
Chef de l'État : Kim Jong-il
Chef du gouvernement : Kim Jong-il
Nature de l'État : république, régime socialiste
Constitution :
Adoption : 27 décembre 1972
Révisions : avril 1992, septembre 1998
Exécutif
Chef de l'État : Chef de la Commission de défense nationale
Chef du gouvernement : Premier du Conseil d'administration
Législatif
Assemblée suprême du peuple
Relief et climat donnent à la Corée du Nord une forte identité par rapport au sud de la péninsule. La plaine côtière, qui prolonge la dépression de Séoul jusqu'à Pyongyang, est plus développée que dans le Sud. Les chaînes montagneuses y sont également plus élevées. Culminant à 2 744 m d'altitude, avec le massif volcanique légendaire du Paektu, elles constituent une barrière naturelle avec la Mandchourie chinoise. Les terres arables, souvent médiocres, ne représentent que 17 % de la superficie, contre 23 % en Corée du Sud. Le climat est plus rude, avec une amplitude thermique annuelle de 30 degrés, l'hiver étant quasi sibérien (de −6 °C à −20 °C en janvier) et l'été, humide et chaud (entre 25 et 30 °C). Les précipitations, moins abondantes que dans le Sud (entre 600 et 900 mm d'eau par an), sont des pluies de mousson affaiblies, l'existence d'années de sécheresse n'étant pas exclue.
La population est moins dense qu'en Corée du Sud (200 hab./km2). La natalité était, en 2003, de 16 ‰ et la mortalité de 11 ‰, le taux d'accroissement naturel est de 0,6 %, le taux de fécondité de 2 enfants par femme, la mortalité infantile de 46 ‰ (contre 4 ‰ en Corée du Sud), les moins de 15 ans représentent 25 % de la population et les plus de 65 ans, 11 %, l'espérance de vie ayant chuté de 72 à 63 ans en un peu plus d'une décennie. Le taux de la population urbaine était évalué à 61%. La capitale, Pyongyang, avec 3 228 000 habitants en 2003, rassemble près de 15 % de la population du pays.
L'économie repose sur des bases très différentes de celles de la Corée du Sud. Les montagnes sont en effet riches en ressources minières, déjà mises en valeur par les occupants japonais : fer, or, nickel, zinc, mercure, tungstène et molybdène. La Corée du Nord dispose également de charbon et d'abondantes ressources hydroélectriques aménagées depuis longtemps : en 1991, la consommation d'énergie par habitant n'était inférieure que de 10 % à celle de la Corée du Sud. L'histoire économique de la Corée du Nord est, en apparence du moins, celle d'un succès qui a tourné à la catastrophe à partir de 1975.
Au départ, la Corée du Nord bénéficiait d'une infrastructure industrielle appréciable, qui avait été mise en place par les Japonais pour exploiter les mines de la péninsule. Après les terribles ravages de la guerre civile (1950-1953), un plan biennal d'inspiration soviétique permit au pays de retrouver son niveau de production d'avant-guerre, dès 1956. En 1970, grâce à un premier plan quinquennal, suivi d'un plan septennal, la Corée du Nord possédait les bases d'une économie socialiste planifiée classique. Elle dispose alors d'une puissante industrie lourde, qui assure 75 % du P.N.B., avec un taux annuel de croissance de 30 %, et d'une bonne assise énergétique, avec 40 millions de tonnes de houille et de puissants barrages. Une forte mobilisation populaire a accompagné ce développement. En 1958, alors que la Chine se lançait dans l'aventure désastreuse du Grand Bond en avant, la Corée du Nord développa le mouvement tcheullima, qui se proposait d'égaler ce cheval légendaire qui parcourt mille lieues en une journée. En 1973, ce furent les « trois révolutions », celle de l'idéologie, de la technologie et de la culture, avec une certaine décentralisation dans le domaine agricole et un rôle accru, dans la gestion, du comité du travail. La doctrine officielle était alors celle du « chuche » (djoutche) : « Ne compter que sur ses propres forces » et construire un pays socialiste « indépendant sur le plan militaire et autonome sur le plan économique ». La série des plans qui se succèdent jusqu'en 1984 semblait aboutir à des résultats appréciables, malgré quelques signes de dysfonctionnement déjà révélateurs. L'évolution comparée du produit national brut par habitant des deux Corées, entre 1953 et 1976, illustre parfaitement combien ces résultats furent illusoires : en 1953, il était, en Corée du Nord, de 86 dollars, contre 117 pour la Corée du Sud ; en 1960, la Corée du Nord semble décoller avec un produit national brut par habitant de 329 dollars, alors que la misère persiste dans le Sud (117 dollars). Cependant, dès 1968, les deux chiffres s'équilibrent : en 1976, on a 464 dollars au nord et déjà 765 dollars au sud.
