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Arménie

en arménien Hayastan

Nom officiel : République d'Arménie

Carton de situation - Arménie
Drapeau de l'Arménie
Drapeau de l'Arménie

État d'Asie occidentale situé dans le Caucase, l'Arménie est limitée à l'ouest par la Turquie, au nord par la Géorgie, à l'est par l'Azerbaïdjan et au sud par l'Iran et la région autonome du Nakhitchevan (Azerbaïdjan).

  • Superficie : 29 800 km2
  • Nombre d'habitants : 2 977 000 (estimation pour 2013)
  • Nom des habitants : Arméniens
  • Capitale : Erevan
  • Langue : arménien
  • Monnaie : dram arménien
  • Chef de l'État : Serge Sarkissian
  • Chef du gouvernement : Hovik Abrahamyan
  • Nature de l'État : république à régime semi-présidentiel
  • Constitution :
    • Adoption : 5 juillet 1995
Pour en savoir plus : institutions de l'Arménie

GÉOGRAPHIE

L'Arménie est un haut pays, au relief instable, coupé de bassins (parfois lacustres) et accidenté de sommets (souvent volcaniques). Erevan concentre environ le tiers d'une population ethniquement homogène. L'économie juxtapose cultures (céréales, pomme de terre) et élevage (bovins et ovins) à quelques activités industrielles (extraction du cuivre, métallurgie de transformation). Elle est handicapée par le conflit latent avec l'Azerbaïdjan sur le Haut-Karabakh.

1. Un espace résiduel, une population éclatée

Située au sud de la Transcaucasie, l'Arménie actuelle appartient au domaine montagnard du Petit Caucase : 90 % de son territoire s'élève au-dessus de 1 000 m d'altitude, le mont Aragats culminant à 4 090 m. Symbole du pays, l'Ararat biblique (5 165 m), en territoire turc depuis 1920, surplombe la capitale. Le relief, fortement contrasté, oppose les hauts plateaux et les massifs volcaniques, domaines de l'économie pastorale, aux bassins d'effondrement (lac Sevan, 1 416 km2) et aux dépressions intramontagnardes (bassin de l'Araxe), où se concentrent l'essentiel des hommes et des activités. L'enclavement de cet îlot montagneux au climat continental extrême, aux ressources naturelles limitées, sans débouché maritime, avec des voies de communication contrôlées par des voisins plus ou moins hostiles, constitue une contrainte majeure, dans une situation de forte dépendance énergétique et alimentaire. Moins de la moitié de cette terre rocailleuse et aride peut être utilisée pour l'agriculture, à condition d'être bonifiée et irriguée. La pénurie de terres arables accentue l'exiguïté de la plus petite et de la plus densément peuplée (entre 17 et 300 habitants par km2 selon l'altitude) des anciennes Républiques de l'ex-URSS. Des gisements de métaux non ferreux (or, argent, molybdène, cuivre, etc.) et de sel, des carrières (tufs, marbres, basaltes, granits) et des sources d'eaux minérales représentent les principales richesses du sous-sol. La sismicité de la région fragilise le développement. Ainsi, le terrible séisme du 7 décembre 1988 a ravagé le nord du pays (entre 25 000 et 50 000 morts, et 500 000 sans-abri).

Après une période de forte croissance – la population a triplé depuis 1920 –, l'Arménie a amorcé sa « transition démographique » : le taux de natalité a chuté, passant de 40 ‰ en 1960 à 15 ‰ en 2007, tout comme le taux de mortalité infantile (25 ‰ en 2007). Malgré un niveau élevé d'urbanisation (64 %), d'industrialisation et d'éducation, des comportements traditionnels, propres à la famille patriarcale élargie, persistent. Depuis la renaissance de l'État au lendemain de la Première Guerre mondiale, on constate un double mouvement de concentration des Arméniens dans leur pays, devenu quasi mono-ethnique (98 % de nationaux), et de dispersion du fait des tensions régionales ou des crises économiques. Les Azéris (environ 5 % de la population en 1980) ont fui lors des chassés-croisés de réfugiés provoqués par la crise du Haut-Karabakh. Les Kurdes (1,7 %) sont la seule minorité dont la part relative a augmenté depuis les années 1920, l'Arménie étant le seul pays où ils jouissent de droits culturels. La présence russe est très faible, à la différence d'autres États issus de l'ex-URSS.

