
Chef de l'État : Lee Myung-bak
Chef du gouvernement : Han Seung-soo
Nature de l'État : république à régime semi-présidentiel
Constitution :
Adoption : 17 juillet 1948
Révision : octobre 1987
Exécutif
Chef de l'État : président de la République
Chef du gouvernement : Premier ministre
Législatif
Assemblée nationale
Le relief de la péninsule coréenne, extrêmement fragmenté, a sans doute facilité l'apparition des tendances individualistes du peuple coréen – originales au sein du monde confucéen – ainsi que la prolifération des sectes, et explique les difficultés pour le pays de maintenir son unité politique. La dépression de Chugaryong, à cheval sur le 38e parallèle, qui fut choisi, après la Seconde Guerre mondiale, comme ligne de démarcation entre les influences américaine et soviétique, s'étend de Séoul (située au sud-ouest) jusqu'à Wonsan (au nord-est, en Corée du Nord) et se prolonge à l'ouest par la plaine alluviale de Pyongyang : la tectonique semble avoir voulu faire signe à l'histoire, en marquant nettement la frontière entre les deux entités politiques actuelles ou en invitant, au contraire, à les unifier autour d'un axe central. Au sud de cette plaine, longue de 200 km et qui marque la limite septentrionale de la République de Corée du Sud, un massif ancien, incliné d'est en ouest, percé de quelques vallées, constitue une moyenne montagne s'élevant entre 1 000 et 1 900 m d'altitude. Les petites plaines côtières, présentes surtout à l'ouest du pays, face à la Chine, sont encombrées de collines et de buttes et s'ouvrent sur de nombreux havres naturels. Le territoire sud-coréen s'étant souvent partagé entre deux, voire trois États, autour des villes de Kwangju, de Pusan et de Kyongju (royaume de Silla), les particularismes régionaux sont très forts et marquent toujours la vie politique. Séoul, qui domine la riche vallée du fleuve Han, est actuellement la seule ville véritablement pancoréenne, car des centaines de milliers de réfugiés du Nord s'y sont ajoutés aux millions d'immigrants originaires de toutes les provinces du Sud, ainsi qu'à la population locale.
La population, de 47,2 millions d'habitants (2001), est dense (475 hab./km2), d'autant plus qu'elle n'occupe que 20 % du territoire (plaines littorales et bassins intérieurs essentiellement), constitué pour le reste de montagnes et de forêts. La Corée du Sud est en pleine transition démographique, ce qui est normal pour un pays qui s'industrialise seulement depuis le début des années 1960 et dont la population est devenue urbaine à 80 % (1999). La natalité est assez faible (15 ‰) et la mortalité est tombée à 6,2 ‰. Avec un taux de fécondité de 1,5 enfant par femme, l'accroissement naturel s'est ralenti et la population a commencé à vieillir. Les moins de 25 ans représentent encore 21 % de la population et les plus de 65 ans, 6 %. L'espérance de vie est de 76 ans : les marques de la pauvreté des années de guerre et de l'immédiat après-guerre sont de moins en moins sensibles.
Le décollage économique sud-coréen ne date, en effet, que de 1961, avec l'arrivée au pouvoir de Park Chung-hee et le lancement, en 1962, du premier plan quinquennal. Entre 1961 et 1989, le P.N.B. sud-coréen en dollars courants a été multiplié par 75. En 1997, il a dépassé les 476 milliards de dollars, soit 10 155 dollars par habitant et par an, mais a chuté en 1998 à 321 milliards de dollars, avant de remonter légèrement l'année suivante à 398 milliards de dollars. La Corée du Sud est devenue l'un des principaux « dragons asiatiques », son P.I.B. la situant au 13e rang mondial. En revanche, si l'on établit l'indice de développement humain, suivant les paramètres proposés par l'Indien Amartya Sen – prix Nobel d'économie en 1998 –, le pays rétrograde à la 29e place, ce mode de calcul soulignant bien la fragilité du succès sud-coréen.