L'agriculture a été entièrement collectivisée entre 1953 et 1958. Les 13 309 coopératives de 130 hectares, cultivées, en moyenne, par 80 familles, ont été ultérieurement regroupées en 3 843 grandes coopératives de 500 hectares comprenant 250 à 300 foyers et se confondant avec la circonscription administrative de base, le li. Leur organisation est de type militaire, les paysans étant, en fait, des ouvriers agricoles salariés, asservis à un dur travail 345 jours par an. À ces coopératives s'ajoutent des fermes d'État qui cultivent, de leur côté, 12 % des terres arables et assurent 20 % de la production agricole. La surface cultivée atteint, au total, 2,1 millions d'hectares, dont 30 % de rizières. Avec 5 millions de tonnes de céréales, le pays est devenu à peu près autosuffisant vers 1973, l'élevage et, surtout, la pêche, apportant les protéines nécessaires. En 1987, le système a été quelque peu assoupli, les paysans pouvant commercialiser, sur les marchés libres, la production de leurs minuscules lopins de terre individuels (100 m2 par famille).
C'est dans le secteur industriel, tout d'abord, que le pays est passé des illusions au désastre. La Corée du Nord a longtemps donné la priorité à l'industrie lourde, à des fins souvent militaires. Machines outils, ciments, presses, etc., se mirent à sortir en masse de ses usines, si bien que la Corée du Nord semblait devoir frapper à la porte des nouveaux pays industriels (N.P.I.). Assez vite, les dirigeants nord-coréens, très attachés à l'indépendance de leur pays, se tournèrent vers les pays occidentaux et le Japon pour y acquérir les technologies de pointe – dans les domaines, notamment, de la pétrochimie, de l'électronique et de l'informatique – que l'U.R.S.S. et le camp socialiste étaient dans l'incapacité de produire. Les paiements étaient prélevés, d'une part, sur les résultats d'une agriculture à peine suffisante pour le pays et effectués, d'autre part, grâce à des emprunts de plus en plus inconsidérés. En effet, le camp socialiste prêta 725 millions de dollars entre 1971 et 1980 à la Corée du Nord, alors auréolée par la guerre de 1950-1953 pendant laquelle les Nord-Coréens luttèrent aux côtés des Chinois contre l'« impérialisme américain ». Mais le déficit de la balance commerciale, apparu dès les années 1960, se creusa d'année en année. Si, en 1978, l'U.R.S.S. assurait 30 % du commerce extérieur et la Chine, 25 %, les échanges avec le Japon en représentaient déjà 15 % ; or, ce dernier exige d'être payé en devises, tout comme les nouveaux partenaires occidentaux. Aussi, alors que le produit national brut chutait de façon vertigineuse, la dette extérieure enfla démesurément à tel point qu'en août 1987 la Corée du Nord fut déclarée en cessation de paiement.