2. Une économie en transition

Autour de la capitale, ville-champignon « surindustrialisée », la plaine de l'Ararat concentre sur 10 % du territoire plus de la moitié de la population et l'essentiel de la vie économique. Dans le Nord, les centres industriels de Gumri et de Vanadzor ont été gravement endommagés par le séisme de 1988. Dans l'est du pays, le lac Sevan, dont l'équilibre hydrologique est menacé par une utilisation intensive de ses ressources (irrigation, hydroélectricité), est au centre d'une zone touristique et agricole. Dans le Sud, enfin, le Zanguezour, faiblement peuplé et difficile d'accès, recèle des gisements de molybdène et d'or, ainsi que des sources d'eaux minérales. C'est aussi un couloir convoité entre le Nakhitchevan et l'Azerbaïdjan, et une ouverture vers l'extérieur, par l'Iran, depuis la construction d'un pont sur l'Araxe en 1992.

Le boom industriel de l'Arménie remonte aux années 1960. Des centrales thermiques au gaz et la centrale nucléaire de Metsamor ont pris le relais de l'hydroélectricité. Aux branches issues de l'artisanat traditionnel (tapis, distillerie, orfèvrerie, tannerie) se sont ajoutées des industries de biens de consommation (textile, chaussures, agroalimentaire), de matériaux de construction et des secteurs de haut niveau technologique (constructions mécaniques et électromécaniques, électronique, informatique). L'essor de l'industrie chimique (caoutchouc et fibres synthétiques, engrais, acides) a suscité de graves problèmes écologiques. Productrice de biens intermédiaires, l'économie arménienne est d'une grande vulnérabilité du fait de sa dépendance pour ses approvisionnements et ses débouchés. D'où une récession drastique lors de l'éclatement de l'URSS, dans une conjoncture de conflits nationaux (afflux de réfugiés, blocus), qui se reflète dans la redistribution des secteurs d'activité en faveur de l'agriculture. Ce secteur reste cependant assez archaïque, avec un élevage ovin transhumant sur les hauteurs et des cultures vivrières (céréales, fruits et légumes, pomme de terre) dans les vallées où l'on cultive également la vigne, le tabac et les fleurs.

Une main-d'œuvre abondante et qualifiée, un bon potentiel de matière grise ainsi qu'un esprit d'entreprise proverbial constituent néanmoins des atouts, de même que l'existence d'une diaspora désireuse de contribuer au redressement du pays. Depuis l'indépendance (en 1991), les autorités ont engagé le pays vers l'économie de marché, avec le maintien de la propriété d'État sur le sous-sol et les secteurs stratégiques. Elles ont fait appel aux crédits et aux investissements étrangers pour développer l'agroalimentaire, les technologies de pointe et le tourisme. L'Arménie essaie de surmonter une situation délicate, imposée par l'ancien rideau de fer, en rééquilibrant ses échanges, en particulier avec l'Iran et la Turquie. Elle a adhéré à la Zone de coopération économique de la mer Noire (25 juin 1992), lancée à l'initiative de la Turquie.

HISTOIRE

1. La difficile renaissance d'un État

L'histoire de cette terre de vieille civilisation et de passage entre l'Asie et l'Europe, au carrefour d'aires culturelles, religieuses et politiques rivales, champ de bataille des empires de la région, est une succession de phases d'indépendance et de dépendance, d'unification et de morcellement.

Le dernier royaume en Cilicie disparaît à la fin de l'ère des croisades (1375). C'est dans la partie caucasienne du pays, conquise par la Russie en 1828 sur la Perse et l'Empire ottoman, que va renaître un État.

Tout au long du xixe siècle, la politique tsariste s'y manifeste par des découpages administratifs successifs, destinés à empêcher la formation d'entités homogènes, susceptibles, dans le contexte de l'éveil des nationalismes, de nourrir des tentations séparatistes ou autonomistes. Mais, après le génocide des Arméniens de l'Empire ottoman en 1915, les territoires à l'est de l'Araxe deviennent le principal pôle de peuplement national.

La première république indépendante y est proclamée le 28 mai 1918, dans le chaos de la Première Guerre mondiale et de l'éclatement de l'Empire russe. En prise à de multiples difficultés – famine, épidémies, afflux de réfugiés, guerres frontalières avec la Géorgie et l'Azerbaïdjan –, ses dirigeants échouent dans leur projet de rassemblement des terres et des hommes dans un État démocratique et souverain, reconnu internationalement.