Alors que la croissance du P.I.B., aux lendemains de la désastreuse guerre de Corée, n'était que de 3,9 % par an, l'économie du pays s'est depuis relevée, à l'exception du secteur primaire dont les taux de croissance n'ont pas évolué (moyenne de 3,6 % par an). L'agriculture, qui occupe 12 % des actifs, ne fournit que 5 % du P.I.B. (en 1961, elle employait 65 % de la population active et fournissait 45 % du P.I.B.). Actuellement, 8 500 000 paysans cultivent, avec engrais et motoculteurs, un peu plus de 2 millions d'hectares. La pêche complète le secteur alimentaire, mais la Corée du Sud doit importer près de la moitié de sa consommation de céréales. Le pays n'est pas mieux loti en ce qui concerne l'énergie. Il consommait, en 1960, 3,5 millions de tonnes d'équivalent pétrole (tep), fournies par une petite production locale de houille. La consommation d'énergie est passée, dans les années 1990, à 60 millions de tep, dont un tiers d'origine nucléaire. Avec une consommation de 3,8 tep par an et par habitant, la Corée du Sud dispose de quatre fois plus d'énergie que la Chine, mais de douze fois moins que la France.
C'est le secteur secondaire – l'industrie, avec 28 % des emplois actifs et 43 % du P.I.B. – et le secteur tertiaire – les services, avec 60 % des emplois et 50 % du P.I.B. – qui ont assuré la spectaculaire croissance du pays. Cette dernière s'est maintenue dans le secteur tertiaire autour de 8,9 % par an. Dans l'industrie, elle s'est située à 14,4 % entre 1962 et 1966, puis entre 18 et 20 % pendant les deuxième et troisième plans quinquennaux (1967-1976) ; elle est retombée autour de 10 % entre 1977 et 1986 pour dépasser à nouveau les 15 % par la suite. Sixième producteur mondial d'acier et d'automobiles, la Corée du Sud occupe le deuxième rang pour les constructions navales. Elle est également l'un des grands fabricants mondiaux de semi-conducteurs. La qualité de sa main-d'œuvre, due à un système d'éducation efficace (la Corée du Sud compte seulement 2 % d'illettrés, et 52 % des diplômés du secondaire vont à l'université), est pour beaucoup dans ces succès. Autre facteur décisif : le système qualifié de « modèle capitaliste d'État », reposant sur une vingtaine de puissants conglomérats, les chaebols – Hyundai, Samsung, Daewoo, Lucky Goldstar, Kia, etc. –, qui structurent les activités économiques à leur profit, avec l'aide de la puissance publique. Ces entreprises familiales possèdent des milliers de filiales, emploient des dizaines de milliers de salariés, et leurs liens multiples avec le monde politique leur ont permis de bénéficier de crédits bancaires quasi illimités, notamment durant les longues années de dictature militaire. Certaines d'entre elles sont parties à la conquête du monde, avec des succès initiaux spectaculaires et quelques échecs : Hyundai s'est associée à McDonnell-Douglas, en 1995, pour la construction d'un avion de 100 places, Samsung a tenté de racheter Fokker, et Daewoo Electronics s'est porté acquéreur de Thomson Multimédia. La quasi-inexistence de politique sociale semblait, jusqu'à ces dernières années, ne pas poser de problème : groupés dans une puissante centrale syndicale officielle, qu'aiguillonne une centrale concurrente non reconnue, mais très active, les ouvriers, profitant d'une relative libéralisation du régime, ont obtenu par la grève et la négociation des hausses de salaire de 15 % durant les années 1990. La conjoncture était alors favorable aux salariés, le chômage représentant moins de 3 % des actifs et l'inflation, de 5 %, encourageant le recours au crédit – ce qui soutenait la consommation intérieure.