Le troisième plan quinquennal (1987-1993) fut un tel échec que les autorités elles-mêmes durent reconnaître que ses objectifs n'avaient pas été atteints. Faute de perspectives de remboursements, la dette extérieure, d'environ 8 milliards de dollars, décourage les investisseurs étrangers. Le manque de pétrole paralyserait les usines. La tentative d'ouverture d'une zone franche, dite d'économie libre, à Najin, un port libre de glace toute l'année situé à l'embouchure du Tumen, à la frontière de la Chine et de la Russie, n'intéresse guère pour le moment que la Chine : seules vingt firmes étrangères s'y sont installées.
Marasme et famine frappent le pays depuis ces dernières années, dans des proportions que l'on ne peut évaluer, faute de statistiques crédibles. Les récits des réfugiés sont en tout cas terrifiants. Beaucoup sont refoulés par les Chinois, la présence d'une très forte minorité nationale coréenne dans la province frontalière chinoise du Jilin – près de deux millions de personnes – rendant cette question sensible. L'extension du désastre est difficile à estimer, mais sa réalité est d'autant plus certaine que les autorités nord-coréennes ont officiellement fait appel, en 1997, à l'aide internationale. Les organisations spécialisées de l'O.N.U. fournissent une aide alimentaire substantielle et estiment que la famine est désormais sous contrôle. Selon les observateurs, en trois ans, la totalité du nombre des victimes varie entre 900 000 et 3 500 000.
La Chine est aujourd'hui le premier partenaire commercial de la Corée du Nord. Elle fournit de la nourriture et de l'énergie et développe des industries de biens de consommation (fabrication de vélos, de verre et d'ordinateur).
Après la capitulation du Japon (1945), la partie de la péninsule coréenne située au nord du 38e parallèle est occupée par les troupes soviétiques et connaît une série de mesures législatives tendant à la socialisation du pays. Après la guerre de Corée (juillet 1953), ces mesures seront renforcées afin d'accélérer la reconstruction économique, tâche facilitée par l'aide massive de l'U.R.S.S. mais également de la Chine. Dotée de ressources naturelles abondantes, la Corée du Nord met d'abord l'accent sur le développement industriel. La population est mobilisée pour réaliser les objectifs fixés : mouvement tcheullima (« cheval volant »), destiné à accroître la production ; système de travail dae-an (allusion au travail modèle et à la gestion socialiste d'une usine de machines électriques) ; méthode chong-san pour l'organisation des coopératives agricoles en tenant compte de l'opinion des masses ; esprit chuche pour résoudre les problèmes d'une façon purement coréenne. Cette économie planifiée permet un redressement spectaculaire de l'économie, qui vise à faire passer le pays de l'état « agricole-industriel » à celui de « socialiste-industriel ». C'est ainsi que, lors du 4e congrès du parti du Travail de Corée (septembre 1961), la construction des bases du socialisme est déclarée achevée.
Secrétaire général du parti communiste de Corée en 1945, Kim Il-sung a été élu secrétaire général du parti du Travail en 1946. Ce parti est né de la fusion du parti communiste avec le parti néodémocratique et constitue une puissante organisation politique de masse. En février 1947, une Convention des comités populaires est réunie et approuve les réformes fondamentales : réforme agraire, égalité des sexes, nationalisation de l'industrie, du transport et des banques. Les 237 députés qui formeront l'Assemblée populaire de la Corée du Nord seront choisis en son sein. Celle-ci, réunie les 21 et 22 février 1947, élit un praesidium de 11 membres. Kim Il-sung devient chef du gouvernement et sera reconduit à ce poste jusqu'en décembre 1972, date à laquelle il abandonnera le poste de Premier ministre et sera élu chef de l'État. Ce changement correspond à l'adoption d'une nouvelle Constitution (27 décembre 1972), présentée comme la concrétisation, sur le plan juridique, des résultats de l'édification socialiste des vingt-quatre années précédentes et qui confirme le rôle hégémonique du parti. Les élections législatives, qui se sont déroulées depuis 1962 « avec une ferveur politique élevée et une joie brillante », ont toujours désigné les candidats officiels avec une participation électorale de 100 %. Mais cette unanimité apparente n'a pas empêché les luttes de factions au sein du parti du Travail et de nombreuses purges.
