre de Peterloo à Manchester, 1819).1820 :mort de George III. Avènement de George IV.
Partie la première dans la révolution industrielle, disposant d'un immense empire et dominant le commerce mondial, l'Angleterre est, à partir de 1815, la première puissance du monde.
1820 : George IV intente un scandaleux procès à son épouse, Caroline de Brunswick.1822 : Robert Peel, puis, après le suicide de Castlereagh, Canning viennent renforcer le gouvernement. Avec eux triomphe le nouveau torysme, plus libéral, plus ouvert aux nouveautés.1824 : suppression de la loi de 1799 contre les trade-unions.1826 : suppression des Actes de navigation et réforme du Code pénal.1827 : à Navarin, la flotte de l'amiral Edward Codrington détruit la flotte turque, aidant ainsi l'indépendance grecque. À la mort de Canning, le roi appelle Frederick John Robinson, vicomte Goderich.1828 : ministère Peel-Wellington.1829 : émancipation des catholiques.1830 : Guillaume IV roi d'Angleterre. Agitation en faveur de la réforme parlementaire, dont les whigs (que l'on commence à appeler les « libéraux ») se sont faits les propagandistes. Charles Grey forme un cabinet libéral.1831-1832 : après s'être un moment retirés, les libéraux obtiennent le vote de la réforme parlementaire. Les conditions nécessaires pour faire partie de l'électorat sont uniformisées et liées plus nettement qu'auparavant à la possession d'une certaine fortune. Ces modestes changements suffisent à amener au pouvoir le parti libéral : l'aristocratie foncière laisse la place aux classes moyennes. Toute une série de réformes va suivre, œuvre des ministères dominés par Grey, William Lamb, vicomte Melbourne, et Henry Temple, vicomte Palmerston.1833 : réduction des revenus de l'Église irlandaise. Abolition de l'esclavage. Premières lois sur le travail des femmes et des enfants.1834 : nouvelle loi des pauvres. Bref ministère Peel. Malgré le développement des idées socialistes, sous l'influence de Robert Owen, le premier essai syndicaliste d'envergure échoue.1835 : ministère libéral (Melbourne). Réforme municipale.1836 : réforme de la dîme en Angleterre. Début des grandes constructions de voies ferrées.1837 : début de l'exploitation du télégraphe. Mort de Guillaume IV et avènement de Victoria Ire.1838 : la rédaction par Feargus Edward O'Connor de la « Charte du peuple », qui réclame en particulier le suffrage universel, donne un regain de vigueur aux revendications ouvrières en les faisant passer sur le plan politique.1839 : dépôt de la pétition nationale des chartistes aux Communes ; bien que celle-ci ait recueilli plus d'un million de signatures, les députés n'en tiennent pas compte.1840 : Palmerston forme la « Quadruple-Alliance » (avec la Russie, la Prusse et l'Autriche-Hongrie), pour contrecarrer les visées de la France et de son allié, le pacha d'Égypte, en Orient. Mariage de Victoria et d'Albert de Saxe-Cobourg-Gotha.1841 : ministère conservateur de Peel.1842 : traité d'Ashburton, qui règle les différends frontaliers entre le Canada et les États-Unis. Naissance du mouvement de la Jeune-Irlande. Interdiction du travail des enfants et des femmes dans les mines. Fin de la guerre de l'opium. Instauration de l'impôt sur le revenu (Income Tax).1844 : loi de fabrique (Factory Act) pour améliorer la condition ouvrière. Arrestation du leader irlandais Daniel O'Connell.1845-1847 : disette de la pomme de terre en Irlande. Abolition en Angleterre de la loi sur les blés (1846), réclamée à la fois par le peuple, écœuré des prix exorbitants du pain, et par les industriels favorables au libre-échange (tel Richard Cobden). Mais le parti conservateur est divisé en protectionnistes et en libre-échangistes, et le ministère Peel tombe sur la question d'Irlande. Il est remplacé par un ministère dirigé par John Russell.1847 : loi de dix heures, qui réduit le travail ouvrier. Grave crise du commerce britannique.1848-1849 : le « chartisme » s'essouffle et perd bientôt toute importance.1850 : la hiérarchie catholique est reconstituée en Angleterre. Avec le mouvement d'Oxford (Newman, Wiseman), le catholicisme connaît une nouvelle fortune en Angleterre.1851 : l'Amalgamated Society of Engineers marque le nouveau départ du syndicalisme en Angleterre ; il s'agit avant tout d'un syndicalisme d'ouvriers qualifiés. Chute de Palmerston, remplacé par George Leveson-Gower, comte Granville.1852 : chute du ministère Russell. Après un essai des conservateurs (Edward Stanley, 14e comte de Derby, Benjamin Disraeli), c'est un ministère de coalition où se retrouvent les libéraux et les conservateurs libre-échangistes, les « peelites » (George Gordon, comte d'Aberdeen, Gladstone).1853 : loi de fabrique.1854-1856 : guerre de Crimée, qui révèle l'incurie de l'état-major britannique.1855-1858 : Palmerston est chargé de mettre sur pied un ministère de guerre et prend des mesures énergiques pour réorganiser l'armée.1857-1860 : guerre contre la Chine.1858-1859 :nouveau ministère Derby-Disraeli.
1859 : second ministère Palmerston ; les « peelites » sont désormais considérés comme de véritables libéraux.1860 : lessyndicats londoniens se regroupent dans le London Trade Council.1865 : mort de Palmerston. Ministère Russell.1866-1868 : troisième ministère Derby-Disraeli. Il fait passer au Parlement une seconde réforme électorale (1867). La répartition des sièges est une nouvelle fois modifiée. Mais, surtout, il accorde le droit de vote à tous les citoyens mâles, chefs de famille, à condition qu'ils occupent une maison entière. Près d'un million de nouveaux électeurs votent désormais ; restent exclus les ouvriers non qualifiés (mineurs, manœuvres, dockers…).1868 :ministère Gladstone. Premier congrès des trade-unions, qui démontrent ainsi leur force.
1869 : séparation de l'Église et de l'État en Irlande.1870 : Elementary Education Act, qui crée l'école élémentaire obligatoire. Premier Land Act en Irlande.1871 : reconnaissance par le Trade Union Act de l'existence des syndicats. Des mesures sont toutefois prises pour s'opposer à la grève.1873 : Judicature Act de R. Selborne, qui réforme le système judiciaire.1873-1874 : malgré l'importance des réformes qu'il a réalisées, le ministère Gladstone a subi des échecs sérieux (en Irlande et dans ses relations avec les États-Unis). Les élections de 1874 donnent la majorité aux conservateurs, rompant la longue domination libérale et ouvrant l'ère de l'alternance.Victoria prend le titre d'impératrice des Indes, symbole de l'option impériale de l'Angleterre, qui est alors engagée sur tous les continents dans de nouvelles aventures coloniales (Égypte, Baloutchistan, Transvaal, Chypre, Afghanistan, etc.).
1879 : fondation par Michael Davitt de la Ligue agraire irlandaise. Charles Stewart Parnell devient le chef incontesté des nationalistes irlandais.1880 : retour des libéraux au pouvoir ; ministère Gladstone, où figurent les « nouveaux radicaux » (Joseph Chamberlain).1881 : mort de Disraeli. Deuxième loi agraire pour l'Irlande.1884 : au Soudan, le général Charles Gordon est assassiné (1885). Le mouvement socialiste connaît un regain de succès. La nouvelle réforme électorale accorde pratiquement le suffrage universel et rend, à peu de chose près, la représentation proportionnelle à la population.1885 : gouvernement conservateur de Salisbury.1886 : troisième ministère Gladstone ; celui-ci se décide en faveur du Home Rule en Irlande. Mais le parti libéral se scinde alors, ceux qui, avec Joseph Chamberlain, restent attachés à l'union (les « unionistes ») apportant le soutien de leurs voix aux conservateurs : formation du ministère Salisbury.1889 : la grève des dockers démontre que le syndicalisme britannique a désormais aussi une grande emprise sur les ouvriers non qualifiés.1890 : rupture entre les membres du parti irlandais à la suite du scandale Parnell.1891 : mort de Parnell.1892-1894 : quatrième ministère Gladstone, qui a pour but le vote du Home Rule. Mais son projet, accepté par les Communes, est repoussé par les Lords en 1893. Déçu, Gladstone se retire ; Archibald Philip Primrose, comte de Rosebery, le remplace en 1894. En 1893, James Keir Hardie, l'un des leaders du nouveau syndicalisme, fonde l'Independent Labour Party.1895-1900 : ministère conservateur et unioniste de lord Salisbury, où figurent en particulier Arthur James Balfour et Joseph Chamberlain. Nouvelle intensification de l'action impériale, en particulier en Afrique australe, ce qui crée de violentes tensions avec la France (Fachoda, 1898), tandis que sa politique méditerranéenne oppose la Grande-Bretagne à la Russie et à la Turquie.1900 : le Labour Representation Committee regroupe des représentants de tous les mouvements ouvriers, partis ou syndicats ; il est destiné à faire élire aux Communes des députés défendant les intérêts de la classe ouvrière (le secrétaire est James Ramsay MacDonald).1901 :mort de Victoria. Avènement d'Édouard VII.
1902 : ministère Balfour. La paix de Vereeniging met fin à la deuxième guerre des Boers (annexion de l'Orange et du Transvaal). Le Sinn Féin est fondé en Irlande.1903 : Chamberlain préconise la création d'un marché impérial. Début du mouvement féministe. Pour l'Irlande, vote du Land Purchase Act.1905 : le ministère conservateur, affaibli par les prises de position protectionnistes de Chamberlain, qui l'a d'ailleurs quitté, cède la place au ministère libéral de Henry Campbell-Bannerman.1906 : les élections confirment le renouveau libéral, tandis que le Labour Committee réussit à faire élire 29 députés. Le parti travailliste est ainsi fondé.1908 : Herbert Henry Asquith Premier ministre.1909 : David Lloyd George présente un budget qui institue un impôt progressif sur le revenu et taxe lourdement les profits des propriétaires qui ne participent pas à la mise en valeur de leurs biens (propriétaires absentéistes des grands domaines, propriétaires des terrains sur lesquels opèrent les compagnies minières). Les lords refusent de voter le budget.1910 : les libéraux présentent le « Parliament Bill », qui retire aux lords tout droit de veto à un projet de loi ayant un caractère financier. La mort d'Édouard VII, remplacé par George V, retarde le vote du bill, qui n'aura lieu qu'en 1911.1910-1913 : grande vague de grèves, malgré le vote de nouvelles mesures sociales. En 1913, le Trade Union Act autorise les syndicats à utiliser leurs fonds à des fins politiques si la majorité de leurs membres sont d'accord.1912-1914 : la grande tâche du gouvernement Asquith est de faire enfin voter le Home Rule pour l'Irlande. Il est sur le point d'y parvenir lorsque éclate la Première Guerre mondiale. Liée à la France depuis l'« Entente cordiale » (1904), l'Angleterre, malgré les hésitations du gouvernement Asquith, déclare la guerre à l'Allemagne le 4 août 1914.la révolte irlandaise amène le retrait d'Asquith et la formation d'un ministère Lloyd George, qui, bien que lui-même libéral, est surtout soutenu par des conservateurs. : Malgré deux millions d'engagements volontaires, il faut peu à peu mettre sur pied un véritable service militaire obligatoire. Et, sur mer, ce sont les Allemands qui, grâce à leurs sous-marins, prennent un moment l'initiative. L'effort de guerre oblige l'État à intervenir dans tous les domaines.