Toutefois, avant même le déclenchement de la crise financière asiatique de l'été 1997, des signes inquiétants étaient apparus, révélant les faiblesses du système. La crise a fait de ces inquiétudes de dures réalités. La croissance s'essouffle dès 1995, où elle est encore de 9 %, pour tomber à 7,3 % en 1996 puis à 6 % en 1997. L'effondrement de 1998 (qui s'est traduit par une croissance négative) a ainsi dramatiquement accéléré une tendance antérieure, fruit d'un endettement excessif des entreprises, doublé d'un déficit spectaculaire de la balance commerciale qui affecte gravement le won. Le commerce extérieur est fortement déficitaire, la dette extérieure atteint les 140 milliards de dollars en 1998. Les chaebols, endettés à hauteur de 2 à 3 fois leurs avoirs, paient des intérêts de 7 à 8 % du capital emprunté et ne peuvent plus honorer leurs dettes : on assiste ainsi à quelques faillites retentissantes en 1997-1998, comme celle de Kia ou du groupe sidérurgique Hanbo. Le gouvernement du très populaire président Kim Dae-jung, élu dans un climat de panique financière à la fin de l'année 1997, prend les mesures d'austérité d'urgence dictées par le F.M.I., ce qui lui permet d'éviter la banqueroute. Les résultats sont toutefois fragiles : le taux de change, tombé à 2 000 wons pour 1 dollar, est remonté à 1 400 wons au printemps 1998 ; les réserves en devises, qui étaient passées de 34 milliards de dollars en 1996 à moins de 9 milliards à la fin 1997, se sont nettement redressées depuis ; les taux d'intérêt, qui avaient atteints le niveau intolérable de 30 %, sont retombés à 10 %. L'ampleur et la rapidité de mise en œuvre de la réforme du système bancaire et des restructurations industrielles (regroupements d'activités dans le domaine de l'automobile et de l'électronique, en particulier) sont exemplaires. La privatisation de grands secteurs (énergie, télécommunications) est engagée. Kim Dae-jung, en moins d'un an, parvient à rétablir la confiance parmi ses compatriotes et à l'étranger. Mais le prix à payer pour cette politique d'austérité draconienne, que seule autorise la popularité d'un président réputé pour son honnêteté et son courage face aux persécutions de la dictature militaire, est lourd et dangereux : le pays est exsangue. Les réductions de salaires, mais surtout les vagues successives de licenciements (10 % de la population active au chômage en mars 1999), ont touché de plein fouet la population sud-coréenne. Pourtant, cette politique de rigueur porte ses fruits : après avoir fortement baissé en 1998 (−6,7 %), le P.I.B. augmente de 10,7 % en 1999. En 1999, Daewoo, l'un des grands conglomérats (ou chaebols), symboles de la réussite économique du pays pendant ses « trente glorieuses » a rejoint le giron de General Motors.
Après une période de restructuration industrielle, la Corée du Sud a retrouvé, dans les années 2000, un rythme élevé de croissance. En 2007, les quatre principaux conglomérats sont Samsung (électronique), LG (électronique, téléphonie mobile), SK (industrie, chimie, télécommunications) et Hyundai (resté aujourd'hui le seul constructeur de voitures du pays).
Après la signature de l'armistice (27 juillet 1953), la Corée du Sud sort très affaiblie de la guerre et voit s'échapper l'espoir de la réunification. L'aide financière américaine, souvent détournée de son objet, ne parvient pas à sortir le pays de ses difficultés. Parallèlement, les méthodes autoritaires de Syngman Rhee (Lee Sung-man) lui attirent l'inimitié de la population. Réélu en mars 1960, il est renversé un mois plus tard à la suite d'émeutes d'étudiants et doit quitter le pays. Une nouvelle Constitution, de caractère parlementaire, est élaborée, donnant naissance à la IIe République.