Kim Il-sung bâtit sa dictature avec méthode. Dès les lendemains de l'armistice de Panmunjom, il fait peser l'impopularité de la désastreuse guerre de Corée sur les cadres du parti, condamnés ou sévèrement critiqués pour les erreurs qu'il leur avait fait lui-même commettre. Inquiet des éventuelles conséquences du XXe congrès du P.C.U.S. (dénonciation du « culte de la personnalité » par Nikita Khrouchtchev) et de la campagne des Cent fleurs en Chine, il élimine du parti du Travail coréen les chefs de file du courant maoïste, ainsi que ceux du courant prosoviétique, en jouant alternativement un mouvement contre l'autre. Kim Il-sung se débarrasse de ses adversaires avant que ceux-ci n'aient réalisé qu'ils l'étaient devenus : il déjoue des complots potentiels. Il peut se vanter, en 1958, d'avoir mis fin « au sale phénomène historique du factionalisme ».
Kim Il-sung suit une voie distincte de celles de l'Union soviétique et de la Chine, qui a semblé quelque temps réussir : son « grand bond volant » (ou tcheullima undung) n'est pas le Grand Bond en avant ; la « révolution culturelle » est supposée avoir eu lieu en Corée du Nord avant celle de Chine, mais dans le respect de l'ordre… Véritable despote, au sens classique du terme, Kim Il-sung édifie un gigantesque palais de 240 000 m2 qui célèbre sa gloire et sa pensée, il organise le culte effarant dont il est l'objet, l'étend à sa famille, dont il forge une biographie d'autant plus exemplaire qu'elle est imaginaire. Ce despotisme familial, exceptionnel dans le monde communiste, aboutit à la mise en avant de son fils, Kim Jong-il, qui joue un rôle politique, dès 1974, et devient l'homme du terrorisme d'État – attentat de Rangoun, en 1983, contre une délégation sud-coréenne. La tradition nord-coréenne en la matière est ancienne : elle caractérisera les relations entre les deux Corées jusqu'en 1990. En janvier 1968, l'attaque contre le palais du président sud-coréen à Séoul et l'arraisonnement du navire espion américain Pueblo flattent la fierté nationale et l'état-major, qui se trouve à la tête d'une armée dont les effectifs, entre 1970 et 1989, sont passés de 412 000 à 980 000 hommes, absorbant chaque année 30 % du budget national.
Kim Il-sung organise la société pour en avoir l'absolu contrôle. Chaque sujet nord-coréen doit s'inscrire auprès de la sécurité d'État entre 1964 et 1969. Il est recensé dans une des 51 sous-catégories politico-sociales qui divisent les trois grandes classes de la société. La première est celle des « masses du noyau central », formées des héros du peuple et de leurs familles, notamment des nombreuses pupilles de la nation, élevés dans des écoles spéciales. Ces privilégiés vivent à Pyongyang et sont en relation avec le cercle des dirigeants qui, logés dans une dizaine de lotissements luxueux et protégés, joints entre eux par 40 km de souterrains, peuvent se rendre visite à l'insu de tous. Ils sont les seuls à avoir droit à une information véritable, le reste de la population devant se contenter de ce que lui fait croire la propagande. La deuxième classe sociale est celle de la « masse extérieure au noyau » : ces paysans, ouvriers et intellectuels n'ont pas d'engagement politique, mais appuient le régime sans réserve. Le troisième cercle est celui des « masses mélangées », ennemis de classe des premières années, renforcés sans cesse par les réprouvés des campagnes politiques, les familles de ceux qui ont fui le pays ou des gens qui ne se sont pas méfié des espions politiques et des mouchards omniprésents. Interdite d'université, soumise aux brimades lors des mouvements politiques, cette partie de la population ne peut s'établir dans la capitale, réservée aux bien-pensants. Un réseau de camps de concentration complète le dispositif, où les détenus ne touchent que des rations alimentaires minimales et peuvent être condamnés à une bastonnade souvent mortelle. L'exécution sommaire des opposants, ou supposés tels, est courante.