1917 : d'énormes dettes sont contractées auprès des États-Unis, et l'on doit avoir recours au rationnement.1918 : la division du parti libéral signe l'arrêt de mort de ce parti, comme le montrent les élections de décembre, où, pour la première fois, votent les femmes de plus de 30 ans (le suffrage universel étant accordé aux hommes sans restriction aucune). : La Grande-Bretagne sort affaiblie de la guerre. Lloyd George cherche à obtenir aux négociations ouvertes en France le plus d'avantages possible : la Grande-Bretagne recueille 25 % des réparations allemandes ; la Mésopotamie et la Palestine lui sont accordées sous mandat, et la Transjordanie est soumise à un véritable protectorat anglais. En même temps, Lloyd George refuse tout ce qui lui paraît risquer de substituer une hégémonie française en Europe à une hégémonie allemande.1919-1923 : deux problèmes dominent : l'Irlande et la crise économique. Dès 1920, toutefois, la division de l'Irlande en deux parties puis la reconnaissance, à la fin de 1921, de l'État libre d'Irlande apportent une solution au problème. Dans le domaine économique, si le nombre des chômeurs culmine en 1921 à 2 700 000, il ne descendra jamais au-dessous du million. Dans cette conjoncture, malgré de grandes grèves (1921), les syndicats doivent peu à peu reculer, tandis que les conservateurs abandonnent Lloyd George et, après un court ministère (celui de Bonar Law, 1922), s'installent au pouvoir (ministère Stanley Baldwin, 1923).1924 :les conservateurs perdent la majorité absolue aux élections. Pour la première fois, les travaillistes, appuyés sur les libéraux, accèdent au pouvoir (ministère MacDonald). Quelques réformes sociales sont entreprises avant que les élections ne ramènent au pouvoir Baldwin.
1924-1929 : l'alignement de la livre sur l'étalon-or en 1925 accentue la déflation. En 1926, malgré une grève générale, les ouvriers doivent accepter les réductions de salaire, et, en 1927, le gouvernement prend des mesures pour rendre la grève illégale (Trade Disputes and Trade Unions Act).1929-1931 : les élections de 1929 ramènent au pouvoir une seconde coalition travaillistes-libéraux. Mais celle-ci est aussitôt confrontée à la crise économique mondiale. En un an, les exportations britanniques diminuent de 50 % et le nombre des chômeurs passe à 2 500 000. MacDonald, qui est à la tête du gouvernement, accepte de prendre la tête d'un gouvernement d'Union nationale (1931).1931 : le statut de Westminster crée le British Commonwealth of Nations.1931-1939 : le redressement économique profite surtout aux conservateurs, qui enlèvent les élections de 1931 et de 1935, MacDonald ayant été désavoué par son propre parti, dont Clement Attlee devient le leader en 1935. Dès avant les élections, Baldwin a remplacé MacDonald, et les conservateurs restent au pouvoir (ministères Baldwin [1935-1937] et Neville Chamberlain [1937-1940]). La mort de George V (1936) est suivie de l'avènement d'Édouard VIII, qui abdique presque aussitôt ; George VI devient roi. : Le gouvernement de Neville Chamberlain pratique une politique de recherche de la paix qui le conduit à prendre une part déterminante dans la conclusion des accords de Munich (1938). Mais l'Angleterre et la France ont garanti les frontières de la Pologne ; la violation de celles-ci par Hitler entraîne dans la guerre (septembre 1939) un pays unanime, mais mal préparé militairement et diplomatiquement.1939-1940 :la Seconde Guerre mondiale. Les troupes britanniques s'enlisent d'abord sur la frontière française dans la « drôle de guerre ». La percée allemande provoque la retraite française, et les troupes anglaises doivent être rembarquées à Dunkerque (juin 1940). L'armistice conclu entre la France et l'Allemagne laisse la Grande-Bretagne seule pour supporter le poids de la guerre. : Le gouvernement, dirigé par Winston Churchill (conservateur) et où figurent des libéraux et des travaillistes (Ernest Bevin, Attlee), organise l'effort de guerre. La guerre est d'abord aérienne, les Allemands organisant des bombardements incessants en vue de débarquer en Angleterre. La Royal Air Force gagne la bataille d'Angleterre (automne 1940).
1941 :les Anglais cherchent alors à agir en Méditerranée (Libye, Grèce), mais ils doivent subir la contre-attaque de Rommel en Libye (avril 1941). Cependant, l'invasion de l'Union soviétique par Hitler (22 juin 1941) offre aux armées anglaises un répit. La négociation avec les États-Unis d'un Lend-Lease Act (mars 1941) permet à la Grande-Bretagne d'acquérir du matériel de guerre à crédit. L'entrée en guerre des États-Unis renforce encore ses liens.
1942 : échecs britanniques surtout dans le Pacifique, mais les armées britanniques de Montgomery remportent une première grande victoire le 23 octobre 1942 en Libye, à El-Alamein, sur les troupes de Rommel.1943-1945 : débarquement de Sicile (1943), puis, en 1944, débarquement de Normandie. En mai 1945, l'Allemagne capitule, et la guerre ne continue qu'en Extrême-Orient, où les armées britanniques sont passées à l'offensive dès 1944 en Birmanie. En août 1945, les bombes atomiques américaines mettent fin à la guerre avec le Japon. : Le gouvernement d'union nationale a accompli une œuvre considérable : non seulement il a gagné la guerre, mais il a pris des mesures d'une portée importante (publication du rapport Beveridge sur la place de l'assistance sociale sous toutes ses formes, nouvelle loi sur l'éducation, etc.). Pourtant, le parti de son chef, Winston Churchill, ne remporte pas les élections de1945, gagnées par les travaillistes.Pour remédier à la grave situation économique, le nouveau gouvernement, dirigé par Clement Attlee, renforce le dirigisme hérité de la guerre. Il nationalise la Banque d'Angleterre (1946) puis l'énergie, les charbonnages, l'aviation civile, les télécommunications, les transports, l'électricité, enfin la sidérurgie (1951).
Par ailleurs, le National Insurance Act de 1946 développe l'État providence et étend à toute la population le principe de l'assurance sociale établi en 1906, en instaurant des allocations chômage, maladie, vieillesse, des prestations familiales et des pensions. Un système national de santé est mis sur pied, qui assure la gratuité des soins pour tous. L'indemnisation des accidents du travail est imposée. Priorité est aussi donnée à la construction de logements, notamment dans des villes nouvelles. Cette politique ambitieuse de redistribution des richesses est financée par un surcroît d'imposition des revenus les plus élevés ainsi que par des prêts américains, négociés par John Maynard Keynes. En contrepartie, Attlee signe les accords de Bretton Woods et s'engage à rendre la livre convertible.
Pour faire face aux difficultés économiques (faiblesse de la monnaie, croissance insuffisante), un programme d'austérité est adopté. Mais le plan Marshall et la dévaluation de la livre en 1949, qui marque la fin de sa parité avec le dollar, relancent la croissance, dans l'inflation. En 1951, le parti conservateur, dirigé par W. Churchill et rallié à un interventionnisme modéré de l'État, gagne les élections.
La sidérurgie et les transports sont rendus au secteur privé ; mais la mise en chantier de logements s'accélère, des aides à l'accession à la propriété et des allocations familiales sont instituées, les dépenses sociales augmentent. Sous les gouvernements Churchill (1951), Anthony Eden (1955), Harold Macmillan (1957) et Alec Douglas-Home (1963), le pays connaît une période de prospérité non inflationniste et de plein emploi (2,8 % de croissance par an). Les classes moyennes se développent et les Anglais goûtent à la société d'abondance, preuve pour eux du bien-fondé de la régulation de l'économie par l'État (politique de stop and go). Cependant, en 1964, le ralentissement de la croissance et l'usure du pouvoir ramènent, de justesse, les travaillistes au gouvernement.
Les troubles en Inde ont conduit le gouvernement Attlee à envisager l'indépendance de la péninsule, puis, face à l'aggravation des tensions entre les communautés hindoue et musulmane, une partition et le retrait des troupes britanniques. En 1947, le territoire est scindé en deux États, l'Inde et le Pakistan (oriental et occidental) musulman. Le départ des Anglais s'effectue dans un climat de violences (plus de 500 000 morts, dont Gandhi, des millions de personnes déplacées).
Ceylan accède à l'indépendance, ainsi que la Birmanie (1947). La Malaisie obtient une autonomie relative. Les anciennes colonies allemandes d'Afrique, reçues en mandat en 1919, sont placées sous la tutelle de l'O.N.U. La conférence de Londres de 1949 assouplit les institutions du Commonwealth qui regroupe tout ou partie des nouveaux États, maintenant des liens politiques, économiques, financiers (zone sterling) et culturels entre ces derniers et l'ancienne métropole. Celle-ci ne s'oppose pas au départ de l'Irlande, devenue une république indépendante (1949).
À partir de 1957, la seconde vague de décolonisation achève de démanteler l'Empire, avec, notamment, l'accession à l'indépendance des pays d'Afrique et des Caraïbes. À la suite de la condamnation de l'apartheid par Macmillan, l'Afrique du Sud se retire du Commonwealth en 1961.
En Palestine, malgré la pression américaine, le gouvernement britannique pratique une politique proarabe et bloque l'immigration juive (affaire de l'Exodus, en 1947). Les attentats sionistes se multiplient. L'Angleterre confie alors ses responsabilités à l'O.N.U., qui vote un plan de partage du pays : l'Ouest est attribué aux Juifs, l'Est aux Arabes. L'État d'Israël, proclamé au lendemain du départ des derniers soldats britanniques (14 mai 1948), reconnu par l'U.R.S.S. et les États-Unis, est aussitôt envahi par ses voisins arabes.
Londres participe au règlement de la question iranienne (1953), signe les accords de Bagdad en 1955 (avec la Turquie, l'Iraq, l'Iran, le Pakistan et les États-Unis), assurant ainsi le maintien de sa présence dans une région stratégique, notamment par sa richesse en pétrole. L'aventure de Suez, en 1956 (réponse militaire franco-britannique et israélienne à la nationalisation du canal par Nasser), remet son influence en question. Sa victoire sur le terrain constitue en fait un grave échec diplomatique : le royaume est condamné par la communauté internationale, les Soviétiques brandissent la menace nucléaire, les Américains refusent leur soutien, la livre est attaquée, l'image du pays au Moyen-Orient arabe est sérieusement compromise. Les Anglais se replient et estiment ne plus pouvoir désormais s'engager dans une action internationale sans s'être au préalable assurés du soutien américain.
Après la victoire de 1945, les Britanniques se rangent aux côtés des États-Unis dès les premiers signes de la guerre froide. Le royaume participe à la mise sur pied des institutions internationales (Unesco) et occidentales (GATT), figure parmi les pays de l'O.E.C.E. bénéficiaires du plan Marshall, contribue au ravitaillement de Berlin lors du pont aérien de 1948 et participe à l'O.T.A.N. Il s'engage aussi dans les affaires du continent européen et signe le traité de Bruxelles, en 1948, mais, rejetant toute idée supranationale, il n'adhère ni à la C.E.C.A. (1951) ni à la C.E.E. (1957). Favorable à la seule ouverture des frontières, il s'allie à l'Autriche, au Danemark, au Portugal, à la Norvège, à la Suède et à la Suisse dans l'Association européenne de libre-échange (A.E.L.E.) en1958, mais celle-ci ne forme qu'un petit marché, qui ne peut contrebalancer le poids grandissant de la C.E.E., avec laquelle, d'ailleurs, le pays commerce davantage. Il y présente donc une première fois sa candidature, en 1961, mais se heurte au refus du général de Gaulle.