Toutefois, ni le nouveau président, Yun Po-son, ni le Premier ministre, Chang Myon, ne peuvent réaliser l'unité indispensable au redressement du pays. La dégradation de la situation incite une junte militaire à s'emparer du pouvoir (16 mai 1961). Le gouvernement Chang doit démissionner, mais Yun Po-son est maintenu dans ses fonctions. Le chef de la junte, puis du gouvernement, Chang Do-yon, ne garde le pouvoir que cinquante jours. Il est remplacé par le général Park Chung-hee (Pak Chong-hui), qui consolide peu à peu son pouvoir et fait approuver en décembre 1962 l'établissement d'un régime présidentiel. Après avoir démissionné de l'armée, Park Chung-hee se présente à l'élection présidentielle et, grâce aux divisions de l'opposition, est élu (décembre 1963). Pour former le gouvernement, il s'appuie sur le parti démocratique républicain, qui emporte 110 sièges sur 175 aux élections de novembre 1963.
Sur le plan extérieur, le 21 février 1965, un traité est signé à Séoul entre la Corée et le Japon. Ce traité, qui normalise les relations entre les deux pays, suscite une vive agitation, en particulier chez les étudiants. Au début de cette même année, la Corée envoie un premier contingent de 2 000 hommes au Viêt Nam du Sud.
Mais, à l'intérieur, les difficultés s'accroissent. Un nouveau parti démocrate est créé le 7 février 1967, qui a pour leader Yun Po-son. Le gouvernement procède à l'arrestation arbitraire d'une centaine de membres de l'opposition. En mai 1967, Park Chung-hee est pourtant réélu à la présidence de la République avec une confortable majorité. Les élections législatives suivantes assurent à son parti les trois quarts des sièges à la Chambre des représentants. Les fraudes, lors de ces élections, suscitent une vive agitation qui incite le président à exclure du parti gouvernemental plusieurs députés irrégulièrement élus. En novembre 1967 a lieu le procès d'opposants qui ont été enlevés par les services secrets sud-coréens en juin dans plusieurs pays étrangers, en particulier en Allemagne de l'Ouest et en France, ce qui soulève des difficultés avec ces deux pays. Le 14 septembre 1969, le président Park Chung-hee fait adopter par le Parlement, en l'absence de l'opposition, un amendement constitutionnel lui permettant de solliciter un troisième mandat présidentiel. Un référendum (17 octobre 1969) consacre sa victoire. Le 27 avril 1971, il est réélu à la présidence de la République malgré la campagne de Kim Dae-jung, principal candidat de l'opposition. Un mois plus tard, son parti remporte les élections législatives. Bien que Park Chung-hee décrète, le 6 décembre 1971, l'état d'urgence pour prévenir une invasion nordiste et repousse, en janvier 1972, un traité de paix, les négociations avec Pyongyang se poursuivent et aboutissent, le 4 juillet 1972, à un accord qui met fin à l'état de belligérance. Interrompues par la suite à plusieurs reprises, ces négociations n'auront guère de résultats concrets. Le 17 octobre 1972, le président Park proclame la loi martiale pour réformer les structures politiques, suspend la Constitution, dissout l'Assemblée nationale et interdit les activités des partis politiques. Une nouvelle Constitution, dite « du renouveau », qui accorde au président un pouvoir considérable et lui permet de créer une Conférence nationale pour la réunification placée au-dessus du Parlement, est massivement approuvée par référendum le 21 novembre 1972. La nouvelle Assemblée nationale, dominée par le parti républicain du Peuple, tient sa séance d'ouverture le 12 mars 1973. Kim Jong-pil est élu Premier ministre. Face au développement de l'opposition, le gouvernement engage à partir de janvier 1974 une politique de répression (multiplication des procès politiques, publication de décrets d'exception, arrestation de Kim Dae-jung au Japon). En février 1975, le président Park organise un référendum destiné à cautionner sa politique. Les élections de 1978 lui confient un nouveau mandat. Cependant, la « démocratie dirigée » devient de plus en plus pesante à une population dont la liberté est limitée au nom du développement économique, par ailleurs remarquable à bien des égards, et de la lutte anticommuniste. Park Chung-hee est assassiné le 26 octobre 1979 par Kim Chae-kyu, directeur du service central de renseignements.