Lâchée par les Alliés, qui s'étaient pourtant prononcés, au traité de Sèvres (août 1920), pour la création d'une Grande Arménie, prise en tenaille entre les troupes turques kémalistes et l'Armée rouge, l'Arménie est ramenée dans l'orbite russe et soviétisée (décembre 1920), avec un territoire amputé de plusieurs régions, après le rattachement du Nakhitchevan et du Karabakh à l'Azerbaïdjan, et des régions d'Akhalkalaki et d'Akhaltsikhe à la Géorgie. Toutefois, malgré une souveraineté fictive, sa constitution en État demeure acquise.

Pour en savoir plus, voir l'article Arménie, région historique.

2. Une République soviétique (1920-1991)

Après une ultime tentative d'insurrection (février-juillet 1921), l'Arménie est intégrée à l'URSS en tant que l'un des trois membres de la Fédération transcaucasienne (décembre 1922) et obtient en 1936 un statut de République fédérée.

Du communisme de guerre aux années Gorbatchev, en passant par l'ère stalinienne, elle traverse, comme les autres Républiques soviétiques, toutes les étapes de l'histoire de l'URSS, et connaît tous les avatars du régime totalitaire. Sa spécificité réside dans une question nationale non résolue dont témoignent les mutilations territoriales et l'existence d'une diaspora où subsiste l'idéal d'une « Arménie libre, indépendante et réunifiée ». D'où la volonté constante du pouvoir communiste de contrôler l'émigration, notamment par le biais de l'Église. Persécutée (assassinat du catholicos Khoren Ier en 1938), celle-ci paie sa survie en tant qu'institution en mettant son prestige au service de l'État soviétique.

La sécurité du pays, assurée par le « bouclier russe », le développement économique et les réalisations sociales et culturelles, la nécessaire unité avec la « mère patrie » qui défend les intérêts nationaux constituent les axes de la propagande.

Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, dans le cadre de sa tentative d'expansion en Orient, Moscou réactive la question arménienne, en organisant un rapatriement massif des Arméniens de la diaspora (100 000 retours en 1946-1948) et en revendiquant les territoires attribués par le traité de Sèvres à la République indépendante. Cette opération provoque l'une des premières crises de la guerre froide. Mais la déception des « rapatriés » est à la mesure de la nostalgie et des promesses non tenues de la propagande. Répression, discrimination, difficultés matérielles ont poussé à l'émigration une grande partie d'entre eux, à partir de 1956.

Les contacts avec la diaspora confèrent néanmoins au pays une exceptionnelle ouverture sur l'extérieur. Depuis le dégel poststalinien, une réhabilitation sélective de la culture et du passé ainsi que la reconstitution d'une intelligentsia nationale décimée par les purges staliniennes ont ranimé la conscience du passé arménien, notamment la mémoire du génocide. Autorisée pour la première fois le 24 avril 1965, à l'occasion de son cinquantenaire, la commémoration du génocide a fait descendre dans la rue la population de Erevan aux cris de « nos terres » et « justice ». En 1988, le slogan « une nation, une république », résumant la revendication de rattachement du Haut-Karabakh, lui fait écho.

3. Du mouvement du Haut-Karabakh à l'indépendance

La perestroïka fait ressurgir les revendications récurrentes – linguistiques, culturelles, écologiques, territoriales et autonomistes. En février 1988, le vote du soviet du Haut-Karabakh, peuplé à 80 % d'Arméniens mais rattaché à l'Azerbaïdjan, en faveur de la réunification avec l'Arménie, est l'un des détonateurs de la flambée nationale en URSS et le catalyseur du mouvement démocratique arménien.

Il déclenche des pogroms anti-arméniens en Azerbaïdjan, provoquant des déplacement massifs de populations et des heurts entre Arméniens et Azéris. La politique du pouvoir central soviétique de neutralisation d'un nationalisme par l'autre radicalise l'opposition au régime. Issu du Comité Karabakh, le Mouvement national arménien remporte les élections législatives de l'été 1990 avec un programme d'accès à l'indépendance par la voie constitutionnelle.

Sous la présidence de Levon Ter Petrossian, leader du Comité Karabakh, le Parlement arménien adopte diverses lois sur les libertés et la propriété privée. L'Arménie est la première République à retirer les statues de Lénine et à privatiser les terres (février-mars 1991). Le multipartisme se concrétise par la création d'une dizaine de formations et le retour d'exil des partis historiques, dont le Dachnaktsoutioun (socialiste), qui incarnait la première République et l'opposition au régime soviétique dans l'émigration.