L'accumulation des déficits oblige le gouvernement Wilson à dévaluer la livre (1967) et à prendre des mesures de rigueur. La croissance se ralentit, la productivité chute, et l'inflation, alimentée par les hausses de salaires, exigées par les syndicats, et par le choc pétrolier (1973), se développe d'une façon alarmante (25 % en 1975). La livre flotte à partir de 1972 et le pays s'enfonce dans la stagflation. L'outil industriel, peu modernisé, résiste mal à la concurrence internationale, le chômage progresse. En Europe, on parle de « mal anglais » : largement rattrapé par la R.F.A. ou la France, le Royaume-Uni, qui était au 5e rang pour le P.N.B. par habitant en 1951, passe à la 18e place en 1976 ; dans le même temps, sa part de la production mondiale est diminuée de plus de moitié, à moins de 10 %.
Pour rénover l'industrie et juguler le chômage, les travaillistes – au pouvoir de 1964 à 1970, puis de 1974 à 1979 – comme les conservateurs – de 1970 à 1974 – renforcent l'interventionnisme : H. Wilson nationalise à nouveau la sidérurgie en 1969, Heath fait de même avec Rolls-Royce en 1972, puis avec l'industrie aéronautique, l'automobile, les chantiers navals… En 1977, les dépenses publiques atteignent près de la moitié du P.N.B. Le pays est contraint de négocier des aides auprès du F.M.I., mais ne parvient pas à faire accepter les plans d'austérité budgétaire et salariale demandés par celui-ci. Les syndicats, tout-puissants, multiplient les grèves (1970 ; hivers 1973-1974 et 1978-1979).
Pour conserver le pouvoir, le parti travailliste doit conclure un accord avec le parti libéral en 1977 ; un Front national xénophobe apparaît ; Écossais et Gallois élisent des députés nationalistes, mais, en 1979, ceux-ci rejettent par référendum un projet de dévolution des pouvoirs qui leur paraît insuffisant. À la suite de cet échec, une motion de censure est alors déposée par les conservateurs, le 28 mars 1979, et adoptée à une voix de majorité. Présidé par Margaret Thatcher depuis 1975, le parti conservateur obtient la majorité aux élections de 1979. Les Britanniques, bénéficiaires de l'État providence et de l'élévation continue du niveau de vie, mais las de la crise latente, ont opté pour un changement de politique.
Au cours des années 1960 s'opère une révolution des mœurs : culte de la jeunesse, qui impose sa propre culture, libération de la sexualité, baisse de la natalité… Les gouvernements accompagnent cette évolution : la peine de mort est suspendue en 1965, abolie en 1969. Les relations homosexuelles entre adultes consentants sont légalisées en 1967, de même que l'avortement pour raisons médicales, l'année suivante ; la majorité électorale est abaissée à 18 ans et les procédures de divorce sont simplifiées en 1969 ; la discrimination sexuelle en matière d'emploi est interdite en 1975.
Malgré la persistance d'inégalités, la société paraît plus ouverte. Les modes de vie s'uniformisent. Les études universitaires se démocratisent. Aux postes dirigeants, les aristocrates cèdent place à des « self-made-men » comme les chefs du parti conservateur, E. Heath et M. Thatcher, issue de la petite classe moyenne.
En 1965, la Rhodésie rompt avec Londres, qui décrète l'embargo. Chypre et le Nigeria sont déchirés par la guerre civile. Le Commonwealth est impuissant. En proie aux difficultés budgétaires et intérieures, la métropole se désintéresse de l'outre-mer. Elle est contrainte de démanteler toutes ses bases à l'est d'Aden en 1967. La zone sterling ne survit pas au flottement de la monnaie, en 1972.
Refusée à nouveau en 1967, l'entrée dans la C.E.E. est conclue en 1971, effective en 1973, renégociée par les travaillistes et enfin approuvée en 1975 par référendum (le premier dans l'histoire du pays) par 67 % des électeurs. Parallèlement, les liens avec l'Amérique du Nord passent au second plan, au profit des attaches continentales.
La question irlandaise se ravive : à partir de la fin des années 1960, les positions des protestants et des catholiques de l'Ulster se radicalisent. La province plonge bientôt dans la guerre civile, les attentats qui la ravagent s'étendent à la métropole dès 1972, les solutions politiques (accords de Sunningdale de 1973, plans de dévolution) ne dépassent guère le stade de projet.
Depuis l'élection de M. Thatcher à la tête du parti en 1975, les conservateurs ont rompu avec le consensus dirigiste de l'après-guerre. À partir de 1979, devenue Premier ministre, celle-ci met en œuvre un programme ultralibéral et entreprend de lutter en priorité contre l'inflation, de diminuer la fiscalité, les dépenses budgétaires, le poids de l'État et des syndicats, et d'encourager les initiatives privées.
Comme toute première conséquence de cette politique, le pays connaît de 1979 à 1982 sa plus grave récession depuis 1929. L'inflation est divisée par trois (4,6 % en 1984), mais la production industrielle plonge, les entreprises ferment ou licencient (13 % de chômage en 1982), et si la reprise s'amorce à partir de 1982, la « Dame de fer » ne doit sa survie politique, aux élections de 1983, qu'à l'impact de la victoire des Falkland (ou Malouines).
Cependant, de 1983 à 1989, l'économie britannique croît rapidement (+4,5 % par an) : le déclin séculaire apparaît enrayé, voire inversé. La productivité augmente fortement (+7,5 %), le chômage retombe au-dessous de 7 %, le secteur de la finance se développe à vive allure et le gonflement du secteur tertiaire compense plus ou moins les pertes industrielles. La livre inspire à nouveau confiance et Londres, avec son centre financier de la City, libéralisé et informatisé (1986), redevient une place mondiale de premier plan. Ce bilan flatteur vaut à M. Thatcher d'être reconduite en 1987.
L'État se désengage de la production : progressivement sont mises en vente les compagnies nationalisées qui ont survécu à la crise. L'énergie, les transports, l'aérospatiale, l'automobile repassent dans le secteur privé, entre les mains d'investisseurs institutionnels, de groupes étrangers, et de 11 millions de petits actionnaires. La manne des privatisations permet, non pas de réduire comme prévu les dépenses publiques, mais de les contenir tout en allégeant la fiscalité des particuliers et du capital. L'État vend également le parc immobilier des collectivités locales, avec l'objectif de faire du pays une nation de propriétaires. La sécurité sociale n'est pas démantelée, mais les principes libéraux visent à la rendre plus efficace et moins coûteuse pour les caisses publiques : ainsi la concurrence anime-t-elle les hôpitaux, le même principe s'appliquant par ailleurs au système de l'éducation. Le gouvernement s'attaque aussi aux syndicats : l'Employment Act de 1980 réglemente la pratique des piquets de grève et interdit les grèves de solidarité. Le monopole d'embauche que détenaient les syndicats est supprimé en 1982. L'échec de la grande grève des mineurs (mars 1984-mars 1985) et les restructurations industrielles affaiblissent plus encore les trade-unions (8 millions d'adhérents, contre 12 millions en 1979). Le marché du travail est assoupli et le pays accueille de nombreux investisseurs étrangers attirés par les faibles coûts de la main-d'œuvre et la proximité du grand marché européen.
Le gouvernement réforme également le fonctionnement des collectivités locales, jugé dispendieux, et souvent contrôlé par les travaillistes. Il supprime les échelons intermédiaires entre les municipalités et l'État (abolition du Great London Council en 1986), contribuant à centraliser davantage l'administration du pays. Un projet de réforme des impôts locaux (poll tax), fort impopulaire, entraîne une révolution de palais qui oblige M. Thatcher à céder la place à son chancelier de l'Échiquier, John Major, le 22 novembre 1990, alors que se profile une récession (inflation à 10 %, arrêt de la croissance, taux d'intérêt élevés).
L'euphorie des années 1980 a été sélective : les plus riches ont vu leurs revenus augmenter de 80 %, les classes moyennes se sont étoffées, mais la précarité du travail et la pauvreté se sont aggravées. Face à une Angleterre du Sud prospère, verte, et tertiaire, les pays noirs du Nord se sont enfoncés dans la crise, voire la violence. Des émeutes ponctuelles (Liverpool en 1981, Birmingham en 1985), la montée du hooliganisme (stade du Heysel en 1985) témoignent de la misère d'une large fraction de la population, étendue à des régions entières.
M. Thatcher s'emploie à rendre au pays un rôle diplomatique important : partageant l'antisoviétisme de Ronald Reagan, elle renforce les relations avec les États-Unis, tandis que s'améliorent les rapports avec Moscou, après l'arrivée au Kremlin de Mikhaïl Gorbatchev.
Le 2 avril 1982, les Argentins envahissent les îles Malouines dont ils revendiquent la souveraineté ; ils sont condamnés par l'O.N.U. L'Angleterre envoie un corps expéditionnaire (20 000 hommes, 113 navires) et, en l'espace de deux mois, reconquiert l'île.
La conférence de Londres de 1979 parvient à un accord à propos de l'émancipation de la majorité noire en Rhodésie du Sud, qui, à l'issue des élections de 1980, devient le Zimbabwe. Cependant, contre l'avis d'un grand nombre de pays du Commonwealth, M. Thatcher refuse de prendre des mesures trop sévères contre l'Afrique du Sud. Elle négocie en outre, en 1984, des aménagements à la rétrocession de Hongkong à la Chine populaire, prévue pour 1997.
L'intransigeance prévaut à l'égard des indépendantistes d'Irlande du Nord (mort de 10 prisonniers de l'IRA grévistes de la faim en 1981). En 1984, le Premier ministre échappe à un attentat au congrès conservateur de Brighton, mais signe en 1985 les accords de Hillsborough avec son homologue irlandais G. Fitzgerald, qui reconnaît à la République d'Irlande un droit de regard sur l'Ulster et ouvre la voie au dialogue entre les parties. Celui-ci tardera néanmoins à se concrétiser.
S'agissant de l'Europe, M. Thatcher se prononce contre tout abandon de souveraineté. Elle obtient la réduction de la contribution britannique au budget communautaire (accords de Fontainebleau de 1984), parvient à infléchir dans un sens libéral l'Acte unique de 1986, qui accompagne l'entrée du Portugal et de l'Espagne dans la C.E.E., mais ne décide que tardivement (octobre 1990) de faire entrer la livre dans le S.M.E. ; elle refuse de signer la Charte européenne des droits sociaux en 1989 ou les accords de Schengen de 1990, sur la suppression des contrôles aux frontières intérieures.
John Major hérite d'une situation économique difficile (grave récession de 1990-1992). Le chômage repasse au-dessus de 10 %, la production industrielle diminue, les services et la région londonienne, jusque-là épargnés, sont touchés à leur tour, le budget redevient gravement déficitaire (7,7 % du P.I.B. en 1993). Le retrait de la livre du S.M.E. et sa dévaluation de fait (1992) aident à la reprise, qui permet de poursuivre le processus de privatisations (British Telecom, distribution de l'électricité et des eaux, houillères, compagnies ferroviaires) et de réduire déficit budgétaire et dette publique.