Choe Kyu-ha, qui avait remplacé Kim Jong-pil comme Premier ministre (décembre 1975), est élu président de la République (décembre 1979).
L'assassinat de Park Chung-hee confirme que, en 1979, malgré un décollage économique qui durait depuis près de deux décennies et qui avait permis la naissance d'une classe moyenne désireuse de libertés et de garanties contre l'arbitraire, les vieux démons habitent toujours les sphères du pouvoir, accaparé par des politiciens et des militaires corrompus, entourés de leurs clients et de leurs hommes de main. En mai 1980, à Kwangju, des manifestations d'étudiants pour la démocratie sont écrasées dans le sang par l'armée et la police politique du président Choe Kyu-ha. Sous la présidence du général Chun Doo-hwan, élu en août 1980, puis du général Roh Tae-woo – le premier à être élu au suffrage universel, en décembre 1987, avec 36,6 % des voix –, une évolution s'amorce. Elle se précise, en 1990, avec la création d'un parti démocrate-libéral, inspiré du modèle japonais, qui unit Roh Tae-woo à l'opposant de toujours aux militaires, Kim Young-sam, et au centriste Kim Jong-pil, hommes proches des milieux d'affaires et des Japonais. La signature en 1991 d'un pacte de non-agression et de réconciliation entre les deux Corées, dans la foulée de leur admission à l'O.N.U., est toutefois suivie d'une détérioration de leurs relations dès l'année suivante. En 1992, Kim Young-sam devient président de la République. Il cherche à mettre en pratique, en 1993, son programme électoral de démocratisation et d'épuration : 3 000 politiciens sont traduits en justice ; les deux anciens présidents Chun Doo-hwan et Roh Tae-woo sont envoyés en prison pour malversations – ce dernier reconnaissant avoir détourné 650 millions de dollars pendant son mandat. Cependant, le président Kim Young-sam est lui aussi éclaboussé par le scandale. Un nouveau président, Kim Dae-jung, autre opposant de toujours aux militaires, est élu en décembre 1997 sur un programme de lutte contre la corruption. Il est aussitôt confronté à la crise asiatique et doit faire face aux tensions sociales aiguës et à la résistance des chaebols aux démantèlements sectoriels. Malgré sa forte progression, le parti démocrate du Millénaire (P.D.M.) – le parti du président – est devancé, aux élections législatives de 2000, par le principal parti d'opposition, le grand parti de la Nation (G.P.N.), ce qui le contraint à trouver des alliés pour la formation d'un nouveau gouvernement.
Kim Dae-jung met en œuvre une politique de réconciliation et de coopération avec la Corée du Nord, dont le résultat le plus remarquable est une rencontre au sommet organisée à Pyongyang en juillet 2000, au terme de laquelle apparaît, pour la première fois depuis 1953, une réelle perspective de réunification de la péninsule. Les efforts de Kim Dae-jung, ainsi que son action en faveur de la démocratie et des droits de l'homme dans son propre pays, sont récompensés, la même année, par le prix Nobel de la paix. Mais l'arrivée au pouvoir, début 2001, de George Walker Bush, partisan d'une attitude de fermeté vis-à-vis de Pyongyang, et, surtout, l'immobilisme du Nord-Coréen Kim Jong-il mettent un coup d'arrêt au processus, diversement entravé. En septembre, l'opposition, soutenue par l'Union libérale démocrate – pourtant partenaire de la coalition gouvernementale – vote une motion de censure à l'encontre du ministre de la Réunification, Lim Dong-won, le principal artisan de la politique de réconciliation, provoquant une démission en bloc des ministres du gouvernement. La défaite du P.D.M. aux élections partielles d'octobre 2001 entraîne la démission de Kim Dae-jung de sa présidence. Les nouvelles mesures de sécurité prises par Séoul après les attentats du 11 septembre 2001 aux États-Unis provoquent un nouveau raidissement de Pyongyang, qui y voit une menace potentielle. Enfin, la rhétorique belliqueuse de G. W. Bush, qui, après avoir stigmatisé la R.P.D.C. en la traitant d'« État voyou », inclut celle-ci dans un « axe du Mal » (discours sur l'état de l'Union de janvier 2002), ne contribue guère à l'apaisement dans la péninsule.