Lors du référendum du 21 septembre 1991, l'indépendance est plébiscitée. L. Ter Petrossian est élu président de la République au suffrage universel (octobre 1991). La disparition de l'URSS accélère le processus de reconnaissance internationale. L'Arménie, qui a repris le drapeau tricolore (rouge-bleu-orange) et l'hymne de la première République indépendante de 1918-1920, devient membre de l'ONU, de la CSCE, du FMI, de la Banque mondiale, d'Interpol, de l'OMC, etc.

La France est l'un des premiers pays à établir des relations diplomatiques avec l'Arménie, en signant un traité d'amitié en mars 1993. Tout en pratiquant une politique d'ouverture avec la Turquie et l'Iran et en privilégiant les relations avec les pays où existent de fortes communautés arméniennes, l'Arménie adhère à la Communauté des États indépendants (CEI) lors de sa création en décembre 1991.

Il lui faut désormais affronter deux grands défis : sortir du communisme et sortir de l'empire dans un contexte de difficultés économiques et sociales et de tensions régionales, en tablant sur l'aide de la diaspora qui s'est investie dans l'aide humanitaire et appuie le pays dans son action diplomatique, économique et éducative.

4. Les difficultés de la transition économique

Premier symbole fort du passage à l'économie de marché, la dissolution des kolkhozes et la distribution des terres revitalisent le secteur agricole, non sans une parcellisation excessive (plus de 331 000 exploitations pour 460 000 ha) et une rentabilité médiocre (46 % de la population active, 25 % du PIB) par manque de moyens techniques et de crédits et malgré de nouveaux débouchés. Une monnaie nationale (le dram) est créée (novembre 1993), ainsi qu'une Bourse et un système bancaire.

Privatisation des entreprises et des infrastructures, libéralisation totale des prix, rigueur budgétaire : la « thérapie de choc » des réformes structurelles, à partir de 1994, avec l'aide des organismes financiers internationaux, entraîne des conséquences sociales impopulaires (inflation, chômage, inégalités croissantes accentuées par l'effondrement du système public de santé, de protection sociale et d'éducation, corruption, emprise mafieuse). Les dégâts du séisme de décembre 1988 et le blocus du pays par l'Azerbaïdjan et la Turquie, en rétorsion du conflit du Haut-Karabakh, compromettent le redressement économique et la stabilité politique. L'arrêt, au lendemain du séisme, de la centrale nucléaire de Medzamor (40 % de l’électricité) achève de paralyser le pays, le plongeant dans la nuit et le froid, et pousse, malgré les objections occidentales, à un redémarrage (automne 1995), avec l'aide de la Russie qui assure aussi l'approvisionnement en combustible, la gestion financière de la centrale et doit construire une centrale plus moderne à l'horizon 2015-2016. D'où une dépendance énergétique quasi totale envers l'ancienne puissance impériale dont les sociétés comme Gazprom détiennent l'essentiel de ce secteur.

Après le chaos des débuts, la croissance semble se consolider depuis 2000, avec la progression des industries de transformation (surtout agroalimentaires), minières, des secteurs de l'énergie, de la construction, des nouvelles technologies, du tourisme. Il reste des facteurs de fragilité : inflation, déficit budgétaire et de la balance commerciale, endettement extérieur (malgré l'apport des transferts d'un montant équivalent de la diaspora), rentrées fiscales insuffisantes, faiblesse des investissements nationaux et étrangers, production industrielle réduite, chômage important, salaires dérisoires. La pauvreté, quoique en baisse (la moitié de la population en 1995, le tiers en 2005), contraste avec le luxe ostentatoire des « nouveaux riches ». Beaucoup considèrent que les richesses du pays sont bradées et optent pour le « vote par les pieds » : plus d’un million de personnes auraient quitté le pays.

5. Instaurer la démocratie

Des réformes institutionnelles sont menées en trois vagues : cadre légal de l'économie de marché, Constitution et système judiciaire, puis, après l'accession au Conseil de l'Europe (2001), ratification des conventions européennes et mise en conformité des lois nationales.

La Constitution du 5 juillet 1995, inspirée de la Constitution française de 1958, instaure un régime présidentiel fort (président élu au suffrage universel pour cinq ans et deux mandats consécutifs au plus). Le pouvoir législatif est incarné par un Parlement monocaméral de 131 députés élus pour quatre ans. La réforme constitutionnelle de 2005 rééquilibre légèrement les pouvoirs au profit du législatif et du judiciaire et permet l'élection du maire de Erevan jusque-là nommé par l'exécutif, comme les préfets des dix autres régions. La peine de mort est abolie en 2003.