Le parti conservateur remporte de justesse et contre toute attente les élections de 1992, mais très vite, malgré la prospérité retrouvée, son influence se délite : la crise des traditions (illustrée notamment par le déclin du prestige de la famille royale), les scandales divers qui touchent certains des membres du parti, la fronde de son aile droite antieuropéenne, l'absence de charisme du Premier ministre, enfin le vieillissement des infrastructures – négligées par les budgets successifs – et la précarisation d'une large partie de la population lui valent des revers électoraux significatifs : aux élections européennes de 1994, les tories passent de 32 à 18 sièges, les travaillistes de 45 à 54. Lors des élections locales de 1995, le parti n'arrive qu'en troisième position avec 22 % des voix, derrière les travaillistes (48 %) et les libéraux-démocrates (30 %). De 1993 à 1995, la défection de nombreux députés réduit la majorité au Parlement à un siège.
John Major a obtenu des Européens un traitement de faveur : la Grande-Bretagne est autorisée à ne pas signer le chapitre social du traité de Maastricht et à ne pas adhérer à l'union monétaire. Mais il lui faut engager la question de confiance au Parlement pour que sa majorité accepte finalement de ratifier l'accord (1993).
Toujours « brillant second » des États-Unis, le royaume a fourni le 2e contingent occidental lors de la guerre du Golfe (1991) et s'est efforcé de trouver une solution négociée en Yougoslavie en dépêchant troupes et médiateurs. Le gouvernement doit cependant renoncer à l'obtention par Pékin d'un engagement à poursuivre la démocratisation des institutions de Hongkong. La question d'Irlande du Nord semble se débloquer avec la déclaration de Downing Street (décembre 1993), la reprise des pourparlers, et le cessez-le-feu des milices catholiques et protestantes. Prisonnier des voix des députés unionistes (partisans du maintien de l'Ulster au sein du Royaume-Uni) au Parlement, John Major ne peut aller plus avant ; les négociations s'enlisent et l'IRA rompt la trêve (1996).
Depuis 1992, le recentrage du parti travailliste, entamé en 1983, s'accélère. Neil Kinnock est remplacé par John Smith, qui supprime le pouvoir représentatif des syndicats au sein du parti. Son successeur, Tony Blair, retire en 1995 la clause IV des statuts du parti qui préconise la nationalisation des secteurs clés de l'économie. C'en est fini du marxisme doctrinal. Le « New » Labour séduit les classes moyennes, déçues par les conservateurs. Les élections de mai 1997 donnent une majorité absolue de sièges aux travaillistes (43 % des voix). Tony Blair devient Premier ministre.
Le chancelier de l'Échiquier, Gordon Brown, donne aux entrepreneurs des gages de « bonne conduite » financière : la Banque d'Angleterre devient indépendante ; l'imposition sur les sociétés est abaissée, des coupes dans les dépenses publiques sont effectuées, le budget est comprimé (déficit de moins de 2 % du P.I.B.), puis équilibré, et enfin excédentaire, ce qui permet la réduction de la dette publique. Après le secteur des prisons, le gouvernement envisage, avant de les abandonner, de nouvelles privatisations, comme, par exemple, les lignes de métro de Londres. La croissance se poursuit, le chômage continue à reculer. Les travaillistes au pouvoir administrent ainsi la preuve qu'ils sont de bons gestionnaires et qu'ils peuvent mener une politique sécuritaire musclée (mesures répressives à l'égard des mineurs et des familles des jeunes délinquants).
Le gouvernement mène parallèlement une politique sociale : il fait valoir un « plan emploi-jeunes », financé par des prélèvements sur les profits excessifs tirés des précédentes privatisations ; en avril 1999, il fait voter un salaire minimal national, rend obligatoires au moins trois semaines de congés payés et signe le chapitre social du Traité européen. Mais la solidarité nationale ne saurait se réduire à une politique d'allocations ; elle implique de la part de ses bénéficiaires des devoirs. Le chantier de la réforme de l'État providence est ouvert, le Welfare State, devant se muer en workfare, aide à la remise au travail des chômeurs. Le « New Deal » social vise à lutter contre les inégalités et l'exclusion tout en éliminant les fraudeurs et en décourageant l'assistanat. De même, le partenariat secteur privé-secteur public a pour but d'insuffler à des systèmes nationaux de santé et d'éducation le dynamisme du marché, d'améliorer leurs performances jugées déficientes, et par là, de servir l'ensemble des usagers. Ainsi T. Blair a-t-il l'ambition, à l'instar d'un Bill Clinton, d'incarner une « troisième voie », opposée au néolibéralisme pur et dur et à la social-démocratie à l'ancienne.
Tony Blair entend répondre à la menace de délitement de l'idée de nation qui s'exprime dans les revendications indépendantistes des pays « celtiques » (pays de Galles et Écosse), la diversité culturelle, la demande de proximité manifestées par la population, le relâchement des liens avec le Commonwealth, l'intégration dans l'Europe (par l'économie et le « tunnel »), la fin de l'empire (rattachement de Hongkong à la Chine en juillet 1997). Il entreprend une série de réformes destinées à renouveler le pacte d'union entre les citoyens et le gouvernement, le centre et la périphérie : transparence gouvernementale et administrative, extension des recours judiciaires des citoyens vis-à-vis des pouvoirs, reconnaissance formelle des libertés civiles, incorporation de la Convention européenne des droits de l'homme dans la loi. Cette politique libérale va de pair avec une volonté de démocratisation et de modernisation des institutions : une commission prépare une réforme électorale, qui instillerait une dose de proportionnelle et supprimerait le droit des pairs héréditaires à siéger et à voter à la Chambre des lords ; la décentralisation doit créer un contact étroit entre gouvernants et administrés, et réduire les charges du gouvernement central : d'où le projet de dévolution de pouvoirs étendus au pays de Galles et à l'Écosse, par le biais de Parlements élus, que les populations concernées approuvent par référendum en septembre 1997 ; d'où aussi la nouvelle autorité du Grand Londres (GLA), abolie par M. Thatcher en 1986, et redonnant à la capitale les moyens d'une politique d'envergure.
S'agissant du problème de l'Irlande du Nord, T. Blair, rompant un tabou négocie avec le Sinn Féin et presse au dialogue les différentes parties. Il est un artisan majeur des accords de Stormont (avril 1998), qui prévoient le partage du pouvoir entre protestants et catholiques, et qui assurent un droit de regard de la République d'Irlande sur l'Ulster en échange de son maintien dans l'Union. Comme pour le pays de Galles et l'Écosse, c'est un gouvernement local (paritaire) qui aura la responsabilité des affaires courantes de la province.
Populaire, T. Blair paraît dès 1999 subir l'usure du pouvoir. Le projet formulé par la commission chargée de dépoussiérer les institutions n'a rien de radical. L'idée de proportionnelle est abandonnée. Il est seulement mis fin au vote de la plupart des pairs héréditaires à la Chambre des lords : à l'exception d'un petit nombre (92) d'entre eux, élus par leurs collègues.
Les élections aux Parlements d'Écosse et du pays de Galles voient en 1999 des coalitions travaillistes-libéraux prendre le pouvoir : la menace nationaliste est repoussée, mais peut-être moins qu'il n'y paraît. En Irlande du Nord, la normalisation prévue achoppe sur la question du désarmement des groupes paramilitaires. Les élections européennes sont un échec pour T. Blair et les travaillistes ; ces derniers sont en effet distancés par les conservateurs ; le taux d'abstention atteint 76 %. Les élections locales de mai 2000 confirment ces tendances.
Objet d'une demande d'extradition émise par la justice espagnole, Augusto Pinochet est arrêté à Londres en octobre 1998. Les tribunaux britanniques appelés à statuer sur le cas estiment illégale la détention de l'ancien dictateur chilien ; mais la Chambre des lords refuse en appel de lui accorder l'impunité… En mars 2000, le gouvernement britannique décide finalement de libérer, « pour raisons de santé », l'ex-dictateur chilien, qui regagne alors son pays, non sans susciter un certain trouble dans l'opinion publique.
En outre, le rythme des mesures se ralentit (grands projets de réformes des retraites et santé gelés). Une série d'accidents de train pointe les déficiences de la politique gouvernementale, puisqu'elle avait promis l'amélioration des chemins de fer. D'autres problèmes s'ajoutent : ils concernent l'éducation, insuffisante et inadaptée, et le racisme, qui se traduit par des échauffourées entre communautés.
Surviennent en février 2001 les premiers cas de fièvre aphteuse. L'épizootie menace bientôt l'ensemble du cheptel britannique, malgré les mesures spectaculaires prises par le gouvernement pour en venir à bout. Après la crise dite de la « vache folle », les Britanniques n'ont plus confiance dans leurs agriculteurs et remettent en cause le productivisme agricole, financé depuis près de trente ans par la P.A.C. La gestion de l'affaire par le Premier ministre se retrouve au centre des attaques.
L'essoufflement de l'action réformatrice du gouvernement et les difficultés rencontrées n'empêchent toutefois pas T. Blair de remporter les élections législatives anticipées de juin 2001. Son parti obtient 42 % des suffrages (6 sièges seulement de moins qu'en 1997), les conservateurs, 33 % seulement (et 1 siège de plus), les libéraux démocrates, 19 % (mais 6 sièges de plus). Seul point noir pour le gouvernement, le fort taux d'abstention, qui atteint 41 %. Le parti conservateur, qui a entamé en 1997 une longue traversée du désert et qui est handicapé par un leader impopulaire, William Hague, n'a pas réussi à gêner T. Blair. Aussi cherche-t-il à opérer son aggiornamento, tout d'abord en changeant de leader : Iain Duncan Smith prend la relève. Celui-ci se révélant aussi peu charismatique que son prédécesseur, c'est Michael Howard qui, en novembre 2003, est amené à prendre les rênes de la formation et à l'engager sur la voie du redressement. Arrivés en tête lors des consultations européennes et locales de juin 2004 (avec respectivement 26,7 % des voix et 27 députés, et 38 % des voix et 51 sièges de conseillers, contre 22,6 %, soit 19 députés, et 29 %, soit 39 sièges de conseillers pour le New Labour), les conservateurs peinent à paraître crédibles aux yeux de l'opinion publique. Ils souffrent aussi de la concurrence et de la bonne tenue de partis tiers – à l'instar de l'United Kingdom Independence Party (UKIP), formation ultra-nationaliste, qui milite depuis 1994 pour le retrait du pays de l'Union européenne (16,1 % des voix aux européennes) – et des libéraux démocrates (14,9 % des voix aux européennes, 26 % aux élections locales). Ces derniers ont alors le vent en poupe, au point de contester les tories dans leur statut de principal groupe d'opposition.