À la mort de Kim Il-sung, en juillet 1994, son fils Kim Jong-il prend sa succession sans difficulté véritable. La sourde crise intérieure, qui ne peut s'exprimer, mais qui oppose sans doute les partisans de l'ouverture à ceux de l'autosuffisance nationale – condamnée par les faits : la famine sévit dans le pays – se traduit par la fuite rocambolesque en Corée du Sud, en février 1997, de Hwang Jang-yop, naguère théoricien du « chuche » et président de la commission des Affaires étrangères du Congrès suprême. La mort de Kim Il-sung, la famine nord-coréenne et les dissensions qu'elles semblent provoquer au sein du parti amènent les Nord-Coréens à assouplir de manière pragmatique certains principes qui prévalaient jusque-là en matière économique et à améliorer leur relation avec l'extérieur. Ainsi, ils s'engagent dans le processus de réconciliation avec Séoul et cherchent à normaliser leur relation avec le reste du monde.
En 2000, après le sommet historique avec son homologue sud-coréen, Kim Jong-il intensifie ses efforts diplomatiques tous azimuts. Il tente de resserrer les liens quelque peu distendus avec ses anciens alliés que sont la Russie (visite de Vladimir Poutine à Pyongyang en juillet 2000, puis visite de Kim Jong-il à Moscou en juillet-août 2001) et la Chine (visites officielles de Kim Jong-il en Chine en mai 2000 et janvier 2001). Des efforts diplomatiques pour rompre l'isolement et attirer des investisseurs sont également menés en direction des pays de l'Union européenne, dont la plupart – à l'exception de la France, qui n'a pas normalisé ses relations avec la Corée du Nord – ont fini par reconnaître le régime de Pyongyang. Néanmoins, la situation des Nord-Coréens ne s'est guère améliorée et les années de pénurie se succèdent. La Corée du Nord reste un des pays les plus pauvres du monde.
L'armistice, signé en 1953 à Panmunjom, en mettant fin aux hostilités, devait aboutir à la signature de la paix et à la réunification de la péninsule. Elle n'a cependant jamais interrompu l'état de guerre larvée, entretenu par la politique agressive de la Corée du Nord. En septembre 1991, cependant, une détente diplomatique relative a permis l'entrée simultanée à l'O.N.U. des deux Corées. Signé en décembre 1991, un accord prévoit la réconciliation entre les deux républiques ennemies et la dénucléarisation de la péninsule. Plusieurs facteurs ont permis cette orientation vers un apaisement régional sans réunification : la disparition de l'U.R.S.S., qui a accentué l'isolement international de la Corée du Nord, l'évolution intérieure de la Chine, maintenant présente à Séoul, ainsi que les investissements du Japon en Corée du Nord.
La Corée du Nord, affaiblie, craint, en cas d'une véritable réunification, de connaître le sort de la R.D.A. : elle multiplie les provocations, cherche à s'entendre directement avec les États-Unis, pour consolider son statut international, et pratique pour y parvenir le chantage nucléaire. En mars 1993, elle menace de se retirer du traité sur la non-prolifération nucléaire (T.N.P.), après avoir refusé le contrôle de ses installations et construit un missile de moyenne portée – susceptible de porter une tête nucléaire –, qui survole le Japon, en août 1998. Pourtant en octobre 1994, un accord-cadre avait été passé avec les États-Unis, le Japon et la Corée du Sud, pour la fourniture par un consortium international de deux centrales à eau légère ainsi que de pétrole, en échange du gel du programme nucléaire. Pyongyang souffle ainsi alternativement le chaud et le froid, d'autant plus facilement que, sur le plan militaire et diplomatique, la Corée du Sud dépend des États-Unis – qui entretiennent 37 000 hommes et une artillerie atomique sur son sol.