Souvent pionnière en matière de démocratisation, l’Arménie n'échappe pas à une certaine dérive autoritaire, ni aux soubresauts politiques. Les nombreux partis apparaissent souvent comme des rassemblements autour de personnalités, de clans régionaux ou économiques, plus que l'expression de courants politiques structurés. On peut constater la force du modèle du parti-État, le parti du président remplaçant le parti communiste, et une certaine incapacité commune à l’ex-URSS à séparer les pouvoirs, à accepter l’alternance, à préserver l'indépendance de la justice et de la presse.

Après des présidentielles contestées (septembre 1996), L. Ter Petrossian – en dissension sur les modalités du règlement du conflit du Haut-Karabakh avec son nouveau Premier ministre et ex-président du Haut-Karabakh, Robert Kotcharian, et son ministre de la Défense Vazken Sarkissian – est poussé à la démission (février 1998). R. Kotcharian est élu face à l'ancien Premier secrétaire du parti communiste, Karen Demirdjian. Il lève l’interdiction qui frappe depuis 1994 le Dachnaktsoutioun et cherche à détendre les relations avec la diaspora dont est originaire son ministre des Affaires étrangères, Vartan Oskanian.

Après les législatives de 1999 jugées « relativement libres et équitables » par l'OSCE, K. Demirdjian devient président du Parlement et V. Sarkissian, Premier ministre. Mais, le 27 octobre 1999, en séance plénière du Parlement et en direct à la télévision, ces deux personnalités sont abattues avec plusieurs députés par un commando terroriste aux desseins obscurs : acte isolé, complot intérieur ou extérieur, coup d’État avorté ?

Après un bref passage à la tête du gouvernement du frère de V. Sarkissian, Aram, Antranik Markarian, un ancien dissident de l'époque soviétique, s'attelle, de mai 2000 à sa mort subite en mars 2007, à l'assainissement de la situation politique et économique, alors que se manifestent une grande démoralisation et la perte de confiance dans la puissance publique. Pour beaucoup, la vie politique est devenue synonyme d'affairisme, alliant l'appareil d'État et l'oligarchie économique. Les scrutins successifs (législatives de 2002 et 2007, présidentielles de 2003 et 2008) sont critiqués par l'opposition et les observateurs internationaux sans déboucher sur le scénario des « révolutions de couleur » d'Ukraine et de Géorgie.

Premier ministre depuis mars 2007, l'autre homme fort du régime, ancien chef des services de sécurité et ministre de la Défense, Serge Sarkissian, originaire du Karabakh, est élu président (février 2008), face à L. Ter Petrossian, de retour sur la scène politique. Des émeutes violemment réprimées (8 morts, 133 blessés selon le bilan officiel, des dizaines d'arrestations) et la proclamation de l'état d'urgence suivent l'annonce des résultats contestés par une opposition par ailleurs divisée, du fait des ambitions personnelles ou face au spectre d'une déstabilisation dont pourrait profiter Bakou.

La réédition de ce scénario à l’occasion des élections de 2012 et 2013 est évitée mais la tension reste vive. Après la reconduction au Parlement de la coalition gouvernementale conduite par son parti, le parti républicain arménien, en mai 2012, S. Sarkissian est réélu pour un second mandat en février 2013 avec plus de 58 % des suffrages. Ces résultats sont contestés par l’opposition dont plusieurs représentants ont renoncé à participer au scrutin et par le principal adversaire du président sortant, le chef du parti Héritage, Raffi Hovannissian. Ce dernier dénonce des fraudes massives et revendique la victoire. Après une cérémonie d’investiture boycottée par l’opposition qui se mobilise le même jour autour de son candidat, le Premier ministre Tigran Sarkissian est reconduit dans ses fonctions. Ce dernier est remplacé en 2014 par Hovik Abrahamyan. Des réformes sont engagées en vue d’améliorer les relations avec l’UE, alors que l’Arménie adhère l’année suivante à l’Union économique eurasienne prônée par la Russie. Se défendant cependant d’être pro-russe, le gouvernement veut également ménager ses relations avec les États-Unis.

Un projet de révision constitutionnelle en vue d’instaurer un régime parlementaire est adopté par référendum en décembre 2015. Contesté par l’opposition qui soupçonne le président de vouloir se maintenir au pouvoir par ce biais alors que son mandat expire en 2018, il n’apaise cependant pas la situation politique.