Le gouvernement poursuit sa gestion habile des grands équilibres : les excédents dégagés par le budget permettent, face à la détérioration des services de la santé, de l'éducation, et des transports, de prévoir en 2002 une augmentation des dépenses d'investissement collectif et du secteur public. Ce retournement keynésien permet au pays de surmonter le ralentissement de l'activité mondiale du tournant des années 2000. La santé de l'économie reste florissante (2,3 % en 2003, 3 % en 2004) ; l'activité, la confiance et la consommation se maintiennent, l'inflation est contenue, les taux d'intérêt peu élevés, le chômage a pratiquement disparu (au plus bas depuis 30 ans). Le royaume traverse la plus longue période de prospérité ininterrompue depuis les débuts de la Révolution industrielle, et fait bien mieux que la zone euro, ce qui repousse d'autant l'idée de son éventuelle adhésion à la monnaie unique. Cette injection de fonds gouvernementaux (hors dépenses militaires) vise à améliorer les services publics, préoccupation majeure des Britanniques. Les investissements, multipliés par deux entre 1999 et 2004 , ont des effets déjà perceptibles : réduction des listes d'attente de soins de 18 à 6 mois ; rénovation des bâtiments éducatifs ; amélioration du transport ferroviaire. Mais le déficit budgétaire se creuse et dépasse 3 % du P.I.B. en 2003 et en 2004, tandis que le poids de la dette publique remonte à plus de 40 % du P.I.B. En outre, le surendettement des ménages (à plus de 110 % de leurs revenus) constitue une menace pour la pérennité de la croissance, au même titre que le renchérissement constant de l'immobilier, au sujet duquel des spécialistes évoquent une possible bulle. Il n'empêche que le royaume, fort de sa City et de son secteur tertiaire, demeure la 4e puissance économique mondiale, et continue à attirer les investissements étrangers.
Tony Blair entend exploiter politiquement ces bons résultats, qu'il doit à son chancelier de l'Échiquier et grand rival au sein du New Labour, G. Brown. Après une année 2003 consacrée aux questions internationales, notamment à l'engagement britannique aux côtés des Américains en Iraq, il cherche à retrouver un crédit, une popularité et un soutien parlementaire que sa politique d'alignement atlantique et une succession d'affaires (débat sur les armes de destruction massive irakiennes, affaire Kelly, démissions volontaires ou forcées de ministres et conseillers) ont fortement érodés en revenant sur la scène intérieure. Non sans mal : la guerre – que l'on dit « la guerre de Tony Blair », voire de « Tony Bliar » (le menteur) – est impopulaire : fondée sur de fausses allégations, coûteuse et entourée de pratiques peu morales, délégitimant un des arguments avancés par le Premier ministre (révélation des sévices et tortures sur des civils et des prisonniers irakiens, écoutes téléphoniques de responsables onusiens), elle entrave son action et fait chuter sa cote de popularité. Il devient « Tony Blur », « Tony l'obscur », et « blairing up » devient synonyme d'« embrouille ».
Entre-temps, la réforme institutionnelle de la Chambre des lords s'est arrêtée. Le succès des ultras protestants aux élections du Stormont en novembre 2003 remet aussi en cause le règlement de la question de l'Irlande du Nord. Certaines des solutions préconisées pour l'amélioration des services publics (ouverture des hôpitaux aux capitaux privés, augmentation des droits d'inscription universitaire) rencontrent l'interrogation de l'opinion et suscitent, après l'engagement militaire en Iraq, la nouvelle fronde des députés du parti (vote de justesse, aux Communes, des projets de loi relatifs en janvier 2004). Le fiasco des élections européennes et locales de juin 2004 atteste ces difficultés. Mais l'été 2004 remet en selle T. Blair : innocenté par le rapport Butler, qui, en revanche, se montre sévère envers les services secrets, et conforté par la réélection de son ami George W. Bush et le succès de la consultation électorale de janvier 2005 en Iraq, il étaie son autorité sur le parti et le gouvernement – en particulier face à son possible successeur désigné, G. Brown.
Malgré lassitude et déceptions, mais reconnaissant à T. Blair un bon bilan économique, les Britanniques le reconduisent au pouvoir lors des élections générales de mai 2005. Mais ils accordent avant tout leur confiance à l'artisan de la croissance, l'ombrageux partenaire, G. Brown, promis à se succéder à l'Échiquier. C'est la première fois que le parti travailliste remporte une troisième victoire consécutive, mais ce succès historique n'est acquis qu'avec 35,2 % des voix, soit près de 7 points de moins qu'en 2001, et une majorité absolue aux Communes réduite de 47 sièges (356 députés). Au total, il n'a rallié qu'à peine plus d'un cinquième de l'électorat : ce score médiocre, le plus mauvais pour une formation au pouvoir depuis 1921, dénote un choix par défaut. Le New Labour profite du manque de crédibilité de ses concurrents. Il devance le parti conservateur de M. Howard, qui obtient 32,3 % des suffrages et 197 sièges, et les libéraux-démocrates, qui s'imposent comme la troisième force du pays avec 22 % des voix et 62 sièges, mais ne parviennent pas à ravir aux tories la place de principale force d'opposition ni à jouer le rôle de formation charnière ou pivot escompté au Parlement.
Le succès de la candidature de Londres pour les jeux Olympiques de 2012 rejaillit sur l'aura du Premier ministre, qui s'est personnellement impliqué dans la promotion de la capitale. Le lendemain, le 7 juillet 2005, sa démonstration de fermeté en réponse aux attentats qui frappent la ville et ses transports publics (56 morts et environ 700 blessés) ressoude l'opinion publique derrière le chef du gouvernement. Une nouvelle série d'actions projetée par des kamikazes islamistes formés dans le pays est déjouée le 21 juillet, ce qui renforce le tournant sécuritaire amorcé précédemment : T. Blair s'engage, entre autres, à développer l'arsenal juridique destiné à combattre le terrorisme, à rendre obligatoire la possession d'une carte d'identité, et à redéfinir dans un sens restrictif et sélectif les politiques d'immigration. Ces différents projets soulèvent l'inquiétude des défenseurs des droits fondamentaux qui redoutent la mise en place d'un État policier : elle est relayée par une partie des parlementaires qui rejettent un premier projet de loi antiterroriste en novembre 2005. Ce revers, qui incite le chef du gouvernement à davantage d'écoute et de concessions, n'empêche pas que l'instauration de la carte d'identité obligatoire et une nouvelle mouture du texte soient votées en février 2006, ainsi qu'une loi sur l'immigration choisie et d'autres mesures renforçant la sécurité du pays – et la surveillance des citoyens. La fronde des députés se poursuit toutefois, avec le vote difficile (défection d'une cinquantaine de travaillistes, appui des conservateurs) en mars d'un projet prévoyant d'accorder une plus grande autonomie aux écoles et de les mettre en concurrence, ce qui ajoute à l'impression de « fin de règne » et alimente les spéculations sur le départ prochain du Premier mininistre.
Ayant en effet annoncé préalablement au dernier scrutin général qu'il ne solliciterait pas de quatrième mandat, T. Blair a relancé le débat sur sa succession. Face à l'impatience manifestée par les partisans de G. Brown au sein du parti, du Parlement et du gouvernement, il affiche cependant sa détermination à poursuivre l'agenda des réformes programmées (services publics, éducation, sécurité, immigration) et à conserver la maîtrise du calendrier politique. Mais les difficultés s'accumulent. Des révélations sur le financement de la campagne électorale de 2005 éclaboussent le chef du gouvernement dont la cote de popularité est au plus bas. Les conservateurs profitent de son affaiblissement : d'une part, dès la fin de 2005, ils décident de combattre les travaillistes sur le terrain de l'image et de la jeunesse en se choisissant pour nouveau leader un député du centre droit de 38 ans, David Cameron : de l'autre, ils remportent un spectaculaire succès lors des élections locales de mai 2006 à l'issue desquelles le New Labour perd plus de 300 sièges. T. Blair tire les leçons de cet échec historique en remaniant largement son cabinet et en renforçant sa garde rapprochée, signe qu'il n'entend pas encore passer la main. Pendant l'été, le silence du Premier ministre lors de l'attaque d'Israël contre le Liban le déconsidère un peu plus et le fait apparaître comme le « caniche de Bush », tandis qu'une vague d'attentats déjouée in extremis par Scotland Yard le 10 août ternit son bilan en matière de lutte contre l'insécurité et le terrorisme international. Aussi 17 députés travaillistes le pressent-ils publiquement, lors de la rentrée, de se retirer de la vie politique pendant que 7 membres subalternes de son cabinet démissionnent pour la même raison. En septembre, un peu avant le congrès annuel du parti travailliste qui fait de G. Brown le futur successeur de T. Blair, ce dernier annonce effectivement son départ dans l'année, sans toutefois en préciser la date.
Soucieux de peaufiner son image et son bilan, assombris par l'engagement en Iraq, jugé par lui catastrophique fin 2006, T. Blair s'emploie à règler pour de bon la question nord-irlandaise. Après avoir fait de nouvelles propositions au début 2006, avec son homologue irlandais, le Premier ministre obtient des diverses parties qu'elles se rencontrent et discutent en octobre à Saint Andrews, en Écosse. D'où l'élaboration d'une feuille de route pour la restauration des institutions semi-autonomes suspendues depuis 2002 et la formation d'un gouvernement biconfessionnel. En contrepartie de la reconnaissance officielle de la légitimité de la police nord-irlandaise par le Sinn Féin, effective à partir du 28 janvier 2007, et malgré d'ultimes atermoiements de la part du DUP, les élections parlementaires locales du 7 mars 2007, qui voient la victoire de ces deux grandes formations, aboutissent finalement à la constitution d'un gouvernement provincial dirigé par le vieux leader de la formation protestante ultra, Ian Paisley – secondé par le républicain Martin McGuinness –, et à la fin d'un long conflit. Malgré ce succès, le Premier ministre doit composer avec l'hostilité de l'opinion et une majorité toujours plus rétive, prête à lui refuser en mars les crédits de défense qu'il demande et qu'à nouveau seul le ralliement de conservateurs lui permet d'obtenir. En mai, les travaillistes subissent une défaite aux élections locales, avec la perte de 500 mandats, et notamment le basculement du vieux bastion écossais dans les mains des indépendantistes. En outre, ils ne conservent qu'une majorité relative dans l'assemblée du pays de Galles. La décentralisation, projet phare des années Blair, semble se rertourner contre son maître d'œuvre. Aussi celui-ci annonce-t-il son retrait de la vie politique nationale pour la fin juin : G. Brown lui succède sans surprise à la tête du parti le 24 juin, puis à celle du pays le 27.
G. Brown affiche une volonté de renouveau sans reniement, en composant un cabinet d'ouverture (aux libéraux-démocrates) et de rassemblement, qui promeut des jeunes, comme David Miliband, passant de l'Environnement aux Affaires étrangères, ainsi qu'une femme, Jacqui Smith, la première à se voir confier l'Intérieur, en même temps qu'il nomme pour la première fois deux musulmans à des secrétariats d'État. À peine entré en fonction, le Premier ministre fait face aux attentats terroristes déjoués à Londres et à Glasgow les 28 et 29 juin, puis, durant l'été, à des inondations centenaires dans l'ouest de l'Angleterre, à la réapparition accidentelle de la fièvre aphteuse dans le sud, et enfin à la quasi faillite de la banque Northern Rock : l'impression de sérieux et de compétence qu'il donne rassure l'opinion et fait remonter dans les sondages les travaillistes, placés à nouveau devant les conservateurs. En outre, il opère un début de désengagement des troupes d'Iraq, pour les réaffecter en Afghanistan, où la situation s'aggrave dangereusement, tirant progressivement un trait sur l'héritage le plus controversé de son prédécesseur. Aussi, lorsque confronté à l'assaut renouvelé des tories, il renonce à provoquer des élections générales anticipées au début de l'automne, l'opinion comme ses partisans ne le comprennent-ils guère : l'état de grâce ne passerait-il pas les premiers cent jours d'un parcours jugé pourtant sans faute ?