L'élection présidentielle du 19 décembre 2002 – qui se déroule dans un contexte régional très tendu à la suite de la décision de la Corée du Nord de relancer son programme nucléaire – est remportée par le candidat du P.D.M., Roh Moo-hyun (48,9 % des voix). Cet ancien avocat, défenseur des droits de l'homme, se montre soucieux de promouvoir une meilleure justice sociale. Mais après une courte période de grâce et malgré une réelle volonté de réforme, le président ne parvient pas à mettre en œuvre les mesures nécessaires, combattues par l'opposition majoritaire à l'Assemblée. Fragilisé par les scandales touchant certains de ses proches collaborateurs et par une chute de sa cote de popularité, isolé sur la scène parlementaire à la suite d'une scission du P.D.M. (qu'il a lui-même quitté en septembre), Roh Moo-hyun est destitué le 12 mars 2004 par le Parlement pour « infraction à la loi électorale » : ayant rallié le G.P.N. à son offensive, le P.D.M. accuse le chef de l'État d'avoir apporté son soutien en période électorale au nouveau parti progressiste Uri, formé en 2003 de dissidents du P.D.M. Dans l'attente d'une décision de la Cour constitutionnelle, le président est remplacé par le Premier ministre Goh Kun ; ses partisans organisent des manifestations de protestation et qualifient cette destitution de « coup d'État ». Les élections législatives du 15 avril sont remportées par le parti Uri, qui, avec 152 députés sur 299, détient la majorité absolue ; le G.P.N. n'a plus que 121 sièges, tandis que le P.D.M., passant de 61 sièges à 9, est laminé ; le parti démocrate du Travail, une petite formation de gauche, obtient 10 sièges et devient la troisième formation politique du pays. Le 14 mai, Roh Moo-hyun est rétabli dans ses fonctions de chef de l'État par la Cour consitutionnelle. En avril 2006, la nomination d'une femme à la tête du gouvernement – une première dans l'histoire du pays – ne parvient pas à enrayer le déclin du soutien au président. En proie à de fortes tensions internes entraînant plusieurs défections dans ses rangs, le parti Uri perd la majorité à l'Assemblée aux élections locales de mai ; la mise en œuvre des réformes est compromise.
Sur le plan extérieur, Roh Moo-hyun poursuit la politique de rapprochement avec la Corée du Nord initiée par son prédécesseur, Kim Dae-jung. Baptisée « politique de paix et de prospérité », elle se traduit par de réelles avancées telles qu'une aide humanitaire bilatérale, la création de la zone industrielle de Kaesong (Corée du Nord) rassemblant travailleurs Nord- et Sud-coréens (2003), l'établissement d'une ligne téléphonique directe entre les deux pays ou encore la célébration conjointe de leur libération de la colonisation japonaise (août 2005). Séoul lie, notamment, tout nouveau projet de coopération à des progrès dans le processus de règlement de la crise nucléaire nord-coréenne engagé depuis août 2003 à l'initiative de la Chine et réunissant, outre les deux Corées, les États-Unis, la Russie, le Japon et la Chine. Condamné par la résolution 1718 du Conseil de sécurité de l'O.N.U., l'essai nucléaire nord-coréen du 9 octobre 2006 porte un coup sérieux la politique de réconcilation intercoréenne. Séoul se résout à sanctionner son voisin du Nord. Simultanément, la nomination de Ban Ki-moon, un des artisans de l'ouverture à la Corée du Nord, au poste de secrétaire général de l'O.N.U., apparaît comme un signe de bonne augure. Accueillant favorablement l'accord conclu le 13 février 2007 dans le cadre des « pourparlers à six » et par lequel Pyongyang s'engage à désactiver son programme nucléaire (notamment sa centrale de Yongbyon), Séoul reprend son aide, énergétique et humanitaire.