6. Sortir de l'empire, gagner la paix

Dès octobre 1990, par une loi sur le service militaire dans la république, l'Arménie avait entamé le processus de création d'une armée nationale qui s'affirme après l'indépendance, sous l'égide du tout nouveau ministère de la Défense, mais en étroite coopération avec la Russie à laquelle Erevan reste liée par de nombreux accords militaires. Tout en resserrant les liens avec l'OTAN, l'Arménie considère l'alliance stratégique avec la Russie comme le socle de sa politique de défense. Elle adhère au traité de sécurité collective de Tachkent (mai 1992) et à l'Organisation de ce traité, créée en octobre 2002.

Novice en matière de politique extérieure, confrontée à un nouvel ordre mondial et à la reconfiguration régionale après la fin de l'URSS, l'Arménie entreprend de renouer avec son aire géographique naturelle que sont le Proche et le Moyen-Orient, en particulier ses voisins immédiats, la Turquie et l'Iran, dont elle avait été coupée par le rideau de fer. Elle utilise le relais des communautés diasporiques pour s'ouvrir aux grands pays occidentaux, dont les États-Unis et la France. La visite officielle du président Jacques Chirac à Erevan (2006), lançant l'année de l'Arménie en France (plus de 800 manifestations culturelles avec un large soutien de la communauté) est un moment fort des relations bilatérales après la reconnaissance officielle par la France du génocide arménien de 1915 en juillet 2001. L'intégration à l'Europe et à ses valeurs constitue une des priorités affichées de la doctrine de politique étrangère axée sur l'équilibre entre les blocs. Avec les deux autres républiques du Caucase du Sud, l'Arménie est incluse dans la Politique de nouveau voisinage de l'Union européenne et en signe le Plan d'action (2006).

Erevan a adhéré à l'Organisation de coopération économique de la mer Noire (OCEMN), lancée par Ankara en juin 1992. La Turquie a reconnu la République d'Arménie mais appuie Bakou dans le conflit du Karabakh ou dans le tracé des nouveaux oléoducs et des voies ferrées. En revanche, l'Iran, qui craint la contagion du nationalisme azéri dans ses provinces du Nord et est en concurrence avec l'Azerbaïdjan dans le bassin de la Caspienne, est devenu un partenaire important, évitant au pays l’asphyxie totale.

Les tentatives des États-Unis de pousser le Caucase et l'Asie centrale vers la Turquie inquiètent tout autant l'Arménie qu'une Russie néo-impériale et soucieuse de préserver son hégémonie dans son « étranger proche ». D'où l'émergence d'un axe Moscou-Erevan-Téhéran en contrepoids à l'axe Washington-Ankara-Bakou.

Désormais internationalisée, la crise du Karabakh (plus de 30 000 morts, des centaines de milliers de réfugiés de part et d'autre) a un impact direct sur la vie politique intérieure comme sur les relations extérieures et les axes d'alliance. Entrave aux projets fédérateurs intra-caucasiens comme aux grandioses programmes internationaux de reconstitution de la route de la soie (Transport Corridor Europe-Caucasus-Asia [Traceca], Interstate Oil and Gas Transport to Europe [Inogate]), le conflit constitue un levier aux mains de la Russie pour maintenir son influence. C'est sous son égide qu'un cessez-le-feu est signé en mai 1994 et elle obtient, avec les États-Unis et la France, l'une des co-présidences permanentes du groupe de Minsk de l'OSCE chargé de la médiation. Au printemps 2008, si tous les protagonistes s'accordent sur l'urgence d’une solution, entre la voie pacifique et l'option militaire, les scénarios de sortie de crise d'un conflit où s'opposent deux principes du droit international – l'autodétermination des peuples et le maintien de l'intégrité territoriale des États – continuent de s'affronter.

Le refus de l’Arménie de céder aux revendications de l’Azerbaïdjan sur le Haut-Karabakh – outre celui de la Turquie de reconnaître le génocide arménien – constitue le principal obstacle à une normalisation des relations entre les deux pays malgré un rapprochement entamé en septembre 2008 avec la visite du président turc, Abdullah Gül, à Erevan. Les deux protocoles sur l'échange de missions diplomatiques et l'ouverture de la frontière entre les deux pays signés en octobre 2009 (un accord contesté par les oppositions dans les deux États) n’étaient ainsi toujours pas ratifiés en 2016.