Dès lors, la cote du Premier ministre comme celle des travaillistes, affectés par la révélation de nouveaux scandales et le retournement de la conjoncture (inflation, ralentissement de la croissance, crise financière, chute de l'immobilier) s'effondre. À l'inverse, celle des conservateurs, ni le sauvetage de la banque Northern Rock, ni non plus le virage sécuritaire pris par le gouvernement. Aux handicaps personnels de G. Brown devenus patents à la fin 2007 (difficulté à communiquer, austérité et isolement, défaut de charisme, tout à l'opposé de son prédécesseur) s'ajoutent au début de 2008 des erreurs politiques : ainsi du projet d'allongement de la détention des supects de terrorisme qui suscite des dissensions internes à la majorité, et de la réforme fiscale qui provoque un tollé au sein du parti et un vif mécontentement social, au point d'obliger le gouvernement à adopter en urgence une série de mesures compensatoires. Le scrutin local de mai fait par conséquent figure de coup de semonce et de manifestation spectaculaire de défiance : le parti n'arrive qu'en troisième position, derrière les tories (44 % des voix) et les libéraux-démocrates (25 %), avec seulement 24 % des suffrages et une perte sèche de 350 sièges, dont ceux, plus que symboliques, de Londres. À l'issue de ce « Waterloo » électoral, sans recours immédiat, et de peur de plonger davantage, les travaillistes font bloc derrière celui qui reste leur leader, adoptant aux Communes le projet de loi répressif contesté et, à la Chambre haute, malgré le non irlandais, le traité européen de Lisbonne. Pendant l'été, à la suite de la perte d'un énième bastion lors d'une partielle en Écosse, de la révélation de nouveaux dysfonctionnements au sein de l'administration et de l'aggravation de la conjoncture économique, la contestation interne reprend de plus belle. Mais la tempête financière qui ébranle la City après la faillite de la banque américaine Lehman Brothers en septembre ressoude les rangs du parti, de la majorité parlementaire et du gouvernement autour du leadership du Premier ministre. Pour éviter que d'autres compagnies ne s'effondrent, celui-ci nationalise la banque spécialisée dans le prêt immobilier Bradford & Bingley et obtient que la Lloyds TSB rachète une HBOS (Halifax Bank of Scotland) au bord du dépôt de bilan. Au début d'octobre, un mini remaniement réintègre les blairistes Peter Mandelson (Commerce), Margaret Beckett (Logement) et Geoff Hoon (Transports), tandis que le portefeuille de l'Énergie et du Réchauffement climatique échoit à Ed Milliband, frère du ministre des Affaires étrangères et possible prétendant à la succession de G. Brown, ce qui concrétise l'idée d'une union sacrée face à la crise. Le plan de soutien au système bancaire concocté alors met à disposition des groupes financiers en grande difficulté d'abondantes lignes de crédit (jusqu'à 200 milliards de livres) et autorise la recapitalisation des principaux établissements à hauteur de 50 milliards – en contrepartie d'un droit de regard de l'État. Ces prises de participation publique s'accompagnent d'un vaste plan d'aide aux P.M.E. et aux ménages, de l'ordre de 350 milliards, qui accentue le tournant interventionniste amorcé par le gouvernement. Plutôt bien reçu par la population, il redore le crédit du Premier ministre et le blason d'un New Labour qui conserve contre toute attente le fief de Glenrothes en Écosse lors d'une partielle en novembre. La double annonce de la baisse immédiate pour un an de la T.V.A. de 17,5 à 15 % et d'une réduction des impôts – sauf pour la tranche la plus élevée – à compter de 2011 (en cas de victoire des travaillistes aux prochaines élections générales) ne permet toutefois pas de prolonger cette embellie sondagière que l'amplification d'une crise qui menace de se muer en dépression historique, l'irrésistible flambée du chômage et la perspective de la banqueroute d'un pays dont les déficits filent dangereusement, ont tôt fait de dissiper. Au début de 2009, de nouvelles secousses financières font trembler l'économie et la société britanniques, alors que les caisses de l'État, désormais désespérément vides, interdisent la mise en œuvre de tout nouveau plan de relance. Aussi l'apparent succès du sommet du G 20 qui se tient à Londres en avril et la série d'actions concertées de lutte contre la crise qu'il dévoile se révèlent-ils insuffisants pour faire retrouver au pays le chemin de la croissance et restaurer durablement la confiance. Dans ce contexte, la consultation européenne de juin, qui s'annonce désastreuse pour le parti au pouvoir, ne peut que préfigurer la débâcle programmée des élections générales de 2010.
Premier ministre britannique le plus europhile depuis E. Heath, T. Blair entend arrimer son pays à l'Europe. La convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme est intégrée à la loi britannique. Il signe également le chapitre social européen, mais décide néanmoins, en octobre 1997, que son pays ne participera pas à la première vague de l'euro (1er janvier 1999). Après la mise en place de la monnaie unique, le Premier ministre britannique accélère les préparatifs d'adhésion à l'Union économique et monétaire (U.E.M.) avec l'annonce d'une série de mesures techniques concernant les administrations du pays (février 1999). Mais le débat sur l'adhésion éventuelle à l'U.E.M. reste très politique. L'Europe, en effet, ne semble toujours pas être un thème porteur pour les Britanniques comme le démontre le taux d'abstention considérable aux élections européennes de juin 1999. Devant cette indifférence hostile de la population, le Premier ministre décide de se donner du temps, repoussant depuis sans cesse la question de la monnaie unique.
En 1999, la promotion de la « troisième voie », de concert avec son homologue Gerhard Schröder, participe du souci de T. Blair de construire une Europe moins fédérale, qui reposerait sur un faisceau de liens bilatéraux : ainsi le Premier ministre multiplie-t-il les propositions de partenariat idéologique ou conjoncturel avec les responsables politiques « amis », de Schröder aux Scandinaves, et cherche à les étendre avec les chefs de gouvernement belge, espagnol et même italien. L'élargissement de l'Union européenne à l'Est lui semble pouvoir permettre le renforcement de cette politique d'accords ponctuels. Le leader britannique espère compenser la perte d'influence que la non-adhésion de son pays à la monnaie unique est susceptible d'entraîner dans le concert des nations et de la politique continentale. Il entend également contrebalancer le couple franco-allemand, qui continue de peser sur la définition des priorités de l'U.E. En 2003, la question irakienne met en pleine lumière certains attendus de cette stratégie : le Royaume-Uni figure au premier rang d'une « nouvelle Europe » (Espagne, Italie, Pologne), coalition avec les États-Unis qui s'oppose à la « vieille Europe », regroupée autour de l'axe Paris-Berlin. Au même moment toutefois, le Royaume-Uni, la France et l'Allemagne élaborent à nouveau un projet de défense commune et réactivent leur coopération. Les célébrations du centenaire de l'Entente cordiale, qui culminent à Paris en avril 2004, donnent aux deux partenaires l'occasion de réchauffer leurs relations quelque peu refroidies par l'affaire irakienne.
Alors que le pays s'apprête à prendre la présidence de l'Union européenne pour le second semestre, les questions communautaires restent singulièrement absentes de la campagne de mai 2005. Au reste, l'UKIP disparaît quasiment de la scène politique. L'échec des référendums français (29 mai) et néerlandais (2 juin) sur le traité de Constitution européenne contraint T. Blair l'europhile à enterrer le projet de soumettre au suffrage des électeurs l'adhésion de son pays à la zone euro. Le sommet des chefs d'État et de gouvernement des 16 et 17 juin à Bruxelles s'étant en outre heurté au blocage français sur la Politique agricole commune (P.A.C.) et au blocage britannique sur la ristourne communautaire dont bénéficie le Royaume, c'est d'une Union en panne, sans prévision de budget 2007-2013, que le Premier ministre prend la tête le 1er juillet 2005. Il obtient néanmoins en octobre un accord pour l'ouverture des discussions sur l'entrée dans l'Union de la Croatie et de la Turquie, et arrache en décembre un compromis sur un budget prévisionnel pour 2007-2013, liant la diminution du rabais de 10,5 milliards d'euros à la promesse d'une renégociation de la P.A.C. à l'horizon 2008-2009. Peu avant de quitter Downing Street, le 23 juin 2007, T. Blair négocie âprement l'adhésion de son pays au projet de traité européen simplifié proposé par le nouveau président français Nicolas Sarkozy lors de la conférence intergouvernementale de Bruxelles, et obtient les dérogations exigées – l'exemption de l'application de la charte des droits fondamentaux et la limitation de la participation du Royaume-Uni aux politiques définies par la majorité qualifiée. Contrairement aux attentes nées de son arrivée au pouvoir en 1997, l'europhile T. Blair laisse à son successeur G. Brown, un pays plus que jamais éloigné de la zone euro et en marge de l'Union – perspective qui sied parfaitement au nouveau locataire de Downing Street, d'où l'acceptation par ce dernier du traité au Conseil européen d'octobre à Lisbonne. Non sans susciter dans son pays une demande de référendum étayée par des tories désireux de le déstabiliser et d'en découdre politiquement avec lui : l'Europe, outre-Manche, demeure en effet avant tout une question de politique intérieure. En mars 2008, les Communes rejettent une proposition de référendum sur le sujet et votent le texte, lui aussi finalement approuvé par les Lords en juin, malgré le non irlandais et de multiples démarches visant à le repousser. Signe des temps, en obtenant la ratification, du traité par son pays, G. Brown l'eurosceptique apparaît comme l'un des promoteurs de la cause européenne. De même, au plus fort de la tempête financière de l'automne 2008, c'est son plan de sauvetage du système bancaire britannique qui sert de modèle aux discussions de l'Eurogroupe réuni à Paris le 12 octobre, et dont il est l'invité vedette. Mais l'aggravation de la conjoncture nationale et internationale ne permet toutefois pas d'aller plus loin dans le rapprochement : les vieux tropismes, notamment atlantiques, semblent devoir en effet vite reprendre le dessus.
La Grande-Bretagne ne délaisse pas sa « relation spéciale » avec les États-Unis, comme en témoigne la présence de ses troupes aux côtés de celles des Américains dans les bombardements aériens sur l'Iraq, qui débutent avec une série de frappes intensives fin décembre 1998. À l'unisson cette fois des pays européens, le royaume participe également à l'intervention militaire de l'O.T.A.N. en Yougoslavie (mars-juin 1999), contre la politique répressive menée par Slobodan Milošević au Kosovo, puis à la force multinationale de maintien de la paix dans cette province (KFOR). Il intervient en outre pour pacifier une Sierra Leone déchirée par la guerre civile en 2000. Pour T. Blair, ces opérations attestent l'engagement du pays et, plus largement, de l'Europe dans la défense des principes humanitaires et démocratiques – même si le silence imposé à propos de la Tchétchénie et du Timor-Oriental relativisent cette ambition. Le pays s'associe au pilonnage américain de positions irakiennes en février 2001, premier geste militaire de la nouvelle administration Bush, et témoigne d'un soutien sans faille aux États-Unis après les attentats du 11 septembre. Avec l'hôte de la Maison-Blanche, T. Blair est le seul dirigeant étranger à déclarer son pays en guerre contre le terrorisme. Il contribue activement à la formation de la coalition chargée de mettre fin au régime des talibans à Kaboul. De fait, le contingent britannique en Afghanistan à l'automne 2001 est le plus important des pays occidentaux après les effectifs américains.