Les relations avec les États-Unis, l'allié historique, connaissent des tensions. Outre les divergences profondes entre Washington et Séoul vis-à-vis de Pyongyang, se fait jour le désir d'une plus large autonomie de décision de la part du gouvernement sud-coréen. Celui-ci s'emploie, notamment, à conclure des négociations sur la récupération du commandement militaire sur les troupes américaines basées en Corée du Sud en cas de guerre dans la péninsule. De leur côté, les États-Unis procèdent au retrait partiel et planifié de leurs troupes. Les relations avec le Japon pâtissent de la résurgence de différends hérités du passé : la revendication de part et d'autre des îles Tokdo, la mise à jour de manuels scolaires nippons édulcorant les violences infligées aux Coréens durant l'occupation japonaise ou encore les pèlerinages répétés du Premier ministre Junichiro Koizumi au sanctuaire de Yasukuni, où sont honorés des criminels de guerre.
La nette victoire du candidat du G.P.N., Lee Myung-bak, élu le 19 décembre 2007 à la présidence de la République avec 48,7 % des suffrages devant Chung Dong-young (26,1 %) du parti Uri, traduit, après dix années de pouvoir exercé par le centre gauche, l'aspiration de la population à une alternance politique. Conforté par la victoire de son parti, qui obtient la majorité absolue aux élections législatives du 9 avril 2008 avec 172 sièges sur 299, cet ancien P.-D.G. de Hyundai entré en politique en 1992, dispose des moyens de mettre en œuvre le virage à droite auquel il s'est engagé avec pour objectifs le redressement d'une économie affectée par un taux élevé de jeunes chômeurs, un resserrement des liens avec les États-Unis et un durcissement à l'égard de la Corée du Nord.
Les premières décisions du nouveau chef de l'État, et notamment la réouverture du marché sud-coréen aux importations de viande de bœuf américain (suspendues en 2003 à la suite de l'apparition de plusieurs cas de maladie de la vache folle) provoquent, en mai, une vague de protestations dans tout le pays, et le 10 juin, la démission en bloc du gouvernement Han Seung-soo. Alors que sa popularité est en forte chute, le président doit faire face fin 2008 à la crise économique internationale, qui touche de plein fouet la Corée, victime notamment d'une chute de ses exportations et d'une forte baisse de sa monnaie, et à une crise politique intérieure. En effet, ne disposant que de 82 sièges sur 299 à l'Assemblée, l'opposition engage un véritable siège de la chambre, occupant notamment le bureau de son président pendant 15 jours, pour tenter d'empêcher l'adoption de 85 mesures, parmi lesquelles figurent la ratification du traité de libre-échange avec les États-Unis, l'interdiction des plaintes collectives ou la décision de recourir à la prison ferme pour les internautes reconnus coupables de diffamation.
Sur le plan international, la situation se tend entre la Corée du Sud et ses voisins japonais et coréen du Nord. Ainsi, en juillet 2008, ripostant à la recommandation du ministère japonais de l'Éducation de mentionner dans les manuels scolaires comme faisant parties du territoire nippon les îles – baptisées Takeshima au Japon, Dokdo en Corée du Sud –, la Corée du Sud rappelle son ambassadeur à Tokyo et annonce vouloir renoncer au principe d'une « diplomatie apaisée » avec son voisin. Vis-à-vis de la Corée du Nord, l'arrivée au pouvoir de Lee Myung-bak se traduit par l'arrêt de la politique de rapprochement menée par ses prédécesseurs de centre gauche, avec la nomination d'un partisan de la ligne dure, Hyun In-taek, au poste de ministre de l'Unification. En réaction, la Corée du Nord annonce en janvier 2009 qu'elle met fin à tous les accords passés avec la Corée du Sud, en 2000 et 2007, et au pacte de non-agression et de réconciliation de 1991.
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