Le succès inattendu, en juin 2000, de la rencontre entre Kim Jong-il et Kim Dae-jung dans la capitale nord-coréenne offre pour la première fois depuis 1953 une réelle perspective de réunification de la péninsule. Non seulement les deux Corées en acceptent le principe, mais la Corée du Sud adopte la position du Nord qui veut que « le problème coréen soit résolu par les Coréens » – ce qui ne peut que déplaire aux États-Unis et à la Chine. Afin de souligner leur volonté commune, les deux États conviennent de créer un « téléphone rouge », de favoriser les rencontres entre familles séparées et de défiler côte à côte lors de la cérémonie d'ouverture des jeux Olympiques de Sydney (septembre 2000). Plusieurs rencontres sont effectivement organisées au cours de l'année. Des projets sont mis en route comme le rétablissement de la voie ferrée reliant Séoul à Sinuiju au nord de la Corée du Nord et la création de la zone industrielle de Kaesong.
En 2001 cependant, le processus de réunification est dans l'impasse. Kim Jong-il n'a toujours pas tenu sa promesse faite lors de la visite de Kim Dae-jung à Pyongyang de se rendre à son tour dans la capitale sud-coréenne. Séoul reproche le manque d'implication des Nord-Coréens. De plus, le retour des républicains à la Maison-Blanche ne favorise pas la reprise du dialogue, l'administration Bush choisissant de durcir le ton vis-à-vis du régime de Pyongyang, dans leurs négociations concernant notamment le gel du programme nucléaire nord-coréen. Après les attentats du 11 septembre 2001, le président George Walker Bush ne contribue guère à l'apaisement en stigmatisant, lors de son discours sur l'état de l'Union (janvier 2002), un « axe du Mal », qui inclut la Corée du Nord.
Dès lors, la Corée du Nord ménage des ouvertures afin de se dégager de son isolement diplomatique. Elle reprend activement le dialogue avec le Sud et entame sa normalisation avec le Japon (en septembre 2001, première visite officielle depuis 1945 d'un Premier ministre japonais en Corée du Nord). Elle procède, en outre, à un début de libéralisation de son économie moribonde. Cependant l'annonce, en décembre 2002, de la reprise de son programme nucléaire, gelé depuis 1994, déclenche une nouvelle crise avec Washington. Après avoir expulsé les inspecteurs de l'Agence internationale de l'énergie atomique (A.I.E.A.) chargés de contrôler ses installations, Pyongyang se retire du traité sur la non-prolifération (T.N.P.) le 10 janvier 2003 et teste divers missiles à faible portée. Washington maintient son refus de toute négociation directe avec Pyongyang, lorsque, grâce à la médiation de la Chine (qui assure 70 % des approvisionnements en énergie et en matières premières de la R.P.D.C., et dont la priorité est la stabilité régionale, condition de la poursuite de son expansion économique), Pyongyang accepte finalement une rencontre multilatérale. En août 2003, des « pourparlers à six » réunissant les deux Corées, les États-Unis, la Russie, le Japon et la Chine débutent à Pékin dans le but de parvenir à une solution négociée. Cependant, après trois cycles de rencontres, cette dernière annonce, en juin 2004, la suspension de sa participation et, faisant monter d'un cran sa stratégie à haut risque, se proclame puissance atomique (janvier 2005) avant de mettre fin au moratoire sur les essais de missiles à longue portée auquel elle avait souscrit en 1999 (mars). Le 19 septembre 2005, dans une déclaration conjointe entre les six pays négociateurs, elle s'engage à abandonner l'ensemble de ses programmes nucléaires existants et à rejoindre le T.N.P. en contrepartie du droit à l'usage de l'énergie nucléaire à des fins civiles. Dès novembre cependant, elle quitte la table des négociations pour protester contre des sanctions financières imposées par Washington à l'encontre de sociétés nord-coréennes. Une nouvelle étape est franchie en juillet 2006 avec le tir de six missiles balistiques nord-coréens (dont un de longue portée) s'abîmant en mer du Japon. À la demande de ce dernier, le Conseil de sécurité de l'O.N.U. adopte une résolution exigeant de la R.P.D.C. une suspension de son programme de missiles balistiques. Le 9 octobre, la Corée du Nord annonce avoir effectué son premier essai nucléaire, aussitôt unanimement condamné – y compris par la Chine – et suivi de sanctions. Contre toute attente, les « pourparlers à six » reprennent en décembre avant de déboucher sur un accord conclu le 13 février 2007 à Pékin, en vertu duquel la Corée du Nord s'engage à désactiver son programme nucléaire en échange de la fourniture d'énergie et de garanties de sécurité par les États-Unis. L'arrêt de la centrale nucléaire de Yongbyon – première phase de la mise en œuvre de l'accord de dénucléarisation de la R.P.D.C. – est confirmé le 15 juillet par les inspecteurs de l'A.I.E.A.