En 2002, T. Blair suit George W. Bush dans sa politique de fermeté à propos de l'Iraq, espérant faire valoir les principes internationaux auprès de son partenaire. En mars 2003, malgré l'opposition de l'O.N.U. et – en Europe notamment – de la France et de l'Allemagne, malgré aussi l'hostilité de la plus grande partie de la population britannique et les très fortes réticences manifestées par les parlementaires de son parti, il entraîne son pays dans la guerre contre l'Iraq préparée par Washington. La victoire de la coalition sur les forces de Saddam Husayn en avril 2003 semble lui donner raison, mais les difficultés rencontrées lors de la pacification de l'Iraq et les affaires qui entourent l'entrée dans le conflit du Royaume-Uni (affaire Kelly, révélations des sévices exercés par les troupes d'occupation, américaines et par la suite britanniques, à l'encontre de prisonniers et de civils) font douter à nouveau l'opinion publique et les partenaires européens du bien-fondé de l'intervention. Au total, en 2004, la lutte contre le terrorisme international coûte au royaume 6 milliards de £, dont 3 pour l'Iraq, où près de 10 000 hommes stationnent toujours en 2005. T. Blair, qui veut donner à son pays la place et le rôle de médiateur entre les deux rives de l'Atlantique, ambitionne de faire de l'Europe le principal partenaire des États-Unis. Quitte à irriter, voire s'aliéner, pendant un temps ses homologues ou interlocuteurs continentaux, comme G. Schröder ou J. Chirac ; quitte aussi à devoir composer avec la défection de certains de ses alliés européens, tels que l'Espagne ou l'Italie. Malgré cet isolement accru en Europe et la reconnaissance publique du fiasco militaire à la fin de 2006, le Premier ministre maintient fermement l'engagement de son pays. Mais il ne relaie pas l'initiative du président Bush (janvier 2007) qui consiste à vouloir envoyer davantage d'hommes en Iraq.
En juillet 2005, le sommet du G8 est accueilli et présidé par T. Blair, à Gleneagles, en Écosse. Bien qu'endeuillé par les attentats de Londres, c'est un succès pour la diplomatie britannique, qui parvient à faire accepter son programme d'aide à l'Afrique (annulation de dettes, augmentation de l'effort international contre le sida et la malaria, doublement de l'enveloppe destinée aux pays les plus pauvres du continent à partir de 2010). Cette aura internationale ne sera cependant que de courte durée : à l'été 2006, le Premier ministre, qui, pas plus que le chef de l'État américain, n'a appelé à un cessez-le-feu lors du conflit israélo-libanais, se voit davantage encore reprocher son alignement sur Washington. Quant aux relations avec la Russie, elles tournent à l'aigre en novembre 2006 lors de l'affaire Litvinenko (ex-agent russe réfugié à Londres, mort d'empoisonnement au plutonium 210), qui envenime les relations entre les deux pays jusque dans l'été 2007. Au début du printemps, c'est avec Téhéran que la tension monte, après la capture de 15 marins par les Iraniens le 23 mars au large du Chatt al-Arab – qui sont relâchés le 4 avril. Dès son entrée en fonction, au début de l'été, le nouveau Premier ministre G. Brown fait du renforcement de la situation en Afghanistan sa priorité, tandis qu'il amorce dès septembre un retrait d'Iraq, se démarquant nettement des choix stratégiques les plus contestés de son prédécesseur : la province de Bassora, Q.G. britannique, est ainsi progressivement évacuée et son administration est remise aux autorités iraquiennes en décembre. Toutefois, un an plus tard, au début de 2009, les troupes ainsi dégagées ne sont envoyées qu'au compte-gouttes sur le théâtre afghan. Quant aux relations avec la Russie, elles se tendent à nouveau à l'été 2007, puis au début 2008. Il en va de même avec la Chine en avril, après le passage mouvementé de la flamme olympique à Londres. G. Brown, par ailleurs, fait savoir qu'il boycottera la cérémonie d'ouverture des jeux Olympiques de Pékin en août. Un temps attiré par l'Europe, le Royaume-Uni de G. Brown retrouve bien vite le chemin privilégié de Washington. Signe du rétablissement d'une relation spéciale quelque peu distendue dans les derniers mois du mandat de George Bush, le Premier ministre est le premier chef de gouvernement reçu par le président Barack Obama (4 mars 2009) avec qui les convergences de vues se révèlent être légion.
Sous le long règne de Victoria (1837-1901), l'autorité royale continue à céder le pas à la démocratisation parlementaire et au pouvoir du Cabinet dirigé par le Premier ministre, chef de la majorité de la Chambre basse de Westminster. La souveraine, qui ne l'est donc plus guère qu'en titre, remplit essentiellement une fonction de représentation : elle symbolise la puissance, alors de premier plan, du pays, l'unité du royaume, des trois Couronnes qui le composent, des territoires qui lui sont rattachés (Irlande, Canada, Australie et Nouvelle-Zélande) ; impératrice des Indes depuis 1876, elle préside de façon honorifique aux destinées d'un empire qui, étendu en Afrique et en Asie, couvre en définitive près du quart du globe et sur lequel, selon l'adage, « le soleil ne se couche jamais ». Enfin, elle est à la tête de l'Église établie qui donne le ton aux normes sociales et valeurs morales du pays, et que son comportement privé érige en exemple (on parle de « victorianisme »). Malgré le déclin de ses prérogatives politiques, et le long retrait de la vie publique qu'elle s'impose après la mort, en 1861, de son époux, le prince Albert, la souveraine gagne en vénération populaire, tandis que l'institution qu'elle incarne conserve son aura.
La contradiction entre pouvoirs réels et autorité morale demeure au XXe s. Les monarques britanniques pèsent de peu de poids dans la vie politique du pays, contraints de régner comme Édouard VII, dès 1906, avec une majorité et un gouvernement « lib-lab » (alliance des libéraux radicaux et des travaillistes), comme George V, dès 1924, acceptant Parlements et Cabinets dominés par les travaillistes, ou encore comme George VI à l'issue de la Seconde Guerre mondiale, forcé d'entériner la politique de socialisation du gouvernement Attlee ; mais, privés de pouvoirs, ils n'en apparaissent que plus proches du peuple, à l'instar de la princesse Alexandra, épouse d'Édouard VII, dévouée pour ses enfants et attentive aux plus démunis. De même, le courage de George VI et de sa femme, feu la reine mère, lors de la Seconde Guerre mondiale, restaurent l'image d'une monarchie quelque peu ternie par l'abdication d'Édouard VIII en 1936. Les visites du couple royal aux blessés, au même titre que leur choix de rester à Londres au milieu de leurs sujets, incarnent l'idéal national et contribuent à renforcer l'esprit de résistance aux nazis des Anglais. Par ailleurs, les Britanniques savent gré à George VI de respecter scrupuleusement les limitations de pouvoir de l'autorité royale et d'accepter le choix de la majorité des électeurs en faveur des nationalisations travaillistes et de la mise en place d'un système de sécurité sociale.
Proche du peuple, incarnant l'unité et les valeurs dominantes de la nation, acceptant les choix politiques du pays, la famille régnante préserve cependant sa noblesse ; en effet, la représentation royale ne manque pas d'éclat : faste et cérémonial, étiquette et protocole très stricts, respect des vieilles traditions et conformation aux valeurs victoriennes régissent la vie des altesses. D'où le coup de tonnerre dans l'horizon bien établi des traditions lorsqu'en 1936 le nouveau roi, Édouard VIII, fait part de son désir d'épouser une Américaine divorcée, Mrs. Wallis Simpson. L'Église d'Angleterre s'y oppose, tout comme le Premier ministre S. Baldwin et la classe politique, qui s'inquiètent des tendances autoritaires du monarque. Il préfère finalement abdiquer plutôt que de renoncer à son mariage. Si donc on peut parler de pouvoir royal, il s'agit d'autorité morale, de la force d'un symbole et du poids d'une tradition incarnés. Or, que devient cette légitimité symbolique quand ses bases – normes et valeurs – volent en éclats ? Là résident les contradictions du règne d'Élisabeth II.
L'actuelle souveraine, qui succède à son père George VI mort prématurément en janvier 1952, est sacrée le 2 juin 1953 reine « par la grâce de Dieu » du « Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d'Irlande du Nord, et des autres royaumes et territoires », et de quatorze autres nations. Elle est de droit à la tête du Commonwealth qui regroupe aujourd'hui, outre le Royaume-Uni, cinquante-trois États indépendants. Elle est aussi, en tant que « défenseur de la foi », « gouverneur suprême » de l'Église d'Angleterre. Tout comme ses prédécesseurs, elle nomme les Premiers ministres, se contentant de choisir le leader du parti majoritaire à la Chambre des communes ou se rangeant à l'avis de leurs membres les plus influents en cas de conflits : c'est ainsi qu'elle a nommé H. Macmillan en 1957 puis lord Home en 1963. Si, en tant que chef de l'État, elle ne dispose d'aucun pouvoir décisionnel, elle veille à être informée de tout, conserve la possibilité de mettre en garde le gouvernement, bien que dans les faits elle se contente de lire chaque année le discours-programme du trône que lui soumet le Premier ministre et d'apposer sa signature à la liste des personnalités à anoblir ou honorer. Mais, compte tenu de la durée de son règne – alors que les Premiers ministres se succèdent –, elle a acquis une expérience du monde politique qui lui octroie une certaine influence.
Il n'empêche que les prérogatives officielles et surtout honorifiques de la monarchie poursuivent leur déclin. Si, en 1948, l'Irlande échappe au contrôle (formel) de l'autorité royale de George VI en se détachant d'un Commonwealth destiné à réunir la métropole et les anciens dominions autour de la personne royale et, à travers elle, de Londres, de sa City, ainsi que de ses influences politiques et diplomatiques, et si la Couronne perd l'Inde en 1947, le règne d'Élisabeth II est celui de l'effondrement de l'Empire, qui débute avec le Ghana en 1957. Certes, le Commonwealth, toujours présidé par la reine, est élargi aux anciennes colonies devenues indépendantes. Reste que les liens entre Londres et les autres capitales se distendent. Pendant longtemps, les altesses britanniques ont été accueillies avec faste dans les nations membres, mais, avec les années, les comportements ont changé. De surcroît, la Rhodésie quitte le Commonwealth en 1964, le Canada rapatrie sa Constitution en 1982, ne gardant que des liens symboliques avec la mère patrie, l'Australie parle aujourd'hui de régime républicain. Enfin, en 1988, le Parlement britannique projette de transformer les structures de cet ensemble lâche de liens tissés autour de la personne royale pour doter cette communauté d'1,6 milliard d'individus d'un chef élu : certes, la reine poursuivra jusqu'à la fin de son règne son rôle de chef du Commonwealth, mais il n'en sera sans doute plus de même pour son successeur.
De plus, les réformes de dévolution du pays de Galles et de l'Écosse (1997), destinées à contenir les velléités sécessionnistes de ces deux nations, ne font qu'accroître les pressions indépendantistes locales. Les réformes de Tony Blair destinées à moderniser le pays consistent en fait à sacrifier la Couronne pour sauver les vestiges ébranlés de l'Union et les liens distendus entre la métropole et son ancien empire. Resurgit le débat – que la publication de l'étendue de son patrimoine (3 milliards de livres) ne fait qu'envenimer – sur l'utilité de financer une souveraine qui, en définitive, ne joue plus un grand rôle. En 1991, la somme de 10 millions de livres par an lui est concédée pendant une décennie, en échange de quoi elle est désormais soumise à l'impôt. La reine fait front, et cherche à préserver ce qui lui reste de fonction, fidèle en cela à la maxime assénée aux jeunes prétendants : Never Complain, Never Explain (« Ne jamais se plaindre, ne jamais expliquer »). Le pouvoir symbolique est-il encore suffisant pour résister à tous les assauts qui se déclenchent contre la maison royale ?
Le couronnement d'Élisabeth en 1953 atteste la conjonction entre l'éclat traditionnel de l'institution monarchique et l'attachement populaire manifesté à la famille royale ; la publicité faite autour de la vie idéale de la famille royale a pendant longtemps constitué un pôle de stabilité dans un pays et une société en plein bouleversement. Le populaire jubilé d'argent de la reine en 1977, célébré en plein marasme économique et social, témoigne de l'attachement des Britanniques à l'idée d'une certaine grandeur incarnée par la souveraine. Mais l'évolution du royaume finit par rattraper la famille royale. Ses écarts par rapport à la norme traditionnelle n'échappent plus au poids accru de la médiatisation ; de symbole de la nation, ses représentants deviennent des éléments, prestigieux certes, mais parmi d'autres, d'un star system mondial.
Si le mariage de Charles avec la jeune aristocrate Diana Spencer en 1982 est suivi avec enthousiasme par les Britanniques, le conte de fées fait long feu et les démêlés conjugaux du couple princier ne tardent guère à être dévoilés au grand jour, en dépit des efforts de la reine. Mais, soutenue par la population dans ses relations difficiles avec la famille royale, appréciée pour ses qualités humaines et son implication dans des actions humanitaires (enfants martyrs, malades du sida, lutte contre les mines antipersonnel…), Diana bénéficie d'une grande popularité. De fait, Lady Di, promue Princesse du peuple par Tony Blair lors de son éloge funèbre le 6 septembre 1997, fait figure d'altesse « moderne ». Quant à Andrew, deuxième fils de la reine, duc d'York, il se marie avec une roturière divorcée, Sarah Ferguson. Un demi-siècle plus tôt seulement, pareille mésalliance était inconcevable.
À cet égard, l'année 1992 a pu être qualifiée d'annus horribilis pour la reine : château de Windsor en feu, annonce de la séparation de Charles et Diana, suivie de celle du divorce deux ans plus tard, et, dans la foulée, divorce et remariage d'Ann, fille de la reine, échec du mariage d'Andrew et de Sarah. Les Britanniques, excédés par les écarts de comportement d'une famille censée incarner un idéal, le tout aux frais du contribuable, se posent la question du coût de la monarchie. La réaction tardive et froide de la reine à la mort accidentelle de Diana le 30 août 1997 à Paris, qui a soulevé une intense émotion dans tout le pays et au-delà des frontières, assombrit l'image d'une monarchie en complet décalage avec son temps. Jusque-là épargnée, Élisabeth voit sa popularité s'effondrer : 72 % des Britanniques la jugent trop distante, 53 % souhaiteraient la voir abdiquer en 2001, à ses 75 ans, et 60 % voudraient que le prince Williams, fils aîné de Charles et Diana, hérite du trône. Si la monarchie n'est donc pas vraiment remise en cause, il ressort que les Anglais attendent d'elle un changement de comportement. Aidée de nouveaux et habiles conseillers en communication, sous l'égide ambiguë de Tony Blair, la monarchie s'est lancé ce nouveau défi. De nombreuses réformes de l'institution sont lancées : entre autres, abrogation de la clause anticatholique qui interdit à l'héritier de la Couronne d'être catholique ou d'épouser une catholique ; séparation de l'Église et de l'État, en mettant fin notamment à la primauté du souverain sur l'Église d'Angleterre. Le prince Charles lui-même rentre peu à peu en grâce auprès de ses sujets qui semblent accepter l'idée de son remariage avec celle qui est sa maîtresse depuis 1970, Camilla Parker-Bowles. Les noces du dernier fils de la reine, Edward, avec la roturière Sophie Rhys-Jones le 19 juin 1999, célébrées dans un faste plus simple, augurent mieux de l'avenir. C'est dans un même esprit qu'Élisabeth II célèbre en 2002 le cinquantième anniversaire de son règne. La mort de la princesse Margaret, puis celle de la très respectée Reine-mère au début de l'année, assombrissent la préparation des festivités mais raffermissent le lien entre les sujets et leur reine, qui, comme ses enfants, n'a pas caché son affection. Il semble même que, par un étrange paradoxe, le décès de la pensionnaire centenaire de St James Palace ait donné un coup de jeune à l'image des Windsor. Dans l'épreuve, les Britanniques se réconcilient avec la famille royale : à l'issue d'un enterrement à la fois solennel et chargé d'émotion, plus de 50 % de l'opinion lui accordent leur soutien, et les jeunes sont plus nombreux encore à le faire. Le rejet majoritaire d'une monnaie (l'euro) qui ne porterait pas l'effigie de la reine est un témoignage supplémentaire du changement de regard porté par le pays sur l'institution comme sur la personne du monarque. Autre signe de ce retour en grâce : malgré de nouvelles révélations sur les dessous peu reluisants des Windsor (affaire du procès du majordome de Diana à la fin 2002, rumeurs de scandale sexuel propagées par un ancien valet de Buckingham Palace un an plus tard, frasques à répétitions du prince Harry), l'annonce, en février 2005, du mariage du prince Charles et de Camilla Parker-Bowles ne soulève aucun tollé, bien au contraire. Il est vrai que, depuis 2002, l'Église anglicane autorise le remariage de divorcés. Et que par ailleurs la nouvelle épouse sera faite duchesse de Cornouailles, et non princesse de Galles. Il convient de noter qu'en signe de désapprobation, la reine n'assiste pas à la cérémonie privée, qui se déroule le 9 avril 2005 au château de Windsor. Nouvelle preuve du renouveau de l'attachement des sujets à l'égard de la monarchie : la popularité, en 2006, des cérémonies en l'honneur du 80e anniversaire de la souveraine, que ne semble affecter nullement la sortie en fin d'année de The Queen, peinture acerbe de l'institution royale et de ses principaux représentants par le cinéaste Stephen Frears. Le dixième anniversaire de la mort de la princesse Diana (août 2007) coïncide avec les noces de diamant du couple royal (novembre), bien relayées par la presse, qui, par l'intermédiaire du magazine Vogue, fait de la reine la personnalité la plus « glamour » de l'année. En outre, l'institution cherche à se mettre à l'heure des jeunes et au goût du jour : ainsi une page Internet est-elle ouverte, tandis que le traditionnel message télévisé de Noël de la souveraine (en l'occurrence le cinquantième) est diffusé sur le site YouTube, et que circulent désormais les courriels qu'elle adresse à ses petis-enfants… Attachée à combler le fossé qui la sépare de ses sujets, mais soucieuse de ne jamais se départir de la distance courtoise qu'elle estime seoir à la fonction qu'elle incarne, Élizabeth II trouve les mots justes dans son message de Noël 2008, quand elle manifeste considération et sympathie pour les victimes de la crise économique, et qu'en pleine tourmente financière, évoquant les épreuves du passé, elle en appelle à leur courage. Elle-même se met à l'unisson en restreignant ostensiblement ses propres dépenses et celles de sa famille. Aussi sa popularité atteint-elle un sommet après le G 20 de Londres d'avril 2009, qu'elle préside en tant que doyenne des chefs d'État présents : alors que nombre d'institutions britanniques (banques, justice, Parlement, Église) sont affectées par toutes sortes de scandales, la monarchie, garante de stabilité dans un monde plus que jamais en mutation, et de toute évidence désorienté, semble pour le moins bel et bien « restaurée ».
Bath, Bristol, Cambridge, Canterbury, Chester, Chichester, Durham, Édimbourg, Ely, Exeter, Gloucester, Lincoln, Londres, Norwich, Oxford, Peterborough, Salisbury, Wells, Winchester, Windsor, York.
Inigo Jones, Lely, Wren.
R. Adam, W. Chambers, Flaxman, Gainsborough, J. Gibbs, Hogarth, W. Kent, J. Nash, Raeburn, Reynolds, Romney, Rowlandson, Vanbrugh.
Bonington, Burne-Jones, Constable, J. S. Cotman, W. H. Hunt, Lawrence, C. R. Mackintosh, J. E. Millais, Paxton, D. G. Rossetti, Turner.
F. Bacon, A. Caro, J. Epstein, N. Foster, L. Freud, D. Hockney, H. Moore, G. Sutherland.
G. Chaucer, W. Dunbar, W. Langland, T. Malory.
Ben Jonson, T. Kyd, J. Lyly, C. Marlowe, J. Marston, W. Shakespeare, P. Sidney, E. Spenser.
J. Bunyan, W. Congreve, J. Donne, J. Dryden, G. Farquhar, J. Ford, J. Milton, T. Otway, S. Pepys.
W. Blake, D. Defoe, H. Fielding, O. Goldsmith, T. Gray, S. Johnson, J. Macpherson, A. Pope, A. Radcliffe, S. Richardson, T. Smollett, J. Swift, L. Sterne, H. Walpole, E. Young.
J. Austen, Byron, S. Coleridge, J. Keats, C. Lamb, T. De Quincey, W. Scott, P. B. Shelley, W. Wordsworth.
M. Arnold, les Brontë, R. Browning, S. Butler, T. Carlyle, L. Carroll, C. Dickens, G. Eliot, T. Hardy, D. G. Rossetti, J. Ruskin, R. L. Stevenson, A. Swinburne, J. M. Synge, A. Tennyson, W. Thackeray, O. Wilde, W. B. Yeats.
W. H. Auden, Eric Ambler, B. Behan, Anita Brookner, William Boyd, A. Burgess, Angela Carter, J. Conrad, Margaret Drabble, L. Durrell, T. S. Eliot, J. Galsworthy, W. Golding, G. Greene, H. James, P. D. James, J. Joyce, R. Kipling, D. H. Lawrence, J. Le Carré, D. Lessing, K. Mansfield, Dame Iris Murdoch, J. Osborne, H. Pinter, G. B. Shaw, A. Sillitoe, D. Thomas, J. R. R. Tolkien, H. G. Wells, V. Woolf.
I. Barrow, T. Hobbes, J. Locke.
T. R. Malthus, D. Ricardo, A. Smith.
Chansons des ménestrels.
J. Bull (virginaliste), W. Byrd (polyphonie), J. Dowland (luthiste), Orlando Gibbons (organiste).
L. Anderson, A. Korda, S. Frears, P. Greenaway, J. Grierson, D. Lean, K. Loach, J. Losey, L. Olivier, C. Reed, K. Reisz, T. Richardson, K. Russell.
Voir plus
Voir plus
Voir plus