Dès août 2008 cependant, s'enchaîne une nouvelle série de volte-face : accusant les États-Unis d'avoir violé l'accord de désarmement conclu dans les « pourparlers à six », la Corée du Nord annonce la suspension du démantèlement de ses installations et la réactivation de la centrale de Yongbyon. Satisfaite de son retrait par l'administration Bush de la liste des États soutenant le terrorisme (octobre), elle annonce sa volonté de reprendre le processus de dénucléarisation. Début 2009, à la veille de l'entrée en fonction de l'administration Obama, le régime souligne pour la première fois, comme objectif national la dénucléarisation de la péninsule. Quelques jours plus tard cependant, il fait monter la pression dans la péninsule en annonçant qu'il met fin à tous les accords passés avec la Corée du Sud – ceux de 2000 et 2007 – ainsi qu'au pacte de réconciliation et de non-agression de décembre 1991. Invoquant son droit à développer son programme spatial, il procède, le 5 avril, au lancement d'un « satellite expérimental de communication » et, en réplique à sa condamnation par le Conseil de sécurité des Nations unies, annonce son retrait des « pourparlers à six » et son intention de reprendre prochainement son programme de production de plutonium. Après un nouvel essai nucléaire souterrain (unanimement condamné par le Conseil de sécurité) et les tirs de cinq missiles expérimentaux de courte portée, la Corée du Nord suspend l'accord d'armistice conclu avec sa voisine du Sud en 1953 et menace cette dernière d'une riposte militaire à la suite de l'annonce par Séoul de sa participation à l'Initiative de sécurité contre la prolifération.
Sur le plan intérieur, le pays est confronté en 2008 à une nouvelle menace de famine due à un faisceau de facteurs (les inondations de l'été 2007, la crise alimentaire mondiale, la chute des livraisons de nourriture de la Chine et la suspension de l'assistance inconditionnelle de la Corée du Sud). L'incertitude (malgré les démentis officiels) sur l'état de santé du dirigeant Kim Jong-il – absent aux cérémonies du 60e anniversaire de la fondation de la R.P.D.C. (9 septembre) ainsi qu'à celles de la création du parti du Travail (10 octobre) – et la probable désignation, en janvier 2009, de son troisième fils, Kim Jong-un, comme son successeur, alimentent, à l'automne 2008, les spéculations sur une éventuelle vacance du pouvoir. Toutefois, début 2009, la réapparition de Kim Jong-il lors de la session inaugurale de l'Assemblée suprême, au cours de laquelle il est reconduit pour cinq ans à la tête de la Commission de défense nationale), la promotion au sein de cette même Commission de son beau-frère Chang Song-teak (déjà à la tête du puissant département de l'organisation du parti du Travail) et la révision de la Constitution, témoignent de la volonté du régime d'afficher une image de solidité et de cohésion.
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